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CHAPITRE QUATRIEME

Quatrième Pratique :

Se pénétra de l’amout* qui anime Jésus dans l’Eucharistie et s’offrit* en oblation avee Lui pout* la gloire de Dieu et le salut des âmes

pJSS’EST dans le Cœur de Jésus que nous irons Ehllil chercher «le dernier mot» de la Vie Eucharistique , Lui demandant de nous révéler pleinement son amour au Très Saint Sacrement.

Pour cela étudions un instant le double sentiment qui a fait battre le Cœur de Jésus, dès le premier instant de son Incarnation, et qui le fera battre éternellement : l’amour de Dieu son Père, et l’amour des hommes qu’il a daigné appeler ses frères.

Là est tout le mystère de sa vie, de sa mort, de ses sacrifices sans nom. Il a aimé !... Il a aimé

d’un amour plus fort que la mort. . . d’un amour qui a résisté aux siècles... d’un amour infini, comme seul peut en avoir un Dieu.

L’Œuvre d’amour de Jésus pour son divin Père et pour les âmes

Pour Jésus, l’amour de Dieu son Père comme l’amour des hommes avait une double exigence.

L’amour de Dieu demandait qu’il lui fût rendu sur la terre une louange digne de lui, et exigeait une réparation de l’outrage fait à sa Majesté infinie par l’orgueilleuse révolte de la créature. Cette louange et cette réparation ne pouvaient lui être rendues que par un Etre égal à lui : « Et le Verbe s’est fait chair i. »

L’amour des hommes, demandait que quelqu’un vînt payer leur dette envers la Majesté divine, par une expiation digne de Dieu, et qu’un Médiateur entre Dieu et eux leur obtînt à chaque instant les grâces dont ils avaient besoin pour vaincre une nature défigurée par le péché.

1 Jean, i, 14.

Le Verbe Incarné a satisfait à toutes ces exigences.

Homme-Dieu, Il a donné à son Père une louange digne de lui. Il a réparé l'insulte faite à sa Sainteté infinie par la révolte du péché, en acceptant l’humiliation et la souffrance, et en obéissant jusqu’à la mort.

Il a expié nos péchés en mourant sur la Croix; et, par les mérites surabondants de sa vie et de sa mort, Il nous a obtenu toutes les grâces dont nous avons besoin.

Commencée dans le sein de Marie et sur la paille de Bethléem, l’œuvre du Verbe Incarné se poursuivra pendant toute sa vie et ira s’achever au Calvaire.

Le couronnement de l’Œuvre d’amour de Jésus : l’Eucharistie

Est-ce tout?... Est-ce assez pour son amour ?...

Non !.. non !.. Il faut à son amour que, jusqu’à la consommation des siècles, s’élève de cette terre, souillée par le péché, une louange et une réparation qui soient agréables à Dieu.

Il faut que, de l’humanité coupable, monte une voix puissante d’expiation et d’intercession pour les hommes toujours misérables et pécheurs.

Quoique remonté au Ciel et assis à la droite de son Père, Jésus trouvera dans son Cœur le moyen de rester sur la terre et d’y continuer son œuvre, d’une façon merveilleuse et cachée, sous les voiles de l’Eucharistie : mystère de foi, myste rium jidei 1 qui, suivant les Pères, n’est autre chose qu’un prolongement, une extension des mystères de l’Incarnation et de la Rédemption.

Jésus en l’Eucharistie établira un Sacrifice perpétuel d’adoration, de louange, de réparation et d’intercession, dont II restera la Victime.

Comment Jésus nous rend participants de son Oblation

et de son Sacrifice dans l’Eucharistie

Mais, et voilà le secret de l’amour de son Cœur, Jésus ne sera plus seul à s'offrir en Victime à Dieu son Père.

1 Canon de la Messe.

Il veut des coopérateurs de son œuvre, et c’est nous qu’il a choisis ; nous, qu’il a fait les cohéritiers de sa gloire, et qu’il appelle à l’honneur de L’offrir à la Majesté divine pour le salut du monde.

C’est nous, c’est chacun de nous qui est appelé à cette gloire à laquelle, dans ses rêves d’orgueil les plus insensés, l’homme n’eût jamais osé aspirer : prendre part à l’œuvre du Verbe Incarné !

Oh ! qui nous donnera de pénétrer dans ce mystère du Cœur de Jésus, qui nous a aimés à ce point, nous, faibles et misérables créatures, de vouloir que nous nous unissions à Lui dans son amour ineffable pour son Père, dans sa charité infinie pour les hommes.

«Je vous ai donné l’exemple dit-Il, afin que ce que j’ai fait, vous le fassiez aussi 1 », et II ajoute : « aimez-vous, comme je vous ai aimés 2 ».

Et pour nous y aider, après s’être livré pour nous, « Il se livre à nous » au tabernacle, à l’autel, à la table eucharistique, afin que « par Lui, avec Lui, et en Lui 3 », nous puissions travailler à la gloire de Dieu et au salut de nos frères.

