L'HUMILITÉ 8PÉCIALE AT PRÊTRE
et milita et immensa Saeerdotis dignitas 1. Omnium bonorum, quœ in hominibus sunt, apex '-'. Omnium quœ inter homines expetuntur, vélut ultima meta '■'. Omnium ornamentorum maximum et prœstantissimum K Deifica profession Et même, toutes ces expressions magnifiques ne disenl pas ce que signifie cet ineffable mystère de gloire qui s'opère en nous par notre identification avec le Fils de Dieu, au moment où nous prononçons ces paroles : « Ceci est mon corps. »
Eh bien ! dit saint Augustin, interprétant les paroles du Saint-Esprit, « la mesure de notre humilité, c'est la mesure même de notre élévation 6. » Or, il est vraiment impossible de concevoir la conclusion pratique qu'il faut tirer de cet enseignement. Il est évident que, lors même que nous passerions notre vie à descendre dans notre néant, nous n'atteindrions pas la profondeur dernière où il convient de nous fixer, surtout si nous considérons ce que nous sommes, nous que la grâce divine a placés si haut. Cette règle de l'humilité serait applicable même à un ange, même à Marie l'Immaculée. Mais que faut-il penser des abîmes qu'il nous faut atteindre, si nous nous souvenons de notre pauvre vie d'enfant, de jeune homme. avec tant de péchés de toute sorte-, et avec notre tiédeur, notre indifférence pour le règne de Dieu, notre peu de contrition et de zèle, depuis que nous avons été promus au Sacerdoce! Car il est à propos, pour nous approcher
1 s. Ephrem, De sacerdotio. — Opéra, Antuerpiœ, 1619. - En-fol., p. 19. « &.Igna,t.,Epistol.adSmyrn.(ex Interpol. n.nc— Patr.gwe&,t.V,col.854. 5. Isidor. Pelusiota. Lit). II, Epût. /..VA/. l'an, grœc^t IAW III. col. Ô14.
S. Gregor. Nazianz., Oratio III, n.97.- Pair, gprœa, t. XXXV. - kafbTOB.yDedig rdot., cap. m. — I'atr. lat.. t. XVII, col. 570.
■ Kenrarà humilitatis cnique ex mensurâ ipsuu magnitudinis dal eui ett periculoea raperbîa, quœ amplraa amplioribua insidiatar. — /><fancia Vtrgtnitate, cap. xxxi. - l'atr. lut., t. XL, col 413.
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de la vérité le plus possible, de ne pas perdre de vue ce contraste. Non ! nous aurons beau faire, nous ne descendrons jamais assez bas, dans nos pensées, nos sentiments, sur notre indignité. Il est écrit, dans la vie des Pères, que saint Siméon Stylite entendit dans une vision un ange qui lui disait : « Siméon, creuse la terre. » Le Saint obéit et creusa quelque temps, puis s'arrêta. L'ange dit de nouveau : « Siméon, creuse encore. » Le Saint recommença et creusa longtemps, puis s'arrêta de nouveau. L'ange le pressa plus vivement, disant : « Siméon, creuse, creuse toujours »; et le Saint reprit son travail avec courage. C'est l'image de ce que doit faire le Prêtre. Hélas ! il peut bien creuser jusqu'à l'enfer... S'il a eu le malheur de commettre un seul péché mortel, dans sa vie, c'est jusqu'à ce gouffre épouvantable qu'il faut descendre, c'est dans ces horreurs qu'il doit se voir. Et s'il avait été commis, cet abominable péché, depuis le sous-diaconat, depuis la Prêtrise, n'y a-t-il pas, dans les abîmes mêmes de l'éternité malheureuse, un abîme plus profond, plus affreux à voir, un lieu de supplices et de hontes plus effroyable, où il faut considérer la place autrefois méritée par nous, et qui serait éternellement occupée par nous, si l'infinie miséricorde et la patience admirable de notre Dieu ne nous avaient pas retenus dans la vie présente. Tant de grandeur imméritée, et tant d'humiliation méritée : quel sujet de réflexion, et quel motif entraînant, irrésistible, de vivre toujours dans les sentiments de l'humilité la plus profonde. Faisons une comparaison. Supposons un pauvre mendiant, couvert de haillons, sans éducation, grossier, ignorant, que l'on revêtirait d'habits royaux et qu'on ferait asseoir sur un trône. Quelle confusion serait la sienne! Comme il demanderait à être délivré d'une position si contraire à sa condition première;
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tant le contraste entre ce qu'on lui ferait d'honneur et ce qu'il sentirait qu'il mérite, lui serait une peine intolérable ! Et il aurait raison. Le besoin qu'il éprouverait de s'éclipser et de disparaître ne serait que sagesse et bon sens. Eh bien ! ce mendiant, c'est nous ; mais toute comparaison est imparfaite. Après tout, ce pauvre mendiant serait naturellement moins à distance du trône et des honneurs royaux, que chacun de nous n'est éloigné de la gloire du Sacerdoce, soit à cause du fonds même de péché que nous avons tous originairement et persévéramment dans la vie, soit à raison de tant d'infidélités, d'ingratitudes, de péchés de toute sorte, dont nous sommes coupables. Nous ne sommes pas seulement un mendiant misérable, mais un mendiant révolté, après avoir été comblé de biens 1.
