CHAPITRE PREMIER
l'élf-ction éternelle
« Le secret de Dieu, dit salut Augustin, réclame des âmes attentives 1. » Le secret de Dieu, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ, selon cette parole expresse de saint Paul •. « Le Mystère du secret de Dieu, c'est le Christ'- »; et ailleurs :' « C'est manifestement un grand secret de piété et de religion que notre Dieu, qui s'est fait voir dans la chair, dont les œuvres ont été confirmées par le Saint- Esprit, qui s'est montré aux Anges, qui a été prêché aux Gentils, dont rÉvangile a été connu dans le monde, et qui est monté au Ciel ^. »
Jésus-Christ est le secret adorable, dont parlait aussi,
1 Secretum Dei inteutos débet facere, non ndversos. — lu Joann. Ecangel. Tract. XXVII, n. 2. — Breviar. rom., Feria VI infr. Octav. Corp. Christi, lect. ix.- Patr. lat., t. XXXV, coL IGIG.
- Mysterium, quofi absconditum fuit à sîcculi.s... Sacramenti hujns iu gentibus, quod est Christus. — Coloss. i, 2G, 27.
^ I Tim. iii, IC. — Maguuin hoc pietatis sacramentum est ipsuni Verbwm incarnatum, sive Deus-Honio, nascens, patiens, crucifixus, etc. — Cornel. à Lap. in ilhtd. I 2'im. ni, 16.
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en termes mag'iiifiques, le grand Aréopagite : « Ce qu'il y a de plus manifeste dans toute la Théologie, c'est Jésus- Christ revêtant sa divinité de l'humanilé; et cela même est un mystère qui ne saurait être exprimé par aucune parole, ni conçu par aucune intelligence, non pas même par celle des Anges qui occupent le premier rang i. »
Une des plus grandes jouissances qu'une âme sacerdotale puisse avoir ici-bas, est celle de pénétrer, de quelque manière, dans les divines profondeurs, ou, comme parle saint Denys, « dans les lumineuses ténèbres » de ce secret et de ce mystère ~. Notre-Seigneur a promis cette grâce admirable, quand il a dit : « Celui qui garde mes commandements et qui les observe, prouve qu'il m'aime. Mais s'il m'aime, il sera aimé de mon Père; et moi je l'aimerai aussi, et je me manifesterai à lui 3. »
O Promesse infiniment aimable ! Nous ne pouvons pas présumer que nous ayons suffisamment mérité une telle faveur par le témoignage d'amour que le Seigneur réclame. Mais qu'il veuille bien, plus que jamais, user d'indulgence envers nous ! Qu'il daigne miséricordieusement nous révéler comment, i3ar la volonté de son Père, sa Prédestination à la grâce et au Sacerdoce est le fondement et la raison unique de notre Prédestination à la grâce et au Sacerdoce; et comment, « étant toute chose en
1 1(1 quod est omnium quie de Deo dicuntur clarissiinum, divina ipsius .Tesu c naturâ nostrâformatio, et ineffabilis estsermone omiii, nullique nota iiitellifïpotise, etiaiii ipsi antiqnis.simornm angelonim primati. Atque eum qnidem viri formam et sulistantiam assumpsisse, mysticè accepimus; sed igiioratur, quomodo ex Vii-giuis sang-uine, etc. — De Diviiiis- Xomin. cap. II, n. '.). — l'atr. grœc., t. III, col. 647.
* No.s in liâc supràquani lucente caligine versaii cxoptamus... ut revelatè cognoscamns ill;im incognoscibilitatem... et supranaturalem illamcaliginem intuoamur qiiie al) omni, quod in rébus est, lumine occulitur. — T/ieolof/. Mystic. cap. ii, n. 1. — Tatr. grsec, t. III, col. 102G. ' Joann. xiv, 21.
L ELECTION ETERNELLE à
tous 1 », il vit réellement et il opère dans tous les membres de la sainte Hiérarchie : Clerc dans le Clerc ; Portier, Lecteur, Exorciste, Acolyte, dans le Portier, le Lecteur, l'Exorciste, l'Acolyte; Sous-Diacre dans le Sous-Diacre; Diacre dans le Diacre; Prêtre dans le Prêtre; Evêque dans r Evêque -. Il est vrai qu'en sollicitant tant de lumière, nous aspirons à recevoir une grâce bien précieuse ; c'est un des plus admirables secrets de son amour, que nous désirons pénétrer •'5. Mais nous ne faisons cette prière, qu'afin de nous établir, tandis que nous sommes appliqués à un si grand sujet, dans cet état de vérité toute pure et parfaite, qu'il a daigné lui-même demander pour nous à son Père : Sanctifca eos in verifafe.
Le sujet de ce premier chapitre, c'est notre Election éternelle au Sacerdoce.
