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Premiers seigneurs du Canada, 1634-1664 [microforme]

Le nom de Robert Giffard ouvre la liste des seigneurs du Canada qui ont été les fondateurs de ce pays. Je me tairai sur les seigneurs qui n'ont rien fait, ou à peu près rien fait, et qui, par conséquent, n'occupent point la place d'honneur dans nos annales.

Ma conférence de l'année derniére a fait voir que la population stable du Canada se réduisait à très peu de familles en 1629, au moment où les frères Kerth s'emparèrent de Québec.

En vertu de leur charte (1627) les Cent-Associés avaient le pouvoir de créer des fiefs ou seigneuries dont les concessionnaires étaient soumis à l'obligation d'établir des habitants. Le seigneur devait done posséder quelques ressources, être prêt à de certains sacrifices et s'en tenir, pour le résultat, aux chances de l'avenir, autrement dit escompter son temps, son argent, son travail. Comme privilège, cette situation était des plus minces ; elle se bornait à accepter un devoir et à le remplir dans l'espérance d'en retirer, après une assez longue suite d'années, des bénéfices solides.

Un médecin nommé Robert Giffard, né en 1587, à Mortagne, en Perche, et attaché aux navires qui faisaient le voyage annuel du Canada, s'était construit (1627) une cabane près de Québec, à l'endroit appelé la Canardière (à Beauport) pour jouir de la chasse et de la pêche. Un homme appelé Dumoulin et un autre Français, domestique de madame veuve Louis Hébert X, furent assassinés, par les Kauvages, en ce Dieu, l'année 1627; il est fait mention à ce propos qu'ils avaient été pris pour le boulanger et le serviteur du docteur Gitlard, ce qui ferait croire que ce dernier n'était point seul dans cette espece de gentilhommiere. En 1628, revenant de France sur le navire du sieur Claude de Roquemont, le futur seigneur de Beauport fut capturé par Louis Kerth avec tout l'équipage, mais, retourné dans son pays. il se prépara, en vendant ses biens, à revoir la Nouvelle-France et S'y établir, Le traité de Kaint-Germain (1632) rendit ses projets praticables. En 1633, il épousa Marie Renouard. Le 15 janvier 1634, la compagnie des Cent-Asseciés Tui concéda ltterre située à “la rivière appelée Notre-Dame de Beauport. De ce jour date la première seigneurie du Canada véritablement digne de ce nom. Gitlard invita des fermiers, des artisans et des laboureurs à le suivre. Par des actes passés à Mortagne, il S'obligea à leur distribuer des terres, en leur imposant des conditions faciles. Voici les noms de la plupart de ceux qui se joignirent à lui pour former l'établissement : Jean Jucherean, sieur de Maure, du diocèse dé Chartres, marié à Marie Langlois; quatre enfants. Marin Boucher, natif de Langy, près Mortagne, sa femine Périnne Malet et deux enfants. Gaspard Boucher (cousin de Marin), sa femme Nicole Lemaine et cinq enfants. Zacharie Cloutier, natif de Mortagne,

En 1626, Louis Hébert avait obtenu une terre sur la rivière Saint-Charles, près Québec. Ce premier colon