Demandons, par d'instantes prières, la grâce, non seulement de bien comprendre une si lumineuse vérité, mais de marcher toujours à sa clarté divine. Comprendre n'est pas le plus difficile; c'est même facile; mais accommoder notre vie intérieure et extérieure à une si dure doctrine, voilà la grande victoire à remporter. Saint Bernard a dit à ce sujet : Magna et rara virtus profecto est, îit, magna licet opérante m, magnum te nescias, et manifesta m omnibus, tan, a te solum latere sanctitatem ; mirabilem te apjparere,
1 Ces considérations sont empruntées à l'ordre surnaturel; en voici une. autre d'un ordre inférieur, mais qui peut avoir son importance. Nous Bommes, par notre Sacerdoce, dans une position élevée qui nous attire quelque considération, de l'honneur, des égards extraordinaires de la part des personnes dont la condition sociale est au-dessus de celle de notre famille. Veillons sur nous, surtout si nous sommes au débul de cotre ministère, pour ne pas nous laisser aller à la suffisance al à l'orgueiL Humilions-nous, au contraire, nous souvenant de ce que noua étions chez nos parents, afin que l'honneur qu'on nous t'ait ne nous éblouisse pas. Naturellement, cet honneur fera moins d'impression sur quelqu'un qui, appartenant à une. famille de condition plus élevée, aurait été habitué depuis son enfance à,
être l'objet d'une certaine considération.
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et contemptibiJemte reput are: hoc ego ipsis virtutibus mira- Mlius judico 1.
Quant à la pratique, il serait long d'en donner le détail, puisque le Saint-Esprit nous dit, dans le texte que nous avons cité, que c'est en toute chose que nous devons nous humilier. Quanto magnus es, humilia te in omnibus. Toujours Prêtre, nous devons être toujours humble; Prêtre dans tout notre être (comme nous l'avons expliqué précédemment'), c'est dans notre être tout entier que nous devons être humble ; Prêtre, surtout quand nous faisons les fonctions de notre ministère, c'est principalement alors que notre humilité doit « glorifier Dieu », comme le même texte l'assure 2, et donner aux fidèles la meilleure leçon qu'ils puissent recevoir de nous. Saint Basile, dans une belle homélie sur l'humilité, s'est étendu sur la manière de faire passer dans nos œuvres ce qu'exige d'un Prêtre cette sainte vertu. Nous reproduisons ici quelques-unes de ses paroles. Il y a, dans les écrits des Pères, tant de grâce, de noble simplicité et en même temps tant de sagesse, qu'il est impossible qu'on ne nous pardonne pas de les citer quelquefois un peu longuement. Voici les conseils du grand Evêque de Césarée :
Quonam pacto ad salutarem hanc animi humilitatem, perniciosâ superbiœ èlatione relictâ, descendemus ? Si perpétua studium modestiœ exerceamus... Vide ne in sermone arrogant/an/ usurpes sophisticam, ne dictionem ostentes superbam; sed in omnibus splendori ac magnificentiœ detrahasf a, mis ergà amicum, mansuetus ergà domesticum, patiens ergà temerarios, humanus ergà humiles, patronus afflictis, invisens in dolore constitutos, in summâ neminem contem-
1 fn m ut ira, sermo XIII, n. 3. — Patr. lat.,t. CLXXXUT, col. 835. . 2 Quanto magnus es, humilia te in omnibus... quoniam .Drus) ab huinilibus honoratur. — Eccli. lu, 20, "21.