Pour la parfaite intelligence d'une si haute et si consolante vérité, élevons-nous d'abord à la considération de l'Election éternelle de Notre-Seigneur Jésus-Chklst luimême. Election qui est sa Prédestination à la grâce et en même temps au Sacerdoce. Nous verrons mieux, à cette lumière, comment nous avons été faits participants de l'Election et de la Prédestination du Fils de Dieu, soit à la grâce, soit au Sacerdoce.
La Prédestination de Notre-Seigneur Jé.sus-Christ,
' Coloss. III, 11.
2 Mauifestura est quoil ecclesiastica sacramenta ipse Cliristus peiticit : ipse enim est qui baptizat, ipse est qui peccata reniittit, ipse est verus Sacerdos. . et tamen eleg-it ministros per quos prœrlicta fidelibus dispensaret. — S. Tliom. Summa contra Gentil^ Liv. IV, cap. lxxvi.
3 Cliristus in vobis : lioc est reverà mysterium, quod iiemo novit, quod est admirabile, quod est prteter communem expectationeni. . Itaque onmi sapientiâ est opus ; talia enim posse dicere non est quorumvis... Nunc qnoque adhuc absconditur, siquidem inanifestatum fuit solis sanctis. — S. .Joann. Chrj-sost. In Ejjist. ad Coloss. — Homil. V, n. 1, "2. — Patr. grîec, t. LXII, col. 334.
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Fils de Dieu, c'est le décret même de son Incarnation; c'est l'acte par lequel la Très-Sainte Trinité, qui ciglt indivisiblement, a voulu que la Personne du Verbe prît hypostatiqnement la nature humaine. En vertu de cet acte, de ce décret, de cette élection, il y a eu un composé liumain (c'est-à-dire une âme créée immédiatement de Dieu et un corps formé de la chair immaculée de Marie), destiné à devenir la nature humaine du Fils de Dieu. C'est dans ce sens que saint Paul a dit : « Il a été fait de la race de David selon la chair, et il a été prédestiné Fils de Dieu i. »
Mais cette âme qui devait être si éminemment parfaite, et ce corps si admirablement approprié, par ses qualités, à cette âme privilégiée, n'existèrent jamais avant le moment précis de l'union hypostatique.
Ce fut donc sans mérite aucun de la part de la nature humaine du Fils de Dieu, que cette nature, la plus excellente de toutes, tut l'objet de l'élection de Dieu. Cette élection était absolument et radicalement gratuite. Saint Augustin se plaît à insister spécialement sur ce point, afin que nous sachions que, dans l'ordre delà grâce, c'est avec lindépcndance la plus souveraine que Dieu est l'auteur de tout ce qu'il opère, et que toute nature créée, fût-elle la nature créée du Fils de Dieu lui-même, ne peut avoir l'initiative de rien et, par conséquent, ne s'attribuer aucun mérite. Respondeatur, quœso : iUe Homo, dit le saint Doc-
1 De Filio suo, qui faclus est ei ex semiue David secundum carnem, qui pi sedestinatus est Filius Dei. — Koni. i, 3, 4. — Cfr. I Cor. ii, 7. — Forte i])sum prit'destinatum dicere formidabimus... Recte qiiippè dicitur non prît'desrinatiis secundum id quod est Verbum Dei, Deus apud Deuni. Ut <iuid pruHlestinaretur, cùm jam esset quod erat, sine initio, sine termino scMipitcruiis ? lllud autem prœdestinanduni erat, quod nondum erat, ut sic sno tempore fieret, quemadniodum antè oinnia tempora prsedestinatum erat ut fieret. — S. Angust. In Joann. EvaiKjel. Tract. CV, n. 8 — Patr. lat., t. XXXV, col. iyo7.
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teur, idà VerhoPatri coœferno i)i unîtaietn Personœ assumptus, Filiiis Del unigen'dus esset, undè hoc mentit ? Quod ejus honum quaJecumque pi'Œcessit ?... Xonne, facieute ac suscipienfe Verbo, ijjse Homo, ex que esse cœpit, Filius Del unlcus esse cœplf i ? « C'est là, ajoute-t-il au même endroit, l'éclatante lumière qui illumine toute prédestination et toute grâce. Si le Sauveur a été élu sans mérite antécédent, comment pouvons-nous penser que nous soyons pour quelque chose dans l'élection dont nous sommes l'objet - ■? >
Ce point de doctrine est important et toujours très utile à rappeler, parce qu'il nous révèle le fonds essentiellement indigent qui est propre à toute créature. Le Christ a été iDrédestiné Fils de Dieu, sans mérite ; nous sommes aussi prédestinés sans mérite, quel que soit le don de Dieu dont nous sommes gratifiés •^.
