CHAPITRE PREMIER
Première Pratique :
foi profonde eû la Ptféseaee réelle
Stre pénétré de la pensée de la Présence de Jésus en ï Eucharistie est le point de départ comme le point d’appui de toute Vie Eucharistique. Cette pensée doit inspirer toute notre conduite au pied du Très Saint Sacrement. Jésus y est vivant ; Il y est notre Dieu, notre Sauveur, notre félicité, notre tout. Traitons-Le comme tel.
Jésus présent dans l’Hostie
Il y est en corps et en âme!... Il y est aussi réellement présent et vivant, quoique caché sous les Espèces sacramentelles, quTl était à Beth-
léem, à Nazareth, sur les routes de la Galilée et de la Judée, à Béthanie, au Cénacle, au Calvaire.
Il y est avec les mêmes sentiments d’amour, de miséricorde, de compassion pour nos misères, de désir de notre salut. En Jésus, Fils de Marie, le corps et Pâme étant unis hypostatiquement à la Personne du Fils de Dieu, il n’y a en Lui qu’une Personne, celle de l’Homme-Dieu, immuable par conséquent de par sa nature divine. Le Fils de Dieu fait homme n’a donc jamais pu changer de sentiments à notre égard.
Tel II se montrait en Judée : compatissant pour ceux qui souffraient, accueillant les pécheurs, allant même au-devant d’eux, ne demandant à tous qu’un cœur simple et droit, une humble bonne volonté ; tel II est au Tabernacle où II s'est renfermé pour nous.
Il y est avec la même puissance effective qui commandait à l’esprit du mal, pénétrait les pensées les plus intimes, touchait les cœurs les plus endurcis.
Il y est consolant, instruisant, fortifiant, bénissant encore tous ceux qui viennent à Lui.
Il y est pour chacun de nous personnellement , de sorte que nous n’avons rien à envier à ceux
qui jouirent alors de sa présence visible et de ses bienfaits.
Il y reste pour nous attendre, ne demandant qu’à répandre dans nos âmes les grâces qu’il répandit autrefois sur la Samaritaine, sur Madeleine, sur le bon larron, sur tous ceux qui surent comprendre sa miséricorde et son amour.
Pourquoi n’allons-nous pas tous à Lui, en toute circonstance ?
A deux pas de notre demeure, il y a Quelqu’un qui nous aime — véritablement, Celui-là, — qui est là en personne pour nous, afin de nous aider, de nous soulager, de nous encourager, de nous sanctifier et nous sauver !
Il le peut. Il le veut.
Et c’est à peine si nous y pensons !
Et la plupart du temps nous agissons comme si nous ne le savions pas !
Et le mal grandit autour de nous... et l’abîme se creuse... et nous négligeons le remède que le Cœur de Jésus nous offre... Insensés !
Ne comprendrons-nous pas enfin que Jésus est tout pour nous, que Lui seul peut nous sauver, qu’il tient des trésors intarissables de grâces à notre disposition, et que nous n’avons qu’à
DEGRÉS DE LA VIE EUCHARISTIQUE .j3
recourir à Lui pour être sûrs d’être toujours accueillis et assistés !
La foi pratique en la Présence de Jésus au Très Saint Sacrement
Comprenons donc mieux nos intérêts. Allons tous à Jésus présent au Tabernacle! Conduisons-y, entraînons-y plus fortement tous ceux que nous voulons sauver !
Allons -y corporellement aussi souvent qu’il nous est possible — tous les jours, s'il se peut — mais allons-y plus souvent encore par la pensée.
Lorsque nous franchissons le seuil de l’église, pour assister au Saint Sacrifice de la Messe, pensons que Jésus est là !
Regardons le Tabernacle. Là, est un ciboire.. ; dans ce ciboire, des hosties consacrées.. ; sous l’apparence de ces hosties, Notre Seigneur Jésus- Christ !... le Jésus de Marie, de Joseph, de Jean, de Madeleine !
Habituons-nous donc à voir plus que ce qui frappe nos sens.
La foi nous apprend — nous le savons, nous
le croyons — que, sous les Espèces sacramentelles, Jésus réside tout entier ; qu’il y est véritablement et substantiellement présent. Quoique caché, nous possédons là notre Dieu, notre Sauveur, le Roi immortel des siècles !
Pensons-y et rappelons-le sans cesse à ceux qui l’oublient.
«Jésus ressuscité ne meurt plus1», dit l’Apôtre. Habituons-nous donc à voir réellement en Jésus au Très Saint Sacrement Qiielqu’un, une Personne vivante ; et à agir avec Lui comme le faisaient les apôtres et les saintes femmes au lendemain de sa résurrection... comme nous l’eussions fait, si nous eussions été parmi eux !
Ce à quoi nous devons penser lorsque nous sommes en présence de Jésus
Que la Présence eucharistique de Jésus soit, en tout temps, ce qui nous occupe le plus quand nous sommes à l’église. — C’est de toute justice et de toute convenance.
1 Rom., vi, 9.
La présence du maître de la maison est tout d’abord ce qui occupe les visiteurs, surtout lorsqu’ils désirent obtenir de lui quelque chose que, seul, il peut leur donner.
Or, pourquoi venons-nous à l’église ?... Nous n’y venons pas par habitude ou parce que c’est l’usage, comme des êtres qui ne raisonnent pas leurs actes? Non. En y venant, nous avons un but ; quel est ce but ?
