‹ Prétentions de la raisonChapitre 2 sur 2 · NOTES · texte numérisé non relu

NOTES

Note A, p. 11!

Nous nous plaisons à reconnaître que Monsieur de Potier^ auteur de plusieurs ouvrages de mérite, et champion constant de la Vérité, nous a précédé dans l'appréciation que nous avons faite de cette famse modestie^ qu'on désigne sous le nom ^humilité. Comme nous avons retrouvé dans son histoire du Christianisme cette même qualification de fastueux renoncement de soi-même , et qu'il est le premier en date, nous sommes loin de vouloir revendiquer pour nous seul cette manière de stigmatiser Vhumi- Ktéy quelque juste que soit cette appréciation. Bien plus; nous renonçons, en faveur de M. de Fotter, à faire valoir le fait, si souvent renouvelé dans le domaine intellectuel, d'une coïncidence d'idée et d'expression et nous consentons à ce qu'on suppose que nous tenons de lui l'une et l'autre. Et cela pour deux motife : Dès qu'il s'agit de combattre pour la Vérité, nous n'avons qu'un but c'est Vunion de tous les efforts pour la réussite de nos aspirations, quelle que soit d'ailleurs \àfile où l'on veuille bien nous placer : voilà notre premier motif Le second ne lui cède en rien et se résume en ces peu de mots : Nous serons toujours heureux de suivre les traces d'un homme aussi distingué que M. de Potter. Et s'il nous était permis ici d'exprimer un regret .

ce serait d'avoir à confesser que nous avons connu trop tard les ouvrages de cet écrivain : leur connaissance , moins tardive, bous aurait économisé bien des recherches et épargné des journées pénibles par la tension d'esprit provenant de travaux aussi fatigants qu'assidus.

M. de Potter appartient à cette phalange courageuse d'écrivains, au cœur noble et aux généreuses inspirations, qui se sont complètement voués à la recherche de la Vérité. Faut-il citer des noms? L'espace nous manquant pour rendre à ces esprits d'élite la justice qui leur est due, nous nous en abstenons jusqu'au jour où nous serons à même de remplir dignement cette noble tâche. En attendant cette heure, nous espérons que ces hommes distingués voudront bien se contenter de la manifestation sincère que nous faisons ici de notre gratitude, pour la douce jouissance et les agréables heures dont nous leur sonunes rede^ vable.

Note 5, p. 12.

Si Vadoration ou plutôt là, fête de la Raison fut un sacrilège et une absurdité tout à la fois , que penser de la représentation de DiEU par des Papes aussi scandaleux par le déchaînement de leurs mœurs, qu'insatiables dans leur ambition eflErénée, c'est-à-dire, tels que l'histoire nous dépeint quelques-uns d'entr'eux. — La farce ridicule de là déesse rahon ne coûta la vie à personne; pourra-t-on jamais en dire autant du refas d'obéir à ces despotes, qui s'intitulaient vicaires de Christ et ministres d'une rer Ugion de paix et d^ amour? La Raison elle-même fit justice, avant qu'on en donnât le spectacle, de la première aberration, en démontrant l'absurdité de vouloir représenter matériellement un des attributs de Dieu, déversé, dans les limites voulues, sur la Créature, pour mieulc en

relever la grandeur. L'autre aberration de l'esprit, tout aussi ridicule aux yeux de la Raison, s'impose comme matière de foi méritante et trouve encore aujourd'hui la force matérielle disposée à l'appuyer et à l'établir par coercition. Pourquoi s'étonner que la Raison paraisse impuissante à son égard, lorsque, loin de l'écouter, on reconduit, et s'il le faut on met à mort ses représentants pour mieux les réduire au silence? Etrange façon d'argumenter et de prouver la vérité d'une donnée censée divine! — Qui ne voit qu'on fait d'autant mieux ressortir, dans ce dernier cas, le ridicule de la conception mise en avant, qu'on a l'infamie de vouloir l'imposer? Dès qu'une notion est obligée de s'étayer de la force, elle se juge elle-même et se reconnaît impuissante à régner par la Raison.

On ne remarque pas assez le système hypocrite dont on fait usage pour incriminer les soutiens de la Raison. Quand il s'agit d'ELLE, les crimes de ses prétendus partisans lui sont imputés, mais dès qu'il est question du Christianisme, on a bien soin de distinguer l'homme et ses travers de la doctrine qu'il est censé suivre et mettre en pratique. — On ne tarit pas sur cette malheureuse farce de la Déesse Raison sous la forme d'une courtisane, sans réfléchir que si l'on profana la plus noble des prérogatives de l'homme, dans ces temps d'égarements politiques, on n'arriva pas pourtant jusqu'au crime inouï de considérer comme représentant de Dieu sur la Terre, ce Pape éhonté, qui, pendant sa vie, sut marier l'intrigue et la haine à tant de débordements. Borgia! le vice chez toi laissa bien en arrière toute l'impudeur de la pauvre fille de joie, qui représenta ce qu'elle ne sut point écouter : la Raison l'eût sauvée en l'éclairant sur sa conduite.

n est absurde de ne juger la Raison, convertie en grossier système épicurien, Kf^^ék Rationalisme^ que par les écarts de ceux qui l'invoquèrrat, de nom et pas de fait pendant l'effervescence de la lutte, et qui, loin de

la connaître, la déshonorèrent par toutes les turpitudes qu'ils commirent en son nom. Qu'on nous montre que tant de travers et de débordements furent causés par la Raison et non point par les passions et les préjugés nés à l'ombre de la superstition régnante, qu'on cherchait à détruire, ou bien qu'on reconnaisse à quel pomt on a calomnié cette même Raison? Que dirait-on de ceux qui ne jugeraient le Christianisme que par les cruautés et les crimes de ses Ministres? Et cependant voilà comme on raisonne d'ordinaire dès qu'il s'agit d'apprécier les effets naturels du système Rationnel, A n'en pas douter, toute doctrine est bien la mère des conséquences qui découlent naturellement des principes mêmes sur lesquels elle s'appuie, et nous verrons bientôt que pour ce motif^ le Christianisme sera responsable de plusieurs des travers de ses prosélytes et de ses propagateurs. Mais avoir la prétention d'inclure parmi ces conséquences des effets qui sont loin d'être inhérents à la doctrine examinée , c'est attribuer indûment les résultats des aberrations particulières des adeptes au système qu'ils peuvent avoir chaleureusement soutenu. Distinction bien importante, mais que les chrétiens ont bien soin de passer sous silence, pour ne pas reconnaître l'injustice de leurs incriminations contre cette même Raison, qu'ils calomnient après l'avoir dépossédée de presque toutes ses prérogatives.

