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Schrôter (1) a signalé l'attaque des fleurs du Dipsacus pilosus par le Peronospora violacea ; c'est auprès de Rastadt qu'en 1872 il a recueilli les échantillons dont l'étude fait l'objet de sa note. On n’a jamais signalé, que je sache, l’existence de ce Peronospora en France; aucune des listes que j'ai consultées n’en fait mention et je n’ai vu d’autre part dans aucun Exsiccata de spécimens provenant d’une localité française.
J'ai eu l’occasion de trouver des pieds de Dipsacus pilosus infestés par le même Champigron à Presles (Seine-et-Oise), dans la forêt de Carnelle. Schrôter, ayant particulièrement en vue l’élude du parasite, signale rapidement les modifications de couleur présentées par les corolles, ainsi que l'infertilité des fleurs atlaquées. Ce sont ces diverses modifications,
(1) Schrôter, Ueber Peronospora violacea Berk. und einige verwandte Peronosporaarten. Hedwigia, 1874, p. 177,
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amenées par la présence du Peronospora dans la fleur, qui vont nous occuper.
Toutes les inflorescences d'un même pied sont altaquées en même temps, etles plantes infestées sont généralement moins grandes que les plantes saines. Une inflorescence attaquée se distingue à première vue par la couleur brune des pétales, l'absence d’étamines saillantes au dehors de la corolle, par les bractées florales plus courtes, dont l'extrémité aciculée dépasse moins longuement les pétales; ces deux derniers caractères contribuent à donner un aspect plus lourd à l'inflorescence attaquée (PI. II, fig. 1 et 2).
1. Calice. — Le calice a dans les fleurs saines la forme d’une collerelte assez évasée, présentant quatre lobes séparés deux à deux par une côte qui s'arrête au fond d’une petite échancrure (PI. IT, fig. 3); dans les fleurs altaquées (PI. IN, fig. 4) la collerette est moins développée et moins évasée ; elle peut de plus offrir des modifications dans la forme de ses lobes, qui apparaissent dentés sur leurs bords, moins arrondis et séparés par des échancrures moins neltes, les côles s’accentuant au contraire beaucoup; dans quelques cas, l’échancrure située dans le plan médian et contre la bractée s’exagère, le calice se fendant tout à fait en celte région et les bords des deux lobes voisins, ainsi séparés, se recouvrant l’un j’autre (PI. IE, fig. 7). Mais la modification la plus commune consiste dans l'allongement plus ou moins considérable d’un des deux lobes antérieurs ou des deux à la fois (PI. HI, fig. 5 et 6); on observe ainsi une ou deux languettes qui peuvent acquérir une longueur quadruple ou quintuple de celle des sépales normaux; elles sont étroitement appliquées contre la bractée. Cet allongement des sépales s'effectue d'ailleurs d’une manière fort irrégulière; un seul lobe du calice ou une partie de lobe peut donner naissance à une languette, mais souvent aussi les deux lobes voisins contribuent à sa formation, de façon que cette languette peut occuper la place de l’échancrure normale; qu'elle apparlienne à un ou à deux lobes du calice, elle est souvent
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bifide à son extrémité; je n'ai jamais observé de pareilles modifications dans les fleurs saines. Les languettes développées sous l’action parasitaire portent des appareils conidiens et contiennent de nombreuses oospores; c’est une exceplion à la règle formulée par Schrôter, d’après laquelle les conidies el les oospores n'apparaissent que dans les organes de la fleur dépourvus de chlorophylle; il existe en effet de la chlorophylle dans les sépales et souvent plus dans les languettes surajoutées que dans le calice normal; c'est ainsi que l’épiderme ordinairement dépourvu de chlorophylle peut en acquérir dans la partie du calice qui s’est allongée.
2. Corolle. — La corolle saine (PI. I, fig.3) est formée par quatre pétales inégaux, l’antérieur sensiblement plus développé que les autres et les recouvrant dans le bouton; cette inégalité s’atténue dans les fleurs attaquées: la corolle de celles-ci (PI. IT, fig. 4) est moins évasée, plus régulièrement conique ; elle présente à sa surface des conidiophores peu abondants (Schrôter les a signalés en très grand nombre sur ses échantillons; nous reviendrons plus loin, à propos de l'attaque du Xnautia arvensis par le même Champignon, sur les variations que ce dernier présente, en ce qui concerne ses appareils reproducteurs). De très nombreuses oospores se développent dans le tissu de la corolle, ainsi que dans celui des étamines et des styles, sans d’ailleurs en modifier la structure; ces oospores, ainsi que diverses Mucédinées brunes (C{ladosporium, Sporodesmium), qui se développent secondairement sur les parties altaquées, donnent à la corolle, blanche à l’état sain, une couleur différente, gris sale, puis brune et enfin presque noire.