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nens; suavis in appellations, alacer in responsione, dexteret expositus universis, neque tua ipsius célébrons encomia, neque alios qui hoc faciant subornons, neque inhonestam de j>r<>ximo famam «d initiai*, et virtutes tuas ac prœrogativas, quantum fieripotest, obtegens ; peccatorem te accusons; nec expectans ut ab aliis reprehendaris... Et tantùm studii impendas neapudhominesgloriosus habearis, quant h m impeni/iiut d/ii ut glorificentur*, si quidem Christi memor fueris... At prœlatus es aliis et homines te glorifiai ut, par esto subjectis, non tanquàm dominons in cleris, ut Apostolus vnquit; neque sœcularibus principibus te confortais ; qui namque primus esse accipit, omnium hominum servum esse jubet Christ us 2.
L'éminence de la dignité oblige le Prêtre à être profondément humble, devant Dieu et devant les hommes. — Voici un autre fondement de cette obligation.
Quatrièmement, Y élévation de la sainteté qui lui est propre. — - La dignité et la sainteté du Prêtre doivent être au même niveau, afin qu'il n'y ait rien de disparate et de défectueux clans l'œuvre divine de son Sacerdoce. Comme ce Sacerdoce estéminent, la grâce de sainteté qui lui esl propre doit l'être aussi. Seulement, la dignité du Sacerdoce nous est donnée gratuitement, tandis que La sainteté, qui convient à notre Sacerdoce, est d'abord assurément l'œuvre de la grâce prévenante, mais aussi celle de notre bonne volonté. Nous ne pouvons pas uous élever de nous-mêmes à la dignité; nous devons faire tous m .s efforts pour atteindre la perfection qui convient à la dignité. Mais, taudis que, sous l'empire du sentimenl delà
1 Belle maxime, qui rappelle exactement ce qui a été dil do témoignage des contemporains de saint Vincent de Paul, à propos de son humilité. - Ofr. Aiu-lly, liv. III. g Ier, premières lignes. Oité ci devant, p. 180.
- Homilia de Humilitate, a. 7. — Patr. grœc, t. XXXI, col. 63
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grandeur de la dignité, nous nous abaissons jusque dans les abîmes les plus profonds de l'humilité, c'est dans ces abîmes profonds que nous devons prendre, pour ainsi dire, notre point de départ et nous élever jusqu'aux sommets de notre sainteté. En d'autres termes, l'humilité, et une grande humilité acquise, nous est nécessaire, si nous ne voulons pas manquer d'avoir le trésor de grâce qu'exige notre éminente dignité. Cette loi, cette nécessité est nettement indiquée dans ces paroles trois fois répétées dans l'Ecriture : « HumUibus dot gratiam. C'est aux humbles que Dieu donne sa grâce. » Si cette vertu n'est pas dans une âme, elle n'a donc rien à espérer. L'édifice serait sans fondement. Or, Dieu, comme un architecte sage, ne consent pas à bâtir sans fondement. Cette comparaison nous amène à citer saint Augustin. Nous savons, presque par cœur, ce qu'il a dit sur ce sujet, tant ses paroles qui reviennent plusieurs fois chaque année, dans le cours de la liturgie, ont dû nous faire impression.
Magnus esse vis, à minimo incipe. Cogitas magnam fabricant construere célsitudinis ; de fundamento priùs cogita humilitatis. Et quant a m quisque vult et disponit superimponere molem œdificii, quanto erit majus œdificium, tanto altius fodit fundamentum.Et fabrica quident, cùm construitur, ad snperna consurgit ; qui autem fodit fundamentum, -ad ima deprimitur. Ergo et fabrica antè célsitudinem humiliatur, et fastigium post humiliât ionem erigitur.
