‹ Premiers seigneurs du Canada, 1634-1664 [microforme]Chapitre 2 sur 3 · BENJAMIN SULTE SUR LES · texte numérisé non relu

BENJAMIN SULTE SUR LES

L'ile de Montréal avait été accordée, en 1636, à Jacques Girard, chevalier, seigneur de la Chaussée, mais en 1640, M. Jean de Lauson qui la possédait, dut la céder à une compagnie dont l'objet était de fonder une bourgade en ce Dieu, tant pour la conversion des Sauvages que dans le dessein d'y attirer des colons français. La société dite de Matte devint, quelques mois plus tard, une branche du séminaire de Saint-Sulpice, fondé à 1 aris (nai 1642). En méme temps, M. de Maisonneuve débarquait à Montréal avec sa colonie forte de quarante hommes. Les sulpiciens, selgnetrs de l'ile, déboursèrent de fortes sommes dans l'établissement des paroisses qui relevaient d'eux. TS furent véritablement les fondateurs de cette partie du Canada.

Bien que la première concession connue aux Trois-Rivières date de 1633 (en faveur de Jacques Hertel, interprète) et que les six cents arpents de terre accordés aux jésuites en 1634 commencent l'histoire du papier terrier en eet endroit, on ne rencontre anienit set gneur dans le bourg ou les environs avant Jean Godefroy qui prit (1638) un fief au sud du fleuve (à la rivière Godefroy aujourd'hui). Bientot Jacques Hertel se fit donner (16H) l'Arbre-à-la-Croix, dans le cap de la Madeleine, et Jacques Leneuf de la Poterie (1645) le petit marquisat du Sablé, compris dans la ville actuelle,

Ces trois personnages, dont deux (Hertelet Godefroy) nous ont occupé l'année derniere, furent les chefs du mouvement colonisateur aux Trois-Rivicres. Jacques Le Neuf de la Poterie était, comme Godefroy et Hertel, de la Normandie: de plus, sa sœur avait épousé (1636) ce même Godefroy, l'un des hommes de progrès de son temps. Hertel et Godefroy ont fondé plusieurs seigneuries.

M. de Montmagny, gouverneur général, reçut, en 1646, Pile aux Oies, l'ile aux Grues et le fief de Montmagny (Rivière du Sud). Le voisinage de la ville de Québee facilita la colonisation de ces beaux endroits, les plus attirants du Bas-Canada. Après M. de Montmagny, l'ile aux Oies devint propriété de Jean-Baptiste Moyen, sieur des Granges, qui Y transporta sa famille et S'y consacra à la culture au milieu de plusieurs habitants ou censitaires; c’est là qu'il fut tué, avec sa femme, en 1653, par les Troquois. Deux de ses filles épouserent, l'une le major Lambert Closse et l'autre le capitaine Kidrac Dagué de Boisbrillant, ofliciers dont nos annales font les plus grands éloges.

Aux Trois-Rivieres, M. François de Champilour, gouverneur du poste, voulut (1646) utiliser les riches terrains de Ta haute-ville. On lui donna le fief Champtlour, sur lequel il commença des travaux, mais sa retraite Fayant obligé de repasser en France, la famille Le Neuf l'acheta (1649), puis M. Pierre Boucher (1660), et de ces trois mains il ne tarda point à recevoir des habitants. Pierre Boucher prit de bonne heure trois où quatre concessions qui ne paraissent pas avoir été peuplées avant 1669: 51 fut le premier Canadien anobli (1661). Sa descendance à fourni au Canada une dizaine de svigneurs et douze ou quinze officiers.

Le cap de la Madeleine parait avoir été promis aux jésuites des 1645: es premiers colons s'y établirent en 1651. C'est l'une des rares seieneuries des jésuites qui ont été colonisées au dix-septième siècle, Celle de Laprairie, qui fut accordés à cet ordre relisieux en 1647, resta en friche durant de longues années et ne commenca à recevoir des cultivae teurs que vers 1673, alors que Longueuil, sa voisine, était déjà prospere,

Gentilly, concédé (1647) à Pierre Lefebvre et à Nicolas Marsolet, passa (1660) à Michel Pelletier, sieur de la Prade, qui s'y fixa et amena des colons.