3. Etamines. — Les étamines sont à l’état normal longuement saillantes au dehors de la corolle, leur filet ayant environ 4 millimètres de long sur 120 d'épaisseur; dans les fleurs attaquées, la longueur du filet peut se réduire à un demimillimètre ; par contre l'épaisseur augmente plus ou moins et peut atteindre 300 w. Les anthères des étamines le plus profondément atteintes sont réduites de moilié en largeur ;
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elles cessent d’être fixées sur le filet par le milieu de leur partie dorsale, ce filet s’insérant à la base du conneclif qui en es{ la continuation, en un mot l’anthère de dorsifixe devient basifixe. Un simple examen par transparence permet de reconnaître que les anthères des étamines à filet le plus court ne contiennent pas de grains de pollen bien formés. On trouve du reste dans les fleurs infestées, toutes les transilions entre les élamines normalement constiluées et les plus atrophiées, ces dernières étant de beaucoup les plus nombreuses. Dans une même inflorescence attaquée, on peut rencontrer des fleurs à étamines normales et d’autres à filet très raccourci, dépourvues de pollen; il est même possible qu'une même fleur présente des élamines modifiées à des degrés très différents.
Examinons comment se comportent les sacs polliniques sous l'influence du parasite. Rappelons d’abord qu’à l’état normal les sacs polliniques, à l’époque de la déhiscence, sont délimités par une assise épidermique à amidon et une assise mécanique à bandes épaissies et lignifiées; ils contiennent des grains de pollen à quatre pores, l’exine est striée normalement à sa surface; leur protoplasma dépourvu de vacuoles prend fortement les réactifs colorants; on sait qu'ils contiennent deux noyaux. Les sacs polliniques des anthères le plus profondément atteintes (PI. INT, fig. 8 et 9) offrent en coupe la forme d’un croissant, au lieu de présenter une cavilé à seclion à peu près circulaire; cela tient à l’affaissement de la paroi externe contre le fond de la cavité. L'épiderme (ép.) présente des grains d’amidon un peu plus abondants qu’à l’état sain; au-dessous, on observe une assise irrégulière sans épaississements lignifiés qui ne devient pas assise mécanique; il s'ensuit l'absence de déhiscence pour les anthères. Dans la cavité réduite du sac pollinique, les grains de pollen sont remplacés par une masse homogène, formée par des cellules sans paroi, se colorant fortement par le carmin et reconnaissables seulement aux noyaux à contour vague, à chromatine diffuse, qui peuvent à leur tour
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cesser d'être distincts du protoplasma; ces cellules arrêtées dans leur développement sont celles qui devaient évoluer en grains de pollen ou servir à leur nourriture. Le connectif des anthères ainsi atrophiées contient de nombreux cristaux maclés d’oxalate de chaux; il peut être envahi par le mycélium qui y développe des oospores; mais jamais ce mycélium ne pénètre dans l’intérieur des sacs polliniques; ce n’est donc pas en se nourrissant directement des cellules reproductrices que le parasite détermine l'infertilité des anlhères.
De même que les élamines sont plus ou moins modifiées dans leurs caractères extérieurs, il existe aussi toutes les transitions entre les sacs polliniques profondément attaqués et les sacs normaux, ce qui revient à dire que les cellules qui doivent donner naissance aux grains de pollen sont arrêtées plus ou moins tard dansleur développement. Les grains de pollen peuvent arriver à se constituer incomplètement; certains sacs polliniques contiennent ainsi une masse de protoplasma dans laquelle se trouvent des grains de pollen réduits à une paroi qui n’est pas encore différenciée, et à l’intérieur de laquelle on ne voit plus trace de protoplasma ni de noyaux; ces grains de pollen peuvent êlre serrés les uns contre les autres, la masse formée par le protoplasma des cellules nourricières faisant presque complètement défaut.