du Canada mourut l'année suivante,

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132 BENJAMIN SUITE SUR LES sa femme Xainte Dupont et quatre enfants. Thomas Giroux, de Mortagne. Jean Guyon, de Mortagne, et sa femme Madeleine Boulé. Un autre Jean Guyon, du même lieu, sa femme Mathurine Robin et six enfants. Noël Langlois, natif de Normandie, marié, à Québec, le 25 juillet 16%4, avec Françoise Garnier. Toutes ces familles se sont développées et répandues dans la colonie; les Juchereau et les Boucher ont brillé dans notre histoire. Giflard arriva en vue de Québec avec ses gens le 4 juin 1634. I amenait un prêtre: M. LeSueur de Saint-Sauveur. Le 12 juin, madame Giffard mit au monde sa premiere enfant, Françoise, qui se maria (21 novembre 1645) avee Jean Juchereau, sieur de la Ferté, âgé de vingt ans Sans perdre de temps, on construisit des maisons, les arbres de la forêt tombèrent sous la hache des défricheurs et, dès l'année suivante, les habitants récoltaient de quoi se nourrir. En même temps (1633) plusieurs familles de celles qui s'étaient engagées à suivre M. Giflard débarquèrent à Québec : François Aubert, sa femme Anne Fauconnier et un enfant, Philippe Amyot, sa femme Anne Convent et deux enfants. Robert Drouin qui (1636) épousa Anne, fille de Zacharie Cloutier. Jean Côté, marié le 17 novembre 1655, avec Anne, fille d'Abraham Martin, ancien résident de Québec. Martin Grouvel, marié le 20 novembre 1635, avec Marguerite, fille de François Aubert.

Giffard travailla trente-quatre années, avec succes, à sa colonie de Beauport, qu'il laissa en pleine prospérité, après avoir inarié trois de ses filles à Jean Juchereau, Charles de Lauson, Nicolas Juchereau, et vu entrer religieuse aux ursulines sa quatrieme fille. Kon fils Joseph, sieur de Fargy (anagramme de Giflard, Gyfar) hérita de ses droits.

En suivant l'ordre des dates, qui est la meilleure méthode pour lhistoire, nous rencontrons le deuxième seigneur canadien, Jacques Leneuf, sieur de la Poterie, natif de Caen, qui requt (15 janvier 1636) le fief, plus tard baronnie de Portneuf. L'arrivée de ce concession naire (11 juin 1636) accompagné de quarante-cinq personnes, fut un événement à Québec. Comme sa famille et celle de LeGardeur, son parent, se fixerent partie à Québec et partie aux Trois-Kivieres, nous ne saurions dire quelle proportion de gens amenés par elles s'établirent d'abord à lortneuf, mais il est certain que leurs travaux ne furent pas infructueux. Portneuf était habité tres-peu d'années après 1636, comme le prouvent le Journal des Jésuites (1645) et le titre de concession renouvelé en 1647 par suite de changements survenus dans l'administration du pays en général. Leneuf de la Poterie fut quatre fois gouverneur des Trois-Rivieres ; plus tard (1665) gouverneur du Canada par intérhn: ileut des propriétés seigneuriales aux Trois-Rivieres. Son fils, Michel Leneuf de la Vallicre, officier dans les troupes, fonda Beaubassin en Acadie, reçut la seigneurie d'Yamaska. et sa descendance donna des nrilitaires au Canada jusqu'à l'époque de la conquete.

La concession de l'ile d'Orléans remonte à la même date que eclle de Portneuf. Elle fat fait au sieur Jacques Castillon, bourgeois de Paris, Fun des Cent-Asociés. préte-non d'un syndicat composé de huit personnes, parmi lesquelles MM Jean de Lauson et Noel Juchereau, sieur des Chatelets, paraissent être les seules qui soient venues en Canada. En 1641, l'ile fut offerte à M. de Maisonneuve qui préféra se rendre à Montréal avec ln petite troupe qu'il avait amenée, Los prenniers colons Semblent Sv étre établis vers 1648. Bientot apres, on y installa les Hurons chassés du Haut-Canada par les Froquois colons français Se placerent là en bon nombre de 1650 à 1665 ot dix années plus tard elle était toute habitée. Noel Juchereau des Chatelets (frere de J

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call Ju hereau ci-dessus),

to ‘de: à sn fa à lé , { , ‘ Jacques Gourdeau et sa fonme Eléonore de Grandinaison. ( harles de Lauson, fils de Jean

gouverneur du Canada, Julien Forti it Bellefontaine ‘y ï en Fortin dit Bellefontaine, Mer, de Laval. Louis Péronne

sieur de Mazé, membre du conseil, Jacques Descailhaut sieur de la Tesserie, membre du conseil, Jean-Baptiste Peuvret sieur de Mesnu, greffier du conseil, en ont été les premiers seigneurs actifs.

