DES COMPLICATIONS QUI PEUVENT SE PRODUIRE DANS LES ECHANGES
Relation entre la production et les échanges. — Toute production devant, à raison de la division générale du travail, aboutir à un échange, les deux ordres de faits se trouvent, dans le mouvement économique, en intime relation. L’équilibre ne peut pas être troublé d'un côté sans qu’il le soit de l’autre en même temps. Tout excès ou tout déficit dans la production a son contre-coup sur les échanges, de même que toute perturbation dans le cours régulier des échanges réagit sur la production et jette l’industrie dans des embarras plus ou moins graves.
Accroissement avantageux de la production. — L’accroissement de la production est un bienfait pour la société, mais il faut qu’il se fasse régulièrement dans toutes les parties du travail en même temps. Ce n’est que dans CCS conditions que le surplus des produits, qui est dû à la fécondité plus grande du travail, correspondra à une
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demande réelle de ces produits, et que l’équdibre des
échanges ne sera point troublé.
Connue ce sont toujours les produits du travad qui s’échangent les uns contre les autres, et qu'en définitive les produits ne s’achètent qu’avec des produits, toutes les fois que, pour tous les genres d’industries, la quantité ou la qualité des produits ira s’élevant par la puissance plus grande du travail, le marché n’éprouvera aucune modification et l’offre et la demande se maintiendront dans les mêmes proportions; tous les producteurs auront à s’offrir réciproquement, ou bien une quantité de produits plus considérable, ou bien des produits en même quantité mais de qualité plus parfaite. La somme des utilités directes se sera proportionnellement accrue dans toutes les productions. Tous seront plus riches, parce que chacun disposera d’une somme d’utilités gratuites plus considérable, sans que rien soit dérangé dans l’équilibre général des
échanges.
Si la société est pénétrée des principes du christianisme, cette amélioration n’aura rien de fâcheux pour les mœurs. D’abord, quant aux classes inférieures, qui forment la masse en toute société, on sait combien est grmide la distance entre leur situation présente et cet état d aisance qui, sans amollir leurs mœurs, leur assurerait cette liberté et cette dignité extérieure de la vie, dont les habitudes chrétiennes sont la source première et que l’indépendance d’une position aisée aide à maintenir. Cette distance est telle qu’en fait, l’accroissement de richesses le plus considérable qu’il soit possible de supposer ne pourrait la combler. Quant aux classes aisées et aux classes riches, si leurs habitudes sont chrétiennes, au lieu de profiler de la puis-
L’équilibre des échanges.
sancc de leur travail pour accroître leurs jouissances matérielles au dclrimenl de leur énergie morale, elles s en serviront pour étendre celles de leurs consommations qui répondent à des besoins de l’ordre moral en élevant les esprits et les cœurs et en donnant plus d’éclat et de gran-
deur à la vie sociale. i i
Le développement général de la puissance du travail
dans ces conditions aura pour conséquence un mouvement de transtorination dans les industries, qui amènera un classement nouveau entre les divers genres de productions. Comme, de fait, le développement de la puissance du travail ne s’opère jamais qu’avec une certaine lenteur, ce classement se substituera à l’ancien petit à petit et sans trouble, de sorte que rien, en fin de compte, ne sera dérange quant à l’équilibre des échanges,
Accroissement désavantageux de la production.
Mais si la production, au lieu de s’accroitre harmoniquement sur tous les points en même temps, s’accroit démesurément dans certaines industries seulement, I ecpiilibi c des échanges se trouvera rompu. I.es productions demeurées stationnaires n’offriront qu’un marche insuffisant aux producteurs qui auront développé sans mesure leur industrie et dépassé les limites que leur traçait l’ctat du marche. Ceux-ci se verront alors surchargés de produits qu il leur
sera impossible d’écouler.
La situation qui résultera de cet excès de prodiiclion, de cette surproduction, sera fâcheuse; elle pourra meme devenir grave. La circulation s’arrêtera. Les capitaux, rendus immobiles dans les mains des producteurs, sous forme de produits achevés mais impossibles a ecouler, cesseront de fournir au travail l’aliment qu’ils lui don-
liaient d’ordinaire. Le travail sera donc forcément suspendu pour toutes les industries où la production aura été exagérée. Les ouvriers de ces industries, privés de leurs salaires, ou du moins d’une grande partie de leurs salaires, seront dans la nécessité de restreindre leurs consommations. Toutes les industries dont ils étaient les consommateurs se verront donc, à leur tour, arrêtées dans leur mouvement régulier par le défaut de débouchés. Le mal ira de la sorte se propageant d’une industrie à l’autre, et finira par jeter dans la société une perturbation d’autant plus intense que les excès de production qui ont rompu l’équilibre des échanges auront été poussés plus loin.
