TRENTE-CINQUIÈME ET TRENTE-SIXIÈME JOURNÉES
An jour, nous sommes sur nos chariots, où W"" Muston nous approvisionne de poires et de noix. Le temps est radieux, la fraîcheur délicieuse, mais notre cocher tire toujours sur la droile. C'est moins dangereux, à présent que le Rhône coule sur la gauche.
A. Martigny, la jeunesse a toujours été ardente et développée. Cela paraît étrange au touriste, qui n'y aperçoit que des visages profondément pacifiques, et beaucoup de crétins dont ce n'est pas l'ardeur qui est développée. Ici Vernon se ruine en emplettes de minéraux, et d'Arbely s'achète une pipe, probablement pour monter en char.
A la Poste, où nous allons descendre, toute une société no-no déjeune avec dédain de thé très-fort et de tartines à l'anglaise. Cette société veut louer un char, et le cocher est là qui, chapeau bas, ne demande pas mieux que d'en finir. Mais un moment. L'orateur de la société, « qui se défié beaucoup de tute la cochè de la continente, » mange tranquillement une tartine entre chacune de ses questions, soit pour avoir le loisir de les bien « colquiouler, » soit parce que chaque réponse du bonhomme lui semble « une grande estratadgem » qui mérite réflexion. De tartine en tartine, pourtant, le marché finit par se conclure.
Nous passons devant Pissevache. Lavey, Saint-Maurice, sont bientôt derrière nous. Voici Aigle, d'où nous partîmes il y a trente-cinq jours pour les Ormonds dessous. Voici enfin Villeneuve, la Croix-Blanche et cette hôtesse qui a un cathaire. Les Simond trouvent ici leurs parents, qui sont venus à leur ren-
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contre et qui s'embarqueront avec nous demain. Grand plaisir, dont tous nous prenons notre part.
Ici le voyage est terminé. Dans quelques heures, arrivés là où nos cœurs sont déjà, il ne nous restera plus qu'à bénir la Providence, qui a permis que nous pussions accomplir sans accident, sans trouble et sans sujet d'inquiétude, une excursion si lointaine et si aventureuse, mais si belle aussi, et qui comptera pour chacun de nous parmi les plus charmants souvenirs de sa vie. Lecteur, je vous serre la main.