‹ Preparatory French readerChapitre 28 sur 51 · LES DEUX RATS · texte numérisé non relu

LES DEUX RATS

Certain rat de campagne en son modeste gîte, De certain rat de ville eut un jour la visite ; Ils étaient vieux amis ; quel plaisir de se voir ! Le maître du logis veut selon son pouvoir Régaler l'étranger ; il vivait de ménage/ Mais donnait de bon cœur, comme on donne au village. Il va chercher, au fond de son garde- manger, Du lard qu'il n'avait pas achevé de ronger, Des noix, des raisins secs ; le citadin à table, Mange du bout des dents,2 trouve tout détestable. " Pouvez-vous bien," dit-il, " végéter tristement Dans un trou de campagne, enterré tout vivant ? Croyez-moi, laissez là cet ennuyeux asile ; Venez voir de quel air 3 nous vivons à la ville ; Hélas ! nous ne faisons que passer 4 ici bas ; Les rats petits et grands marchent tous au trépas ; Ils meurent tout entiers, et leur philosophie Doit être de jouir d'une si courte vie, D'y chercher le plaisir. Qui s'en passe 5 est bien fou." L'autre persuadé saute hors de son trou. Vers la ville à l'instant ils trottent côte à côte ; Ils arrivent de nuit : la muraille était haute ; La porte était fermée ; heureusement nos gens Entrent sans être vus, sous le seuil se glissants. 6

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