‹ Prêtre et hostie (volume 2)Chapitre 184 sur 204 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

l'humilité spéciale au prêtée

Nous avons dû naturellement, dans les chapitres qui précèdent, faire l'application de la doctrine qui y est exposée, à la vie et à la conduite du Prêtre. Mais il y a, pour l'élu de Dieu, des raisons si spéciales d'être humble et profondément humble, qu'il est nécessaire d'en faire Une étude particulière.

Nous pouvons considérer, dans le Prêtre, premièrement, la qualité de Sacrificateur, — secondement, la condition et l'état de Victime, — troisièmement, la grandeur de la dignité, — quatrièmement, la perfection de la sainteté qui lui est propre, — cinquièmement, le compte tout extraordinaire qu'il doit rendre, un jour, à Dieu, des grâces reçues. Ces cinq considérations sont comme cinq fondements de l'Humilité qui est spéciale au Prêtre.

Premièrement, sa qualité de Sacrificateur. — En cette qualité, le Prêtre est vraiment un homme anéanti. Rappelons-nous ce qui a été dit, au chapitre Ile de ce second Livre, au sujet du Mystère qui s'accomplit, à l'autel, au moment de la Consécration. C'est le Prêtre qui est monté à l'autel, c'est bien lui que tous les assistants voient,

l'humilité SPÉCIALE AI peêtre 40."»

dans le cours de la sainte Liturgie, lui encore qui s'incline, un peu avant la Consécration, et qui, enfin, prononce de ses lèvres les paroles sacramentelles : Ceci est mon Corps; — Ceci est le calice de mon Sang. Mais, évidemment, ce n'est pas le Prêtre qui peut se les approprier. Il est réellement présent : il a l'intention formelle d'être ministre du Sacrifice, et d'user du pouvoir que son Ordination lui donne de consacrer le Corps et le Sang de «TÉsus-CHBiST.Acette fin, il profère les paroles qui, seul» s, peuvent opérer ce prodige divin. Sa langue se meut, sa voix se fait entendre. Mais, 0 mystère ! ce n'est pas lui qui parle. Celui qui parle, c'est Jésus-Christ. Lui peut dire et s'approprier les paroles du Sacrifice. Tout autre que lui mentirait, en se les appliquant. Que se p t-il donc? qu'est devenu le Prêtre? Il semble que ce qui a lieu miraculeusement pour le pain et le vin. s'opèr • aussi en lui. La substance de la matière du Sacrifice disparaît; les apparences seules restent. Ainsi, en un sens plein de mystère, la personne du Prêtre disparaît, quand ces paroi.-- se disent: « Ceci est mon Corps : — Cei mon Sang . : et il n'y a de lui-même qu'une apparence. Après que ce Mystère est achevé, quand la < îonsécration est faite, l'humble ministre redevient ce qu'il était avant: on le voit par les paroles suppliantes qu'il prononce : mais, en ce moment sans égal, vraiment Jésus-Chbist seul est Prêtre; il a. si l'on peut ainsi dire «-t du reste c'est le Langage des saint- Pères ' . envahi son ministre, ci lui seul agit.

Nous avons donc raison de dire que le Prêtre, en sa qualité de Sacrificateur, est un homme anéanti. Mais il y a là un secret profond, dan- lequel il nous faut pénétrer.

J Kevoir leurs témoignages ci-devant, au ebap. u de ce deuxième Livre.

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Ce ne peut pas être sans quelque grande vue, que Notre- Seigneur opère un tel mystère. Il n'envahit pas son Prêtre, le faisant si admirablement un autre lui-même, sans vouloir que cette grâce demeure. L'état ministériel ne peut persévérer, puisque tout est accompli, au point de vue du Sacrifice, quand la dernière syllabe des paroles sacramentelles est prononcée. Le Prêtre redevient donc lui-même, par nécessité, après ce moment solennel; mais ce qui s'est opéré au dedans, l' anéantissement mystique de lui-même, la prise de possession de Jésus-Christ, la vie de cet adorable Sacrificateur, ses dispositions, son esprit, ses vertus : voilà ce qui ne passe point, si la bénédiction que Jésus apporte, est reçue avec amour, si les effets de cette bénédiction peuvent se produire sans obstacle. Jésus seul demeure. Il est donc vrai que le Prêtre n'est plus lui-même: vraiment Jésus est tout en lui. « Ce n'est plus lui qui vit, c'est Jésus-Christ qui vit en lui b » Mais, quel est cet état bienheureux? N'est-ce pas la parfaite humilité, puisqu'elle est, en son essence, la perte, l'oubli de soi-même, l'évacuation du moi, l'entière mort à tout ce qui est de l'esprit propre, de l'amour propre, de la volonté propre, de la vie propre de nature, la répudiation de tout ce qui est du vieil homme, l'ensevelissement de toute convoitise, enfin, pour tout dire en un mot, l'anéantissement mystique de tout l'être humain, pour que, dans ce vide, dans cette mort, dans ce néant, Dieu qui n'aime qu'à opérer sur le néant, opère en nous tout à l'aise, pleinement et absolument, par la grâce de JÉSUS- ( ÎHRIST?

