‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 111 sur 120 · I.ES CAUSES DE LA MISÈRE · texte numérisé non relu

I.ES CAUSES DE LA MISÈRE

leté, ni l’activité, ni la moralité des travailleurs ne sauraient détourner.

Le mauvais emploi des ressources est une cause de misère plus fréquente peut-être que leur insuffisance. La misère morale est, dans ce cas, la source de la privation et de la souffrance dans l’ordre matériel. A ce point de vue, on rencontre, entre des populations qui vivent dans les mêmes lieux et qui sont en possession de ressources égales, les différences les plus marquées. Aux uns l’esprit d’ordre ef d’économie donne, avec de faibles ressources, une véritable aisance, tandis que, par l’effet de leur incurie ou de leurs désordres, les autres se trouvent, avec les mêmes revenus, réduites au dernier degré du dénuement et de l’abjection.

D’autres fois la misère, avec l’abaissement moral et matériel qui en est le caractère saillant, aura sa source dans les conditions mêmes où s’exerce le travail. L’atmosphère de l’atelier, l’asservissement à un genre de travail pénible et monotone, le mélange des âges et des sexes, l’entassement des populations ouvrières dans les lieux proches de la manufacture, toutes ces causes, et d’autres encore, énerveront à la fois l’homme moral et l’homme physique, et réduiront l’ouvrier à la condition de ces êtres chétifs ef dégradés que nos grandes villes manufacturières renferment malheureusement en si grand nondire.

Classification des causes de la misère. — Envisagées d’ensemble, ces causes diverses de la misère peuvent être ramenées à quatre chefs principaux, dont je vais donner une notion sommaire.

1® L’état général de la société.

La première condition de l’aisance des populations, c’est que leur travail soit assez fécond pour leur assurer le

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nécessaire. Donc tout ce (jui accroît la puissance du tiavail tend à restreindre d’autant le domaine de la misère, et tout ce qui diminue cette puissance tend a 1 élargir.

La surabondance de la population est consideiéepai plusieurs, surtout parles économistes classiques, comme la première cause de la misère en notre temps. Cette appiéciation ne me paraît pas fondée. Si la population peut seinblei surabondante au premier aspect, on reconnaît, en creusant la question, qu’elle ne 1 est que partiellement, sui cei tains points, par suite de circonstances propres à certains genies de travaux, et non d’une façon absolue. La plupart du temps, il y a plutôt déclassement des travailleurs que surabondance.

La durée excessive du travail est un des signes et une des causes les plus graves et les plus générales de la jnisère de nos classes ouvrières. Non seulement elle énerve l’ouvrier au physique, mais encore elle détruit en lui toute vigueur morale; en le tenant éloigné de la famille, elle lui ôte les douceurs et les salutaires inlluences du foyer, en même temps quelle lui rend impossible l’accomplissement

de ses devoirs de père.

Les crises industrielles tiennent à l’état social et sont une des plaies les plus cruelles de notre temps. Non seulement elles réduisent l’ouvrier, au moment où elles sévissent, à la plus extrême misère, mais en lui ôtant toute certitude, toute sécurité quant au taux des salaires, elles jettent dans l’existence ouvrière un trouble dont les suites sont incalculables. L’incurie, la prodigalité, l’ivrognerie, tous les désordres sont la conséquence de l’impuissance où se sent l’ouvrier de régler sa vie.

A tous ces maux dérivant de l’état social, il faut ajouter

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