CHAPITRE PREMIER
Eü quoi eofisiste la Vie Eucharistique
Principe et fondement de la Vie Eucharistique
A. Vie Eucharistique consiste tout entière dans l’union amoureuse la plus constante et la plus parfaite possible avec Jésus présent au Tabernacle : union de pensées, de sentiments, d’affections, de désirs, de volonté et d’action.
Jésus veut, par l’appui de sa Présence sacra mentelle, diriger notre vie dans ses moindres détails ; mêler la pensée de sa Présence et de son intercession en l'Eucharistie à tous nos actes, afin de les sanctifier plus parfaitement.
Tel est l’enseignement qui ressort, clair et lumineux, de ses communications à Sainte
Marguerite-Marie, aussi bien qu’aux âmes privilégiées auxquelles II a daigné se manifester.
Nous allons essayer d’indiquer ici les moyens les plus simples et les plus faciles d’atteindre progressivement ce but.
C’est donc sur la Présence de Jésus en l'Eucharistie que se fonde et s’appuie la direction de la Vie Eucharistique. C’est elle qui en est le point de départ et le moteur divin.
La place prépondérante que l’Eucharistie doit occuper dans la vie des chrétiens
L’Eucharistie, ainsi que le dit si bien M. Olier, est le centre de tout dans l’Eglise.
C’est le Mystère de Foi, Mysterium Fidei, qui résume en lui tous les mystères de la grâce et de l’amour, la religion tout entière ; puisque c’est Jésus, l’auteur et le consommateur de notre foi, Jésus qui, quoique remonté aux cieux, a trouvé le moyen ineffable de continuer parmi nous, d'une manière effective et réelle, les mystères de sa vie et de sa mort.
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Mais comment ces mystères seront-ils la source de notre salut et de notre sanctification, si le moyen par lequel Jésus les accomplit au milieu de nous, sa Présence en l’Eucharistie, est pour nous lettre morte ?
Et n’en est-il pas trop souvent ainsi?
Oue de chrétiens assistent journellement au Saint Sacrifice, communient fréquemment, viennent régulièrement faire leur visite au Saint Sacrement, et pour qui cependant Jésus- Eucharistie est encore le Dieu inconnu !
Combien qui n’ont pas approfondi ce mystère d’un Dieu avec nous ; qui n’ont pas encore su apprécier cette merveille et qui, ne voyant pas réellement Quelqu'un en l’Eucharistie, ne savent pas profiter des grâces que leur offre le Sauveur pour entrer en relation d’amitié avec Lui, lier avec Lui ce commerce d’intimité qui les ferait croître dans son amour et assurerait leur salut !
L’attention à la Présence Eucharistique de Jésus est comme le pivot sur lequel repose l’ouvrage de la sanctification des âmes !
Elle est le complément de la sainte Communion, de l’assistance à la sainte Messe et de la visite au Saint Sacrement !
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Mais hélas ! cetie Présence est le livre scellé pour le plus grand nombre.
Eh bien ! grâce aux exercices de la Vie Eucharistique , il nous sera facile d’en briser les sceaux, de puiser les secours que Jésus y tient en réserve pour nous et pour les âmes que nous aimons, de nous approprier les trésors inappréciables qu’il y met à toute heure à notre disposition.
Que tout dans notre vie soit donc désormais subordonné à la pensée de cette Présence adorable ; afin que cette pensée, devenant habituelle en nous, nous unisse de plus en plus intimement au Dieu fait Sacrement pour notre amour !
La Vie Eucharistique, conséquence et couronnement de la Communion
Si la sainte Communion est le principe essentiel de la vie surnaturelle de l’âme, suivant la parole même du Sauveur : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je
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le ressusciterai au dernier jour 1 » ; et si de la fréquence de nos Communions bien faites dépend l’épanouissement de la vie en notre âme ; Fattention à la Présence de la Personne sacrée de Jésus au Tabernacle est le plus sûr et le meilleur moyen de garder et de développer cette vie en nous.