M. Olier, qui avait reçu de si grandes lumières sur l'éminente sainteté des Prêtres, a écrit quelques pages que

1 Galat. h. 20.

l'humilité spéciale au trêtre 197

nous lirons ici utilement. Il y a quelquefois, dans les paroles du vénérable Fondateur de Saint-Sulpice, une certaine force qui peut paraître de l'excès; mais recevons avec simplicité un enseignement que l'Esprit-Saint luimême semble avoir inspiré, et plaise à cet Esprit de \ érité de nous en faire comprendre tout le sens !

« Comme l'état de Jésus-Chklst Hostie dans le Saint Sacrement est un état qui doit servir de modèle à tous les Prêtres, tous ceux qui sont appelés au Sacerdoce doivent, selon l'avis que l'Évêque leur donne dans l'ordination (Imita/mini quod tractatis), avoir un très grand soin de s'y rendre conformes et de se tenir dans les dispositions nécessaires pour être, avec ce divin Sauveur, de saintes Hosties consommées à la gloire de Dieu.

« Pour cela, ils seront morts à tout l'extérieur du monde, et n'en seront pas plus touchés, que s'ils ci aient morts et ensevelis dans le tombeau, imitant Notre-Seigneur au Très-Saint-Sacrement, qui. caché sous les espèces, est insensible à l'honneur, aux richesses et aux plaisirs de la terre K

« Ils seront morts aux coutumes du siècle et aux usages du inonde, n'en suivant point les modes, et retranchant de leurs entretiens, de leurs conversations, de leurs vêtements, tout ce qui pourrait s'y trouver de conforme. Car, étant morts en esprit au monde et à la génération du premier Adam, ils ne doivent plus adhérer

1 Animam accedere oportel ad verum Pontificem Christum, et mactari, etmori mundo, ac priori vitse tenebrarum et oequitise, atque transponi in alteram vitamet educationem divinam. Quemadmodum si quis moritur in civitate, neque voces tllorum qui ilii degunt, neque sermonem, neque so îiuni exaudit, el transponitur in al in m Locum, abi nullse su ni roces: 8ic,etc... - Mac-ir. Homil. Patr. grœc, t. XXXTV. - (Nous reproduisons quelques-uns des textes, dont M. Tronson a l'ait accompagner I' - paroles de M. Olicr.)

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ni donner aucun signe qu'ils vivent encore à ce premier état i.

« Ils seront aussi morts à eux-mêmes, et ne se soucieront pas plus de ce qui les regarde, que s'ils n'étaient plus, puisqu'ils doivent être consommés en Jésus-Christ, qui les fera vivre pour Dieu seul, comme le dit saint Paul 2.

« Ils seront tellement anéantis en eux-mêmes et vivants de Jésus-Christ seul, qu'ils ne penseront plus qu'à glorifier Dieu et à le faire honorer par tout le monde, brûlant du zèle de son Fils, qui n'est que feu dans le Très- Saint-Sacrement.

« Ils souffriront en silence qu'on les foule aux pieds, qu'on les batte, qu'on les opprime, semblables en cela aux espèces du pain et du vin, qui ont été traitées de la sorte pour être mises en état de renfermer Notre-Seigneur en elles, car les unes ont été sous la meule, les autres foulées aux pieds et sous le pressoir ; et même leur substance a été tout anéantie, pour être totalement convertie en Jésus-Christ.

« Ils seront ravis d'être traités de la sorte, et n'auront pas de plus pressants désirs que d'être éprouvés extérieurement par les mortifications, par les outrages et les persécutions3; et de souffrir qu'intérieurement l'Esprit

1 Ipse, non sibi, sed Christo et prsedicationi vivens, mundumque sibi ipsî erucifigens, ac mundo et rébus iis quse in aspectum cadunt, crucifixue, parva omnia et suâ cupiditate inferiora existimat. — S. Gregor. ^az. Orat. II (aliàs 1), n. 56. — (Loquit. S. Doct. de S. Paulo, apost.) — Patr. graec., t. XXXV, col. 466.

