L’USURE
Les risques du capital. — Dans tous les cas, qu’il s’agisse du capital circulant ou du capital fixe, toutes les fois qu’il y aura pour le prêteur des risques à courir, l’intérêt et le loyer du capital s’augmenteront d’une certaine somme par laquelle le capitaliste sera indemnisé des chances de perte auxquelles il s’expose en prêtant ou louant son capital.
Le prêt à intérêt est-il légitime? — Le revenu du capitaliste, pour le capital circulant comme pour le capital fixe, lorsqu’il est fixé suivant le cours naturel des faits qui règlent les valeurs, n’est pas autre chose que la rémunération d’un service rendu moyennant une certaine privation de la part de celui qui le rend. C’est en prenant les choses de cette façon que la doctrine de l’Église catholique a toujours déclaré légitime le prêt à intérêt, dans les cas où il ne porte avec lui aucun des caractères de l’usure, c’està-dire dans les cas où il n’est autre chose que le revenu correspondant, suivant les règles de l’équité, au prêt utile d’un capital destiné à un emploi productif.
II est bien vrai qu’en même temps l’Église, par l’enseignement de ses docteurs, conservait au niutuum son caractère essentiel, qui est la gratuité. Mais en cela elle était dirigée par des vues éminemment favorables aux masses et par cette intelligence des vrais intérêts sociaux qui ne lui a jamais fait défaut.
Les abus du prêt à intérêt ont été, en tous les temps, extrêmes; l’usure a toujours été un des moyens les plus actifs et les plus odieux de l’exploitation des faibles par les puissants. Par la discipline de l’Église, qui limite le prêt à intérêt aux cas où la légitimité de la rétribution payée au capitaliste ne peut être contestée, l’usure est contenue dans
.vo-ïf.».
LTSÜRE.
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les bornes les plus rigoureuses possible ; de plus, les capitaux sont portés de préférence vers les emplois les plus sûrs et les plus profitables aux classes les plus nombreuses, surtout vers les placements agricoles.
L’Église, en maintenant le principe de la gratuité du rnutuum, se fonde principalement sur l'obligation où sont les chrétiens de se prêter mutuellement assistance. Il est des cas, en effet, où le précepte de la charité exige le prêt
gratuit. La charité est une loi de la vie sociale aussi bien que la justice, et la doctrine catholique a toujours fermement maintenu ce principe contre la doctrine rationaliste qui place dans la justice toute la loi des relations sociales. Là est, nous semble-t-il, le véritable sens des décisions de
l’Église touchant le rnutuum. Mais à côté du prêt de charité, il y a le prêt dont l’intérêt est le mobile, et qui a aussi,
suivant les circonstances, sa légitimité. C’est ainsi qu’à côté
du rnutuum, contrat essentiellement gratuit, dans le droit romain comme dans le droit canonique, la doctrine catholique autorise le prêt des capitaux circulants dans des conditions telles qu’il reste toujours possible, lorsqu’il s’agit d’employer sérieusement ce capital aux entreprises du travail.
L’Église a toujours, par ses décrets et sa prédication, condamné et flétri l’usure. Elle parle de nos jours comme elle parlait au temps des Pères. Dans l’encyclique Rer'urn novarum, le pape, en signalant les sources des maux qui affligent les classes ouvrières, parle de « cette usure dévorante qui vient ajouter encore au mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Église, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité ».
La répression de l’usure est considérée comme une nécessité dans toutes les législations qui s’inspirent de l’esprit chrétien. Elle ne nuit pas au crédit utile et vraiment profitable à la société. On peut l’établir de telle façon qu’elle laisse la liberté nécessaire au capitaliste qui applique sérieusement ses fonds à la production, et qu’elle n entrave en rien, ni le mouvement naturel des échanges, ni le fonc-
tionnement des banques par l’intermédiaire desquelles s’opère ce mouvement. J’ai examiné pratiquement celle question dans une dissertation sur l’usure que l’on trouvera à la fin du tome II de la troisième édition de la Richesse dans les sociétés chrétiennes.
Je l’ai dit plus haut : quand on traite du crédit, il est essentiel de distinguer. Il y a une espèce de crédit qui est éminemment avantageuse, qui est une des principales sources des grands progrès que fait la richesse dans nos sociétés. Il y a une autre espèce de crédit qui n’a pas les mêmes avantages et qui, au contraire, ne peut se développer qu’au détriment des véritables intérêts de la société. Le crédit qui consiste seulement à transporter le capital des mains de celui qui ne produit pas dans les mains de celui qui produit, s’il s’étend outre mesure, bien loin d’être utile à la société, lui est nuisible. Il est bon pour la société que ceux qui possèdent le capital coopèrent à la production, qu’ils accomplissent ainsi, dans toute son étendue, la loi éminemment chrétienne du travail, qui fait la force et l’honneur de nos sociétés. C’est dans les applications fausses et exagérées du crédit que réside une des principales causes Ho noffo nrfiviip fébi'ilp. nui fiiivahit nar moment nos sociétés.
et qui a pour conséquences, dans l’ordre matériel, la diminution des forces productives et les souffrances des classes
ouvrières, dans l’ordre moral l’abaissement et l’énervement des caractères. C'est ce genre de crédit que les lois répressives de l’usure peuvent gêner, et personne ne s’en plaindra parmi ceu.\ qui conservent le sentiment vrai des conditions du développement normal et bienfaisant des forces économiques.