‹ Preparatory French readerChapitre 10 sur 51 · LA VIEILLE MAISON. ÎJ · texte numérisé non relu

LA VIEILLE MAISON. ÎJ

heureux et content chez lui,2? et il ne manqua pas de faire un signe amical à son vieil ami chaque fois qu'il l'apercevait à la fenêtre, et au bout de quelque temps il fit une seconde visite dans la vieille maison.

"Je n'en peux plus ! " 3° dit le soldat de plomb; " c'est trop triste ici. J'aimerais mieux aller à la guerre, au risque de perdre bras et jambes. Du moins, ce serait un changement. Je n'en peux plus ! Je sais maintenant ce que c'est que la visite des vieilles pensées ; 3I les miennes sont venues me voir, mais sans me faire le moindre plaisir. Je vous voyais dans la maison d'en face comme si vous aviez été ici. J'assistais à la prière du matin, à vos leçons de musique, et je me croyais au milieu de tous les autres joujoux. Hélas ! ce n'étaient là que 32 mes vieilles pensées. Dis-moi comment se porte 33 ta sœur, la petite Marie. Donnez-moi aussi des nouvelles de mon camarade, l'autre soldat de plomb ; il a plus de chance que moi. Je n'en peux plus, je n'en peux plus ! " — "Tu ne m'appartiens plus," répondit le petit garçon, "et je ne reprendrai pas ce que j'ai donné. Fais-toi34 donc à ton sort."

Le vieillard apporta à l'enfant des images et un jeu d'anciennes cartes énormes et dorées, pour l'amuser. Ensuite il ouvrit son clavecin, joua un air, et fredonna une ancienne chanson. " En 35 guerre ! En guerre ! " s'écria le soldat de plomb, et il se précipita à terre. Le vieillard et le petit garçon voulurent le relever, mais ils cherchèrent partout sans pouvoir le retrouver. Le soldat de plomb était tombé dans une fente.

Un mois plus tard, c'était l'hiver, le petit garçon envoyait son haleine sur les vitres pour fondre la glace et se 3Ô faire ensuite avec le bout du doigt une petite ouverture. Par ce moyen il pouvait regarder la vieille maison en face. La neige en 37 couvrait entièrement l'escalier, toutes les inscriptions et toutes les sculptures. On n'y voyait personne ; le vieillard était mort.

Le même soir, une voiture s'arrêta à la porte pour recevoir le corps, qui devait être38 enterré à la campagne. Personne ne suivait cette voiture ; tous les amis du vieillard étaient morts aussi. Seul, le petit garçon envoya du bout de ses doigts un baiser au cercueil lorsqu'il partit.

Quelques jours après, la vieille maison fut mise en vente,30 et le petit garçon, par son ouverture, vit emporter40 les portraits de chevaliers et de châtelaines, les pots de fleurs aux oreilles d'âne, les meubles de chêne et le vieux clavecin. Le printemps suivant, la maison fut démolie, et en quelques heures on ne vit plus qu'un monceau de débris.

Quelques années après, sur l'emplacement de la vieille maison, s'élevait une grande maison neuve et magnifique, avec un petit jardin entouré d'une grille de fer ; elle était habitée par une de nos anciennes connaissances, le petit garçon, ami du vieillard. L'enfant avait grandi, il s'était marié ; et dans le jardin, il regardait sa gentille petite femme planter 4I une fleur.

Tout à coup elle retira sa main en poussant un cri ; quelque chose de 42 pointu lui 43 avait piqué le doigt. Que pensez-vous que c'était ? Rien autre chose 44 que le soldat de plomb, le même dont l'enfant avait fait présent au vieillard. Jeté par-ci, par-là,, confondu avec les pierres et les débris de la vieille maison, il avait fini par s'enfoncer 4* dans la terre.

La jeune femme essuya le soldat, d'abord avec une feuille verte, puis avec son mouchoir. Il se sentit réveiller d'un long et lourd sommeil.

" Que je le voie un peu," 4° dit son mari en riant. " Oh ! non, ce n'est pas lui ! Mais il me rappelle l'histoire d'un autre soldat de plomb qui m'a appartenu lorsque j'étais enfant." Alors il raconta à sa femme l'histoire de la vieille maison, du vieillard, et du soldat de plomb qu'il avait donné à ce dernier pour lui tenir

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