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LA 13 E N I C H 0 N

MILAN, LOME, SPLUGEN.

gâteaux, dont la promesse remonte à ce jour où, après avoir sorti heureusement son monde d’un dangereux passage, il se trouva si content qu’il aurait offert une collation à tout l’univers.

De Fribourg à Vevey, voitures : c’est notre usage invariable. Déjeuner à Bulle chez le père Magnin ; c’est notre usage aussi, qui variera, car pour la seconde fois nous y avons faim. D’ailleurs le père Magnin ne se montre plus, et la mère Magnin a l’air aussi linceul que le roi de Hongrie.

Tout le long de la route nous voyons les préparatifs des danses champêtres : des planchers dans les vergers, des clarinettes qui se rendent au village voisin en compagnie de la grosse basse, des charretées de paysans et de jeunes filles en habits de fête. C’est à cause de la Bénichon. La Bénichon, ce sont trois jours de gala, les seuls de toute l’année où il soit permis de danser sans permission dans tout le canton de Fribourg.

Nous arrivons à Vevey assez tôt pour assister à un splendide coucher du soleil. Gieux, montagnes, lac, tout se dore : et le calme de l’air, la paix du soir, le charme du repos, font de cette scène comme le beau couchant du joli voyage dont l’aurore fut si pluvieuse.

Après souper, notre camarade A. Prover offre un punch première qualité à la caravane, qui y noie le mieux du monde tous les soucis qu’elle n’a pas.

Il ne nous reste plus qu’à laisser faire le Léman , qui nous porte dans nos foyers, où nous arrivons en proie à toutes les horreurs de la faim. C’est la faute, non pas de M. Tôpffer, qui s’y est pris dès Lausanne pour retenir des vivres, mais du restaurateur du Léman , qui s’y est pris dès Lausanne aussi pour nous jouer en les donnant à d’autres. « Cela va être prêt, » répondit-il à nos demandes, jusqu’à ce qu’à la hauteur de Nyon il ôte son masque pour dire : « Je n’ai plus rien à vous donner; » ce qui n’est pas môme vrai. Il parle anglais, ce restaurateur. 11 sert admirablement les familles anglaises. 11 sert très bien aussi certaines personnes choisies; mais on devrait rencontrer sur

les bateaux à vapeur des restaurateurs qui servissent chacun pour son argent, puisque enfin chacun, et un écolier surtout, est exposé à avoir faim.

Arrivés dans nos foyers, nous déposons nos sacs et nos blouses, pour les reprendre, s’il plaît à Dieu, l’an qui vient.

âmes, que vous employez à se traîner de sujet en régime ou de lemme en corollaire, libres et affranchies, s’élèveront d’elles-mêmes à l’auteur des merveilles étalées sous nos yeux!... Mais Bourdon est incorruptible, Noël aussi, et un vocabulaire qui se laisse séduire par un écolier, c’est ce qui ne se voit pas.

Et c’est bien heureux ! car autrement, figurez-vous quelle vie feraient les écoliers; figurez-vous les vocabulaires méconnus; Bourdon et Legendre grimpant les Scheidegg, tout essoufflés; Noël, Blignières et consorts jetés dans un précipice, pour en finir! Figurez-vous notre admirable civilisation, qui ne peut plus se passer, pour un instant seulement, de millions d’hommes apprenant dès le collège des centaines d’arts et de sciences, arrêtée, détruite, et le genre humain rebroussant à grands pas vers l’âge d’or! Car l’âge d’or, ce fut, à proprement parler, l’âge où l’on se passait de régime et de sujet, d’arts et de sciences, de lemme et de corollaires, de latin et même de français ; la société cheminait sans cela, et sans vapeur aussi. Les pères et mères allaient, il est vrai, cueillir des fruits et traire les vaches; mais les grands-pères et les mèresgrand demeuraient assis sous le porche des cabanes, et, quant aux enfants, ils s’élevaient sur le pré. L’hydraulique, c’était de boire aux sources; la grammaire, c’était de parler patois ; l’algèbre, c’était de nombrer sur ses doigts ; l’astronomie, c’était d’admirer le soleil et de compter les lunes ; la mécanique, c’était de charger des gerbes sur ses épaules, et la botanique, de se couronner de fleurs. La physique, la chimie, l’archéologie, la numismatique, la paléographie, la dialectique, la politique, la rhétorique, la tactique, la plastique, la thérapeutique, l’apologétique, la linguistique, la critique, le classique, le romantique, les bitumes et les chemins de fer, c’était de tondre les moutons, de tisser la laine, de marcher devant soi, de s’asseoir à l’ombre, d’attendre les saisons, de laisser courir les rivières, d’adorer le bon Dieu, et de mourir de vieillesse après avoir vécu paisibles au sein d’une prairie ou sur la lisière d’un bois.