N’est-il pas étrange de voir parfois des âmes qui chaque jour s’approchent du Banquet divin, des âmes consacrées à Dieu par la vocation religieuse ou Fonction sacerdotale, des âmes dévouées à son service et faisant hautement profession de Lui appartenir ; de voir, dis-je, ces âmes penser trop souvent comme pensent les mondains ; attacher du prix aux richesses, aux honneurs ; parler comme ceux qui mettent leur trésor dans les choses d’ici-bas ; se rendre esclaves de leurs penchants naturels ; se laisser aller à tout propos à l’impatience, à l’irritation, au découragement, et pis encore ; être si dissemblables, en un mot, de Celui dont le Sang a coulé dans leurs veines à la première heure du jour, et stupéfier, par cette étrange anomalie, les esprits faibles ou prévenus ?
Si les liens du sang produisent certaine confor-
1 Jean, vi, 55.
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mité de goûts et de caractères entre les membres d’une même famille, d’où vient que, nourris chaque jour du Saint des saints, nous soyons si loin encore de la sainteté ?
Si on parvient à rendre la force et la vigueur à ceux que la maladie a épuisés, au moyen de la transfusion dans leurs veines d’un sang jeune et généreux ; comment se fait-il que le Sang d’un Dieu, infusé en nous à chaque aurore, nous laisse aussi misérables le lendemain que la veille ?
C’est que cette nourriture, prise trop souvent, hélas ! par habitude ou sans être suffisamment comprise et appréciée, ne laisse dans nos natures superficielles aucune trace de son passage. C’est que, à peine descendus des degrés de l’Autel ou revenus de la Table Sainte, nous nous laissons reprendre dans l’engrenage des préoccupations extérieures.
C’est que, pour nous, l’Hôte du Tabernacle n’est plus alors qu’un Etre mystique, presque idéal, entrevu'dans le lointain et qui ne tient pas dans notre vie la place qu’il y devrait occuper.
Nous ne prétendons point attribuer à la vie de l’âme une autre cause que celle que le Sauveur lui a assignée : la manducation de sa Chair
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sacree. La Communion et la Communion fréquente reste le principe vivifiant de la Vie Eucharistique ; et cette vie de Pâme ne reçoit sa plénitude que de la Communion journalière, de même que la vie du corps ne s’épanouit que par la manducation quotidienne. Toutefois, c’est lorsque le chrétien a pénétré profondément dans la connaissance de Jésus présent dans lJ Eucharistie , qu’il désire davantage se nourrir du Pain des anges \ plus il comprend et apprécie cette merveille de la Présence de Dieu avec nous, plus il a faim de cette nourriture divine.
Le meilleur moyen d’attirer les âmes a la Table Sainte est donc, sans contredit, de les pénétrer du sentiment de la Présence de Jésus au Très Saint Sacrement.
La Vie Eucharistique est accessible â tous
La Présence de Jésus en l’Eucharistie est, ne l’oublions pas, la continuation parmi nous de la vie du Sauveur.
C’est l’Evangile remis en action, et où chacun de nous est appelé à jouer un rôle véritable.
C’est Jésus opérant sur les âmes et renouvelant, pour chacune d’elles, les merveilles de tendresse et de miséricorde de sa vie mortelle.
Le but de la Vie Eucharistique est tout d’abord de nous apprendre à en profiter.
Considérée à ce point de vue, la Vie Eucharistique est accessible à tous : aux enfants comme aux vieillards ; aux ignorants comme aux savants ; aux personnes du monde comme aux religieux ; aux pécheurs comme aux justes ; à ceux que le doute étreint, mais qui, d’un cœur sincère, désirent la vérité, comme à ceux qui vivent en pleine lumière ; aux âmes faibles que le torrent entraîne, qui ne se sentent ni ferveur, ni amour, ni force pour lutter contre les tentations, comme à celles qui aspirent à la perfection ; à tous, en un mot, parce que c'est à tous que Jésus crie du fond du Tabernacle : «Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et je vous soulagerai *. »
Si l'âme contemplative sait trouver Jésus et en jouir par la Vie Eucharistique, la personne du monde la plus occupée, la plus absorbée par ses devoirs d’état, peut, grâce aux moyens que lui offre cette vie, s’unir à Lui aussi facilement et
1 Matthieu, xi, 28.
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aussi intimement, sans rien négliger des occupations que la Providence lui impose.