2 Existimate vos mortuos esse, vivantes antemDeoin Christo Jesu. Rom. vi, 11.

3 Ut possinms perfectè Deum diligere, debemus nos perfectè odire... Tune autem perfectè te odis, quando non solt'un vis ab hominibus conculcari, sed etiam teipsum tantùm abhorres, ut vix teipsum valeas tolerare... et velles etiam à creaturis irrationabilibus et insensibilibus impugnari,

S. Bonavent. Stimul. amor.,j>. II, cap. vi.

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âe Notre-Seigneur anéantisse en eux tout ce qu'il y a d'humain, et qu'il les fasse vivre de sa propre vie, afin qu'ils soient ainsi des Hosties mortes à l'extérieur et vivantes à Dieu dans l'intérieur.

« Ils ne désireront point d'être aimés ni estimés, puisqu'il ne doit plus y avoir en eux rien à quoi l'on puisse s'attacher. Mais, s'ils s'aperçoivent que l'on estime leur personne. ils s'humilieront et se confondront devant Dieu d'avoir encore en eux quelque chose de vivant et de propre que l'on aime et que l'on estime ; car il faut souffrir avec grand'peine que l'on porte de l'amour et de l'estime à ce qui n'est pas Dieu.

« S'ils remarquent que ce sont les dons de Dieu que l'on estime en eux, et non pas leur propre personne, ils auront un très grand soin de l'adorer pour ses dons, et de lui demander que l'honneur eu revienne à lui seul, sans souffrir que sa créature ait la moindre part à la reconnaissance et aux hommages, qu'on lui en doit rendre uniquement 1.

^< Il faut aussi que les Prêtres soient tellement anéantis en eux-mêmes, qu'ils ne pensent plus, en servant Dieu, à la récompense qu'ils en espèrent, mais seulement à sa plus grande gloire, qu'ils doivent avoir uniquement en vue.

« Ils ne doivent plus avoir égard à ce qui les touche, parce que. étant consommés en Dieu avec JÉSUS I ÎHRIST, ils n'ont plus rien à eux et ne sont plus rien à euxmêmes -. Il ne doit pas y avoir de moi dans un Prêtre:

i Oinnia spiritualis exercitii lucra referas ad illius gloriam, nui est JvV\ gloriae. Fur enim et latro es, si tibi aliquid indè usurpare prœsumas. IUùc undè flumina exeunt, revertantur. - Petr. in.-. J>, Tnatit. Epiacop. - Patr.lat., t. CCVII, col. 1102.

'-• si moribus ac prœdicationibus suis n<>n Buam, sed Cbristi gloriam quœranl Sacerdotes) ; nec verba aut facta sua in pretium favoris conciliandi

500 l'humilité spéciale au prêtre

car le moi des Prêtres doit être converti en Jésus-Christ qui leur fait dire à l'Autel : « Ceci est mon corps » ; comme si le corps de Jésus-Christ était le corps même du Prêtre *. »

N'avons-nous pas raison de dire que le Prêtre, en sa qualité de Sacrificateur, est vraiment un homme anéanti? — Considérons :

Deuxièmement, son état de Victime. — Que le Prêtre soit Victime, que la grâce de son Sacerdoce soit tout entière clans ses dispositions de Victime, de sorte qu'être Prêtre de Dieu et n'être pas Victime de Dieu soit le plus étrange des contrastes, un intolérable désordre, une sorte de monstruosité: c'est ce qu'il n'est plus nécessaire de prouver. En Jésus-Christ, la qualité de Prêtre et l'état d'Hostie, c'est tout un. Il n'est jamais Prêtre sans être Hostie; il n'est jamais Hostie, que par l'exercice de sa Prêtrise. Il en est de même du vrai Prêtre de Jésus- Christ. Il est Prêtre en Jésus-Christ, il est Victime en Jésus-Christ, s'immolant comme lui, avec le même esprit et pour les mêmes fins. Mais, c'est déjà dire qu'en sa qualité de Victime, il est véritablement anéanti; car qu'est-ce que l'immolation sinon l'anéantissement? Toutefois, ce n'est pas à ce point de vue que nous voulons nous mettre, pour montrer la nécessité de l'humilité dans le Prêtre; c'est en considérant les actes qu'il doit faire en sa qualité de Victime. Ces actes sont : l'adoration, l'action de grâces, la supplication et l'expiation. Il ne serait point véritable Victime, si ces actes ne lui étaient

niiserabiliter perdant, sed quidquid sibi sacerdotaliter viventibus atque •locentibus honoris impenditur, Deo semper adscribant. — Julian. Pomerius. De vitù contemplalivâ, lib. I, cap. xxv. — Patr. lat., t. LIX, col. 140. 1 Traité des saints Ordres, IIIe partie, chap. vu.