Même jour (15 janvier 1636), Antoine Cheflault, sieur de la Regnardière, secrétaire des Cent-Associés, reçut toute la côte de Beaupré, mesurant seize lieues au fleuve à partir de la seigneurie de Beauport en descendant. Des colons se fixèrent dès 1640, entre les terres de Robert Giffard et le cap Tourmente, C'est un des endroits du Canada qui vit sa population se former le plus rapidement. M. Cheflault demeurait à Paris, mais il semble que, conjointement avec les propriétaires de l'ile d'Orléans, il ait envoyé plusieurs colons occuper les belles prairies de ce grand fief.

Même jour, la côte de Lauson fut accordée à noble homme Simon Lemaitre, conseiller du roi, l'un des C'ent-Assoriés, lequel ne vint point en Canada, mais passa bientôt son titre à M. Jean de Lauson. Il y a apparence que, de 1651 à 1660, plusieurs familles prirent des terres dans cette direction, si l'on en Juge par la présence des Lauson à Québec durant cette période et par le recensement de 1667.

Jean Bourdon, ingénieur, arrivé de France en 1634, obtint en 1637 un fief qui forme partie de ce l'on nomme les plaines d'Abraham près Québec, Il y établit bientôt des habitants. Bourdon se trouva mêlé, pendant trente ans, aux affaires de la colonie, à plusieurs titres honorables. Ses enfants servirent dans l'armée, exploitèrent avec avantage les seigneuries qu'il avait reçues et furent des Canadiens distingués dans toute l’acception du mot.

C'est aussi en 1637 que les Grondines furent concédées aux dames hospitalières de Québec, et quoique nous n'ayons point découvert de trace d'habitants de ces lieux durant les premières années qui suivirent, tout porte à croire qu'il y en eut quelques-un avant 1660, car de là, en descendant jusqu'à Québec, les Iroquois commnirent à cette époque de nombreuses déprédations, d'après les récits du temps.

Le fief Chavigny de la Chevrotière, plus tard enclavé dans Deschambault, fut donné, en 1640, à François de Chavigny sieur de Berchereau, gentilhomme champenois, qui venait d'épouser mademoiselle Eléonore de Grandmaison et qui partait pour le Canada. Il remplit consciencieusement sa promesse de faire habiter ses terres ; sa veuve obtint une extension de limites et continua son œuvre, tant à Deschambault qu'à l'ile d'Orléans. De l'un de ses quatre maris cette femme courageuse a laissé la famille Gourdeau favorablement connue encore de nos jours aux environs de Québec, surtout à l'ile d'Orléans où elle a imposé son nom à un fief

Voilà done huit seigneuries concédées avant 1641 et qui toutes, ont Québec pour centre. Comme elles furent habitées sans presque aucun retard, leur histoire est celle du commencement de la colonisation du groupe québecquois. J'ai omis les concessions suivantes, appartenant à l'époque parcourue jusqu'ici parce que la certitude de leur mise en valeur immédiate nous manque: 1626, l'Epinay, près Québec, à Louis Hébert ; Notre- Dame-des-Anges, près la riviere Naint-Charles, aux récollets : 1655, Nainte-Foye à M. Pierre de Puyseaux ; et Nillery (1639) où les jésuites établirent une mission sauvage qui dura quelques années,

En 1640, la population stable de tout le Canada comptait soixante-et-quatre ménages constatés (peut-être soixante-et-dix)—soit deux cent soixante-et-quatorze âmes, auxquelles il faut ajouter vingt-neul jésuites et cinquante-trois fonctionnaires civils où militaires ou commis, formant un grand total de trois cent cinquante-neuf âmes.

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