CHAPITRE PREMIER
Gai?aetèJ?e spécial cte la Vie EaehaMstique
PRÈS ce que nous avons dit jusqu’ici, il est facile de comprendre que le caractère spécial de la Vie Eucharistique est un caractère d'humble confiance , d'amour et d 'abandon.
C’est là, en effet, ce qui doit nous conduire à Jésus, comme c’était ce qui y conduisait les juifs : le sentiment de leur misère d’abord; la confiance en la puissance et en la bonté compatissante de Jésus ensuite ; enfin, ce charme qui les attirait et les attachait à ses pas, et qui n’était autre que l’amour qu’il leur inspirait.
Humilité et confiance
Lorsque nous venons à Jésus-Eucharistie, il faut nous rappeler la profondeur de notre mi-
sère... Pourquoi venons-nous à Lui ?. .. Mais c’est parce que nous avons besoin de Lui... Et Lui, s’il met à notre service son inépuisable bonté et sa toute-puissance divine, c’est qu’il sait que sans Lui nous ne pouvons rien.
La confiance doit donc nous accompagner, lorsque nous nous approchons de Lui... Pourquoi n’espérerions-nous pas fermement en Lui? Que de fois, dans sa vie mortelle, n’a-t-Il pas dit à ceux qui venaient à Lui : venez à moi... ayez confiance... ne craignez pas... soyez guéri... allez en paix...
Si nous prêtions l’oreille à sa voix si douce, lorsque nous nous approchons de Lui présent au Tabernacle, nous L’entendrions nous redire à nous-même : mon enfant, aie confiance.
Là, sous l’apparence de cette blanche Hostie, ce n’est point le Dieu terrible du Sinaï, dont la voix se mêlait au bruit des tonnerres. Non, c’est Celui dont saint Jean disait, en Le montrant à ses disciples : « Voici l’Agneau de Dieu1». Quoi de plus doux et de plus inoffensif qu’un agneau ?
C’est Celui qui disait Lui-même : « Venez à moi, vous tous qui êtes dans la peine2».
En venant à Lui, songeons à toutes les preuves
1 Jean, i, 29. — 2 Matthieu, xi, 28.
CARACTÈRE ET AVANTAGES
de miséricorde et de bonté qu’il a données pendant sa vie.
Repassons dans notre esprit les scènes de l’Evangile ; c’est le grand moyen de nous faire une juste idée de la tendresse compatissante de Celui qui est là dans l* Eucharistie , et qui n’y est que par amour pour nous.
Rappelons-nous ces paraboles de l’enfant prodigue, du bon Samaritain, du bon Pasteur, où II se peint Lui-même sous des traits si touchants.
Rappelons-nous l’accueil qu’il faisait aux pécheurs, les paroles d’encouragement qu’il adressait à tous.
Soyons toujours dociles et confiants. Ne craignons pas trop la souffrance. S’il nous l’envoie, Il en portera le poids avec nous. Il nous aidera, Il nous consolera.
S’il demande de nous des sacrifices plus grands, ne craignons pas. Il sera là... là, toujours, au Tabernacle , pour nous soutenir.
Ne craignons que d’encourir, de sa part, ce reproche qu’il faisait à ses Apôtres : « Hommes de peu de foi, pourquoi craignez-vous 1 ? »
Oh ! soyons-en bien sûrs, si nous continuons à venir humbles et confiants, chaque jour, à
1 Matthieu, vm, 26.
toute heure, près de Jésus-Eucharistie, nous n’aurons rien à craindre de nos ennemis. Le danger pour nous serait de chercher en dehors de Lui des appuis dans lesquels nous mettrions toute notre confiance.
Au contraire, tant que nous nous abandonnerons à la conduite paternelle de notre Jésus, de ce doux Compagnon de notre exil, nous ne saurions périr.
En quelque état que se trouve notre âme, fûtelle comme ces lépreux, ces sourds, ces paralytiques, ces possédés de l’Evangile, que notre confiance ne faiblisse pas ; venons comme eux nous jeter aux pieds de Jésus-Eucharistie, nous confier à son Cœur ; Il saura bien comme autrefois, et grâce à la vertu de son Sacrement, nous guérir, nous délivrer de nos misères.
Sa voix puissante qui commandait aux flots en furie saura bien calmer les tempêtes de notre cœur.