Mais ici une question se pose à notre esprit. De même que Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le premier dans le décret de Dieu, qui est « le commencement de ses voies ^ », a été par là-même prédestiné directement et immédiatement, serions-nous, nous aussi, élus directement et immédiatement, sans autre relation avec le Christ, que celle qu'impose sa prééminence, relation de soumission, de subordination, mais sans dépendance originelle, comme, dans le inonde physique, tels êtres n'ont de relations avec d'auti'es, que par la force des lois
1 De Prœdestlnat. Sancfor. cap. xv, n. 30. — Patr. lat., t. XLIV. toi. 981.
- Est prœc-larissimum lumen prœdestinationis et gratife, ipse Salvator, ipse Mediator Dei et homiiium, Homo Christus Jésus. — S. Augiist. Ibid. cap. XV, n. 30. — Patr. lat., t. XLIV. col. 981.
3 Appareat itaque nobis in nostro capite ipse fons gratiai... Humana liic mérita conticescant... : et reg-net quse régnât Dei gratia per Jesum Cbristum. — Idem, ibid. n. 31.
■* Proverb. viii, 22.
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que le Créateur a établies pour le maintien de l'ordre ?
Nous sommes en présence d'un bien beau et doux Mystère. Arrêtons-nous y avec amour i.
Notre-Seigneur Jésus-Christ aurait pu être élu et prédestiné seul. Nous l'avons dit précédemment 2, Dieu est libre, et il limite, comme il lui plaît, ses œuvres extérieures; et ces œuvres sont toujours bonnes et dignes de lui -K Dans le cas particulier où il n'aurait prédestiné à l'existence et à la grâce que l'Humanité sainte de Jésus- Christ, se contentant de cette seule manifestation de ses attributs, de sa Puissance, de sa Sagesse, de son Amour, son œuvre n'aurait pas été seulement bonne et parfaite, elle aurait été la plus sublime, la plus excellente, la plus glorieuse, qu'un Dieu puisse se proposer et produire, Jésus-Christ prédestiné seul, Jésus-Christ l'unique individualité de la création, Jésus-Christ seul toute la création de Dieu, soit de l'ordre naturel, soit de l'ordre surnaturel, aurait été, très véritablement et très parfaitement et adéquatement, l'honneur, le contentement, la totale satisfaction de la Très-Sainte Trinité. Il est certain que tout autre dessein, tout autre plan réalisés ne peuvent rien ajouter à la gloire que Dieu reçoit d'une Personne divine incarnée.
]\[ais l'amour de ce Dieu, qui voulait nous traiter en Père, a des inventions admirables. Nous avoiis été quelque chose à ses yeux, parce qu'il a voulu que nous fussions quelque chose. Et c'est pourquoi, nous avons été, nous aussi, prédestinés à l'existence et à la grâce. Mais
1 On va in(lubital)leinent remarquer quelques redites dans ce qui suit. La elarté de l'exposition doctrinale semble l'exiger. Mais peut-être aurionsnous pu éviter ce qui paraît être uu défaut d'ordre.
Liv. II, chap. xxii : L'amour de Notre- Se lijneur Jésus-Christ, notre. Chef.
3 Deuteron. xxxii, 4.
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comment ? C'est ici que se manifestent, d'une manière touchante, et la sagesse et la bonté de notre Père qui est aux Cieux. Pour que l'unité, qui est son essence, apparût dans son œuvre, et pour que son amour fût manifesté avec le plus grand éclat, il prédestina son Fils, le Verbe incarné, non comme une individualité unique et solitaire (bien que, dans cet état, le Verbe, il faut le redire, eût suffi pleinement et absolument à sa gloire et à son contentementj ; mais il le prédestina Chef, en même temps que Fils ; Chef véritable, non pas destiné à avoir, un jour, un corps mystique, des membres spirituels ; mais ayant déjà, au moment de son élection, et par la vertu même de son élection, des membres spirituels i : de sorte que la prédestination de ceux-ci apparthit au décret de sa Prédestination de Fils de Dieu, et qu'il n'y eût de différence, entre le Chef et les membres spirituels, que celle qu'exigent, d'une part, la qualité de Fils véritable et naturel de Dieu, dans le Chef, et d'autre part, le titre gratuit de fils adoptif dans les membres. Prédestiné notre Chef, JÉsus- Cheist fut dès lors constitué cette unité admirable, dont saint Augustin se plaît à j)arler si souvent et avec tant d'amour "-, dont saint Paul a dit : « qu'elle est sa pléni-
1 Anteà iiobis, fuudamenti loco, ponitur Christiis, atqiie in ipso nos onmes supeiiediticamur, et quidem antè creationem niundi, jnxtà prtenotionem Dei omnia prfescientis ; ut antiquior in nobis sit benedietio qiiàm nialedictio, antiquior promissio ad vitani quàm condeninatio ad niortem, antiquior adoptio in libertatein quàm diaboliea servitus. — y. Cyrill. Alexandr. Thésaurus, assei'tio xv. — Patr. gr;T3c., t. LXXV, col. 294. — Sicut ergo prsedestinatus est ille unus, ut caput nostrum esset ; ità multi praedestinati sumus, ut membra ejus essemus. — S. August. De Prœdestin. Sanctor. Cap. xv, n. 31. — Patr. lat., t. XLIV, col. 982. — Quisquis fidelis eam (Pr?edestinatiouem Cliristi) vult benè intelligere, atteudat ipsuni, atque in illo inveniat et seipsum... — Idem, De dono perseverantiœ, cap. XXIV, n. 69. — Patr. Lit., t XLV, col. 103.3. — Cfr. Bossuet, Elévations sur les Ml/stères, XII^ Sem. X^ Elevât. — et 11^ Sermon pour la Toussaint, premier point.