Rien de plus formel, c'est l'humiliation seule qui nous fait monter au sommet, au sommet des vertus; mais voilà pour le temps de la vie terrestre. Il y a un sommet plus élevé. Quel est-il ? Ecoutons encore le saint Docteur :
Quod est fastigium construendœ fabricœ, quam pzolimur? quo perventurum est cacumen œdificii ? Cito dico, usque ad con8jpectum Dei. Videtis quàm excelsum est, quanta res est,
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conspicere Deum... Promittitur nobis conspectus Dei, veri Dei, suiiinii Dei l...
Rien ne manque donc à la gloire de l'humilité. Dieu lui donne tout comme récompense : en ce inonde laposses sion de toutes les grâces, dans l'autre la vision de luimême, qui est la suprême gloire. Voilà une assurance de tout point certaine. Mais pourrions-nous nous rendre compte de cette conduite de Dieu, de cette prédilection de son cœur accordée à l'humilité ? Pourquoi lui donnet-il si largement la grâce, toutes les grâces ici-bas, en attendant le triomphe du ciel? La raison de cette conduite n'est autre que la Jalousie de Dieu. Il est « le Dieu jaloux : Dieu jaloux, c'est son nom2. Il se couvre de sa jalousie comme d'un vêtement 3. » Or, quel est l'objet de cette jalousie? sa gloire, sa grande gloire, qu'il ne veut, qu'il ne peut « donner à un autre 4. » L'orgueil qui reçoit un don de Dieu, soit naturel, soit surnaturel, prend pour lui la gloire de ce don, il s'en pare, il s'en fait honneur, il en profite pour s'élever, se faire applaudir, et, s'il le peut, se faire adorer, et ainsi se mettre à la place de Dieu. Comment le Seigneur tout puissant pourrait-il voir, d'un œil indifférent, cette audace et cette usurpation de sa gloire? Il la punit toujours, tantôt en frappant l'orgueilleux d'impuissance, en le confondant dans sou indignation et sa
1 Serm. LXIX (aliàa A', De Verbia Dominî), cap. t, a. 2 >-t cap. n.— Patr. lat, r. XXXVIII, col. 141. — Recueillons cette autre comparaison «lu sainl Docteur non moins belle que celle <!<■ l'édifice : Arborem attendîtes Petit ima prius, ut sursùm excrescat; figit radicem in humili, utverticem tendal ad «."111111. Numquid nititur niai ab bumiUtate ? Tn autem sine charitate \ iexcelsa comprehendere ? Sine radice auras petia ? Ruina est ista, non incrementum. — Sermo CX VII faliàa /><■ Pérou DominiSS), cap. v n. 17. - Patr. lat t. XXXVIII, col. 071.
- Dominus zelote.s nomen «-jus ; Dciis ot ii-iuulator. Exod. sxxrv, 11.
'■' Indutus est (Dominus) veatimentia altionis, et opertusest quasi pallio zeli. Lsaise i.ix, 17.
Gloriammeam alteri nondabo. — Esaiœ xi.n, s.
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colère, tantôt (et alors le châtiment est plus terrible) en l'abandonnant à lui-même, à sa folie, à son aveuglement, et à la perdition éternelle vers laquelle il se précipite.
C'est une tout autre conduite qu'il tient à l'égard de l'humilité. L'humilité n'a qu'une préoccupation, la gloire de celui qui lui confie ses dons; rien pour elle, tout pour l'auteur de ces biens. Elle sait bien l'honneur qu'elle reçoit, honneur qui n'est jamais mérité; elle sait que tout ce qu'elle a, est en dépôt, et que l'unique Maître du dépôt en demandera compte. Attentive, soigneuse, jalouse ellemême de la gloire de ce Maître souverain, elle est à la fois d'une fidélité parfaite et d'un désintéressement absolu. Toutes les vues de Dieu sont remplies, tous ses droits sont sauvegardés, toute sa jalousie, aussi adorable que son Etre même, pleinement satisfaite. Que fera ce Dieu de Sagesse, de Vérité et de Justice ? Il confiera tous ses dons, tous ses biens, tous ses trésors à une aussi sûre Gardienne. A Jésus qui est l'Humilité même (qu'on nous permette cette hardiesse de langage), il donnera, en Lui « il enfermera tous les trésors de sa Sagesse et de sa Science1 » ; à Marie, qui, selon la parole de saintBernard, semble ne trouver de gloire que dans l'humilité 2, il confiera le plus grand de tous les biens, son Fils unique 3; à saint Joseph, le Maître de l'humilité, à saint Jean-Baptiste, le grand témoin de l'humilité; aux Apôtres qui se sont tant