Il s’agit tout simplement pour tous d’aller à Jésus présent au Tabernacle, comme y allaient les enfants, les malades, les affligés, les pécheurs, lorsqu’il était sur la terre, afin de trouver auprès de Lui le remède et la consolation dont nous avons besoin ; d’y aller comme y allaient Jean, les disciples, les saintes femmes, pour Lui témoigner notre amour ; d’y aller comme y allaient les foules, Lui demandant la vérité qui tombe de ses lèvres, et Le suppliant de faire éclater sur nos âmes cette vertu puissante qui émane de sa Personne divine, aujourd’hui comme aux jours de sa prédication évangélique.
Présence Sacramentelle de Jésus pensée dominante de notre vie
Pour cela, il nous faudra essayer, grâce à la lumière de la foi, de soulever le voile qui nous cache Jésus au Très Saint Sacrement; de voir vraiment en l’Eucharistie QiLelqu’un : Notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme;
de nous préoccuper avant tout de sa Présence au milieu de nous, afin d’agir avec Lui comme si nos yeux Le voyaient dans l’Hostie Sainte tel qu’il se montrait à ses disciples après sa Résurrection ; et de faire de sa Présence sacramentelle la pensée dominante de notre vie.
Dans ces sentiments nous viendrons à ses pieds reconnaître notre misère, notre impuissance â marcher par nos propres forces dans les voies de Dieu et à nous élever au-dessus des choses de la terre.
Nous apprendrons à nous confier en Jésus qui, au Tabernacle, se fait le compagnon de notre exil, nous attend, nous écoute, nous suit du regard ; et, dans le sentiment de notre faiblesse d’une part et de sa bonté de l’autre, nous Lui crierons du fond du cœur : « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons1... Jésus, fils de David, ayez pitié de nous !... 2 »
Puis, nous ferons davantage, nous surtout qui sommes plus spécialement consacrés à Jésus et dévoués à son divin Cœur et qui, pour répondre à notre vocation, devons tendre sans cesse à l’union intime avec Lui. Lorsque nous aurons su enfin trouver Jésus au Tabernacle , nous devrons
1 Matthieu, vm, 2 5. — * Lue, svm, 38.
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apprendre à nous tenir constamment en esprit auprès de Lui, par un simple regard de l’âme et un acte de la volonté, comme Madeleine se tenait à ses pieds, et à Le contempler amoureusement afin de Lui devenir de plus en plus semblables.
Nous nous habituerons à vivre par la pensée sous le doux regard que ce tendre Maître jette sur nous de l’Hostie, afin cl’éclairer notre esprit et d’embraser notre cœur du feu de l’amour divin.
Nous apprendrons à puiser dans la Présence de Jésus au Très Saint Sacrement, le principe de nos vertus et la grâce de notre sainteté ; à rapporter tout, dans notre vie, au Dieu de l’Eucharistie ; à pénétrer par la pensée jusque dans le Cœur qui bat au Tabernacle, en la poitrine de l’Homme-Dieu ; à y établir notre demeure comme dans le lieu de notre repos ; à y fixer notre esprit, notre cœur, notre âme tout entière, et à les y ramener dès qu’ils s’en éloignent.
Heureuses les âmes qui suivront fidèlement cette voie. Elles seront semblables à cet homme dont parle le prophète, qui a disposé des degrés dans son cœur afin de s’élever de plus en plus vers Dieu : ascensions in corde suo disposait. Elles
iront de vertus en vertus : ibunt de virtute in virtutem. Elles parviendront à la plus haute perfection et verront le Seigneur dans son Sanctuaire eucharistique, parvis de réternelle Sion : videbitur B eus deorum in Sion h
Des divers degrés de la Vie Eucharistique
Le chemin à parcourir pour, arriver à ce but est simple et facile. Parmi les pratiques que comporte la Vie Eucharistique, il en est de générales qui sont à la portée de la majorité des âmes, et nous les énumérons dans le premier degré ; il en est d’autres plus spéciales qui conviennent surtout aux âmes désireuses de parvenir à la perfection de la Vie Eucharistique, et elles seront indiquées dans le second degré.
Nous les énonçons ici, afin de donner une idée d’ensemble de la Vie Eucharistique ; mais nous développerons plus loin, dans des chapitres spéciaux, chacune de ces pratiques.
1 Ps, LXKXÏII, 6, 8.
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Premier Degré
i° — Le premier pas à faire dans les pratiques essentielles de la Vie Eucharistique , c’est de nous appliquer à nous pénétrer de la pensée de la Présence de Jésus au Tabernacle, surtout lorsque nous sommes à l’église.