Confiance donc et courage! Prions le Dieu du Tabernacle, et espérons tout de sa miséricorde. Prions-Le comme Le priaient tous ceux qui venaient à Lui, avec une foi inébranlable en son amour et en sa bonté.
Venons à Lui avec une humble confiance, animés des mêmes sentiments que nous aurions
CARACTÈRE ET AVANTAGES
eus si nous avions vu les touchantes manifestations de sa bonté, si nous avions entendu ses paroles si encourageantes.
Essayons de nous rendre compte de l’impression de confiance, d’abandon, d’amour qu’elles auraient produite sur nous, si c’eût été à nous que le Sauveur les eût adressées.
Du fond du Tabernacle, Il veut les redire à notre âme.,.
Amour et abandon
Comment alors ne pas nous abandonner entièrement à Lui ? L’enfant ne se confie-t-il pas, ne s’abandonne-t-il pas entre les bras de son Père?..
Toute la doctrine de Jésus, manifestant son Cœur à Sainte Marguerite-Marie, est une doctrine d’abandon. C’est que l’amour sera toujours un bien meilleur guide que la crainte.
Et n’est-ce pas l’amour que nous venons chercher au Tabernacle, où repose le Dieu d’amour ; dans son Cœur, qui est un foyer d’amour ?
Puis, tous les exercices de la Vie Eucharistique ne demandent-ils pas de nous un abandon plein d’amoureuse confiance ?
Nous venons près de Jésus-Eucharistie chercher la lumière. Mais pour trouver cette lumière, ne faut-il pas Lui abandonner notre esprit afin qu’il l’éclaire, cherchant bien moins à raisonner qu’à aimer?
Nous venons près de Jésus-Eucharistie chercher la vie de notre âme, la force de surmonter les tentations. Abandonnons-Lui donc cette âme ; ouvrons-la à ses influences divines, comme la fleur ouvre son calice sous la rosée bienfaisante du matin, sous le rayon vivifiant du soleil.
Abandonnons-nous ; apprenons à ne rien refuser à Jésus, en songeant que Lui se donne, se livre à nous tout entier dans l’Hostie. Et si nous ne nous sentons pas toujours la force d’accomplir immédiatement les sacrifices qu’il nous demande, au lieu d’aller chercher le secours près des créatures, attendons-le de Lui avec confiance. Cette confiance II ne saurait la tromper, puisque c’est Lui-même qui nous l’inspire.
Ne craignons qu’un mal : le découragement. Oh ! ce mal, ne le laissons jamais entrer dans notre âme ; mais pour y échapper, plongeonsnous dans le Cœur de Jésus. Abandonnons-Lui le soin de notre salut et de notre sanctification. Il saura bien nous faire connaître sa volonté et les moyens de l’accomplir.
CARACTÈRE ET AVANTAGES
Jésus au Tabernacle est toujours le Maître qui lit au fond des cœurs et enseigne toute vérité. Laissons-Le faire.
Dès nos premiers pas dans la Vie Eucharistique , nous avons besoin, pour y avancer, de nous confier et de nous abandonner à Jésus-Hostie, de nous en remettre complètement entre ses mains pour tout ce qui touche à nos intérêts temporels, spirituels et éternels, sûrs qu’il en prendra soin mieux que nous et pour notre plus grand bien. Plus nous avancerons dans cette voie, et plus aussi nous voudrons rendre notre union avec Jésus intime et profonde, plus nous aurons besoin de nous appuyer sur Lui, de Le laisser faire. Toute la perfection consiste en cela.
L’Apôtre dit : «Nous croyons à l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ1 » : c’est là sa profession de foi. Oh ! lorsque nous considérons le Tabernacle, et que nous songeons au mystère d’amour qu’il renferme, pourrions-nous ne pas nous écrier à notre tour : Nous croyons à l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ, de ce Jésus qui, pour rester avec nous, pour être à nous, s’est condamné aux anéantissements de l’Eucharistie. Et alors, si nous croyons à son
1 2® Cor., iv, 1 3.
amour, quoi de plus naturel que de nous confier en Lui ?
N’est-ce pas ainsi que nous agissons avec les créatures?... Hélas! trop souvent le roseau sur lequel nous nous appuyons se brise...
Appuyons-nous désormais sur Celui qui soutient l’univers. Il sera notre guide en cette vie : Il sera notre défenseur à la mort ; Il sera notre récompense au ciel !