Note (7, p. 19.

Il suffit d'avoir pris une connaissance plus ou moins approfondie des livres moraux des anciens, pour ne plus mettre en doute qu'ils n'ont pas été dépassés dans leurs appréciations sur cette matière, et que toute notre supériorité ne provient que de l'application plus étendue et de la plus grande diffusion de leurs propres principes, trop peu répandus par la nature de leur enseignement et

— sole peu de désir qu'ils eurent de le vulgariser, A ces causes il faut ajouter l'impossibilité réelle de donner à ces mêmes principes, dès qu'il aurait été possible de le faire , toute l'extension qu'ils méritaient, à cause des penchants que le despotisme, bientôt triomphant, ne tarda pas à favoriser en les propageant.

L'antiquité payenne a produit des œuvres dont les prin-^ cipes mbi'aux ne pâlissent pas devant la morale évangélique, quelque habiles qu'aient été les auteurs de celle-ci , pour eflEacer l'empreinte des larcins qu'ils avaient su feore aux grands penseurs du paganisme. Comme nous avons réuni des matériaux qui doivent nous permettre de présenter la preuve accablante de cette assertion dans notre ouvrage sur V Evolution religieuse de la loi morale à travers les âges, nous ne saurions nous laisser aller au plaisir de les reproduire en partie dans cette note. Nous renonçons même à citer ici les aveux plus ou moins explicites des défenr seurs du chistianisme, tels que (St) Clément d'Alexandrie, Origène, Lactance, (St) Augustin et Minutius Félix, aveux que nous ferons ressortir ailleurs en citant les passages et les expressions mêmes qui leur donnent la force d'une confession réelle. Notre objet présentement est d'atteindre ce même but par une voie qui semble plus indirecte, quoique en réalité son résultat soit encore plus accablant pour la donnée chrétienne. Nous voulons démontrer qu'on ne saurait tenir pour divins des préceptes moraux, qui non seulement ne peuvent trouver grâce devant le bon sens , mais qui sont, en tout point, faux par l'impossibilité même de les réaliser. Et ceci s'applique aux enseignements donnés , durant le cours de sa vie, par le soi-disant fondateur céleste de cette même doctrine , telle qu'elle est exposée dans les évangiles attribués à ses propres disciples. Cettç démonstration, limitée pour le moment à l'un des préceptes les plus vantés du christianisme, permettra, nous l'espérons, à nos lecteurs, d'avoir un avant-goût de ce que

sera le reste, et leur fera prendre patience jusqu'au jour où ronvrage prindpal pourra leur permettre Aejnger de YesiMmhle de la doctrine que nous repoussons.

Pour qu'un i»încipe de morale deyienne obligatoire pour lliumamté toute ratière, il faut non seulement qu'il soit Vrai , mais encore Universel, sans cela le But qu'il doit avoir ea vue (rapprochement et accord des hommes par le cœur et l'esprit) devient irréalisable par sa limitati(m à des cas particuliers et spéciaux. Nous allons plus loin et nous ajoutons qu'il n'apparait à nos yeux comme donnée humanitaire qu'en tant qu'il puisse être A^xme application Universelle, car la véritémorale ne doit dépendre ni des lieux, ni des temps, ni des individus. Ce principe établi , essayons de l'appliquer au précepte si préconisé qui requiert des hommes Pamour pour leurs ennemis.

Jusqu'à l'apparition de la doctrine chrétienne on avait enseigné dans l'antiquité payenne aussi bien qu'en Judée (Ex.XXffl,v.4et5;Lév.XIX,v.l7;Deut.XXn,v.4), qu'U fallait venger les injures reçues par des bienfaits et pardonner à ses ennemis en leur rendant le bien pour le mal^ mais aucun enthousiaste ne s'était encore avisé d'exiger qu'on aimât celui qui nous hait, qu'on chérit celui qui propage le mal et tend à rabaisser son semblable. Une pareille idée ne pouvait germer que dans la cervelle de ceux qui décrieraient la Sagesse des nations en la traitant de FOLBS et de SCANDALE, tout en peignant Dieu comme soumis à I'irrjê- VOCABLE destin qui le force à punir avant de pouvoir pardonner. A-t-on bien prévu, calculé, pesé toute l'absurdité d'un pareil précepte? A quoi bon obtenir l'estime des autres et se dévouer pour leur bonheur, si la haine et les mauvais procédés, à leur égard, peuvent nous attirer tout aussi bien leur amour et leur attachement? Pourquoi se gêner et endurer des privations, si le déploiement le plus excessif de l'égoïsme ainsi que la satisfaction de nos caprices

les plus singuliers et de nos passions les plus désordonnées devaient avoir le même résultat? Le bon sens et notre propre moralité se résistent à l'adoption de cet étrange précepte. Bien plus; il est toujours irréalisable, et la meilleure preuve c'est que Jésus-Christ, c'est-à-dire le modèle par excellence l'a violé pendant toute sa vie. Lisez les Evangiles et voyez comme il a traité les Scribes et les Pharisiens. Tantôt il s'élève contre eux indirectement sous la forme de paraboles (Marc XU, v. 1-12; Luc XVni, V. 10-14; XX, V. 9-19); tantôt il leur jette à la face le mépris et l'insulte en les traitant ^ aveugles^ ^hypocrites^ lorsqu'il ne les qualifie pas de sépulcres hUmcMs et de race de vipères (Matk XH, v. 34; XV, v. 7-14; XVI, V. 4-6; XXI, V. 31 ; XXffl, v. 1-36 ; Marc Vn, v. 6-13; Xn, V. 38-40 ; Luc VH, v. 30 ; XI, v. 38-52 ; XH, v. 1 ; Xin, V. 15; XVI, V. 15 (trad. de Sacy).

Il valait bien la peine de parler de l'amour des ennemis après de pareilles récriminations, qui laissent percer le mépris le plus souverain et la haine la plus profonde envers ses adversaires. Que dirait-on si nous ajoutions d'avance, en nous référant aux autres préceptes, que nous nous proposons d'analyser, « abuno disce altos * (par l'un jugez des autres) : ce ne serait qu'ime anticipation réelle du résultat mais nous nous abstiendrons jusqu'à ce que le lecteur puisse, le livre à la main, en tirw lui-même cette conclusion.