*° — Nous nous rappelons alors ce que l’Evangile nous rapporte de la vie du Sauveur, de ses miracles, de son inépuisable bonté...
Nous apprenons à venir simplement exposer notre âme à ses pieds ; et, sous son regard, à la plonger dans les effluves d’amour qui s'échappent de sa Personne sacramentelle pour nous guérir et nous sanctifier.
3° — Devant le Tabernacle où Jésus repose, nous nous demandons en réfléchissant : «Quel est Celui qui est là? Pourquoi est-il là?... Ce qu’il y fait ?... Ce qu’il nous demande ?... »
Nous Le supplions de nous éclairer et de nous aider à comprendre l'immensité de l’amour qui L’a porté à rester ainsi près de nous.
4° — Subissant le charme qu’exerce sur nous sa Personne divine et nous laissant attendrir au souvenir de l’amour qu’il nous porte, nous essayons d’aimer Jésus à notre tour, d’établir avec
Lui présent au Très Saint Sacrement ces relations d’amitié qui assurent le bonheur et fout la sainteté.
Traitant avec Jésus -Eucharistie comme avec ceux de nos semblables que nous aimons le plus, nous modelons notre amour et nos relations avec Lui sur l’amour que nous leur portons et la manière dont nous le leur témoignons.
5° — Nous rappelant que les Juifs suivaient le Sauveur, non seulement pour recevoir ses bienfaits, mais aussi pour entendre sa parole, nous repassons dans notre mémoire les leçons que ce divin Maître nous a données, tandis qu’il était sur la terre, et qui nous ont été conservées dans l’Evangile pour être la règle de notre conduite.
Nous Le supplions de nous en donner l’intelligence et de nous aider à les mettre en pratique.
Deuxième De^ré
Quand une fois Jésus-Eucharistie est devenu pour nous l’Etre aimé par excellence ; quand, près de Lui, nous avons compris la vanité des choses de la terre et combien tout ce qui passe est impuissant à satisfaire notre cœur *, quand nous avons senti que, faits pour Dieu, c’est près de Lui seul que nous trouvons le repos et la
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paix, et que Lui , Il est là, pour nous, au Tabernacle : nous essayons naturellement d’entrer dans une voie d’union plus parfaite avec ce divin Maître.
i° — Alors, comme Madeleine choisissant la meilleure part, nous nous appliquons à fixer la demeure de notre âme au Tabernacle, nous y plaçant par la pensée dès notre réveil, y revenant en esprit dès que quelque distraction extérieure nous en a éloignés.
2° — Fuyant les préoccupations inutiles, nous nous appliquons de plus en plus à former notre manière de voir sur celle de Jésus, à confondre nos pensées, nos sentiments, nos volontés, nos désirs avec les siens, selon ce que l’Evangile nous apprend de sa vie et de ses enseignements.
3° — Puis, Le contemplant et L’étudiant dans son état eucharistique où II se tait..., où II supporte..., où, sous une apparence de mort, Il cache sa vie de prière, d’adoration, d’amour et d’immolation, nous nous appliquons à nous former sur ce divin modèle et à faire de notre vie une copie fidèle de la sienne.
40 — Enfin, pénétrant plus profondément dans la vie de Jésus en l’Eucharistie, considérant qu’il s’y donne à tous et se constitue la rançon des âmes, nous travaillons à nous oublier nous»
mêmes et à ne désirer plus que la gloire de Dieu et le salut de nos frères.
Nous faisons de Jésus-Hostie la trop sublime oblation de notre amour; et, en L’offrant à Dieu le Père, nous offrons par Lui et avec Lui notre vie, nos souffrances, nos travaux, nos sacrifices et nos mérites, pour qu’il en use suivant les désirs de son Cœur.
Telle est la voie à suivre pour arriver, par le moyen de la Vie Eucharistique , à l’union la plus parfaite et la plus complète avec Jésus au Très Saint Sacrement ; pour mettre notre vie en harmonie avec les désirs de notre tendre et divin Maître ; pour correspondre à ses miséricordieux desseins de perfection sur nous.
Puisse la Vierge Immaculée nous inspirer la résolution de suivre cette voie et nous fournir les moyens d’y entraîner les âmes à notre suite !
Puisse de souffle de l’Esprit-Saint nous y conduire et nous y diriger : Emitte Spiritum tuum et creabuntur , et renovabis faciem terra !