LES CRISES ÉCÜNO.MIQUES
même que le fait de l’homme n’est pour rien dans les origines de la crise, la direction imprimée par la volonté humaine au mouvement des affaires, au moment où elle éclate, exercera une influence considérable pour en atténuer ou en aggraver les conséquences. Qu’une crise alimentaire afflige une société où tous les travaux sont bien distribués, toutes les industries solidement assises, où rien n’est factice ni hasardé dans les entreprises, cette crise, sans doute, ne se traversera pas sans peine, mais les maux qu’elle aura causés pourront presque toujours se réparer assez promptement. Au contraire, quand une crise de cette nature tombe sur une société mal assise dans l’ordre industriel, l’ébranlement qu’elle imprime y fait des ruines que l’on ne répare pas de longtemps.
Les crises qui laissent les traces les plus profondes et les plus douloureuses sont celles qui ont pour cause l’exagération extravagante de certains genres de travaux et de I>roduction, sous l’empire d’une passion aveugle pour le gain. Ces sortes de crises affligent périodiquement nos sociétés. Par elles, l’équilibre des échanges se trouve si gravement compromis, que ce n’est souvent qu’après de longues année d’affreuses souffrances pour les classes ouvrières qu’on le voit à grand'peine se rétablir.
Quand la passion des jouissances matérielles s’est emparée des âmes, et que les hommes portent dans cet ordre de choses cette puissance d’aspiration et d’action dont Dieu les a doués pour un plus noble but, il leur faut, à tout prix et sur l’heure, conquérir la richesse et, avec la richesse, les jouissances et l’éclat extérieur qui sont devenus le rêve de leur vie. On consent, pour réaliser ce rêve, à prendre de la peine, mais il faut que cette peine soit
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courlfi fil que le profit soit considérable. Or, tous les genres de travail ne se prêtent pas également à ce rapide développement et à cet accroissement subit de la puissance productive qui fait croire à de faciles et immenses profits. Les industries manufacturières se prêtent à cette illusion. C’est donc vers ces industries que les impatiences maladives du matérialisme contemporain se tournent. C’est en portant de ce côté leurs efforts désespérés qu’elles jettent la perturbation dans l’ordre matériel tout entier, et suscitent dans la société des calamités dont ceux qui n’ont été que leurs instruments sont les victimes les plus cruellement éprouvées. C’est le peuple qui, par la perte de son salaire, paye les fautes des princes de la spéculation. C’est le peuple qui meurt de faim, tandis que les puissants de la manufacture et de la banque vont cbercber, dans de nouvelles aventures, les moyens d’alimenter un luxe qui aggrave, en y insultant, la détresse
de l’ouvrier.
Qui pourra empêcher le retour périodique de cette fiè\re d'industrie et de spéculation d’où sortent tant de maux ? (festdans l’ordre moral qu’est la source du mal, et c’est là qu’il faut chercher le remède. A la place de cet aveugle entraînement vers la richesse, de cette activité inquiète et insatiable qui imprime à la société des secousses accompagnées de tant de misères, mettez les habitudes modestes et renoncées de la vie chrétienne, et le problème sera
résolu.
Notre siècle, tout attaché qu’il est aux jouissances et aux vanités de la richesse, commence à ressentir péniblement le vide que laisse dans les âmes celte ardente préoccupation des intérêts purement matériels. Il sent que