^ On se souvient de quantité de textes du S. Docteur cités dans le
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tilde 1 »; unité dont Notre-Seig'ncur lui-même demandait la réalisation efficace dans son Eglise, quand il faisait cette belle prière à son Père : Ego in eis, et tu in me ; ut sint consiimniati in iinuin - ; unité qui est notre plus grande consolation dans l'exil et notre plus ferme espérance pour l'éternité. Car, si nous avons été prédestinés dans le Chrlst, de sorte que notre prédestination soit comme « son complément et sa plénitude », il en résulte que, lors- (pi'il i)arut sur la terre, nous étions en lui et avec lui. Il passa d'abord neuf mois au sein de Marie; nous étions portés avec lui en ce sein virginal; il naquit, il vécut, il mourut; nous naquîmes, nous vécûmes, nous étions sur la Croix, subissant la mort en lui et avec lui; avec lui et en lui nous ressuscitâmes ; avec lui nous montâmes au Ciel ^ avec lui et en lui nous fûmes Hosties et Victimes au Calvaire et nous continuons de l'être au Très-Saint-Sacrement ^. Telle était notre prédestination. Ce n'était pas encore la grâce communiquée, jDuisque nous n'existions pas; mais c'était le gage assuré de la grâce j)ar laquelle nous reccA^ons l'effet de la prédestination 5. Et nous savons, par saint Augustin, quelle est cette grâce. Comme notre prédestination, c'est la prédestination même du Fils de
cours (le cet ouvrag-e. — Totu.s Cliristns caput est et corpus : quod benè vos nosse non dubito. — Enarrat. — In Psalm. lvi, n. 1. — Patr. lat. t. XXXVI, col. G62.
' Ecclesiam, quaî est corpus ipsius, et plenitudo ejus, qui omnia in ouniibus adiuipletur. — Eplies. i, 22, 23.
2 Joann. xvii, 2:!.
•'' Commortui suiiius. — II Timotli. ii, IL — Con\ivificavit nos in Christo, et coures uscitiivit, et consedere fccit in cœlestibus in Christo .lesu. — Ephes. II, ij, 6.
* « Xous mourons en sa mort ; nous ressuscitons en sa résurection ; nous sommes immolés dans son Sacrifice : tout nous est commun avec lui. » — Bossuet. //" Sermon ]/our la Toussaint, premier point.
^ Inter gratiam et prsedestinationem hoc tantùm interest, quod prtedèstinatio est gratite prœparatio ; gratia vero jam ipsa donatio. — S. Auguste De Prœdest'ui. Sanr.tor. cap. x, n. 19. — Patr. lat., t. XLIV, col. 974.
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Dieu; notre gTâce, c'est aussi la gTâce même du Fils de Dieu. Ecoutons une fois de plus le grand Évêque : « La même grâce qui, dès le premier moment de la Conception du Fils de l'homme, a fait de lui le Christ, fait de chacun de nous un Chrétien, dès le premier moment de notre initiation à la foi, par le Baptême. C'est l'Esprit-Saint qui a fait naître JÉ.sus; c'est le même Esprit-Saint qui nous fait renaître. C'est l'Esprit-Saint qui exempte Jésus de tout péché ; c'est le même Esprit-Saint qui nous remet nos péchés : de sorte que la prédestination des Saints est celle-là même qui resplendit, du plus grand éclat, dans le Saint des Saints. Telle est la doctrine que personne ne peut mettre en doute, parmi ceux qui connaissent les Ecritures 1. Car celui-là nierait l'existence même du Fils de l'homme, qui nierait la prédestination du Fils de Dieu ~. » Magnifique témoignage de l'amour de notre Dieu, qui nous révèle le dessein incompréhensible de nous avoir pour fils, nous si indignes de lui et qui lui faisons si peu d'honneur, comme il a pour Fils dans le temps son Verbe incarné, qui est sa gloire.
