CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Plusieurs auteurs se sont occupés de l'étude des associations désignées sous Le nom de céèidies et qui s’établissent entre une plante et des parasites végétaux ou animaux; mais presque toutes les cécidies étudiées appartiennent au groupe de celles qui prennent naissance sur la racine, la tige ou les feuilles de l'hôte. Nous avons abordé l’examen des cécidies florales et nous avons étudié les transformations que subissent les organes floraux dans leur morphologie extérieure et leur analomie.
Au cours de ce travail, nous avons observé un grand nombre de faits qui se sont présentés d’une manière isolée et que nous avons classés dans un résumé général. Nous voudrions maintenant mettre en lumière plusieurs d’entre eux, plus nouveaux ou plus remarquables que les autres, et montrer que cette étude, qui peut sembler très spéciale, offre, par certaines conclusions qui en découlent, une portée générale.
Modifications relatives à la morphologie extérieure. — Nous avons eu l’occasion de rapporter un grand nombre de transformations des organes floraux (transformation d’un organe quelconque en feuille, {transformation des pétales en sépales, des étamines en pétales, des carpelles en étamines, etc.), à l’action de parasites internes ou externes.
Nous avons vu que certaines fleurs deviennent prolifères sous l’action de Pucerons (Sinapis arvensis, Torilis Anthriscus) ou de Phytoptides (Daucus Carota); pour le Torilis Anthriscus les phénomènes avaient été observés par Pevyritsch, sans être rapportés à l’action de Pucerons; cela tient à ce que les parasites ont ordinairement quitté la plante lorsque
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les fleurs sont épanouies et que leurs transformations sont devenues bien apparentes. Ces observations nous donnent à penser que beaucoup de faits dits tératologiques doivent être dus à la présence de parasites, que ce sont des faits d'ordre pathologique.
Une intéressante modification des fleurs due au parasitisme consiste dans leur duplicature ; c’est ainsi que le Vio/a silvestris peut acquérir, lorsqu'il est attaqué par le Puccinia Violæ, un grand nombre de pétales supplémentaires.
Les plantes à capitules peuvent aussi, par des modifications de la forme de leurs fleurs, présenter le mode de duplicature qui leur est spécial. Nous avons vu le Matricaria inodora transformer ses fleurs tubuleuses en fleurs ligulées sous l’action du Peronospora Radü. Il est à remarquer que les modifications qui conduisent à la duplicature obtenue par des pratiques horticoles chez les Composées Radiées sont absolument identiques à celles que nous observons ici; dans les deux cas cette duplicature doit être due à des troubles qui surviennent dans la nutrition de la plante.
Le ÆXnautia arvensis attaqué par le Peronospora violacea nous à offert un fait du même ordre particulièrement net; dans ce cas, où le parasite peut passer très facilement inaperçu, ou pourrait être amené à créer une espèce nouvelle ; la plante présente un dimorphisme parasitaire d'autant plus intéressant que la cause peut ne pas résider dans la fleur même; ce fait est à rapprocher de plusieurs autres du même genre signalés par M. Giard chez les animaux.
Sous l'influence d'actions parasitaires les plantes peuvent présenter des modifications dans la distribution de leurs organes sexuels ; nous en avons observé un nouvel exemple très net chez l’£wphorbia Cyparissias ; sur chaque rameau floral secondaire de cette plante la fleur inférieure est à l’état sain exclusivement mâle, toutes les autres étant hermaphrodites ; lorsqu'elle est attaquée par divers Uromyces, cette fleur inférieure devient hermaphrodite ; le parasite semble provoquer le développement d'un organe qui existe atro-
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phié, en quelque sorte à l’état lalent, et mettre en évidence que les fleurs unisexuées ne le sont que par avortement des organes correspondant à un sexe.
Certains faits que nous avons observés peuvent éclairer la morphologie générale. C’est ainsi que nous avons montré comment l’étamine se dédoublant en deux paires de lames, correspondant chacune à un sac pollinique, ne cesse pas pour cela d’être constituée par une feuille unique.
Nous avons trouvé un nouvel exemple de fleurs d'Ombellifères, rendues virescentes par des Pucerons, et présentant deux ovules dans chaque carpelle, l’un inférieur, tombant, qui apparaît normalement, l’autre supérieur, ascendant, qui ne se développe normalement pas.
La division constante de la glumelle supérieure de la fleur des Bromes, sous l’action des Phytoptus, en deux organes écartés l’un de l’autre, nous a amené à nous ranger à l'avis de ceux qui la considèrent comme formée de deux feuilles distinctes quise soudent.
Modifications anatomiques. — Nous avons vu combien peuvent être considérables les transformations que les organes éprouvent dans leur structure anatomique; 1] est très rare que le parasite détermine la mort pure et simple des organes qu'il attaque; il n’arrive pas fréquemment non plus que les organes floraux se défendent contre l’action parasitaire ; le plus généralement ces organes s'adaptent à une nouvelle fonction, qui est celle de nourrir le parasite, et toutes les différenciations spéciales qu'ils subissent normalement font place à une nouvelle organisation répondant au rôle qu'ils sont amenés accidentellement à remplir.
Tous les tissus peuvent être modifiés dans leur structure propre ou dans leur distribution; nous sommes habitués à voir la structure des organes varier avec les conditions auxquelles ils sont soumis, mais jamais on ne la voit subir de transformations aussi considérables que sous l’action de parasites.
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Les cellules sexuelles mâles sont particulièrement intéressantes à considérer à ce point de vue; elles se comportent de deux manières très différentes dans les cécidies florales ; ou bien elles ne s’écartent pas de leur évolution normale, mais n'arrivent presque jamais à former des grains de pollen bien constitués, les matériaux nutrilifs nécessaires à celte formation étant détournés au profit du parasite; ou bien elles cessent d’être sexuelles et se transforment en cellules de parenchyme qui prennent les mêmes caractères que le parenchyme ordinaire soumis à l’action parasitaire. On n’a jamais signalé une lelle transformation sous l'influence des variations les plus considérables qui peuvent survenir dans les conditions de milieu jusqu'ici étudiées. Il y a plus, il peut se former, au centre de ce massif de cellules sexuelles transformées, un faisceau libéro-ligneux.
Ces are auxquels j'ajouterai celui qui ÉECELEA dans la formation de poils nucellaires à l’intérieur du sac embryonnaire du Stachys Betonica attaqué par des Phytoptus, montrent à quel point la plante est plastique; les cellules d’une région donnée qui se différencient en tel ou tel lissu dans les conditions ordinaires, peuvent modifier cette différenciation, lorsque ces conditions viennent à changer, à tel point qu'on peut trouver au centre des sacs polliniques un tissu conducteur, au lieu de grains de pollen.
J'espère que ce travail, si incomplet qu'il soit, suffira à montrer combien de faits intéressants doit nous révéler l’étude détaillée de ces associations parasitaires, dont nous n'avons étudié qu'un nombre relativement peu considérable, au seul point de vue morphologique et anatomique.
Ce travail a été fait aux laboratoires de botanique de l'École Normale Supérieure et de la Sorbonne.
J’adresse mes plus vifs remerciements à MM. J. Costantin et G. Bonnier pour les encouragements qu'ils n’ont cessé de me prodiguer au cours de mes recherches.
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