On rencontre dans une région de certains sacs polliniques (PI. IE, fig. 10) des grains de pollen {p.) presque vides, ne contenant plus qué très peu de protoplasma et un noyau pariétal, alors qu'une autre région est occupée par des cellules mères {c. m.) qui n’ont pas évolué; il peut y avoir ainsi une différence dans le développement des grains de pollen suivant les diverses régions d’un même sac pollinique, et plus encore suivant les différents sacs polliniques d'une même anthère; il est à remarquer cepéndant que les deux sacs symétriques subissent le plus souvent des modifications semblables. Très rarement, dans les anthères les plus modifiées, certains sacs polliniques ne se développent pas du tou;
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on trouve à leur place un tissu homogène parenchymateux.
4. Pistil. — L'ovaire concrescent avec les trois verticilles externes, est ordinairement réduit dans les fleurs attaquées, ainsi que l’involucelle qui l'entoure, et l’ovule n'arrive pas à se transformer en graine. Le sac embryonnaire (PI. HI, fig. 11) perd de bonne heure son contour régulier, se vide en quelque sorle avant que la cellule mère ait eu le temps de se diviser ; l’assise interne du nucelle qui borde le sac embryonnaire se différencie cependant en assise digestive du reste du nucelle, et la digestion commence alors que Le sac embryonnaire est complètement vide; nous avons donc l’occasion de constater que cette digeslion est parfaitement indépendante de la formation de l'embryon et de l’albumen.
Souvent aussi les huit cellules se développent dans le sac embryonnaire et les choses en restent là, loosphère n’élant pas fécondée et l’albumen ne se formant pas; enfin, mais beaucoup plus rarement, l'embryon etl’albumen peuvent commencer à se développer, la graine peut même acquérir sa constitution normale; nous retrouvons ici les mêmes varialions dans l’époque où se produit l'arrêt de développement que celles que nous avons signalées pour les sacs polliniques. Comme pour le pollen, la stérilité du sac embryonnaire n’est pas due à l’action directe du Peronospora, car son mycélium ne pénètre jamais dans l’ovule.
En résumé, l'action du Peronospora violacea sur le Dipsacus pilosus amène trois modifications principales dans les fleurs :
1° L'arrêt de développement des sacs polliniques et la transformation possible des cellules mères des jrains de pollen en cellules de parenchyme;
® L'arrêt de développement du sac embryonnaire ;
3° L’allongement des sépales. :
Les deux premières modifications résultent d’une action indirecte du Peronospora, la troisième, au contraire, ne survient que sous l'influence directe du mycélium parasite.
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Knautia arvensis Coult.; Scabiosa columbaria L.; et Scabiosa Succisa L.
Attaqués par le Peronospora violacea Berk.
PI. IL, fig. 42 à 20.
Schrôüter a également trouvé aux environs d’'Heilbronn des pieds de Knautia arvensis attaqués par le Peronospora violacea ; Gerhardt, Cohn, Berkeley (1) avaient signalé celte attaque en Allemagne et en Angleterre; les Exsiccata de Roumeguère (2) (Fungi Gallici exsiccati) contiennent des échantillons provenant de Belgique ; j'ai rencontré en grande abondance à Presles (Seine-et-Oise), à Perros (Côtes-du-Nord) et à Moussy (Marne), des pieds de la même Dipsacée dont les fleurs étaient infestées par le même parasite. A propos de cette attaque, Schrôter dit simplement : « Pollen gelangt nicht zur Ausbildung... Eine Samenbildung ist nicht môglich » ; Cohn (3) : « Die befallenen Blüthen verkümmern und bleiben unfruchtbar », et Magnus (4), après avoir parlé de l’action du Cystopus candidus sur ses hôtes, ajoute: « Keinen Einfluss zeigen hingegen viel andere in Blütenblättern vegetirende Peronosporeen, wie z. B. P. siolacea in den Blüten von ÆXnautia arvensis ». Nous allons voir pourtant que les fleurs attaquées peuvent être considérablement modifiées et qu'une partie des transformations à échappé à Schrôter.
Décrivons d'abord rapidement l'aspect des inflorescences saines: lés capitules que j'ai examinés peuvent appartenir à deux types ; dans un premier type (PI. IT, fig. 12) la forme des fleurs du rang périphérique (PI. II, fig. 15) diffère très sensiblement de celle des fleurs centrales (PI. IL, fig. 16); alors
(1) Berkeley, Outl. of British Fungol., 1860, p. 349.