Cette grande vérité est familière aux Pères. Saint Clément, pape, disciple de saint Paul, et troisième successeur de saint Pierre, dit: « Le Dieu, aux regards duquel rien n'échappe, le Seigneur des esprits et de toute chair, a élu Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par Jésus-Christ nous a élus nous-mêmes pour être son peuple de prédilection ■^'. »
' De Prœdestin. Sanctor. Cap. xv, n. 31 (déjà cité). — Patr. lat., t. XLIV, col. 982.
^ Quisquis ig-itur Dei Filium prwdpstinatum negat, liunc eumdem Filiuin hominis negat. — In EvaiujeJ. Joonn. tract. CV, n. 8. — Patr. lat., t. XXXV, col. 1907.
^ Inspector omnium Dons, Dominas spirituum et onniis carnis, qui elegit Dominum Jesum Christum et nos per eum in j^ojiidum peculiarem (Deuter. vu, G), etc. — Eplst. I ad Corinthlos, cap. xvii. — Patr. grœc.» t. I, col. 243.
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Saint Ignace, Martyr, si voisin des Apôtres, ne s'exprime pas moins clairement: « Le Chef ne peut pas naître, dit-il, sans les membres ; et celui qui nous assure de cette union, c'est Dieu lui-même qui en est l'auteur et le lien i. » Ce qui fait dire à saint Athanase que « nous sommes comme adjoints et unis au Verbe et vivifiés en lui d'une manière si parfaite, que notre chair même est comme déifiée selon la nature de ce Verbe de Dieu. Quasi non jeun terrena sit nostra caro, sed Verhifîcata (Ao7c/Éi«îa«)2. »
Telle est notre prédestination en Jésus-Christ; c'est la première, si l'on peut ainsi dire, notre prédestination à la grâce et à la gloire.
Mais il en est une autre, non distincte de la première en un sens, très distincte au contraire sous un autre rapport, comme nous allons l'expliquer: c'est la prédestination au Sacerdoce.
Notre-Seigneur, prédestiné à la grâce, a-t-il été prédestiné au Sacerdoce? — S'il en est ainsi, le Corps mystique tout entier, c'est-à-dire tous les membres de l'Église, prédestinés à la grâce, en même temps que Jésus-Christ et €n Jésus-Christ, sont-ils pareillement et simultanément prédestinés à son Sacerdoce? — Ou bien, existerait-il diverses sortes d'unions au Sacerdoce de Jésus-Christ, de sorte que, si tout le Corps mystique est uni au Sacerdoce de Jésus-Christ, et est réellement prédestiné à ce divin Sacerdoce, il y ait des membres privilégiés, qui ont une prédestination spéciale à un certain exercice parti-
* Non potest caput nasci sine menibris ; Deo unionem repromittente, quod est ipse. — Episiol. ad Trallianos, cap. xi. — Patr. g:gsc., t. V, col. 683.
^Oratio III contra Arlanos (aliàs 4) n. 83. — Patr. grœc, t. XXVI, col. 394. — Cfr. ejusdemS. Doctor. 0 ration. II (aliàs 3) contra Arianos, n. 76, ubi expressius de nostrâ in Cliristo prsedestinatione disserit. — Patr. grvec, t. XXVI, col. 307.
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-culier du Sacerdoce de Jésus-Christ ?— Si cette prédestination spéciale existe, en quoi consiste-t-elle, et comment s'explique-t-elle ? — Importantes questions auxquelles nous allons répondre.
Voici d'abord le texte si connu de saint Paul, dans lequel l'Apôtre affirme, même pour le Fils de Dieu fait homme, la nécessité d'une vocation au Sacerdoce.
Xec quisquain suinif -sibl lionorem, sed qui vocatur à Deo, tanquam Aaron; sic et Chrisfus non semetipsum darificavit, ut Pont if ex fieret ; sed qui locutiis est ad euni : Filius meus es tu, ego hodiè genui te^.
Il est vraiment digne de remarque, que saint Paul semble faire dépendre l'élection au Sacerdoce de la qualité même de Fils. C'est la pensée des commentateurs -; et nous avons vu précédemment Bossuet y adhérer 3. C'est qu'en effet Jésus-Cheist, Fils véritable et naturel de Dieu dans l'éternité, et «prédestiné Fils véritable et naturel de Dieu dans le temps, » ne peut pas n'être point Pontife du Père. Qu'est-il dans l'éternité ? La gloire du Père. Que sera-t-il nécessairement, essentiellement, dans le temps? La gloire du Père. Or, qu'est-ce qu'un Pontife? Saint Paul répond : « Celui qui est tout appliqué à ce qui est de DiEU^ », c'est-à-dire à sa gloire. Jésus-Christ Homme- DiEU est aussi bien Prêtre et Pontife de Dieu, qu'il est Fils de Dieu. Sa naissance éternelle est l'origine de son Sacerdoce d'IIomme-DiEU,et sa naissance temporelle n'est autre chose qu'une consécration sacerdotale. Qui dit Homme-DiEU dit Prêtre. Et qu'on n'objecte pas : Mais si le Sacerdoce lui est essentiel, comment saint Paul peut-il
^ Hebr. v, 4, 5.