Et qu'on remarque bien que nous ne faisons pas valoir tous les arguments que nous pourrions invoquer en nous livrant à l'examen scrupuleux de la vie morale qu'on prête à Jésus. Nous pourrions facilement faire ressortir à quel point le dépit fat répréhensible chez lui lorsqu'il fit sécher un ûgmer parce qu'ayant faim, il ne trouva pas des figues sur un arbre qui ne pouvait en porter hors de saison (Math. XXI, V. 18-19; Marc, XI, v. 12-14). — D nous serait aussi loisible de faire toucher du doigt Vad-

mirable modération dont il fit preuve en chassant à coups de fouet les vendeurs hors du temple (Math. XXI, v. 12 , Marc, XI, v. 15; Luc, XIX, v. 45; Jean, H, v. 14-15); mais à quoi bon nous occuper de ces détails insignifiants alors que nous battons en brèche le fondement même de la doctrine chrétienne.

Ce n'est point la faute de l'homme, mais celle de sa nature, s'il ne peut séparer l'être responsable de l'action qu'il a faite. Le sentiment que nous avons de la liberté dont a joui notre semblable, nous entraine à déverser sur lui l'estime ou le mépris que son action a fait naître audedans de nous. Loin de nous en plaindre, nous devons bénir Dieu de cet ordre de choses; en modelant ainsi notre être il nous a pourvus d'un stimulant pour bien agir, c'est à ce point de vue et pour ce motif même que la recherche de l'approbation et de l'estime des autres est noble et légitime.

Si Jésus, en supposant son histoire véridique, n'a pu s'y soustraire, comment exiger que nous parvenions à faire mieux que celui qu'on nous donne pour modèle? S'il succomba sans cesse à cette tendance de la nature humaine , sur quel fondement pourrait-on requérir de nous que nous sachions en triompher ? Est-ce à dire que le sort d'un ennemi doive nous laisser indifférents , et sa ruine nous être agréable? Sans doute pas, puisque nous avons commencé par établir qu'on devait rendre le bien pour le mal Nous devons nous préoccuper de son état et chercher à le ramener aux nobles aspirations de l'âme en lui faisant du bien, non pour les motifs indiqués dans certains passages des Uvres saints (Prov. XXIV, v. 17-18; XXV, v. 21-22; Paul, Rom. XII, 19-20), mais parce qu'en agissant ainsi nous ne faisons que travailler à son propre bonheur en satisfaisant les tendances généreuses de notre nature. Quant à pouvoir am^rnotre ennemi tant qu'il n'aura pas la même morale que nous, c'est tout autre chose. Les attri-

buts de Dieu, représentés par la grandeur et la bonté^ peuvent seuls être points de rencontre et bases ^ non de Vinter et que nous devons toujours porter à cet ennemi, mais deFAMOUR qu'il nous inspirera dès qu'il saura s'en rendre digne, en comprenant le prix et l'importance de si nobles aspirations. Mais alors il cessera d'être notre ennemi? évidemment oui , car le sentiment d^inimitié ne saurait être que passager chez l'homme, par cela même qu'il fait violence à sa nature, en l'éloignant du bonheur. Uamour^ dans le domaine moral, ne peut se trouver en dehors de Vadmiralion et de Vestime^ et de là vient que les dissensions intestines chassent ce sentiment ^vl foyer domesUque aussi bien que de la Cité.

Faut-il que nous ajoutions que la maxime de ne point SE SOUCIER DU LENDEMAIN, parce que les oiseaux et les lis qui^n'y songent point, ont été mieux vêtus que Salomon dans toute sa gloire (Math. VI, v. 26 et suiv.; Luc Xn, V. 23-31) est un précepte tout aussi faux, et qui ne peut, sous aucun rapport , servir à représenter la Providence , dont elle détruit le caractère élevé par l'étrange notion qu'on cherche à nous en inculquer.

Convertir une niaise insouciance et la contemplation ascétique en vertus premières, c'est bouleverser toute société par l'impossibilité d'un progrès quelconque. Etonnez-vous, après cela, des solitaires de la Thébaïde et de l'ascétisme égoïste de tant de sectes? Quand on peut s'aveugler au point de supposer que Dieu doit se charger de faire usage pour nous de notre propre raison^ et qu'on s'égare jusqu'à se permettre d'invoquer à l'appui l'exemple des oiseaux et des plantes , on ne comprend plus l'utilité de notre intelligence, ni le mérite d'une liberté tout-à-fait illusoire. La paresse de l'homme et son insouciance trouvent dans cette injonction un oreiller trop doux pour ne pas s'en accommoder.

Cette manière d'envisager nos devoirs sociaux et Tac-

tion de Dieu sur l'homme ne peut guère se comprendre, et en partie se disculper, qu'en supposant que le monde touchait à sa fin. C'est, en eflfet, l'opinion que les Evangélistes ont prêtée à Jésus puisqu'on le lui fait dire terminamment (Math. XVI, v. 28; XXIV, v. 34; Luc IX, V. 27; XXI, V. 32; Jean XXI, v. 22. — L'histoire nous retrace les fatales conséquences de la diflPusion de pareils préceptes et comment agirent les premiers fidèles et les néophytes postérieurs, imbus de ces croyances et pénétrés de la conviction que le monde allait finir, comme, du reste, l'avaient admis et enseigné les apôtres (Paul, Thess. IV, V. 17). Préoccupés de leur salut, ils dédaignèrent ce monde et donnèrent marge à l'inculpation qu'on leur a faite d'avoir, par leur manière de vivre, hâté tout autant que le despotisme, la chute de l'Empire Romain \ Ce serait le cas de dire qu'on reconnaît V arbre à son fruit et d'en déduire la conclusion relative à la qualification de sa nature d'après la maxime reproduite dans les Evangiles (Math. Vn,v. 16-20; XH, v. 33; Luc VI, v. 43-44), mais nous laisserons au lecteur le choix de tirer la déduction qui lui paraîtra la plus équitable.

