‹ Preparatory French readerChapitre 6 sur 51 · LE VILAIN PETIT CANARD · texte numérisé non relu

LE VILAIN PETIT CANARD

Une cane avait établi son nid dans une retraite charmante sous de grandes feuilles de bardane. Elle couvait ses œufs, et ne recevait guère de ' visites, car les autres aimaient mieux nager dans les fossés que de 2 venir sous les bardanes pour causer avec elle. Enfin ses œufs commencèrent à crever les uns après les autres,3 excepté un seul, le plus gros, qui résista beaucoup plus longtemps que les autres.

Enfin il creva à son tour, et il en sortit4 un grand vilain caneton.

" Quel énorme caneton ! " dit la cane ; " il ne ressemble à s aucun de nous. Serait-ce vraiment 6 un dindon ? Ce sera facile à voir. S'il ne veut pas entrer dans l'eau, il sera clair que ce n'est pas un canard." Le lendemain le temps était magnifique ; le soleil rayonnait sur toutes les vertes bardanes ; la mère des canards alla avec toute sa famille à l'étang. " Plash ! " et elle sauta dans l'eau. " Rap, rap ! " dit-elle ensuite, et chacun des petits plongea l'un après l'autre, et l'eau se referma sur leurs têtes. Mais bientôt ils reparurent et nagèrent avec rapidité. Les jambes allaient toutes seules, et tous se réjouissaient dans l'eau, même le grand caneton gris.

"Ce n'est pas un dindon," dit-elle. "Un dindon ne se servirait pas de ses jambes si habilement, et ne se tiendrait pas si droit. C'est mon enfant aussi : il n'est pas si laid lorsqu'on le regarde de près.7 Venez maintenant avec moi ; je vais 8 vous conduire dans le monde et vous présenter dans la cour des canards. Seulement

restez toujouis près de moi, afin qu'on ne marche pas sur vous, et prenez bien garde 9 au chat."

Ils entrèrent tous dans la cour des canards. Quel bruit on y faisait ! Deux familles s'y lo disputaient une tête de poisson, et à la fin ce fut le chat qui l'emporta. " Vous voyez comme les choses se passent dans le monde," dit la cane en aiguisant son bec, car elle aussi aurait bien voulu avoir11 la tête de poisson. Pendant qu'elle leur montrait la manière de remuer les jambes et de saluer, un vieux canard se jeta sur le grand caneton et le mordit au cou.

" Laissez-le donc," I2 dit la mère, " il ne fait mal à personne." — " C'est vrai," dit le canard, "mais il est si grand et si drôle qu'il a besoin d'être battu." — " Vous avez de beaux enfants," dit un vieux canard, le plus gros et le plus distingué de la cour. " Ils sont tous gentils, excepté celui-là ; il est très laid : je voudrais que vous pussiez le refaire." I3 — " C'est impossible," dit la mère cane. " Il n'est pas beau, c'est vrai, mais il a un si bon caractère, et il nage à merveille. Il est resté trop longtemps dans l'œuf, c'est pourquoi il n'est pas très bien fait. Du reste/4 c'est un canard, et la beauté ne lui importe pas tant.15 Maintenant, mes enfants, faites comme si vous étiez à la maison." l6

Mais le pauvre caneton qui était sorti du dernier œuf fut, pour sa laideur, mordu, poussé et bafoué, non seulement par les canards, mais aussi par les poulets. " Il est trop grand," disaient-ils tous ; et le coq d'Inde qui était venu au monde avec des éperons et qui se croyait empereur, se gonfla comme un vaisseau toutes voiles dehors/7 et marcha droit sur lui en grande fureur et rouge -jusqu'aux yeux. Le pauvre caneton ne savait s'il devait s'arrêter ou marcher ; il était si triste d'être si laid et d'être bafoué par tous les canards de la cour.

De jour en jour, les choses allèrent de mal en pis.18 Il fut

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