1 ColoSS. II, ii.
- Sola (humilitas) de quâ, omnium plena virtutum, Maria gloriaudum esse putavit. —De moribus Episcop. cap. v, n. 17. — Patr. lat., t. CLXXXII, col. 821.
:; L'iule tibi humilitas, et tanta humilitas, o Beata? Digna plané quam respiceret Dominas, cajas clecorem concnpisceret Kex, cujus ortorc suavissiino ah seterno illo paterni sinus attraheretur accubitu. — S. Bernard. I» Assumpt. B. M. V. Servi. IV, n. 7. — Breviar. Rom. xxn Augusti, octavâ Assumption. lect. v. - Pair, lat., t. CLXXXIII, col. 428. — Et ailleurs : Si placuitex virginitate, tamen ex humilitate concepit. — Horail. super Missus est. - Homil. I, n. 5. - Patr. lat., t. CLXXXIII, col. 59.
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réjouis d'être couverts de honte pour le nom de JÉSUS : à tous les Saints qui se sont le plus abaissés, — les grâces de choix, une profusion de dons divins, une sorte de prodigalité sans mesure, comme si le Seigneur, sûr de ce que ses dons deviendront, sûr de l'honneur qui lui en reviendra, sûr du triomphe éclatant de sa gloire, dans l'usage que ses amis, les humbles, feront de ce qu'il livre à pleines mains, n'avait pas de joie plus grande que de leur confier et les fruits du Sang de son Fils, et son Fils, et Luimême.
Ah ! qu'on s'explique après cela que le grand enseignement de notre Dieu, le Verbe incarné, notre Docteur et notre Maître, soit la touchante révélation qu'il nous fait, disant : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de Cœur1! » « Odoctrînam salut are m /s'écrie saint Augustin, o Magistrum Dominumque mortalium, quïbus mors, poculo superbiœ,propinata atque transfusa est! Xoluit docere quod ipse non esset, noluit jubere quod ipse non faceret... Quid ut discamus à te, venimus ad te? Quoniam mitis su m, et hu milis corde. Huccine redacti sunt omnes thesauri sapientiœ et scientiœ àbsconditi in te, ut hoc pro magno discamus à te, quoniam mitis es ethumilis corde? Itàne magnum est esse parvum, ut nisi à te, qui tam magnus es, fieret, disci omninp non posset ? It à plané "-. »
Qu'il est donc désirable que nous devenions humbles ! Que ne sommes-nous tous des Vincent de Paul, non par les grandes œuvres qu'il a faites, mais par l'humilité 1 El peut-être n'a-t-il pu faire tant de grandes n saintes œuvres, que par la vertu et le crédit de son humilité. Nous nous souvenons toujours de l'impression que lit sur dous l.i réflexion d'un saint Directeur de Séminaire, quand dous
' Mattli. xi, 29.