' Origène , malgré sa grande habileté, n'a pas su laver les chrétiens de tout reproche à cet égard, son argumentation ne serait probante qu'en faveur des Ministres du culte. Les fidèles ne peuvent jamais serefiiser à combattre pour leur pays, en prétextant que leurs prières auront encore meiUeur effet (Orig. contra Celsum lib. VULl). H n'est pas nécessaire d'indiquer (^uel serait le sort de toute nation qui se défendrait de la sorte. En mettant en regard la tenadté des chrétiens et ce fait historique, qui pourrait mettre en doute la puissance et la magie que l'aveuglement sait exercer sur ses malheureuses victimes? — Tant qn^V expérience subie à nos propres dépens sera seule capable de nous désiller les yeux, ne nous étonnons pas de la marche lente et embarrassée du progrès intellectuel et du perfectionnement moral.

• Note Z>, p. 20.

La façon d'agir de Jésus ne doit aucunement nous sutt prendre, d'autant mieux qu'il est représenté dans les Evangiles/ tantôt comme imposant silence à ceux qui le reconnaissent pour le Messie (Marc ni, v. 12; VlH, V. 29-30; Luc IV, v. 41 ; IX, v. 20-21), et d'autres fois comme se refusant à le faire connaître (Math. XXI, v. 27 ; Luc XX, V. 7-8). — Nous ne parlons pas de la preuve indirecte de ce même fait, telle qu'elle résulte du scandale que cette confession fit naître chez les juges du Conseil, alors que devant le Sanhédrin, Jésus avoue être le Christ (Marc XIV, v. 62-64; Luc XXH, v. 66-71). Et pourquoi trouverait-on étrange que Jésus procédât de la sorte? Les écrivains qui nous ont transmis son histoire n'ont-ils pas eu soin de nous rappeler qu'il n'est venu que pour le rachat de pltmeurs (Math. XX, v. 28; Marc X, v. 45; Luc XTÏÏ, V. 24) ? N'ont-îls pas feit dire à Jésus à plus d'une reprise que les scandales étaient indispensables , nécessaires^ mais que malheur à ceux qui les causent (Math. XVin, V. 7; Luc XVH, v. 1). Bien plus, n'ont-ils pas poussé la témérité jusqu'à lui faire mettre les points sur les i lorsqu'il lui font proférer ces paroles relatives à Judas « il vaudrait mieux pour lui quHl ne fàt jamais né » (Math. XXVI, V. 24; Marc XIV, v. 21). Etait-ce la faute de Judas s'il n'avait pu se soustraire à cette existence de malheur qui, selon les Evangélistes, était nécessaire^ surtout lorsque, victime d'une dispensation fetale , il n'avait pas été consulté préalablement pour savoir s'il accepterait à ce prix l'existence. Voici quelques textes à l'appui de ce que nous avançons. (Math VU, v. 14; XI, V. 25-26 ; XVI, v. 17; XX, v. 16; XXH, v. 14; Luc XTV, V. 24; Jean Xn, v. 40; Paul. Rom. Vffl, v. 28-30; IX ,

V. 18; XI, V. 7; Paul, I Corint. I, v. 27-28; II Corint. IV, V. 3-6 ;Ephes. I, v. 1 1 ; Paul, H Timot. I, v. 9).

D est impossible de soutenir un fatalisme plus grossier. Calvin pouvait être irrationnel en croyant à la prédestination^ dans le sens chrétien (inique) du mot, mais il ne fut certes pas un mauvais logicien. Cette conséquenée ne peut que découler des prémisses chrétiennes et de tant de déclarations concordantes qui se lisent dans les Evangiles. Dès que les expressions Aepeu^ beaueoup^ plusieurs et non pas celles de totis les hommes^ toutes les créatures^ peuvent servir à désigner et à caractériser les dispensalions divines: rARBirRAiRE prend naissance et apparaît avec son hideux cortège de supplices et de tourments. Comment ne pas nous élever contre un système où cet arbitraire est attribué follement à \Etre Tout-Puissant et Omniscient Comment ne pas plaindre le& pauvres d- esprit qui peuvent admettre une semblable monstruosité tout en nous indignant contre ceux qui la propagent pour en tirer j)rofit? Heureusement pour l'honneur de l'humanité que le nombre des aveugles est le chiffre prédominant.

Note E, p. 27.

Nous répugnons à faire usage du mot justice dès qu'il s'agit de l'appliquer à Dieu parce que l'expression nous semble trop humaine. A l'égard du GréatexiT la, justice ne peut être que le simple rapport de convenance ou Veapression qualificative de P harmonie qui doit régner entre son plan et les mesures ou moyens qu'il jugea convenables pour le réaliser. Au point de vue moral le mot seul de Bonté convient à Dieu, car ce m^t bien compris résume toutes les perfections morales du Créateur, tellement sa Toute- Puissance et sa Toute-Science en sont ins^arables. • Lorsque nous disons que Dieu seul est gkand, nous le reconnaissons implicitement sans nous en douter puisque

dans tous ces cas, sans en excepter un seul, nous rendons hommage à son incommensurable BONTÉ.

Les phénomènes trahissent souvent d'une manière directe et patente cette même Bonté, qui d'autres fois se cache sous le voile éclatant d'un prodige intellectuel , et n'apparaît à nos yeux dans toute sa splendeur que lorsque notre raison nous a découvert le but et l'objet du phénomène. Aussi la création toute entière, considérée dans son ensemble et dans toutes ses phases et sa portée ne peutelle bien se définir qu'en la disant « une manifestation de la Bonté divine. * De cette manière de voir, seule exacte et rationnelle, découlent quelques conséquences d'une importance majeure et que nous ne saurions nous refuser à faire ressortir aussi brièvement que possible, tout en indiquant \dfond du PLAN que nous nous proposons d'exposer et de démontrer dans un des chapitres de l'ouvrage.

Les chrétiens, sans s'en douter et tout en rejetant avec raisop, en politique, le Contrat social de Rousseau, s'appuient sur une base identique à la sienne en faisant allusion à la Justice Divine. Ds semblent croire que l'homme offense Dieu dès qu'il agit mxil et devient ainsi passible d'une PEINE, juste châtiment de son péché. Dès-lors la condamnation que Dieu doit imposer au pécheur e^t juste et devra s'accomplir quelle que soit d'ailleurs la repentance qui la suive, car tout péché par sa nature abominable exige une réparation. La grâce représente dans ce système l'accord de Yam^ur et de la justice de Dieu, par cela même qu'elle n'opère que chez ceux qui peuvent comprendre la nécessité de la réparation. Elle seule engendre le salut gratuit^ car l'homme, devenant passible de peine pour chacune de ses fautes^ et ne pouvant jamais les racheter, vu qu'il est tenu toujours de bien agir, ne saurait se sauver par lui-même. Force est, dès-lors, pour qu'il le soit, que Dieu lui concède sa grâce en lui communiquant la/oe qui le vivifie et lui fait produire les œutyres.