Ces mêmes effets se produiraient, si l’équilibre des échanges était rompu parce qu’une ou plusieurs des industries de la société ont cessé subitement de produire la somme d’utilités qu’elles produisaient d’ordinaire. C’est ce qui arrive dans les années de mauvaises récoltes. Les produits des industries manufacturières deviennent alors surabondants relativement aux produits de l’industrie agricole. Les producteurs de l’ordre agricole, ouvriers, fermiers, propriétaires, étant dans la gêne, ne peuvent plus acheter comme auparavant les produits manufacturés qui manquent de débouchés. Encore une fois l’équilibre des échanges est rompu, de sorte que les difficultés qui ont leur source dans un déficit de la production ne sont pas moindres que celles qui ont leur origine dans l’exagération de la production.
Surabondance générale des produits. — Que plusieurs des grandes industries d’un pays poussent à l’excès leur production et se trouvent, par suite de cet excès même, dans la nécessité de la restreindre subitement ;
LES CRISES ÉCONOMIQUES. 20r.
comme ceux qu’elles occupent sont les consommateurs de presque tous les produits du travail national, quand le salaire leur manquera et que leurs consommations s arrêteront, les débouchés se fermeront pour la plus grande partie des industries qui se partagent l’activité de la société, et ces industries souffriront, par contre-coup, à des degrés divers, du même mal dont souffrent les industries qui sont la cause première du désastre.
Il pourra arriver aussi, mais plus rarement, que tous les produits surabonderont sans qu aucune pertuibation soit survenue dans la production. Il en sera ainsi toutes les fois que la consommation liabituelle de la société s’arrêtera tout d’un coup. N’est-ce pas ainsi que les choses se sont passées lorsque la révolution de février, épouvantant tout d’un coup, par le triomphe de la démagogie, une société qui vivait dans la plus profonde sécurité, les consommations s’arrêtèrent instantanément, de façon que tous les produits, même les produits agricoles, se trouvèrent avilis, et qu’une affreuse détresse remplaça, pour les classes ouvrières, f aisance dont elles jouissaient quel- (jues semaines auparavant!
Les crises économiques. — D’une façon ou d’une autre, ces sortes de perturbations se produisent assez fié- (piemment dans les sociétés contemporaines. Quand elles ne sont que partielles, elles peuvent avoir pour résultat de jeter certaines classes dans un état de souffrance qu il faut sans doute chercher à atténuer et à abréger, mais qui n’est point un mal dont la société ait à s’alarmer. 11 est impossible, au milieu des complications que fait naître 1 extension des relations commerciales, alors que ceux qui opèrent les échanges ne sont plus directement en présence les uns
des autres, et qu’ils se trouvent au contraire à de grandes distances, il est impossible que l’on puisse toujours, sur tous les points et pour tous les genres de travail, proportionner exactement la production aux besoins du marché. Habituellement il y aura, dans la plupart des productions, un certain état de fluctuation entre la surabondance et le déficit, duquel résulteront, pour tous ceux qui sont engagés dans ces productions, des embarras plus ou moins sérieux. Quand ces embarras ne dépassent pas une certaine limite, on peut les considérer comme inséparables de la condition même de la vie humaine, où rien n’est certain et absolument assuré, la Providence n’ayant pas voulu que, sur cette terre où il ne doit passer que quelques Joui’s, l’homme pût jouir en rien d’une inaltérable sécurité. Les incei'titudes, les difficultés, les obstacles se rencoiilrcnl partout dans notre existence. On les voit même grandir et s'étendre à mesure que grandissent et s’étendent les puissances de notre vie. C’est ainsi qu’à raison même des progrès de récliange les complications qui l’accompagnent ne font que se multiplier et s’aggraver. Ce n’est que par un redoublement de vigilance et de sagesse qu’on parvient à les prévenir ou à en atténuer les fâcheuses conséquences. Quand cette vigilance et cette sagesse font défaut, le mal prend les proportions d’un désastre; il a reçu dans le langage de notre temps un nom qui en exprime énergiquement la gravité : il s’appelle une crise.
Les crises ne sont pas toujours la suite des fautes de riiomme. Des événements au-dessus de sa volonté peuvent en être la cause. Une année de mauvaise récolte jettera la société dans une crise dont les elîets pourront se faire sentir longtemps sur la condition des masses. Mais alors