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pas habituels, et s'ils n'étaient, en un sens, perpétuels ei

incessants en lui.

1. Il adore. — Qu'est-ce que c'est que l'adoration, l'adoration de la Majesté, de la Grandeur, de l'Infinité, du Tout de Dieu, sinon l'abaissement, aussi profond que possible, de notre être devanttant de gloire et d'excellence? Nous avons étudié ce Mystère en Notre-Seigneur, au chap. xvi ■ du Livre premier : il serait superflu d'insister ici. Victime d'adoration, le Prêtre est anéanti devant Jjiku. c'est lui qui dit d'office, chaque jour : Venite, adoremus etprocidamuê cuite lJeum l.

2. Il rend grâces. — L'action de grâces parfaite est celle qui reconnaît que les bienfaits reçus sont tout gratuits. C'est pourquoi l'orgueil ne remercie point: l'orgueil croit que tout lui est dû ou bien qu'il se procure luimême ce qu'il acquiert. Ce fut le crime des philosopha païens : « Ils ne rendirent pas grâces à Dieu - : . dit saint Paul. Ils croyaient être quelque chose, dit saint Augustin, tandis qu'ils n'étaient rien 3. L'Humilité croit n'être rien et digne de rien, et c'est pourquoi elle semble s'abîmer dans son action de grâces. C'est la continuelle disposition du Prêtre. Hostie de Dieu, devant ce Dieu, « de qui descendent tout don parfait et toute grâce excellente i. Il ne cesse de bénir, soit en son nom, soit en celui de toute créature, tant de bonté, tant de Largesse ei de munificence 5.

.'.. Il prie. — Prêtre. Médiateur, Hostie, il est suppliant;

1 Psalm. xciv, G. — In off. Mat ut in.

* Rom. i, 21.

3 Despiritu et litli-n'i, cap. xir, n. 19 et 2 0. I. 21). — l'.itr.

lat., t. XLIV, col. 212.

* Jacob, i, 17.

Verè dignum et justum est,œquam et salatare, nos t. ■', uni-

que grattas a<j<

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il l'est pour lui-même, il Test pour l'Eglise et pour le monde. Le Prêtre prie, comme il respire ; tant les besoins sont graves, nombreux et urgents. Nul n'a le devoir, comme lui, de parler à Dieu, dans la supplication et la prière, mais aussi nul n'en a le droit comme lui. C'est sa mission, c'est son rôle nécessaire i. Il est tiré du milieu de la foule, afin qu'Hostie et Prêtre, il sollicite l'effusion de la bonté et de la miséricorde divines « pour lui et pour le peuple 2 ». Quantité de paroles de la Sainte-Ecriture et des Pères établissent cette vérité. Mais il est nécessaire, absolument nécessaire que, dans ce Ministère de suppliant, il soit humble et très humble. Voici pourquoi : « Dieu résiste aux orgueilleux, et il donne sa grâce aux humbles 3. Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier, et vous trouverez grâce devant le Seigneur4. La prière de celui qui s'humilie pénètre les cieux 5. Le regard de Dieu est sur la prière des humbles 6; et vous la recevez toujours, Seigneur, avec complaisance 7. » Oe sont des paroles que le Saint-Esprit lui-même a dictées. Rien ne peut faire varier cette loi: Dieu n'écoute que les humbles. « Il a regardé, dit Marie, en son glorieux cantique, l'humilité de sa servante; il a rejeté ceux qui sont

1 Tantae caritatis esse débet, ut instanti desiderio non petitor, sed petitio esse sentiatur : salutem quippè fidelium tàm instantiùs débet appetere, ut ex usu interni gustûs omneni motum cordis in affectum ducat supplie ationis. — S. Gregor. papa, lib. V, cap. m, in I Reg. xm,2. — Patr. lat., t.LXXIX, col. 338.

2 Hebr. vu, 27.

3 Jacob, iv, 6. — I Petr. v, .">

4 Quanto magnus es, humilia te in omnibus, et coram Deo inveriies gratiam. — Eccli. ni, 20.

5 Oratio humiliantis se nubes penetrabit. —Eccli. xx.w, 21.

,; Respexit (Dominus) in orationem humilium, et non sprevit precem eorum. — Psalm. ci, 18. — Ail quem autem respiciam (dicit Dominas), aisi ad pauperculum et contritum spiritu ? Isaise lxvi, 2.

