LE VILAIN PETIT CANARD
et le vent les dispersa. En haut, dans les airs, il faisait 3Ô bien froid ; des nuages lourds passaient, chargés de grêle et de neige. Quelle dure saison pour le malheureux caneton ! Il serait trop triste de raconter toutes les souffrances qu'il eut à supporter pendant cet hiver rigoureux. Mais un jour le soleil commença à reprendre son éclat et sa chaleur. Les alouettes chantaient. Il faisait 3<s un printemps délicieux. Le caneton, devenu vigoureux, vola au loin et descendit dans un grand jardin où les pommiers étaient en pleine fleur. Bientôt il vit trois cygnes blancs et magnifiques sortir du bois, battant des ailes et nageant sur le lac.
" Je veux," se dit le caneton, " aller à la rencontre de ces beaux oiseaux; ils me tueront pour avoir osé m'approcher 37 d'eux, moi qui suis si vilain, mais je préfère d'être tué par eux plutôt que d'être mordu par les canards, battu par les poules, poussé du 38 pied par la servante et que39 de souffrir les misères de l'hiver." Il s'élança dans l'eau et nagea vers les cygnes. Ceux-ci l'aperçurent et se précipitèrent vers lui les plumes soulevées. " Tuez-moi," dit le pauvre animal ; et penchant la tête vers la surface de l'eau, il attendait la mort.
Mais que vit-il dans l'eau transparente ? Il vit sa propre image au-dessous de lui ; ce n'était plus un vilain canard, c'était un cygne ! Les grands cygnes nageaient autour de lui et le caressaient de leur bec. Les enfants sur la rive l'admiraient, le trouvaient le plus beau des quatre cygnes, et lui jetaient du pain et du gâteau. Quelle transformation ! Mais il n'était pas fier. Un bon cœur ne le 4° devient jamais. Et les pommiers semblaient incliner leur branches fleuries vers lui, et le soleil répandait une lumière si chaude et si bienfaisante ! Ce fut le premier jour d'une longue vie de bonheur qui commençait pour le vilain petit canard d'autrefois.