(2) Roumeguère donne comme synonyme de ce parasite P. Knautiæ Fckl:; il n’y a aucun rapport entre les deux espèces; le P. Knautiæ vit sur les feuilles du Knautia arvensis.
(3) Cohn, Cryptog. Flora von Schlesien, TI, 1, p. 247.
(4) Magnus, Einfluss den die Vegetation einiger parasitischer Pilze in der Blüte der Wirtpflanze auf die Ausbildung der Blütentheile ausübt. (Verhandl. des Bot, Ver. der Pr. Brdbg., 1891, XXXIIT).
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que ces dernières ont leurs quatre pélales à peu près égaux, que leur corolle est régulière, les fleurs périphériques ont une corolle à lobes nettement inégaux, le pélale antérieur étant beaucoup plus long et plus large que les pétales latéraux el ceux-ci à leur tour plus développés que le pétale postérieur : les capitules du second type ont des fleurs beaucoup moins différentes entre elles; toutes ont les lobes de leur corolle plus pointues que dans le premier type, les fleurs périphériques ont simplement leurs pétales un peu plus développés que celles du centre; ceux-ci restent à peu près égaux entre eux, ne s'élargissent pas et ne s’étalent pas comme dans les fleurs du premier type; dans les deux cas, les étamines et les styles sont longuement saillants en dehors du tube de la corolle.
Les fleurs attaquées sont modifiées à divers degrés, suivant le plus ou moins grand développement du parasite dans leurs lissus. Les inflorescences de certaines plantes attaquées, chez lesquelles on ne rencontre que difficilement quelques conidiophores, ont à peu près l'aspect normal (PI. HI, fig. 13), celui du premier ou du second type décrits; cependant les styles seuls dépassent le niveau des corolles, les étamines sont très réduites; leur filetest raccourciet les anthères atrophiées restent incluses dans le tube de la corolle.
. Dans les capitules où le mycélium est très abondant, où les conidiophores sont très nombreux ainsi que les oospores, l'aspect n’est plus du tout le même que dans les capitules sains (PI. IL, fig. 14) ; toutes les fleurs deviennent semblables entre elles et la forme de leur corolle se rapproche de celle des corolles périphériques du premier fype; la corolle devient beaucoup plus évasée, les lobes prennent un grand développement et non seulement on ne voit plus les étamines, mais les styles aussi sont cachés par les pétales qui s’allongent beaucoup, alors que les styles gardent leur longueur ordinaire ou même se raccourcissent. Ajoutons à cela que les corolles acquièrent une couleur vineuse sale, remplacant leur teinte rose lilas clair, indépendamment de la cou- ANN. SC. NAT. BOT. Su Fait
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leur qui leur est donnée par les conidies violettes du Peronospora ; l'aspect particulier que prennent ainsi les capitules attaqués permet de les reconnaître d’assez loin au milieu de ceux qui restent sains.
Les capitules d’une même plante sont tous attaqués ou tous sains, et les modifications qu’ils subissent sont sensiblement de la même importance, ce qui correspond à un développement à peu près uniforme du parasite. Le mycélium de ce dernier, en ce qui concerne la fleur, ne se rencontre que dans la corolle, les étamines et le style, el ce sont les seules parties de la plante où se forment les appareils reproducteurs; la remarque de Schrôter, qui était légèrement inexacte à propos du Dipsacus pilosus, est ici tout à fait valable, à savoir que les conidiophores et les oospores n'apparaissent que dans les parties dépourvues de chlorophylle. Dans toutes les parties attaquées, et surtout les pétales, se développent diverses Mucédinées, en particulier des C/adosporium; c'est un exemple nouveau de C/adosporium végétant sur des organes déjà atteints par un autre parasite (1). Les pétales en se desséchant restent souvent adhérents à la fleur ; ils sont alors complètement noirs du fait des oospores, des conidies qui sont tombées à leur surface, et des Mucédinées brunes qui apparaissent accessoirement.