n 1 >: Pelletier eut pour successeur François Poisson, fils de sa femme (veuve de Jean Poisson) qui se montra digne de l'héri-

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tage de son beau-père, Quant à Marsolet (nous en avons parlé l'année dernière) il traversa au nord du fleuve et occupa les prairies dites des Muarsolets, dans le cap de la Madeleine, Pierre Lefebvre tenait un rang honorable aux Trois-Rivières et fut l’un des principaux citoyens qui contribuërent à l'érection de la première église paroissiale de cette ville (1664). Sa nombreuse descendance formerait aujourd'hui un régiment, L'un de ses fils, Javques, se fit donner (1683) la seigneurie qui porte encore son nom : la baie du Febvre. Lefebure, Le Fevre et Le Febvre sont un seul et même nom

René Robineau de Bécancour, fils d'un trésorier de l'armée et membre des Cent-Associés, était dans le pays depuis 1645 au moins. La seigneurie de Bécancour lui fut concédée en 1647, Il épousa Mile Le Neuf de la Poterie qui lui apporta le fief de Portneuf où il fixa sa résidence, Vers 1682, ce fief fut érigé en baronie. Jusqu'à la conquête (1760) le chef des Robineau a porté le nom de baron de Portneut. René s'établit à Portneuf, puis à Bécancour ; il est souvent cité avec le titre de baron de Bécancour. Quatre ou cinq des fils de René ont commandé en Acadie; eux et leurs descendants fournirent au Canada une dizaine d'officiers.

Pierre Le Gardeur de Repentigny, arrivé en 1636, était de ceux qui s'employaient le plus activement au commerce, tout en faisant corps avec les colons. Il descendait de Jean Le Gardeur de Croisilles, anobli en 1510, Les fiefs Cournoyer et Repentigny qu'il reçut en 1647, passèrent à sa famille (il était mort en 1648) qui les peupla. Les Le Gardeur ont fourni de brillants officiers à la colonie jusqu'au temps de la conquète.

Un terrain d'une lieue de front au fleuve sur cinq lieues de profondeur, communément désigné sous le nom de banlieue des Trois-Rivières, fut donné, en 1649, à Michel Le Neuf du Hérisson, frère ainé de Jacques Le Neuf de la Poterie, et plus tard passa aux Godefroy qui le laissèrent établir par des squatteurs dont les titres furent reconnus vers 1720. On peut dire que cette seigneurie s'est créée sans la direction du seigneur et par là elle constitue une exception dans notre histoire. Le fief Dutort, au sud du fleuve, parait avoir été concédé en 1649 à Michel Le Neuf du Hérisson, qui le passa à son neveu Michel Godefroy.

Madame Anne Gagnier, veuve de Jean Clément du Vault, chevalier, seigneur de Monceaux, commandant un régiment de chevaux-légers, demeurait à Québec lorsque (1649) la compagnie des Cent-Associés lui concéda le fief qui prit le nom de Menveaux et plus tard Jacques-Cartier, à la riviere de ee nom. La même année, sa fille épousa iv ais-Foseph Ruette d'Auteuil, ancien maitre d'hôtel général du roi, qui demeurait dans la cosonie et qui, pendant de longues années, prit une part active aux aflaires de l'administration, en qualité de conseiller, ete. Madame de Monceaux se maria (1655) avec l'ingénieur Jean Bourdon, l'un des homme les plus habiles de son temps dans le pays.

Jean Bourdon concéda Sainte-Jeanne de Neuville en 1653 Ce fut l'une des belles paroisses de la première époque de nos seigneuries.

La famille Lauson prenait des terres sur tous les points de Ia contrée. Elle n'en a colonisé qu'une seule: la côte de Lauson, vis-à-vis Québec, et un petit fief (Lirec) dans l'ile d'Orléans. Ce qui lui en restait, vers 1690, fut vendu moyennant quelques francs. Les Lauson étaient alors ou décédés où repassés en France.

Pour des fins de pêche et de traite, plutôt que de colonisation, le docteur Robert Gitlard obtint (1653) la seigneurie de Mille-Vaches, près du Saguenay. Giffard avait récemment étendu les limites de Beauport et se voyait à la tête de la plus belle paroisse du Bas- Canada.

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