Ce n’est point non plus seulement pour quelque intérêt temporel ; ce n’est point pour cela, nous le savons, que Jésus s’est fait homme, qu’il est mort, qu’il s’est enfermé dans l’Eucharistie, qu’il s’immole sur l’autel...; mais c’est pour assurer notre salut... Y pensons-nous assez ?
Trop souvent ne sommes-nous pas portés à oublier que notre âme est faite pour le ciel, que c’est là le grand intérêt de notre vie, que le péché est le seul obstacle qui se place entre notre âme et l’éternité bienheureuse, et qu’avant tout nous avons besoin du secours de Dieu pour triompher du mal, éviter le péché et parvenir à nous sauver ?
Jésus seul peut nous aider lorsqu’il s’agit des intérêts de notre âme, car II est l’unique Médiateur entre Dieu et nous. Seul, Il peut nous aider
à mériter ie ciel. Seul, Il peut nous le donner, et II est là dans l’Eucharistie, et II n’y est que pour cela.
Voilà les grandes vérités que nous devons réveiller en nous quand nous entrons dans le lieu saint.
Attitude extérieure, reflet de notre foi intérieure, en présence de Jésus
Eh bien ! si, dès notre entrée à l’église, cette pensée, Jésus est là, s’impose à nous; si le Tabernacle attire tout d'abord nos regards, nous serons aussitôt plus recueillis et partant plus disposés à retirer de notre présence dans le temple sacré les fruits que nous en espérons.
Notre respect sera plus grand; notre prière, plus facile, ira directement à une Personne que nos yeux, il- est vrai, ne voient qu’à travers un voile, mais que nous savons corporellement et spirituellement présente au Très Saint Sacrement, et dont nous devinons le regard fixé sur nous, à travers cette petite porte qui Le dérobe à notre vue.
On verra bientôt cesser nos allures distraites, nos regards errants, nos réflexions déplacées, nos conversations. On ne nous verra plus, avant que l'office ou la sainte Messe commence, dans l'attitude inoccupée, inattentive de quelqu'un qui attend. Nous aurons tout autre chose à faire. Nous comprendrons la valeur de chacun des instants qu’il nous est donné de passer en la compagnie de Celui qui peut tout pour nous, et entre les mains duquel reposent et notre existence, et les évènements de notre vie, et surtout notre avenir éternel.
Ah ! si nous nous trouvions, chaque fois que nous sommes à l’église, devant des vases pleins de richesses, dans lesquels nous n’aurions qu’à puiser, croyez-vous que notre temps se passerait à regarder autour de nous !
Là, au Tabernacle, il y a un vase qui contient un trésor mille fois plus précieux, puisque celuilà ne se détériore ni ne s’use, suivant la parole du Sauveur : ce trésor, c’est le Cœur de Jésus qui bat dans sa poitrine et nous offre, pour nous et ceux que nous aimons, des richesses inestimables.
De grâce, vous qui du moins avez un peu de bonne volonté, au nom de vos plus chers inté-
rets, ne laissez pas perdre une minute d’un temps si précieux !
Dès que vous êtes là, devant le Tabernacle, l’audience est ouverte, parlez donc vite à Jésus. Il vous regarde. Il vous écoute. Il attend ce que vous allez Lui dire.
Entre tenez-Le des graves intérêts de votre âme, et si vous ne savez pas bien Lui exprimer vos désirs, répétez-Lui du moins, comme autrefois les Juifs : « Jésus , Fils de David, ayez pitié de nous 1 », en énumérant en vous-mêmes toutes les grâces dont vous avez besoin.
Influence qu’exerce sur l ame l’esprit de foi envers la Présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie
Si nous nous pénétrons de ces pensées, tous nos exercices religieux, assistance à la Messe ou au sermon, confession, visite au Saint Sacrement, communion même, seront plus fructueux pour notre âme.
Nous comprendrons mieux la grandeur du
1 Luc, xvm, 38.
saint Sacrifice de la Messe, en songeant que Jésus est en Personne au Tabernacle et que, à partir de la Consécration, Il est entre les mains du Prêtre sur l’autel, comme II était au Calvaire ; qu’il y renouvelle son Sacrifice.
Nos communions seront plus ferventes, en pensant que Jésus demeure constamment au Tabernacle, toujours prêt à se donner à nous en nourriture.
Nos confessions seront plus sérieuses, en nous rappelant que, du fond de son Tabernacle, Jésus observe ce qui se passe en nous et lit dans notre cœur, comme II lisait dans la pensée de ses Apôtres.
Notre attention sera plus soutenue lorsque, entendant la parole de Dieu, nous songerons qu’il épie nos sentiments et nos résolutions.
Notre recueillement sera plus profond pendant les offices divins, à la pensée que Jésus est là et qu’il nous suit du regard.
Notre tenue dira que nous comprenons jusqu’à quel point la Présence de Jésus nous impose un devoir constant d’attention et de respect.
Et notre vie chrétienne tout entière s’en ressentira. Car Jésus, nous voyant plus attentifs, multipliera en nous les pensées sérieuses, les
bons désirs et les résolutions sincères de Le mieux servir ; nous comprendrons mieux les grandes vérités de la foi, les enseignements de l’Evangile et cet unique nécessaire dont parie le Sauveur, qui consiste à connaître Dieu, à l’aimer, à le servir, et à mériter ainsi la vie éternelle, seul et unique but de la vie.