Schrôter a hésité un instant à faire du Peronospora végétant sur le Ænautia la même espèce que le Peronospora violacea du Dipsacus pilosus; il remarque entre autres cette différence : les appareils conidiens, qu'il avait observés très communs sur les fleurs du Dipsacus pilosus, étaient très rares sur les inflorescences du ÆXnautia qu'il avait eues à sa disposition ; c'est que ces dernières correspondaient à celles que nous avons observées comme présentant un faible développement du mycélium ; nous avons vu qu'il en existe d’auires où les conidiophores sont très nombreux, où ils sont même beaucoup plus fréquents que dans les inflorescences
(1) C’est ainsi que M. Prillieux a signalé un Cladosporium se développant dans-le cœur de la Betterave attaquée par un Phillosticta.
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du Dipsacus que j'ai pu observer ; le plus ou moins de fréquence des appareils reproducteurs ne provient pas de la nature diverse de l’hôle, ni de ce qu’on a affaire à deux espèces de parasites ; car les différences que signale Schrôter, par exemple entre la taille des conidies ou des oospores du Peronospora du Dipsacus el de celui du Ænautia, existent entre des parasites recueillis sur différents individus de Xnautia, où le nombre des conidiophores est également variable. Cette variation doit donc être attribuée à une autre cause, que Je crois voir dans les conditions extérieures ; j'ai rencontré, en effet, tous Les pieds portant des inflorescences peu modifiées, ayant simplement leurs élamines réduites, et chez lesquelles on trouve souvent ;à grand’peine quelques appareils conidiens, dans des terrains arides, sur des coteaux (Presles, Moussy) ou sur des falaises (Perros); j'ai cueilli, au contraire, les inflorescences très attaquées et par suite très modifiées dans une prairie artificielle relativement humide ; les pieds de Dipsacus infestés, qu'il m’a été donné d'examiner, et chez lesquels le parasite était bien développé, provenaient d'un bois également humide.
Examinons de plus près les modifications que subissent les diverses parties de la fleur.
1. Pédoncule et enveloppes florales. — Le pédoncule floral est assez souvent courbé dans le voisinage de l’inflorescence (PI. IT, fig 14).
Le calice formé de dents allongées est simplement réduit de longueur dans les fleurs attaquées ; sa base est appliquée étroitement contre la partie supérieure de l’involucelle, au lieu d'en être séparée par une partie étranglée de l’ensemble des différents verticilles soudés, qui forme une sorte de pédicelle.
Nous avons vu quelles modifications subissent les pétales; à ces changements morphologiques ne correspondent pas de transformalions anatomiques; les cellules de la corolle sont simplement dissociées plus ou moins par le mycélium qui chemine entre elles et détermine la production de
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méats ou de lacunes, dans lesquels se forment les oospores.
2. Étamines. — Les élamines offrent différents degrés de réduction comme chez le Dipsacus pilosus, mais le plus ordinairement elles sont très atrophiées ; elles ont un filet de { millimètre à 1**,5 portant une anthère mesurant à peine 1 millimètre de long sur 1/2 millimètre de large, le filet des élamines saines ayant environ 8 millimètres de long et leurs anthères 2 millimètres de long sur près de 1 millimètre de large; alors que les anthères saines sont nettement oscillantes, elles restent basifixes lorsqu'elles sont attaquées. Jamais le pollen n’arrive à son développement normal dans ces anthères atrophiées; les sacs polliniques (PL. UE, fig. 19) contiennent une masse formée par les cellules mères arrêtées dans leur évolution, et dont on reconnaît plus ou moins nettement les noyaux; celte masse est séparée de l’extérieur par l’épiderme accompagné (PI. IE, fig. 19) ou non (PI. III, fig. 20) de une ou deux assises plus internes; ces dernières existent ou sont absentes suivant qu’elles ont eu le temps ou non de se différencier avant que se produise l’arrêt de développement. Dans quelques étamines attaquées à un stade ultérieur on rencontre des grains de pollen dont la membrane est bien différenciée, mais dont le protoplasma est absent; ce n’est que dans des cas très rares que des fleurs attaquées offrent des anthères normales déhiscentes; quelquefois une anthère présente un sac pollinique bien constitué alors que les autres sont complètement avortés ; dans certaines anthères l’assise mécanique peut se différencier par places. Toutes celles qui sont modifiées contiennent de nombreux cristaux maclés d’oxalate de chaux. Jamais, comme pour le Dipsacus pilosus, le mycélium parasite ne pénètre à l’intérieur des sacs polliniques.