On ne nous accusera pas de n'avoir pas présenté la doctrine chrétienne sous sa forme la moins irrationnelle, mais malheureusement elle ne peut être tenue pour vraie que si le point de départ l'est réellement. Cette condition précise, sine quâ non, de son existence, est justement celle qui lui manque. Justifions une semblable assertion.

Pour que le péché soit une offeme envers Dieu^ pour qu'il puisse justifier une peine il Mdrait que l'homme eût fait, avec son Créateur, un contrat dans lequel il aurait stipulé d'avance sur la nature de son être et les moyens dont il disposerait pour arriver au but, nonobstant les obstacles que présenterait sans cesse le milieu dans lequel il vivrait. On comprend facilement que sans ces antécédents, on ne pourrait lui reprocher les conséquences et les résultats possibles de la nature qu'on imposerait à son être durant le cours d'une existence qu'il n'aurait point sollicitée. Bien plus; pour que l'homme fùt à la hauteur du contrat et pût l'apprécier sous toutes ses faces, il faudrait que Dieu lui-même le rendit capable de calculer l'importance de toutes et de chacune de ses parties. Et comment l'y faire arriver sans le mettre à même de juger tant de l'influence journalière du milieu dans lequel il vivrait que de celle des résultats complexes provenant de sa coexistence avec d'autres êtres semblables à lui Mais en facilitant à l'homme cette connaissance préalable pour pouvoir apprécier la portée de l'engagement qu'il prendrait, l'existence actuelle, telle qu'elle se présente, deviendrait inutile, car l'homme avant de la posséder en saurait plus qu'il ne pourrait apprendre pendant toute sa durée. Qu'e^ découlte-t-il ? l'absurdité de l'hypothèse examinéa Et qu'on ne s'étonne pas de ce résultat, il était inévitable, par cela même que la supposition indiquée repose sur la plus monstrueuse des imputations qu'on pourrait janwis se permettre contre l'Etre Suprême.

En effet, son seul objet, en agissant de la sorte, ne pour-

rait être que d'arriver à pouvoir punir sa créature en mettant d coiwert sa cruauté réelle à son égard, et encore faudrait-il qu'il usât de ruse et de duplicité pour parvenir à ses fins? L'homme dûment instruit, en vertu des connaissances qu'il recevrait de Dieu, de la difficulté de sa réussite complète et des conséquences fatales de son insuccès, se garderait bien de tenter l'épreuve. La conséquence du raisonnement qui précède est aussi désastreuse qu'inattendue pour le chrétien. Comment aurait-il pu s'imaginer que d'après son propre système, la donnée justificative de la peine qu'il veut qu'on inflige au pécheur, serait la plus cruelle offense, l'outrage le plus sanglant qu'on pourrait faire à ce même Dieu dont il prétend défendre les divins attributs. Heureusement pour lui qu'il n'est pas possible à des aveugles et à des ignorants (en tant que nous nous comparons à Dieu) de commettre un semblable crime à l'égard de l'Etre dont il nous est donné d'entrevoir et non d'apprécier complètement la Grandeur et la Bonté. Singulier résultat; en soutenant témérairement son système, le chrétien seul pourrait , si possible , commettre une abomination aux t/eux de Dieu^ c'est-à-dire, faire un acte qui pofttrrait recevoir la qualification qu'il s'est efforcé vainement de donner au mot péché.

Pure hypothèse, vains cliquetis de mots, nous dira-t-on, vu que le christianisme ne peut avoir une semblable base? Veuillez nous dire alors comment peut se concilier la prescience divine avec la liberté de Vhomme dans le système qui repose sur la condamnation et le châtiment du pécheur. D'où viendrait à Dieu le droit A^ punir? Sur quel fondement pourrait-il reposer? En parlant des hommes on comprend facilement que le mot de justice puisse tirer d'embarras, quoique dans bien des cas il ne représente que le caprice ou le bon plaisir de celui qui tient le pouvoir, mais à l'égard de Dieu , c'est tout autre chose?

H faut que ce soit une conséquence nécessaire ou naturelle de ^d^ perfection^ pour que Dieu doive ou puisse PUNIR, sans cela le caprice naîtrait chez lui, ce qui ne saurait jamais avoir lieu. Bien plus ; l'homme n'ayant pas demandé ni sollicité qu'on lui donnât l'existence , comment l'Etre Parfait pourrait-il le punir pour un fait indépendant de sa volonté? L'homme, nous est-il répondu, devient passible d'une peine parce qu'étant libre de bien faire il a mal agi. Cette phrase est celle qui contient le sophisme: analysons-là. Qu'entend le chrétien par le mot liberté? C'est la possibilité morale de faire toute autre chose que l'acte même que l'homme s'est permis d'exécuter. Nous ne pouvons rien objecter jusqu'ici, mais attention. La possibilité morale, dont il est question, est-elle en dehors de la nature que Dieu départit à V homme? Evidemment NON, car sans cela l'homme pourrait créer réellement et ajouter quelque chose à la création, ce qui ne saurait être admis \ Et si la réponse négative est une conséquence nécessaire de la Toute-Puissance de Dieu, que devient 2\oy%^ vis-à-vis du Créateur seulement et au point de vue de son DROIT DE PUNIR ^, cette liberté de laquelle on veut s'étayer pour

* Qed fait assez entrevoir tout ce que nous pourrons dire lorsqu^il s'agira d*expo6er notre théorie sur le mal moral ou péché. Nous aurons soin défaire ressortir Tabsurdité de tonte personnification de ce m^me mal, alœrs que nous expliquerons la nature particulière de cette quaHficalion donnée aux actions de rhonune. Circonstance si bien prévue dans le plan de Dieu, que Sa Sagesse a su tout combiner pour que le bonheur de llionmie fût toujours en accord avec son développement moral.

* Le droit de punir, que la société s'est arrogé sur ses membres, repose sur d'autres bases, dont il n'est pas difficile de justifier la légitimité. Conune le pouvoir social n'a point créé l'homme et n'a pas d'autre mission que Aç> protéger le présent sans compromettre V avenir : il

rendre légitime la peine dont l'homme deviendrait passible : UN NON SENS, jt7a5 autre chose l Et qu'on ne vienne

lui devenait permis de faire reposer les moyens de protection , que requérait Fexistence de la société, sur Fapplication immédiate de la sanction matérielle qu'on imaginerait pour obtenir, au point de vue social, Faccomplissement de la loi morale.

