‹ Preparatory French readerChapitre 26 sur 51 · LE VOYAGEUR EGARE · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR EGARE

La neige au loin accumulée En torrents épaissis tombe du haut des airs,

Et, sans relâche amoncelée, Couvre du Saint-Bernard les vieux sommets déserts.

Plus de route,1 tout est barrière.

L'ombre accourt, et déjà, pour la dernière fois, Sur la cime inhospitalière,

Dans les vents de la nuit l'aigle a jeté sa voix.

A ce cri d'effroyable augure, Le voyageur transi n'ose plus faire un pas ;

Mourant et vaincu de froidure, Au bord d'un précipice il attend le trépas.

Là, dans sa dernière pensée, Il songe à son épouse, il songe à ses enfants :

Sur sa couche affreuse et glacée, Cette image a doublé l'horreur de ses tourments.

C'en est fait ; 2 son heure dernière Se mesure pour lui dans ces terribles lieux,

Et, chargeant s sa froide paupière, Un funeste sommeil déjà cherche ses yeux.

Page 1