Parfois, l’un de ces sacs polliniques ne se développe pas et on trouve à sa place un tissu homogène qui peut prendre un assez grand développement; l’anthère, possédant ainsi sur l’un de ses côtés une lame pétaloïde à coloration violette souvent intense, présente un commencement de pélalodie.
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3. Pistil, — Les carpelles attaqués sont généralement plus petits; ils contiennent de plus nombreux cristaux que les carpelles sains, surtout à la base; la chlorophylle y disparait au contraire. L'ovule est aussi plus petit et ne remplit pas toujours toute la cavité ovarienne; le sac embryonnaire développe ses huit cellules, mais les choses en restent là, dans la règle, pour les fleurs profondément atteintes; cependant, l’oosphère peut être fécondée et l'embryon commencer son évolution; on trouve même des graines bien constituées dans des inflorescences attaquées et c’est la règle pour celles qui ne présentent pas de mycélium dans leurs fleurs. Le parasite ne se rencontre pas dans l’ovule.
En résumé, les principales modifications qui surviennent dans les fleurs du Xnautia arvensis attaquées par le Peronospora violacea, sont les suivantes:
1° Arrêt de développement des étamines ; il est remarquable que cette atrophie se produise alors que le mycélium n'existe pas dans les fleurs; il est dans ce cas très net que l’action du parasite est indirecte;
2° Arrêt de développement des ovules qui résulte aussi d'une
action indirecte, mais qui a besoin pour se produire d’un
plus grand pen du mycélium ; 3° Réaction de la corolle, qui s'agrandit et change de forme, d'où résulte un aspect très différent pour les inflorescences attaquées; pour l'aspect extérieur, ces dernières sont aux inflorescences saines ce que les capitules doubles de Composées Radiées sont aux capitules normaux correspondants ; 4° Commencement de pétalodie des élamines.
John Hogg (1) a signalé en 1849 l'existence d’inflorescences doubles chez le Xnautia arvensis ; d’après la description qu’il en donne, je suis porté à croire qu’il a eu entre les mains des inflorescences alttaquées par le Peronospora vio-
(1) J. Hogg, Proceedings Linnean Soc., 18 déc. 1849,
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lacea; d'autre part Gœbel (1) a observé des étamines pélaloïdes chez la même plante. Il nous semble intéressant de retrouver ces diverses modifications nettement reliées à une cause parasitaire. Un naturaliste à qui échapperait l'existence du Peronospora sur les fleurs transformées, et c’est peut-être le cas de J. Hogg, n'hésiterait pas à les rapporter à une variété ou même à une espèce distincte ; nous avons en effet affaire à un cas très net de dimorphisme produit par l'action d’un parasite.
Contrairement à Schrôter qui déclare n'avoir jamais observé le parasite sur d’autres Dipsacées, je l'ai rencontré sur le Scabiosa columbaria L., à Presles (Seine-et-Oise) et sur le Scabiosa Succisa L., à Perros(Côtes-du-Nord). Les modifications qui surviennent sont en tout point comparables à celles que subissent les fleurs du Anautia arvensis, et je n’imsisterai pas sur des différences de détail tenant à ce que lespèce attaquée est différente.
Matricaria inodora L.
Atlaqué par le Peronospora Radii de By.
(Planche IV).
Plusieurs auteurs ont signalé l'attaque du Matricaria inodora et d’autres Anthémidées par le Peronospora Radi et indiqué en quelques mots l'existence de modifications morphologiques dans les fleurs des capilules infestés. C’est ainsi que de Bary(2) dit : « Flores radiales parasitum alentes varie elongati, contorti et conidiis sordide violaceis conspurcati sunt », et Cohn (3): « Die befallene Scheibenblüthen verkümmern rasch und bleiben unfruchtbar, die Strahlblüthen werden verlangert, verkrümmnt u. s. w... ».
Le Peronospora Radii à été signalé aux environs de Paris par M. Cornu et par M. Mangin. Je l'ai trouvé en abondance
(4) Gœbel, Beiträge zur Kentniss gefüllter Blüthen (Pringsh.Jahrb.,XVII,1849).
(2) De Bary, Sur le développement de quelques Champignons parasites (Ann. Sc, nat. Bot., 4, XX, p. 48 et 121).
(3) Cohn, Cryptog. FI. von Schlesien, II, 4, p. 248.