- De Sancta Virginitate, cap. xxxv, n. 35. — Pair, lat., t. \I.. coL 116,
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avions le bonheur d'être le disciple d'un tel Maître 1. Il dit : « Qui sait de combien d' œuvres saintes l'Eglise de Dieu aurait été privée, si saint Vincent de Paul avait eu un degré de moins d'humilité ! »
Que ce soit donc la vertu qui nous occupe toujours, dans nos prières, nos oraisons, nos visites au Saint-Sacrement, et à l'autel de Marie, nos examens de conscience, et dans toute la conduite de la vie2 ! — Mais voici une dernière considération :
Cinquièmement, le compte que nous aurons à rendre un jour à Dieu. — Cette considération est des plus graves. Fréquemment l'Eglise nous la rappelle, dans la récitation de notre Bréviaire. Ouvrons-le au troisième nocturne de l'office des Confesseurs Pontifes : Leetio sancti Evangelii, fratres charissimi, sollicité considerare nos admonet, ne nos, qui plus cœteris in hoc mundo accepisse aliquid cernimur, ab Auctore mundi graviùs indèjudicemur. Cùm enim augentur dona, rationes etiam crescunt donorum. Saint Grégoire qui parle ainsi, conclut : Tanto ergo esse humilior, atque ad serviendum Deo promptior quisque débet ex minière, quaiito se obligatiorem esse conspicit in reddendà ratione*.
Nous avons reçu beaucoup de grâces. Le nombre en est incalculable ; et^ce sont des grâces de grand prix, au
1 M. Désobeau, Prêtre de Saint-Sulpice, Directeur au grand Séminaire d'Aix, modèle admirable lui-même de la plus profonde humilité. Il est décédé le 11 avril 1881, dans sa soixante-douzième année, laissant dans tout le clergé d'Aix l'intime persuasion que, ce jour-là, un Protecteur nous était donné dans le ciel.
- Quelles paroles d'orque celles-ci ! Quel sujet de méditation, pour un Prêtre ! — Nam mérita non sunt ex hoc existimanda, si quis plures vi>t. >nés aut consolationes habeat, vel si peritus sit in Scripturis, aut in altiori ponatur gradu ; sed si verâ fuerit humilitate fundatus, et divinâ charitate repletos, si Dei honorem pure et intégré semper quserat, si seipsum niai] reputet et in veritate despiciat, atque ab aliis etiam despici et liumiliari magis gaudeat quàm honorari. — De huit. Chriêti, lib. III, cap. vu, n. 5. In Evang. Bomil. IX.- Patr. lat., t. LXXVI, col. 11UG.
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Petit Séminaire déjà, au Grand surtout, et depuis avec notre Messe quotidienne, notre ministère saint, nos études, nos retraites... Oui commendaverunt multum, plus pètent ab co l.
Nous avons, en particulier, reçu beaucoup de lumières. Est-ce que nous n'avons pas, d'une manière claire et manifeste, la connaissance de la vérité sur Dieu, sui droits, sur Notre-Seigneur et l'amour qu'il mérite, sur l'Evangile et ses maximes, sur le monde et sa vanité, sur les vertus, sur le péché, etc., etc. Nous serons jugés sur cette connaissance lumineuse, qui ne nous permettra de faire valoir aucune excuse. Notre-Seigneur disait aux Pharisiens: Nunc verô dicitis : Quià videmus. Peccatum vestrum manet^\ et saint Paul, parlant de ces hommes orgueilleux qui, suivant le mot de saint Augustin, « étaient aussi loin de Dieu par leur orgueil, qu'ils en étaient près par l'intelligence '6 », a dit : Ità ut sint inexcusabiles : quià, cùm cognovis8ent Deum, non sicut Deum glorificaverunt, aut grattas egerunt; sedevanuerunt in cogitationïbus suis *.
Mais il y a un autre sujet, plus grave peut-être, de crainte et d'humiliation, c'est notre responsabilité. Cette considération demanderait un long développement, que nous ne pouvons donner ici. Il est certain que Notre-Seigneur, en nous appelant, a compté sur nous, sur notre fidélité, notre dévouement, notre zèle: il a compté que nous lui ferions honneur devant les peuples, et que, par notre conduite, comme par nos enseignements, nous dilaterions son règne, nous lui gagnerions des âmes, nous
1 Luc. xn, 48.
- Joann. ix, 41.
muo eiiiin propinquavenmt (Deo) intelligentiâ, indè superbift re< mut. - Contra Julianum, [lib.IV, c-q». in,n. 17. - Patr.l&t, t. XI. I\ col. 746.
* Rom. 1,20, 21.
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achèverions l'œuvre de Rédemption qu'il a commencée, et qu'il veut consommer par nous. Sa cause nous est confiée, ses intérêts sont entre nos mains; nous portons à la fois en nous et son Sang et les âmes qu'il a voulu sauver par son Sang-. Mille textes des Pères nous rappellent ce grave ministère, cette prodigieuse responsabilité.