C’est ce temps-là qui reviendrait bien vite si jamais les écoliers, égarés par leur instinct, venaient à jeter dans un précipice Noël, Blignières et consorts,

bilité et de ne pratiquer leurs fonctions q d’alguazils.

pour s’emparer ensuite du gouvernement du monde. Mais, outre l’instinct, les écoliers lisent Télémaque, ils connaissent leur Bétique, ils ont pour eux Fénelon!... C’est donc aux gouvernements d’v prendre garde, c’est aux maîtres et instituteurs de veiller aux intérêts de notre civilisation; c’est à Noël, à Blignières et consorts de redoubler d’incorruptiu’armés jusqu’aux dents et soutenus

CHAMOUNIX, L’OBERLAND, LE RIGHI

Ceux qui ont lu, et vu surtout, notre précédente relation, savent que la Bourse commune (cette Bourse qui fournit aux dépenses de nos excursions) semBla périr d’inanition à la fin du voyage de l’an passé, et qu’à ces causes elle fut portée en terre. Par BonReur, comme on la portait en terre, elle revint à elle, et, se voyant entre les mains d’un croque-mort, elle rossa ce pauvre homme si BorriBlement, qu’il demeura sur la place, et ce fut elle qui, par Bumanité, le porta en terre, et l’ensevelit proprement dans la fosse même qu’il avait été chargé de préparer pour elle.

Délivrée de son croque-mort, la Bourse commune s’acheminait vers la ville, lorsque, ayant rencontré une source limpide, elle s’assit auprès, et se mit à s’y considérer comme fit Narcisse de son vivant. À la vue de ses charmes détruits et de son embonpoint changé en une diaphane maigreur, elle eut compassion d’elle-mème ; et ayant résolu de se refaire, elle prit le parti de n’entrer point en ville, mais plutôt de se chercher dans la banlieue une retraite économique où elle put vivre de coquilles de noix : car les Bourses communes diffèrent en ceci des simples particulières ordinaires, qu’elles engraissent par les privations, et se refont au moyen d’une abstinence qui tuerait nos Bien portants. La Bourse commune trouva facilement où se priver et s’abstenir dans une de nos petites pensions Bourgeoises ; et rien qu’avec son régime de coquilles de noix , elle se mit à engraisser si Bien et si régulièrement, que déjà en juin dernier elle avait pris l’air de ces grosses réjouies qui tiennent comptoir dans les cabarets de faubourg. Ravie de ce succès, elle se pesait trois fois le jour, en se promettant à chacune de ne plus entreprendre de ces tournées où l’on est exposé à semer sa graisse le long des grands chemins.

Mais, hélas! nos joies ne sont qu’illusion et nos projets que fumée... Voici qu’en août dernier, un jeudi matin,

M. Tôpffer est averti qu’une dame horriblement essoufflée l’attend au salon.

Il y monte aussitôt : c’était la Bourse commune en personne, qui, ayant persévéré dans son régime pendant tout le mois de juillet, se trouvait avoir grossi au point d’en être étranglée dans son corsage et à l’étroit dans sa robe, dont quelques mailles faisaient mine de vouloir sauter prochainement.

Effrayée de son état et honteuse de son obésité, la Bonne dame venait implorer l’assistance de M. Tôpffer. Celui-ci lui promit aussitôt de la guérir au moyen de Beaucoup d’exercice et de quelques saignées ; et c’est pour accomplir cette Bonne œuvre qu’il a mis en train le voyage de 1810, où nous avons visité Ghamounix, l’OBerland et le Righi.

SOURCE DE l’ARVEYRON. —

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