2 Corn, à Lap. in illinl Hebr. v, 5.
■■' Livre I, chap. ii.
4 Hebr. v, 1.
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dire que ^< le Christ ne s'est pas glorifié ; mais qu'il a reçu cette dignité de Celui qui lui a dit: Vous êtes mon Fils? » La réponse est dans cette simple réflexion: La prédestination à la grâce et à la filiation divine dans le Christ, et la vocation au Sacerdoce, c'est une même et très unique prédestination. Comme le Christ n'avait aucun droit à être Fils de Dieu, il n'avait aucun droit à être Prêtre; mais « prédestiné Fils de Dieu », il a été en même temps prédestiné Prêtre de DiEU.Rien n'est plus simple que cette vue. En voici la conclusion naturelle.
Si Jésus-Christ est, en même temps, par le même décret, et d'une manière inséparable, prédestiné Fils de Dieu et Prêtre de Dieu ; ne faut-il pas dire que tous les membres du Corps mystique, prédestinés eux aussi, en Jésus-Christ, fils de Dieu, non fils par nature, mais fils par adoption et par grâce, sont, en même temps que prédestinés à la filiation divine, prédestinés au Sacerdoce?
Il ne peut pas y avoir de doute, sur ce point. Tous les fidèles sont prédestinés au Sacerdoce de Jésus-Christ, par le fait même qu'ils sont prédestinés à la grâce.. Saint Pierre le reconnaissait et l'enseignait ouvertement, quand il écrivait « aux fidèles dispersés dans les provinces du Pont, de la Galatie, de la Capadoce, de l'Asie, de la Bithynie : Vous êtes un temple saint, vous avez reçu un Sacerdoce saint, pour offrir à Dieu des Sacrifices spirituels qui lui soient agréables en Jésus-Christ. Vous êtes la race choisie; vous êtes un Sacerdoce royal i. » C'est pourquoi saint Paul nous recommande et nous presse de faire « de nos corps uneHostie vivante, sainte et agréable àDiEU^»; et la Tradition des Pères est l'écho fidèle de cette grande doctrine. Nous l'avons vu ailleurs •'^.
1 I Petr. II, ô. y.
* Rom. XII, L
3 Livre H, cliap. i.
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Il est donc vrai que le Sacerdoce de Notre-Seigneur est communiqué à toute l'Eglise; il est répandu dans chacun des membres, comme il est dans le Chef; chaque membre est Religieux du Père, comme le Chef; et parce que, dans le Chef, la raison fondamentale de son Sacerdoce c'est sa qualité de Fils, la même qualité de fils dans chaque fidèle est la raison fondamentale du Sacerdoce qu'il exerce par toute sorte d'actes de Religion, par l'oblation de toute sorte d'Hosties spirituelles, devant la Majesté du Père.
Mais il nous faut remarquer, avec un grand soin, la suite du texte de l'Apôtre. x4.près avoir dit: Sic et Chrisfus non semetlpsum cJarifîcai-ît, ut Pontifex fîeret, secl qui locutus est ad eum : Filins meus es tu; ego hodie gemti te, il ajoute immédiatement: Quemadmodum et in aJio loco dicit: Tn es Sacerdos in œternum, secundùm ovdinem MeJchisedech. JÉsus-Christ est prédestiné Prêtre, en sa qualité de Fils; mais voici une condition spéciale et comme un caractère distinctif du Sacerdoce, qu'il exerce dans le temps: «Vous êtes Prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech. » Il aurait pu n'être point Prêtre selon l'ordre de Melchisédech; et c'est ce qui serait arrivé infailliblement, si, Adam n'étant pas tombé, l'Incarnation avait eu lieu. Dans ce cas, il aurait été Prêtre uniquement en sa qualité de Fils de Dieu; il aurait rempli envers son Père tous les devoirs de la Religion; et nous, participant à sa grâce et en même temps à son Sacerdoce, nous aurions été tous, au même degré sans doute, Prêtres de son Père, selon sa Religion de Fils de Dieu.
