I.E COLLECTIVISME
En supprimant l'initiative et l’action propre du patron, l'État collectiviste ne supprime pas les difficultés, les tiraillements, les perturbations dont on prétend que le système de la liberté et de la propriété privée est la source. Seulement les diificultés et les perturbations restant au fond les mômes, leurs effets, sous le régime du collectivisme, apparaissent dans la vie sociale d’une autre façon. A la place des oscillations, des incertitudes, des secousses parfois violentes que produit le jeu naturel de la liberté, il y aura l’arbitraire, le favoritisme, l'exploitalion cupide et passionnée, la contrainte non moins violente, d'une action absolutiste qui disposera des intérêts économiques, lesquels se trouvent étroitement liés, par la nature des choses, à l’activité privée et à la vie intime de chacun. Ce sera la servitude de tous les travailleurs sous la direction de l’État. Aul ne produira plus pour soi, mais pour tous; l'intérôt direct de chaque travailleur dans le travail auquel il se livre ayant disparu, la puissance du travail, par les raisons que nous avons exposées plus haut, aura perdu un de ses principaux ressorts, et l’on verra se ralentir et môme s’arrêter le mouvement qui répand la fécondité dans tous les genres de travaux.
Nécessité d’affirmer le droit de propriété en toute son étendue. — Aftirmer le droit de propriété, en montrer la justice et la nécessité, est aujourd’hui, particulièrement dans l’enseignement des sciences économiques, un devoir de défense sociale. Mais il ne suffit pas d’affirmer le droit en général, il faut le définir et définir les droits qui s’y rattachent essentiellement. A ({uoi serviraient des déclarations générales sur rinviolabilité de la propriété, si l’on allait en rendre le principe vain et dérisoire dans ses ajqïlications à la vie industrielle?
Vous êtes propriétaire, dira-t-on au capitalisle qui fait fructifier ses capitaux dans une entreprise industrielle, vous êtes légitime propriétaire et personne ne peut, sans manquer à la vérité et à la justice, mettre en doute votre droit : mais il y a la nécessité sociale, le bien général, qui peuvent contre-balancer et primer votre droit.
Se souvient-on du souper qui fut servi à Sancho Pança dans Pile de llaralaria? Le menu était splendide et le brave homme se réjouissait fort à la ]»ensée de la bonne ebére qu’il allait faire. Mais à côté de lui se tenait le médecin chargé de veiller à la santé de Monsieur le Gouverneur, laquelle était d’intérêt public et demandait des sacrifices. D’un coup de baguette le docteur mettait l’interdit sur les meilleurs plats. Pense-t-on que le fidèle écuyer du vertueux hidalgo fût très content de ce souper, et qu’il ne fil pas quelques réflexions sur l’inanité des avantages de son gouvernement? Que doivent penser les propriétaires des protestations de respect dont certaines écoles accablent la propriété, lorsqu’ils aperçoivent la baguette du socialisme d'Ktat qui, sous prétexte d’intérêt social, met l’interdit sur des droits qu’on a toujours considérés comme essentiellement liés au droit de propriété, et qui en font tellement partie que les retrancher ce serait rendre illusoire le droit de propriété lui-même? Pourquoi est-on propriétaire, si ce n’est pour user librement de sa propriété et en disposer selon sa conscience et ses convenances ?
On se croit à l’abri de l’accusation de socialisme, lorsqu’on die sur tous les tons : O propriété, sainte propriété! Mais que signifient ces révérences et ces apologies, si la spoliation du propriétaire s’exerce sous le prétexte de la nécessité de faire une part plus grandi' à ceux qui ne se