'• Nec superbi ab initio placuerunt tii>i: sed humilium et mansuetorum semper tibi placuit deprecatio. — Judith, ix, 1(5.

. l'humilité spéciale au prêtre 503

superbes dans les pensées de leur cœur, et il a exalté les humbles *. »

Donc, il est de rigueur que le Prêtre, Hostie de prière, soit humble; et, parce qu'il faut absolument qu'il obtienne ce qu'il demande, c'est-à-dire, l'innocence conservée poulies enfants, le retour des pécheurs, une bonne mort poulies moribonds, la force pour les faibles qui sont tentés, la consolation pour ceux qui souffrent et qui se désespèrent, la grâce de la persévérance pour les justes, le sain! pour tous, puis le triomphe de l'Eglise et de la Papauté, la ruine de l'empire du démon, l'établissement du Règne de Jésus-Christ, sa dilatation, sa victoire complète sur le monde: autant d'intérêts qui sont confiés à la sollicitude suppliante du Prêtre, il faut qu'il soit très humble, et vraiment, si ce mot peut se dire, l'humilité mémo -'.

Il est vrai que ce n'est pas seulement à la vertu de nos prières qu'est réservé le succès de si grandes causes. Le Sacrifice de la Messe qui, suivant l'expression d'unPère, est « le soutien de l'univers incliné vers sa ruine ^ », a bien une autre efficacité que notre imparfaite médiation. Mais il entre dans le dessein de Dieu que le divin Sacrifice soit comme accompagné des humbles supplications de l'Eglise, pour qu'il opère efficacement tous ses effets; et c'est le Prêtre qui, uni plus intimement que tout autre fidèle à l'adorable Hostie, député d'ailleurs par l'Eglise pour être son Médiateur el aussi son Hostie, porte les

1 Respexit humilitatem ancillœ Base... Dispersil superbos, etc. — Luc r, 48, 52.

2 Veri sacerdotes, pondus populî sibi commissi viriliter sustinentes, pro peccatia omnium velut pro suis, infatigabiliter supplicanl Deo, et velul quidam Âaron incensum contriti cordis et humiliati Bpiritûs offerunt, i|iu> placatur Deus. Julianus l 'on u irius. De vitâ cont< mplat., lib. II, cap. a. l'.-.ti. lat., t. LIX, col. 444.

•' Nutantis orbis statum Bustinens. Attribué à 8. Eucher. Hom. [II, ex editis cum Theodoro atuditft.

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vœux de tous, et, par l'humilité de sa prière, s'unit au Christ et, par le Christ, s'élève jusqu'au Père qui le reçoit avec amour 1.

4. Il expie. — C'est un touchant mystère que celui du Prêtre portant sur lui, comme l'adorable Victime, par la volonté du Père, tous les péchés des hommes. Rien n'est plus juste que de lui appliquer les paroles du Prophète : Posuit Dominas in eo iniquitatem omnium nostrum -.Mais ce sujet sera traité ailleurs 3. Ce qu'il faut remarquer ici et qui se montre du reste avec la plus grande évidence, c'est que Victime d'expiation et Victime humiliée, c'est tout un. Qu'est-ce que l'expiation, sinon la contrition, la pénitence, la confusion au dedans, et l'abaissement, l'abjection même au dehors? Or, tout cela, c'est, en d'autres termes, l'humilité et l'humiliation. David a réuni ensemble toutes ces idées dans ce verset du Miserere : Sacrificium Deo spiritus contrïbulatus ; cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies ±.

Troisièmement. — Un autre fondement de l'Humilité dans le Prêtre, c'est la grandeur de sa dignité.

Xous avons entendu le Saint-Esprit nous dire: « Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier en toute chose. Quanto magnus es, humilia te in omnibus.» Quelle parole! Dans quels profonds abîmes elle nous invite à descendre! Quelle est la grandeur qui nous est propre? A quelle élévation le choix de Dieu et la consécration de l'Eglise nous ont-ils fait monter? Les Pères ont répondu : Magna

1 Nilnl quod divinse Majestati familiariùa atque confidentiùs assistât et gratiùs, quàm vera humilitas. — Petr. Blés, ad Willelmum abbat, Kjiisi. < XXXI V. - Patr. Lit., t. CCVII, col. 399.

* Isaiae lui, 6.

3 Nous réservons toujours, pour un ouvrage spécial, tout ce qui, dans la vie du Prêtre, se rapporte directement aux âmes.

♦ Ps. l. 19.

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