‹ Premiers principes d'économie politique [microform]Chapitre 5 sur 120 · CARACTÈRES DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DE LA SCIENCE

ment de leur destinée, laquelle est au-dessus de l’ordre matériel et réside essentiellement dans l’ordre moral.

La fin que l’homme peut légitimement se proposer dans l’ordre économique n’est réalisable qu’à deux conditions : 1“ de subordonner toute son activité à la loi de l’ordre moral par laquelle toute vie humaine est réglée; 2® de mettre en œuvre, dans le cercle d’action tracé par la loi morale, toutes les forces, toutes les utilités que le monde extérieur peut offrir au travail.

Tout relève de la loi du monde moral dans celte œuvre de l’humanité appliquée à tirer des choses sa subsistance, parce que le travail, qui fait tout ici par l’intelligence et la volonté, est de sa nature une force morale. C’est donc premièrement aux doctrines, aux principes qui régissent l’ordre moral, que nous avons à demander les solutions économiques. Ceci est le trait capital de la vraie méthode économique, celui qu’il faut avant tout faire ressortir.

Les écoles et les doctrines. — Dans la vie contemporaine, dans les troubles qui agitent nos sociétés, dans les périls qui les menacent, tout nous révèle la puissance et l’opposition des doctrines. C’est particulièrement sur le terrain économique que les écoles, qui aujourd’hui sont des partis, se rencontrent et se combattent. La bataille se livre, dans le monde entier, entre le christianisme et la société qu’il a formée, d’un côté, et, de l’autre, la prétention humanitaire incorporée à la révolution et formulée dans les revendications socialistes.

11 semblerait que les catholiques, qui ont des convictions arrêtées sur toutes les vérités fondamentales, devraient demander leurs solutions à leurs principes, c’est-à-dire aux lois de l’ordre social, aux règles de la vie catholique, que

i DÉFINITIONS. MÉTHODE, VUES GÉNÉRALES.

l’Église leur donne d’autorité. Mais, chose étrange! beaucoup d’entre eux vont les demander à des expédients.

Certains, empruntant à l’adversaire son principe, embrassent la doctrine du libéralisme économique. Ils ne voient pas que cette voie trompeuse d'une liberté absolue conduit au triomphe d’un individualisme dont la conséquence fatale sera, ou la dissolution sociale par l’anarcbie, ou l’absorption de toutes les forces sociales par le pouvoir despotique d’un César. Du reste, de moins en moins nombreux, les tenants catholiques du lib(!ralisme ne représentent plus guère, dans le monde économique, qu’un souvenir.

D’autres plus nombreux et plus forts aujourdbui, tout en rejetant comme principes les conceptions subversives de l’ennemi commun, lui empruntent comme expédients plusieurs de ses pratiques sociales. Sous apparence de retour à un passé trop facilement et trop absolument rejeté il y a un siècle, se couvrant d’un certain système d’archaïsme économique, ils s’approprient quelques-unes des pires inventions des novateurs socialistes, et, sous piétexte de justice, ils nous poussent à la suprême injustice.

Il en est enfin qui cherchent le salut dans la coutume des ancêtres et ramènent tout à une sorte d atavisme social. Croyant trouver des principes là où il n’y a que des faits, ils n’obtiennent de leurs laborieuses constatations qu une approximation de vérité dépourvue de toute autorité, c’està-dire de ce qui nous manque le plus dans la crise où toute vie sociale semble près de se dissoudre. On a porté très loin dans celle école les perfectionnements de la statistique. Mais la statistique, si ingénieuse, si consciencieuse, si fidèle quelle soit, ne nous sauvera pas. Les faits sont utiles lorsqu’ils viennent appuyer les principes et en éclairer les

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