‹ Premiers seigneurs du Canada, 1634-1664 [microforme]Chapitre 3 sur 3 · BENJAMIN SULTE SUR DEN · texte numérisé non relu

BENJAMIN SULTE SUR DEN

Le premier titre de la terre de Longuenil date de 1657, en faveur de Charles Le Moyne, qui habitait alors la colonie depuis seize ans. Par ses longs services et par les exploits militaires de ses fils, Le Moyne a laissé un nom éclatant dans notre histoire. I suflit de nommer d'Iberville, Maricour, Sainte-Hélène, Châteauguay, Bienville, pour rappeler à la mémoire du lecteur mille souvenirs de gloire et de triomphes,

Un officier des troupes, Étienne Pezard, sieur de la Touche, venu en 1662 où 1663, se fit accorder (1664) la seigneurie de Champlain, entre Batiscan et Je cap de la Madeleine, et y fixa des habitants dont il dirigeait lui-même les travaux, comme le faisaient tous les seigneurs que nous avons nommés ci-dessus. L'un de ses fils fut tué au combat de Beauport, en 1690; l'autre continua la lignée, qui existe encore et qui porte le nom de Champlain.

ën 1650, la colonie ne renfermait guère plus de six cents âmes établies. En 1651, les Iroquois étaient devenus tellement nombreux dans l'ile de Montréal, que l'on dut abandonner les cinq ou six maisons habitées par des familles françaises et chercher un refuge dans le fort. Nur les soixante-et-douze hommes venus de France dans ce poste, entre les années 1641 et 1653, trente-deux avaient péri de la main des Iroquois. Les ménages restant à Montréal, à la date de 1652, étaient de douze on quinze, et toute la population française de l'ile ne dépassait point cent âmes.

En 1653 (avant l'arrivée du renfort que reçut Montréal), toute la population fixe du Canada devait être de six cent soixante-et-quinze âmes, distribuées comme suit: Québec 400, Trois-Rivières 175, Montréal 100. On peut ajouter cent cinquante ou deux cents personnes, telles que missionnaires, employés de la traite, ete. Cela ne fournissait pas même deux cents hommes en état de porter les armes—et les Troquois continuaient leurs massacres.

De 1652 à 1656, une quinzaine de colons s'établirent à l'ile d'Orléans. Les scigneuries groupées autour de Québec ont dû recevoir de deux à trois cents personnes de 1634 à 1661, Aux Trois-Rivières nous constatons soixante nouveaux chefs de famille durant la méme période. À Montréal, cent hommes s’établirent, l'automne de 1653: dans les années 1638 et 1659 on en compte près de deux cents nouveaux et une quarantaine de jeunes filles,

Si nous ajoutons le contingent amené en 1662 par M. Pierre Boucher, on voit que le pays renfermait, au commencement de 1665, entre deux mille et deux mille cinq cents âmes, car il faut tenir compte des naissances survenues durant les dix dernieres années. Quant à la population flottante, dite “française,” elle était insigniliante sous le rapport du nombre. Le recensement de 1665 donne trois mille deux cent quinze mes: inais les immigrants commençaient à être beaucoup plus nombreux depuis trois ans.

L'abolition de la compagnie des Cent-Associés (février 1663) mettait fin au ‘“gouvernement propriétaire.” La liste des premiers seigneurs du Canada doit se clore ji. A Ja fin de l’année 1664, c'est-à-dire au moment où le nouveau régime allait commencer solxante-et-cinq seigneuries avaient été octroyées, outre plusieurs petits fiefs sans Sands importance pour notre étude. Je n’en ai mentionné que vingt-cinq où vingt-six, parce que celles-là n’ont pas été des concessions sur le papier seulement. Parmi les autres, il en est qui ont été peuplées en partie, grâce au seigneur promitif, il est vrai, mais apres 1665,

Les seigneurs effectifs qu'il faut ranger dans la période de 1633 Jacques Hertel, les jésuites, Robert Giffard. Jacques Le Neuf de | Jean Bourdon, les dames Hospitalières, Jean Godefrov. François de Chavigny, la société de Montréal et Saint-Sulpice, M. de Montmagny, François de | :

a 1664 sont donc :

a loterie, Jean de Lauson.

Champiflour, Pierre Lefevre,

rm

Nicolas Marsolet, René Robineau, Pierre Le Cardeur, madame de Monceaux et Denis-Joseph Ruette d'Auteuil, Pierre Boucher, Charles Le Moyne, Étienne Pezard de la Towhe, Il paraitrait que ni Jacques Castillon ni Antoine Cheffault n'ont demeuré duns le pays, mais ils y entretenaient des agents.

Ni nous divisons ces seigneuries par gouvernements, comme on s'exprimait alors, nous trouvons dans celui de Québec : Montmagny, Lauson, l'ile d'Orléans, l'ile aux Oies, Beaupré, Beauport, la banlieue de Québee, Jacques-Cartier, Neuville, Portneuf, Deschambault, Grondines; dans celui des Trois-livicres : Champlain, l'Arbre-à-la-Croix, le cap de la Madeleine, le coteau St-Louis, Hertel. Champilour, Gentilly, Cournoyer, Dutort, Bécancour ; dans celui de Montréal: l'ile de ve nom, Repentigny, Longueuil.

Dans une étude aussi concise, je ne saurais m'étendre sur une foule de détails qui se rattachent à l'histoire des fondateurs du Bas-Canada. Qu'il suflise de nous arrèter un instat au mot ‘“ seigneur,”

Devenir propriétaire de deux lieues de terre de front au fleuve, sur deux où quatre lieues de profondeur, était chose facile : toutefois il y avait des obligations à remplir; la principale consistait à établir, dans un temps prescrit, tel et tel nombre de colons ou habitans tenant feu et lieu, ce qui nécessitait des sacrilices d'argent et l'attention continuelle du seigneur, Les redevances que les habitants se trouvaient obligés de payer au seigneur étaient des plus minimes-—-]a loi protégeait surtout l'habitant, Il est vrai que, à la longue, les terres devenant toutes peuplées dans la seigneurie, le seigneur en retirait un revenu raisonnable, mais que d'années et de sacrifices avant d'en arriver là! À tous les points de vue, le seigneur était moins favorisé que l'habitant. Ni l'on songe que, durant les temps héroiques (de 1636 à 1663) la colonie a végétée, par suite de la guerre des Iroquois et de la coupable apathie des Cent-Associés, on ne peut que révérer le souvenir des vingtquatre où vingt-cinq seigneurs mentionnés plus haut, car tous ont contribué à l'établissement du Canada et aucun d'eux n'a recueilli, du moins avant 1665, la récompense de son patriotisme et de son dévouement,

Sec, L, 1883. IS.

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