La position et la puissance respectives de l'Etre Suprême et du législateur font comprendre la nécessité d'une pareille organisation toute humaine, et par cela même caractérisant à ravir ce mot de justice dont on feit usage dès qu'il s'agit de qualifier l'exercice de ce droit de punir. Cette réflexion fait assez ressortir la justesse des observations qui servent d'introduction à la note finale E,

^ Le Créateur ayant doué l'homme de la nature qu'il jugea convenable et ayant dû prévoir tous les résultats inhérents à cette même nature, il serait étrange qu'il lui fût permis d'en invoquer la fragilité i^oxa punir l'homme. Ce serait de Varbitraire ou plutôt de Viniguite\ c'est-à-dire, un résultat impossible à concilier avec la notion de Dieu. L'homme, nous dira-t-on, est libre et la meilleure preuve du fait c'est le malaise moral qu'il éprouve dès qu'il a mal agi? Sans doute l'homme est libre^ sans doute il est malheureux dès qu'il s'éloigne de son Père, eu faisant le mal^ mais il ne s'en suit nullement que le Créateur puisse, par ce fait, acquérir le droit de le punir. On se laisse abuser par les mots et l'on confond ici certaine souffrance morale avec la conséquence de tout châtiment infligé, de toute peine subieMi Dieu chsu:'gea la douleur physique de nous servir d'instructionet d'avertiss^nent pour nous orienter dans l'univers matériel, pourquoi n'auraàt-il pas permis qu'il en fût de mrâie dMis le monde moral, au moyen de certaine souffrance , sui generis ?

Nous verrons ailleurs, en expliquant ce que nous croyons être le plan de Dieu, comment toutes ces diflB.cultés apparentes disparaissent en se conciliant, et cela sans avoir besom, pour justifier les Dispensations Divines, de porter atteinte à la Bonté de l'Eternel, ni de méconnaître sa Puissance.

pas nous jeter à la face le grand mot de mystère^ en prétendant que les voies de Dieu sont insondables , vu que le mystère est un faux-fuyant qui masque une retraite mais qui n'éclaircit rien. Ce serait commode, en eîBfet, d'invoquer la Raison, tant qu'elle nous favorise, puis d'en proclamer l'impuissance et d'en appeler à la foi dès que ses déductions ne nous sont plus favorables *. Que signifie

*• Nous ne voulons pas faire ressortir ici la faiblesse du raisonnement de Paul (Epître aux Rom., EK, v. 19-23), alors qu'il se charge de justifier la donnée chrétienne au moyen d'une exclamation. Heureux Paul, s'il a pu se faire illusion à lui-même! On ne doit pas s'étonner s'il prêcha contre les sages de la Terre, car ceux-ci n'auraient pas eu de peine à lui foire sentir toute l'absurdité d'une comparaison qui repose sur Vassimilation de Vàomme (être intelligent et moral) au rase ePargile (corps dépourvu de tout sentiment). — Avec son système d'argumenter, il n'est pas de théorie incohérente qu'on ne puisse justifier. Les chrétiens ne tarissent pas d'éloges sur le talent de Paul et citent entr'autres preuves la pensée suivante : « Car Je ne fais pas le bien que Je veux ; mais Je fais le mal que Je ne veux pas, » (Rom. VIII, V. 19) s'efforçant de faire accroire que le Saint-Esprit seul avait pu lui dévoiler si bien ce trait caractéristique de notre nature. Us ont oublié malheureusement que l'explication naturelle de ce fait se trouve dans le combat que nous sommes appelés à soutenir contre nos passions et la défaite que nous essuyons souvent à la suite d'une semblable lutte. Et c'est si vrai, que l'idée fut empruntée à l'un des grands tragiques de la Grèce (Euripide, tragédie de Médée, acte V). Ovide l'avait reproduite (Métam. Médée, liv. VII, v. 20-21) avant Paul, partant si celui-ci ne l'a pas lue dans ces auteurs , l'Esprit Saint qui la lui souffla s'était déjà conduit avec la même générosité à l'égard d'Euripide et d'Ovide. Racine a su la reproduire avec bonheur. Nous verrons aiUeurs que Paul était plus fougueux et subtil rhéteur qu'homme de sens et de grande portée intellectuelle. Qu'on prenne note de nos compromis , nous le voulons bien, car nous comptons les tenir tous et au-delà de nos indications.

d'ailleurs ce système àid privilégiés ^ qui se croyant seuls instruits des voies du Créateur les invoquent sans cesse à l'appui de ce qu'il faut prouver. — Comment pareille pétition de principe pourrait-elle égarer un homme de sens et de jugement? Ne croirait-on pas, en entendant exalter l'impénétrabilité du mystère aux dépens de la Raison, voir des gens qui remplaceraient l'alcohol contenu dans un bocal , par de l'encre ou de la poix pour mieux apprécier la couleur et les formes des animaux qui s'y trouvent renfermés. Ce n'est qu'une comparaison, sans doute, mais elle est aussi juste qu'accablante pour nos adversaires.

Qu'on nous montre en quoi nous offensons l'Etemel, alors que nous démontrons rationnellement l'absurdité du système dont on prétend le rendre éditeur responsable? Etrange aberration! On crie bien haut que la foi dépasse la Raison et que celle-ci ne saurait en atteindre la sphère, et Tonne peut éviter que guidé par cette raison seule nous ne fassions ressortir l'absurdité des données censées divines sur lesquelles reposerait la foi tenue pour supérieure. Explique qui pourra cette contradiction, quant à nous, nous nous bornerons à répéter qu'il n'est pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, soit que l'intérêt ou tout autre motif lui dicte sa façon de faire. Qui prétend-on tromper en agissant de la sorte? Les ignorants sans doute, mais qu'on ne s'étonne plus s'ils sont impitoyables lorsqu'ils parviennent à découvrir jusqu'à quel point on a su les exploiter en mettant à profit leur crédulité. Les excès déplorables auxquels donne lieu le dépit d'avoir été dupe ne doivent-ils pas être attribués aux auteurs de la mystification, et ne serait-il pas juste de les en rendre au moins partiellement responsables ?

Que signifient, après ces considérations, entr'autres grandes phrases les deux suivantes si vantées encore de nos jours, par cela même qu'on ne s'est pas donné la peine

de les analyser, en les étudiant aux différents points de vue qu'elles pouvaientprésenter à des esprits plus désireux de connaître la vérité que satisfaits de trouver un argument spécieux pour faire valoir une opinion préconçue.