Mais, après la chute, les conditions sont changées. Le Sacerdoce de Jésus-Cheist porte un caractère spécial. Observons la suite du texte: Quemadmodum et in aîio loco dicit: Tu es Sacerdos in œternum, secnndum ordinein Melchisédech; qui in diehus carnis suœ pi-eces supplicationesque
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ad eum, qui posslt illuni salcum facere à morte, cum cïamore vaJldo et lacrymis offerens,e,rauditus est pro suâ révère id là ; et guide II/, cùni esset FiJius Del, didicit ex lis quce passuH est, ohedientiam'^. Voilà un grand enseignement.il s'agit d'un Sacerdoce qui est exercé avec des supplications, et des larmes, et des cris, et des douleurs; et encore par obéissance. Qu'est-ce à dire? Sans la chute, il y aurait eu un Sacerdoce inhérent à la qualité de Fils de Dieu et par conséquent exercé, en quelque sorte, de plein droit, ou du moins en vertu d'une loi fondée sur la nature ellemême, la loi de la Religion de la créature envers le Créateur. Après la chute, c'est-à-dire après l'offense faite à Dieu par le premier' homme et, en sa personne, par toute sa race, la volonté de Dieu, la justice et la sagesse de Dieu interviennent. Il accorde le pardon, mais à de certaines conditions. Toute Religion lui est due, et le Verbe incarné sera toujours son Prêtre; mais le Sacrifice qu'il offrira, devra avoir les caractères exigés auparavant par le Père. Puisqu'il s'agit de satisfaire à sa Majesté, on conçoit qu'il soit absolument libre de déterminer comment se fera cette satisfaction. Son Prêtre, son Fils, son Verbe fait homme devra donc recevoir ses ordres, se soumettre à toutes ses volontés, accepter toutes les conditions qu'il daignera fixer, et, par conséquent, suivant la parole de saint Paul, « être fait obéissant » ; çt nous savons que cette obéissance devait le conduire « à la mort et à la mort de la croix 2 >^; et c'est ainsi « qu'étant le Fils de Dieu, il apprit (pour rappeler le langage extraordinaire du grand Apôtre), il apprit, par ce qu'il eut à souffrir, ce que c'est qu'être obéissant. JEt quidem cùm esset Filius Dei, didicit ex iis quœ passus est, ohedie?itiam^.»
1 Hebr. v, G-8.
2 Philipp. II, 8.
3 Hebr. v, 8.
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Si l'obéissance (et une obéissance essentiellement fondée sur les droits de Dieu, libre de déterminer les caractères de la satisfaction) était ainsi nécessaire, toute initiative était absolument impossible. De là, la nécessité d'un appel, d'une vocation spéciale. En tout cas indispensable, cette vocation devenait plus rigoureusement exigée, sous peine de ne pas offrir au Père ce que, dans sa justice, il réclamait pour la réconciliation et la réparation.
Donc, le Christ ne s'ingéra pas lui-même (non semetipsum clarlficavU, ut Pontifex fieref) ; mais il reçut son Sacerdoce de Celui qui lui dit : « Vous êtes Prêtre selon l'ordre de Melchisédech » pour offrir jusqu'à la fin des siècles votre chair et votre sang, sous la figure du pain et du vin, dans l'Eglise, après avoir immolé cette chair et versé ce sang, au Calvaire i.
Nous touchons à l'exposition du magnifique mystère d'amour qui nous concerne.
Jésus-Christ, prédestiné Prêtre en même temps que Fils de Dieu, prédestine tous les fidèles à son Sacerdoce; mais Jésus-Christ, prédestiné Prêtre d'une manière spéciale et dans des conditions qui sont absolument au pouvoir du Père offensé, n'aura pour ministres que ceux qui, comme lui, en dehors de la prédestination générale à la grâce du Sacerdoce, seront l'objet d'un appel j)articulier.
Il est vrai, sans doute, qu'à raison de l'unité du Chef et
1 Non (leest Pontifex summus à suorum congvegatione Pontificum, meritoque illi totiûs Ecclesiœ et omnium Scacerdotum ore cantatur: Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : Tu es Sauerdos in îeternum. Ipse enim verus et œternu.s est Autistes... Ipse est cujus formam Melchisédech l'ontifex prseferebat, non judaicas liostias offerens Deo, sed illius sacramenti immolans sacrificium, quod Redemptor noster in suc corpore et sanguine consecravit. — S. Léo Magnus. Sermo V (aliàs A) De NataU .1110, in annivers. assumptionis suœ ad Poiilificatmn. cap. iir. — Patr. lat., t. LIV, col. 1.54.
de tous les membres, chaque fidèle aura une participation véritable et très intime à l'esprit du Sacerdoce de Notre-Seigneur, s'offrant sur la croix et sur l'autel ; mais quelques membres privilégiés, destinés à rappeler l'ordre de Melchisédech, offriront seuls, dans l'Église, le pain et le vin qui sont le corps et le sang de Jésus-Christ, et seront à cette fin l'objet d'un serment particulier du Père, comme le Christ, c'est-à-dire, l'objet d'une prédestination spéciale, et en porteront, en vertu d'un Sacrement, le caractère distinctif.
Mais existe-t-il quelque raison fondamentale de la nécessité d'une élection éternelle et spéciale pour les Prêtres de la Loi nouvelle ? Pourquoi, de même que le Christ a été comme spécialement élu à offrir son Sacrifice, doivent-ils être sûrs du choix de Dieu, et ne peuvent-ils point s'ingérer d'eux-mêmes dans l'Oblation du Sacrifice, quelles que soient leur pureté d'intention ou leur sainteté personnelle '?