Pour cela II nous donnera à toute heure son

1 Jean, xm, i5. — 2 Ibid., xv, 12. — 3 Prière du Canon de la Messe.

Corps, son Sang, son Cœur, sa Divinité, sa Personne tout entière.

Nous Le prendrons, nous L’offrirons à la Majesté divine, et par Lui, nous aurons rendu toute gloire et tout honneur à l’auguste Trinité, « omnis honor et gloria 1 ».

Nos prières, nos sacrifices, nos réparations n’ont de valeur que par Jésus ; et l’Hostie de l’autel, c’est Lui; le Cœur qui y palpite, c’est le sien.

Il s’est donné à nous comme la monnaie qui paie toute grâce. Il s’est livré à nous, afin que nous puissions par Lui négocier notre salut et celui de nos frères.

Tel est l’enseignement du Cœur de Jésus à Sainte Marguerite-Marie :« Tu me placeras sur l’autel de ton cœur et tu m’offriras à mon Père pour le salut des pécheurs. »

Puissance d’intercession de l’âme unie à Jésus-Eucharistie

Il semble qu’après avoir, par sa vie et par sa mort, amassé des mérites infinis, Jésus se soit lié les mains et nous ait remis la clef de ses im-

1 Rom., xvi, 27.

menses trésors, en se livrant à nous dans son Sacrement adorable.

Qui ne comprendrait alors la puissance d’intercession qu’il nous a confiée ?

Pourquoi cette doctrine, si consolante et si encourageante, est-elle si peu comprise de tant d’âmes qui se plaignent sans cesse du peu de valeur de leurs prières, de leur impuissance devant Dieu, et qui pourraient faire tant de bien, grâce à ce moyen que nous offre Jésus dans son amour.

Quoi de plus simple pourtant et de plus facile !.. Au point que l’enfant lui-même peut être initié à cette pratique dont les fruits sont si abondants et qui, répondant aux désirs du Cœur de Jésus, réalise si bien ses intentions miséricordieuses dans l’institution de son Sacrement d’amour.

Quel est l’enfant de Dieu, si jeune, si ignorant qu’il soit, pourvu qu’il connaisse les mystères de l’Incarnation et de la Rédemption, et leur complément admirable, le mystère de la présence de Jésus en V Eucharistie , qui ne puisse ainsi se servir de Jésus ? A son action de grâce après la sainte Communion, lorsqu’il assiste au saint Sacrifice de la Messe, quand il est au pied du Tabernacle, où repose « l’Agneau toujours vivant et

DEGRÉS DE LA VIE EUCHARISTIQUE i3i

toujours immolé », comme aussi à toute heure du jour, il peut, par la pensée, prendre Jésus- Eucharistie entre ses mains et L’offrir à Dieu comme Hostie de louange, de prière et de réparation, pour obtenir le pardon des pécheurs, ainsi que les grâces dont les âmes ont besoin.

Trésor merveilleux que l'Eucharistie met entre nos mains, qui donc vous comprendra?...

Qui donc saura utiliser la puissance que nous donne sur le cœur de Dieu, tant que nous sommes en état de grâce, et quelle que soit du reste notre misère personnelle, ce trésor qui est à nous, bien à nous, au plus petit comme au plus faible, ce trésor que rien ne peut amoindrir: Jésus, le Verbe fait chair pour la gloire de son Père et le salut du monde ?

Notre coopération effective à l’œuvre de salut opérée par Jésus dans l’Eucharistie

Jésus veut que nous nous unissions à sa mission divine ; mais ce n’est pas encore assez pour son amour, Il veut que nous y coopérions d’une façon effective.

Il s’est donné à nous, Il veut que nous Lui donnions quelque chose à notre tour... Nous prendrons donc nos prières, nos pauvres prières, nos sacrifices, nos souffrances, nos efforts de vertu, et nous les placerons dans son Cœur divin ; nous les mêlerons à ses propres mérites et Lui les offrira à son Père pour la rédemption des âmes. Ainsi pourrons-nous être unis à Lui et travailler avec Lui.

Le mystère de la souffrance s’illuminera aux yeux de notre âme, lorsque nous songerons que chacune de nos peines, plongée dans le Sang divin, peut aider à l’œuvre de la Rédemption, et la compléter en quelque sorte, suivant la parole de l’Apôtre : «J'achève en mon corps ce qui manque à la passion de Jésus-Christ 1 ».

Jésus ressuscité ne peut plus souffrir2 ; Il veut continuer par nous ce qu’il a fait sur cette terre. Il vient en nous par la sainte Communion ; Il nous emprunte nos cœurs, nos corps, Il souffre en nous et par nous ; et, offrant ces souffrances à son Père, Il leur communique la valeur de ses propres souffrances.

Oh ! comme la souffrance, l'humiliation, le sacrifice, entrevus de la sorte, deviennent vraiment

1 Col., i, 24. — * Rom., vi, 9.

DEGRÉS DE LA VIE EUCHARISTIQUE l33

un gain, et comme on comprend l’ardeur des saints à les désirer !

