LES CAUSES DE IA MISÈRE
les habitudes et l’esprit de séparation où vivent trop souvent les classes ouvrières et les classes supérieuies de l’industrie. Du côté de celles-ci, on a malheureusement trop souvent à signaler plus que de l’indifférence envers l’ouvrier ; il y a à déplorer des procédés de dureté, d’hostilité, un penchant à l’exploitation qui révoltent nos sentiments de justice chrétienne. Ce mal va en diminuant par l’influence et les exemples des patrons chrétiens, mais il n’a pas disparu, il s’en faut, de nos mœurs industrielles.
2“ Les conditions dans lesquelles les industries s exercent.
C’est dans la grande industrie que la misère exerce
particulièrement ses ravages.
Il y a d’abord les transformations rapides et fréquemment renouvelées des procédés de l’industrie. Operees tantôt sur un point, tantôt sur un autre, elles ont été pour la société, depuis un siècle, un mal partiel et local, mais permanent dans l’ensemble et parfois même assez étendu. Toutefois elles ne peuvent pas être considérées comme une cause constante et générale de misère ; elles repondent a une situation de révolution industrielle qui doit prendre fin et ne doit pas être plus durable que ne l’ont été les
transformations du travail dans le passé.
L’agglomération des populations dans les grands centres
industriels a été signalée depuis longtemps comme un fait regrettable au point de vue du bien-être des classes ouvrières. Le mouvement qui porte les populations des campagnes à affilier dans les villes est particulièrement à déplorer. C’est dans l’amélioration générale des mœurs, dans la substitution de l’esprit de modération, de vie simple et reposée, aux impulsions de l’esprit de jouissance et de luxe,
LA MISÈKE ET LA ClIAUlTf
dans les influences moralisatrices du patronage, qu’il faut chercher le remède.
La concentration des ouvriers dans les grands ateliers est une autre source de désordres et de misères. Tous les vices fermentent dans ces grandes agglomérations de personnes de tout sexe et de tout âge. Si l’on y ajoute l’action énervante du travail manufacturier, on verra jusqu’où le mal peut aller. Deux mots résument cette situation : dégradation physique, dégradation morale. C’est là qu’en sont les ateliers où ne s'exerce aucune influence de patronage chrétien.
La division du travail, avec une durée excessive du travail divisé, conduit l’ouvrier, dont elle éteint l’intelligence et atrophie les forces physiques, à une véritable dégradation et, par la dégradation, à la servitude. Il est le serf de la machine, n’étant plus bon qu’à faire ce qu’elle lui commande, et incapable de chercher, par un autre emploi de ses forces, flmte d’apprentissage, une condition meilleure. It’énergiques influences de patronage chrétien, de vie chrétienne, avec une réduction des heures de travail, pourraient seules porter remède au mal.
L’atelier, tel qu’il est organisé aujourd’hui, groupe autour de ses machines les femmes et les enfants. Il n’est pas nécessaire d’insister sur le dommage moral et physique qui en résulte pour les populations ouvrières. Que deviennent les races lorsque les femmes sont étiolées, épuisées dans le séjour et les travaux de l’usine? Que devient la famille lorsque la mère en est absente? Que deviennent les enfants dans le milieu de corruption morale et d’énervement physique où le travail manufacturier les plonge? Nulle question n’a plus attiré l’attention de ceux qui s’in-