C'est pourquoi tous les saints Prêtres de tous les siècles ont été épouvantés et se sont abîmés devant Dieu, dans le vif sentiment de leur misère et de la confusion qui est à craindre au jour du jugement. C'est, sans doute, dominé par de telles pensées, que ce grand modèle de l'humilité sacerdotale, si souvent cité dans ce livre, saint Vincent de Paul, écrivait ces lignes étonnantes. Il s'adresse à un ecclésiastique de ses amis, qui avait désiré s'occuper de l'éducation d'un neveu du Saint, et le préparer ainsi au Sacerdoce :
« Je vous remercie du soin que vous prenez de mon petit neveu, duquel je vous dirai, Monsieur, que je n'ai jamais désiré qu'il fût ecclésiastique, et encore moins ai-je eu la pensée de le faire élever pour ce dessein, cette condition étant la plus sublime qui soit sur la terre, et celle-là même que Notre-Seigneur y a voulu prendre et exercer. Pour moi, si j'avais su ce que c'était, quand j'eus la témérité d'y entrer, comme je l'ai su depuis, j'aurais mieux aimé labourer la terre que de m' engager à un état si redoutable : c'est ce que j'ai témoigné plus de cent fois aux pauvres gens de la campagne, lorsque, pour les encourager à vivre contents et en gens de bien, je Leur ai dit que je les estimais heureux en leur condition: et, en effet, plus je deviens vieux, et plus je me confirme dans ce sentiment, parce que je découvre tous les jours l'éloignement où je suis de la perfection en laquelle je devrais être. » Quelles paroles ! quelle touchante humi-
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lité l ! Mais donnons toute notre attention à ce que le Saint ajoute : « Certes, Monsieur, les Prêtres de ce temps ont un grand sujet de craindre les jugements de Dieu, puisque, outre leurs propres péchés, il leur fera rendre compte de ceux des peuples, parce qu'ils n'ont pas tâché de satisfaire pour eux à sa Justice irritée, ainsi qu'ils y sont obligés; et, qui pis est, il leur imputera la cause des châtiments qu'il leur envoie, d'autant qu'ils ne s'opposent pas comme il faut, aux fléaux qui affligent l'Église, tels que sont la peste, la guerre, la famine et les hérésies qui l'attaquent de tous côtés. Disons plus, Monsieur, que c'est de la ma uvaise vie des ecclésiastiques, que sont venus tous les désordres qui ont désolé cette sainte Épouse du Sau veur,et qui l'ont si fort défigurée, qu'à peine est-elle reconnaissable2. »
Grâces à Dieu, ces dernières paroles ne sont pas applicables au Clergé de notre temps. Mais, si l'Église, qui souffre plus encore peut-être que dans le siècle où saint Vincent de Paul parlait ainsi, si cette Épouse bien aimée de Jésus-Chkist peut recevoir quelque consolation, elle lui viendra de la grande, forte, courageuse et invincible humilité de ses Prêtres, qui, ne se comptant pour rien, ni la vaine gloire, ni l'amitié ou l'approbation des hommes pour rien, n'auront qu'une ambition insatiable et dévorante : La grande gloire de Dieu.
Nous avons dit si souvent, que l'humilité ne se rapporte qu'à cette gloire, que cette gloire est sa fin, son repos, son centre, son tout, qu'il nous faut nécessairement voir ce qu'elle est, cette divine gloire, et quel doit être notre amour pour elle.
» ("est, eu effet, L'humilité de l'homme de Diao qui touche profondément dans ces belles paroles; et il ne viendrai L'esprit de personne de conclure, (|u'il n'est pas à propos de chercher à discerner, parmi Les enfants que L'on donnait, Les vocations ecclésiastiques qui peuvent exister parmi eux, et qui
sont probablement nombreuses. — Ce sujet prave doil ttOUS occuper au commencement du Livre 111'.
i Vie de saint Vinrent de Vaut, par Abelly, liv. III, chap. xin, sei I I