M. Lugardon, de Genève
Eéonidas est bien loin en avant, et jamais sans escorte. Certainement il est des petites fraudes Qui, sans être pieuses, ont du bon pourtant, et terminent les affaiies à la satisfaction générale.
Nous trouvons le chalet de la Handeck rempli de monde : touristes, hommes du pays, guides et buveurs. Parmi les premiers, des gens titrés : un marquis, une marquise ; puis une famille alsacienne, dont le chef est un monsieui que nous trouverons aimable et de bien agréable compagnie; pour l’heure, il joue du flageolet. C’est aimable déjà, et agréable surtout ; mais, je ne sais, la culture persévérante de cet instrument, quelque honorable qu’il soit, et légitime autant qu’un autre, présuppose chez le sujet un esprit légitime autant qu’un autre, et honorable aussi, mais mince, fluet, et de cinq trous percé. Tout d’abord, vous êtes disposé à vous imaginer, que l’ingénieux virtuose a dù consommer quantité d’heures à tourner des salières en ivoire ou des bilboquets en buis; qu’il sait des recettes pour cuire la colle, des procédés pour enlever les taches, une façon de boucler ses souliers, et une autre d’élever des rossignols; d’ailleurs, bon époux, bon père, bon citoyen, parce que ces passions le laissent tranquille, et qu’il n’est rien tel pour être bien sage, que de jouer du flageolet toute la journée. Et voyez un peu comme l’on se trompe ! Notre monsieur alsacien, avec qui nous sommes destinés à passer un jour entier, se trouvera être un négociant d’une conversation nourrie, d’un commerce rempli d’agrément. En même temps, c’est vrai, il sait des chansons drôles, il escamote, il fait des tours, voilà tout ce qu’il a de flageolet dans l’esprit. On dirait un terrain sain et fertile en bonnes herbes, avec de petites fleurs qui n’y gâtent rien. Aussi penseronsnous bien désormais de quiconque joue du flageolet. En jouez-vous ?... moi non plus.
Après un petit rafraîchissement, nous allons visiter la fameuse cascade du lieu, belle dans le genre, à tous les titres, sans compter qu’au rebours des