Nous offrir et nous sacrifier avec Jésus-Hostie

Jésus veut que nous rendions gloire à son Père et que nous travaillions au salut de nos frères par Lui et avec Lui. Il nous demande encore de le faire «en Lui».

En entrant dans le monde, le Sauveur disait à son Père : « Père, les holocaustes et les victimes ne vous ont point été agréables, alors j’ai dit : Me voici... 1 »

Et depuis la Crèche jusqu’au Calvaire, depuis le Cénacle jusqu’à la consommation de la dernière Messe, Jésus s’est donné et se donnera toujours tout entier pour la gloire de son Père et pour notre salut. Il ne s’est rien réservé ; Il n’a point cherché sa propre gloire; Il n’a reculé devant aucun sacrifice ; Il a tout accepté...

Pour son Père et pour nous : les larmes de ses yeux, les sueurs de ses courses apostoliques.

1 Ps. xxxix, 7. — Hébr., x, 7-9.

l34 principes de vie eucharistique

Pour son Père et pour nous : ses veilles, ses prières, ses labeurs.

Pour son Père et pour nous : son Sang et sa mort sur la Croix.

Pour son Père et pour nous : tous les sacrifices de sa vie sacramentelle au Tabernacle, où II s’est constitué à l’état de Victime perpétuelle, suivant la parole du Prophète : « Voici qu’en tous lieux, on offre à mon nom une victime pure et sainte h »

Il a tout accepté : la pauvreté de la crèche, les privations de l’exil, les humiliations du prétoire, l’agonie du Golgotha, les tortures du Calvaire, les anéantissements sans nom de l’Eucharistie.

Il s’est donné tout entier pour nous et à nous.

Qu’avons-nous de mieux à faire que de nous donner entièrement à Lui ?

Oublions-nous donc nous-mêmes pour Lui qui s’est oublié et sacrifié pour nous. Abandonnons-Lui tous nos intérêts ; Il en prendra soin. Abandonnons-Lui nos prières... nos sacrifices... nos mérites... notre travail... nos souffrances... nos expiations. Donnons-Lui tout. Ne gardons plus rien pour nous... Ne nous préoccupons plus de rien... Il pourvoira à tout.

1 Malachie» 1.11.

N’aimons que Lui et ne voulons que ce qu’il veut. Perdons-nous entièrement «en Lui»... N’ayons plus, comme Lui, qu’un désir au cœur : la gloire de Dieu et le salut des âmes !

Bonheur intime de l'âme abandonnée à Jésus-Eucharistie

Ah ! si l’on pouvait comprendre les grâces que Jésus réserve à l’âme qui Lui fait ainsi l’entier abandon d’elle-même... ne désirant plus rien que son bon plaisir... ne refusant plus rien, quoi qu’il lui demande... ne cherchant plus rien que ce qui peut Lui plaire... se livrant avec amour à son action divine et Le laissant opérer librement en elle, selon les desseins miséricordieux de son éternelle charité î

Jésus, ne rencontrant point d’obstacle dans cette âme, y établit sa demeure et y règne en maître, dans la sérénité et la paix, dans les douces effusions de l’amour et les ineffables suavités d’une union intime et inaltérable.

Peut-être alors, lorsque nous aurons eu assez d’amour et de générosité pour Lui tout donner

et abandonner, Jésus dira-t-Il de nous comme de l’Apôtre : «Je lui montrerai ce qu’il aura à souffrir pour mon amour...1» Ne craignons rien. Si nous aimons vraiment, n’appréhendons pas de souffrir pour Celui que nous aimons. Mettons en Jésus toute notre confiance. Il est fidèle ! Il sera notre force et notre secours. Et s’il nous demande plus qu’à d’autres, c’est qu'il a pour nous une prédilection plus grande et qu’il croit pouvoir compter sur notre amour et notre fidélité.

Nous ne saurions trop répéter qu’il fait bon vivre entre les bras de Jésus-Eucharistie ; qu’il fait bon l’avoir pour guide dans le chemin de la vertu et de la sainteté ; que toujours au Tabernacle l’âme de bonne volonté trouve la lumière et la force dont elle a besoin pour accomplir ses devoirs d’état et pour suivre en tout la volonté de son divin Maître ; que toujours elle trouve dans son Cœur l’asile sûr dont nulle puissance humaine ne pourrait l’arracher ; et qu ’ auprès de Lui , nourrie de sa Chair, fortifiée par son Sang, elle peut s’écrier avec Saint Paul : «Je ne puis rien par moi-même... mais je puis tout en Celui qui me fortifie 2. »

1 Phil., i, 29. — 2 Phil., iv, i3.

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Oh ! livrons-nous à Jésus-Eucharistie avec joie, avec confiance, avec amour. Que ce soit plus encore un besoin de notre coeur, que l'accomplissement d’un devoir.

Donnons à Jésus la suprême consolation qu’il cherche et qui est le couronnement de ses opérations divines dans notre âme : celle de L’aimer sans mesure pour répondre à son amour, de nous donner à Lui comme II se donne à nous, de ne faire qu’un avec Lui dans une même oblation et une commune immolation.

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