V Un peu de philosophie éloigne de la Religion^ beaucoup y ramène. Quelle que soit le plus ou moins de justesse de la forme qu'on a donnée à cette pensée si pompeusement célébrée, nous nous inscrivons en faux contre sa teneur. Et d'abordla nature de la philosophie varie-t-elle par la dose qu'on peut en avoir acquise? Sans doute pas. En effet, ou \q peu qu'on passerait pour en avoir est de bon aloi, pur de tout alliage, et alors la quantité additionnelle représentée par le mot beaucoup ne saurait en pervertir la nature première; ou bien ce peu n'est que de Ifi fausse philosophie et alors le beaucoup ajouté postérieurement ne pouvant être de meilleure condition ne saurait nous conduire à la vérité. Sous ses deux faces la maxime, en supposant que la nation inexacte puisse avoir droit à pareille épithète , ne trahit qu'une opposition de mots relevée par remploi Ôl expressions importantes (philosophie et religion) qu'on se garde bien de déiSnir.

En second lieu quel sens faut-il donner à ce mot Religion ? S'agit-il de la naturelle? La philosophie ne saurait être en opposition avec elle. Est-il au contraire question de la Révélée, comment celle-ci pourrait-elle" être en contradiction avec la vraie philosophie, fille de la Raison que nous tenons de Dieu même. Peut-être a-t-on voulu soutenir que les connaissances réelles ne peuvent nous éloigner de l'Etemel, mais alors à quoi bon mettre en opposition les sentiments rdigieux et la philosophie. Croit-on par hasard pouvoir les séparer de toute vraie philosophie? Nous serions curieux qu'on nous fit voir cette scission au lieu de se payer de mots et d'admettre sans examen des phrases insidiemes c'est-à-dire traîtresses et utiles uniquement pour fermer la bouche aux simples et aux ignorants.

Bien plus, en consultant le texte de Bacon, on voit qu'on l'a calomnié, car il n'a point opposé \di. philosophie^ mais V athéisme à la religion^ ce qui n'a pas empêché des rhéteurs de modifier sa pensée pour mieux l'exploiter. Du reste rien n'est plus facile à comprendre que l'invocation de cette prétendue vérité pour mieux s'ahriter derrière le Nom de celui qui passe pour Pavoir formulée. Et cela se conçoit d'autant mieux que la maxime indiquée a l'avantage de renfermer une louange censée impartiale à l'adresse des convictions mêmes de celui qui l'énonce. Pascal n'avait certes pas tort lorsqu'il faisait observer à ses antagonistes que c'était plus fetcile de citer des prêtres dont les idées fussent opposées aux siennes, que de lui présenter des arguments péremptoires.

La pensée que nous combattons vaudrait-elle mieux, alors qu'il serait possible de l'attribuer à Bacon? Sans doute pas. Si le génie n'avait pas ses heures de défaillance, le reste de l'humanité ne pourrait se croire de iamême nature.. Leibnitz et Bossuet ne se sont-ils pas bercés du chimérique espoir d'opérer une fusion tout-à-fait irréalisable! Newton n'a-t-il pas perdu des années de sa vie à déchiffrer l'Apocalypse pour trouver, dans ce galimatias extravagant, des armes contre le Pape et l'Eglise Romaine! Raison, quelle est ta grandeur, puisque le géme même s'éclipse dès qu'il méconnaît ta puissance!

2° Si la vie et la mort de Socrate sontdPûnsagej là vie et la mort de Jésus sont d^un Dieu, Bonnes gens qui vous pâmez devant ces paroles et qui les avei: fait graver sur le bronze (statue de Rousseau dans llle des Barque^) vous auriez dû demander à l'auteur non seulement en quoi la vie de Dieu ressemble à la nôtre mais surtout comment un Dieu pouvait moueir. Quand vous nous aurez donné la solution de l'auteur nous vous ferons toucher au doigt à quel point les rhéteurs entretiennent les préjugés et favorisent leur diffusion. Pauvre Rousseau, vrlai tourment de toi-

même, as-tu souvent méconnu ton cœur et abusé de ta tête!

En voilà suffisamment pour faire ressortir ce que sont les moutons de Panurge et le troupeau servile des imitateurs (pour parler le langage de Rabelais et d'Horace), entraînés toujours à défendre l'apparence de la vérité par le faux éclat qui d'ordinaire accompagne l'erreur.

Reprenons notre argumentation et terminons une note dont l'extension ne peut se justifier que par l'importance de la matière.

Sans doute l'homme est libre; sans doute l'homme qui fait le bien et celui qui s'égare sciemment, ne peuvent éprouver la même jouissance, mais entre le fatalisme et V arbitraire j il existe un milieu difficile à décrire, mais non impossible à trouver. C'est par la méconnaissance de ce terrain, où Isiprescience de Dieu s^harmoniseavec la liberté deja créature, que tant d'hommes furent poussés à se laisser égarer par de fausses idées. Après avoir lutté toute leur vie pour rendre harmoniques les solutions inconciliables qu'ils admirent sans les avoir soumises au creuset de l'analyse, ils ont fini, de guerre lasse, par renoncer à leur raison et par fermer les yeux , croyant plaire à leur Dieu par cet acte d'humilité forcée. S'ils avaient avoué le motif réel de leur détermination , leur modestie eût été digne des plus grands éloges; mais convertir l'impuissance en humilité pour mieux se grandir en relevant leur opinion : c'est ce qui ne pourra jamais passer inaperçu pour tous les esprits clairvoyants. Et qu'on ne nous dise pas qu'ils ont pu se faire illusion tout en étant de bonne foi; car, sauf de rares exceptions, entre lesquelles nous comptons Pascal et Vinet, leurs œuvres ne nous permettent pas de le croire. On ne s'élève pas delà façon dont ils le font contre l'humanité toute entière; on ne la traîne pas dans la boue en la déprimant par la comparaison injuste et extravagante du peu qu'elle est, alors qu'on la compare à Dieu, si l'on ne voulait pas prouver que la ^mwfl?^r de Tho^vïme consiste dans

la reconnamance de sa petitesse. Absurde doctrine qui pallie l'impuissance intellectuelle en la convertissant eu grandeur morale. Admirez maintenant l'orgueil immense que pour eux recouvre l'expression â' humilité! Qu'on fasse bien attention que nous soutenons que l'homme est libre et que nous nous chargeons de démontrer dans quel sens il l'est, et comment il se fait qu'il ne puisse être heureux qu'en marchant vers le but pour lequel il fut créé. On ne saurait nous contester dès-lors la limite réelle de notre négation; elle se borne uniquement à repousser le DROIT de PUNIR, que nous ne saurions reconnaître chez le Créateur, par cela même qu'il est attentatoire à sa Perfection.

