Né en 1796, mort en
Revenu à Constantinople, le maréchal y vit le sultan qui s'efforçait, d'une façon cligne d'être mentionnée, de rendre son gouvernement utile aux alliés, et cherchait personnellement, en insistant fortement auprès de ses ministres, à secouer cette apathie qui chez les Ottomans est devenue depuis deux siècles une tradition historique. M. de Saint- Arnaud se rendit le 25 mai à Gallipoli où, malgré une promptitude et une activité extrêmes, les troupes, l'artillerie, les chenaux, les approvisionnements de tout genre n'étaient point encore parvenus en nombre assez considérable pour suffire aux exigences d'une expédition sérieuse. Les vents du Nord avaient retardé la marche des navires et le maréchal dut expédier tous les bateaux à vapeur qu'il avait à sa disposition pour aller remorquer les transports en retard. L'armée anglaise était d'ailleurs moins avancée encore que la nôtre dans son organisation. Les plans du maréchal furent donc entièrement modifiés. Heureusement il était arrivé de meilleures nouvelles de Silistrie, les Russes avaient subi deux graves échecs devant la place, le 20 et le 21 mai, circonstance qui a^ait singulièrement relevé le moral des assiégés cl du corps d'armée commandé par Orner Pacha.
Il fallut pour le moment en revenir à l'idée première du maréchal, c'est-à-dire envover à Varna
afin de tenir les promesses faites aux Turcs, non plus une armée entière, mais un corps détaché et bien organisé. « Pendant que je donnerai tous mes soins à compléter la constitution de l'armée, écrivait le maréchal au ministre de la guerre, une division anglaise se rendra à Varna, ainsi qu'il a été entendu avec lord Raglan, et s'établira sur les hauteurs en avant de la place. La Ve brigade de la division Canrobert, commandée par cet officier général lui-même, sur la prudence et le bon jugement duquel je compte entièrement, s'y établira également. L'ensemble de ces forces, suffisant pour donner à l'armée turque l'appui moral dont elle a besoin , sera considéré comme l'avant-garde de celles qui doivent opérer dans un avenir prochain en se basant sur la place de Varna. Dans l'intervalle, je gagnerai du temps, je constituerai solidement mes divisions, je recevrai celle du général Forey, dont j'ai tant à déplorer l'absence; je concentrerai ma cavalerie à Andrinople où elle s'organisera facilement et où des approvisionnements importants sont réunis. La 3e division qui s'acheminera dès demain vers Constantinople , sera ultérieurement dirigée sur Varna. J'arriverai ainsi à réunir en avant ou en arrière de cette place, en partie par la voie de mer, en partie par celle de terre, la totalité de l'armée dans des conditions de préparation qui seront très-satisfaisantes, sans
que d'ailleurs la liberté de ses mouvements soit engagée1. »
La pensée tout entière du maréchal de Saint- Arnaud se trouve renfermée dans ces lignes de sa correspondance officielle ; il la complétait deux jours après en écrivant : « La France et l'Angleterre seront poussées par les événements eux-mêmes à la nécessité impérieuse d'augmenter successivement les deux armées d'Orient. » Du moment où Ton voudrait faire plus que de couvrir Constantinople, c'était fatal en effet.
La 1re division de l'armée anglaise forte de 6000 hommes et placée sous les ordres du général G. Brown fut transportée à Varna le 30 mai. Le 1e' 'juin, la brigade appartenant à la division du général Canrobert et commandée par lui-même était également embarquée avec tout son matériel. Pendant ce temps la cavalerie était dirigée sur Andrinople sous le commandement du général Morris.
Quant à la troisième division dont le maréchal avait parlé dans sa dépêche au ministre de la guerre, elle était placée sous les ordres du prince Jérôme Napoléon qui, au début de la guerre, avait écrit à l'empereur Napoléon 111 pour lui demander de faire partie de l'expédition d'Orient. Cette division fut appelée àConstantinople avant son cmbar-