LES DEUX RATS
Dans un riche logis nos voyageurs descendent ;
À la salle à manger promptement ils se rendent.
Sur un buffet ouvert, trente plats desservis
Du souper de la veille étalaient les débris.
L'habitant de la ville, aimable et plein de grâce,
Introduit son ami, fait les honneurs, le place ; 7
Et puis, pour le servir, sur le buffet trottant,
Apporte chaque mets, qu'il goûte en l'apportant.
Le campagnard, charmé de sa nouvelle aisance,
Ne songeait qu'au plaisir et qu'à faire bombance,
Lorsqu'un grand bruit de porte épouvante nos rats :
Ils étaient au buffet, ils se jettent en bas,
Courent, mourant de peur, tout autour de la salle ;
Pas un trou ! ... de vingt chats une bande infernale
Par de longs miaulements redouble leur effroi.
" Oh ! oh ! ce n'est pas là ce qu'il me faut,8 à moi," 9
Dit le bon campagnard ; " mon humble solitude
Me garantit du bruit et de l'inquiétude ;
Là je n'ai rien à craindre, et si j'y mange peu,
J'y mange en paix du moins ; et j'y retourne . . . adieu."
Andrieux.