Comment conciliez- vous la Grandeur, la Puissance et la Majesté Divines avec la liberté de l'homme? N'abusez-vous pas du mot de Bonté, dont vous semblez exagérer exprès la portée, pour en accabler vos adversaires? Questions importantes, sans compter bien d'autres, que nous passerons en revue, mais toutes résolues par nous qui, sans forfanterie, osons répéter de nouveau que la conciliation de la Prescience Divine et de la Liberté de l'homme est possible. Nous croyons l'avoir trouvée et même pleinement démontrée

Ne prétendez pas nous en imposer s'écrieront les partisans du christianisme. Dès que vous refusez à Dieu le droit de punir, la loi morale n'a plus de sanction et la société retombe dans la Barbarie? Pauvres aveugles ! Qui vous a dit que la crainte puisse être la sanction de la loi morale? Ne sont-ce pas vos croyances religieuses, et ne comprenez-vous pas toute l'exactitude de notre assertion alors que nous avons soutenu que le christianisme , malgré toutes vos dénégations , repose sur un pareil sentiment et n'a pas d'autre base? Apprenez que la crainte est un triste mobile, et de tous le plus passager et le moins consistant. Sachez qu'il n'a jamais contenu que les impuissants

ou les aveugles mais jamais les hommes intelligents et éclairés.

H est temps qu'on fasse justice de ces théories absurdes basées sur les fausses notions admises touchant le cœur humain et les aspirations premières et légitimes de notre nature. On ne se lasse pas de répéter que la civilisation a corrompu le peuple et que l'instruction est plus funeste qu'utile? Autant d'erreurs que de mots. Nous nous chargeons de prouver, en son lieu, que le peuple se sacrifie toujours pour ceux qui le dénigrent et que la nature humaine, calomniée de tout temps, vaut mieux que sa réputation. Nous établirons aussi que loin de bouleverser l'état et de l'entraîner à la Barbarie, l'instruction rationnelle, c'està-dire l'enseignement intellectuel et moral, modifiera les abus sociaux , en remettant chacun à la place qui lui revint naturellement et non à celle que lui fait le système bâtard qui régit les sociétés actuelles. Et pour cela, loin d'invoquer les fausses théories du communisme ou du socialisme moderne^ nous ne nous appuyerons que sur la nature humaine étudiée en regard du plan du Créateur et dûment appréciée dans toutes les phases et les résultats consignés dans les annales de l'histoire.

Pour le moment, il nous suffit d'avoir fait ressortir l'impuissance de nos opposants par l'impossibilité même d'admettre comme vrais leur point de départ et la base réelle et légitime de leur doctrine., Le résultat de cette contre-épreuve est assez beau pour qu'on nous pardonne le retard que nous croyons devoir apporter à la production des preuves directes de notre doctrine; nous aurions cru méconnaître l'importance du sujet en cherchant à le condenser dans une simple note.

n est triste et douloureux, alors qu'on songe à tant d'amis qui se glorifient d'être chrétiens, d'avoir à les tenir pour des fatalistes idolâtres dont \ aveuglement seul peut garantir le repos d'esprit et la paix de l'âme : mais nous

ne saurions qu*y faire, c'est une conséquence nécessaire de l'absurde Divinité qu'ils ont voulu reconnaître pour leur Père Céleste. Ah! puissent- ils comprendre d'euxmêmes que le mot de crainte, qui se retrouve toujoiwà la lase de la doctrine chréti^me, quelque déguisé qu'il soit parfois sous celui ^amour^ ne saurait jamais s'unir dans notre cœur à la véritable idée que nous devons nous former du Créateur! Alors ils pourront se convaincre que \ amour légitime et vrai qu'on doit ^\o\r pour son Père Céleste est inséparable, en tant que conséquence naturelle, de Vidée que nous nom formons de sa Bonté. Qu'ils se donnent la peine de faire une étude comparative des attributs de la Divinité qu'ils reconnaissent et du Dieu que nous aimons et nous ne doutons pas un instant du résultat: le pâle reflet d'une veilleuse ne saurait jamais se comparer à l'éclat radieux de l'astre du jour. Le silence ou le mépris peuvent suffire pour masquer une défaite, mais le plus triste hommage qu'on puisse rendre au Dieu qu'on adore est de craindre d'en apprécier les Dispensations. — Agir de la sorte, c'est s'avouer vaincus, qu'ils y réfléchissent.

Avant de clore cette introduction, nous ne saurions omettre une remarque de la plus haute importance

Nous ne nous dissimulons pas que ces préliminaires peuvent contenir des passages qui ne paraîtront pas évidents ni démontrés à tous les lecteurs, mais cela tient à la nature même de toute introduction et non point au défaut d'exactitude des propositions établies.

Si l'on pouvait, dans l'aperçu rapide d'un système, faire toucher au doigt la liaison des vérités secondaires avec les principales et l'agencement harmonique de toutes les parties qui servent à composer ce même système, le corps ' principal de l'ouvrage serait inutile, vu que les pr^mi-

-tj-.-

naires Fauraient de fait absorbé. S'il pn était autrement; si nous avions péché par la base et que l'obscurité de notre argumentation ne f&tqu'uiHnoyen commode ^é^masquer le peu de logique de nos déductions , nos adversaires doivent nous en savoir gré, car il leur sera d'autaitt ^us fecile de faire ressortir les contradictions réelles qui ne peuvent qu'exister entre nos prémisses et les résultats que nous annonçons devoir atteindre. ,. ^

Dans tous les cas ils ne pourront jamais se plaindre d'avoir été pris au dépourvu, puisque la publication de notre ouvrage aura toujours été précédée des trois chapitres qui lui servent d'introduction. Ceux-ci peuvent fort bien leur être garants de notre loyauté dans la lutte, puisque, dans cette occasion, ils représentent de fait le branle-bas du combat et ces coups de canon dont le retentissement attire l'attention sur le pavillon que ses défenseurs ont à cœur de faire triompher.

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