C'est parce que le Sacrifice qu'ils offrent est identiquement le même que celui de Jésus-Christ : le même en substance, et le même quant à ses fins. De sorte que, le Fils de Dieu n'ayant offert son Sacrifice que par obéissance, il est nécessaire que les membres de l'Eglise qui offriront son même Sacrifice, ne remplissent ce grand ministère que par obéissance, c'est-à-dire après avoir été appelés. L'œuvre de notre Rédemption s'opère toujours sur l'autel 1 ; il est toujours nécessaire que Dieu le Père soit satisfait ; il est donc toujours nécessaire que l'Oblation lui soit agréable.
A vrai dire, ce n'est pas le ministre qui donne à l'Obla-
1 Concède noLis, qusesumus, Domine, lirec digne freqnentare Mysteria : quia, quotiès hujus liostiœ commemoratio celeLratuv, opns nostrse Redemptionis exercetur. — Sécréta in Domin. IX post Pentecosten.
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tion sa dignité et sa valeur; et le Sacrifice offert par un intrus ne serait pas moins le Sacrifice de Jésus-Christ ; mais, tandis que la Victime offerte solliciterait la bénédiction, n'y aurait-il pas à craindre que le ministre ne provoquât la malédiction i ?
Il y a donc une raison capitale de l'élection divine, pour le Prêtre de l'Eglise catholique, et nous venons de voir qu'elle est fondée sur l'élection même de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; laquelle est fondée sur les droits de Dieu, droits inviolables par lesquels il détermine les conditions du Sacrifice qui doit le satisfaire.
Mais il nous faut exposer une autre raison qui se rapporte, si l'on peut ainsi dire, aux intérêts mêmes du Prêtre. Nous voulons parler de ia prodigieuse responsabilité qui pèse sur lui, par l'exercice du Sacerdoce -. Vraiment, l'appel divin est doublement nécessaire. Il l'est, à cause de la dignité et de la volonté de Dieu, qui seul doit prendre toute initiative ; mais il l'est encore, parce que, sans cette volonté, qui oserait monter les degrés de l'autel, qui oserait assumer sur soi ce poids dont parlent les Saints, et qu'ils disent être redoutable même aux épaules angéliques, ipsis angeUcls humeris formidandam 3 ?
' Usurpati aiisus SacerJotii, sacrificiiim iu sacrilegium et vitani convertit iu morteni. — Petr. Blesen.s. Epidol. CXXXIX. — Patr. lat., t. CCVII, col. 414.
- Quod pertnlerunt superbi illi Levitaî Core, Dathau et Abiron, qui, Domino nonjiibente, sibi sacerdotium vindicabant, hoc patieutur quicumque se in Episcopatûs, aiit Presbyratûs, aut Diaconatûs ofticium .. impudenter conaiatur ingerere: quoniodo combusti sunt illi in corpore, sic isti exurentnr in corde. — S. Augustin. Sermo XXX, in a2)pendice (allas df Tempore 98). - Patr. lat., t. XXXIX, col. 1804.
3 O perversitas ! o abusio filiorum Adam!... Leviter ascendant, et dltficiliùs descendant, parati ad honores et celsitudines graduum ecclesiasticorum, ipsis etiam angelicis humeris formidandos. — S. Bernard. Serin. Il de Ascension, n. G. — Patr. lat., t. CLXXXIII, col. 304. — Oinnes sanctos reperio divini ministerii ingentem velut molem forniidantes. — S. Cyrill. Alex. Hom. I in Pasch. — Patr. grœc, t. LXXVII, col. 406.
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Qui pourrait dire: « J'ai assez de pureté, ou de zèle, ou d'amour '? >^ Il est donc absolument indispensable que le Prêtre sache, de quelque manière assez lumineuse, qu'il a été désigné par le choix de Dieu même, et qu'il appartient (ô Mystère admirable! ) à la prédestination même de Jésus-Christ, Prêtre éternel, en sa vie, dans sa mort, et dans son Eglise; et qu'il a eu sa place, son rôle, son nom, désignés dans le décret par lequel cet adorable Fils du Père « a été appelé de Dieu, Pontife selon l'ordre de Melchisédech i ».
Elevons-nous avec admiration, avec humilité, reconnaissance et amour, vers ce Père infiniment miséricordieux « qui nous a appelés par sa vocation sainte, non à cause de nos œuvres, mais selon son bon plaisir et son décret, et selon la grâce qu'il nous a donnée en Jésus- Christ, avant les siècles temporels, grâce qu'il nous a maintenant révélée, quand s'est montré au monde Notre Sauveur Jésus-Christ -. » Nous ne sommes rien, absolument rien par nous-mêmes, et nous ne méritons rien. Mais, par un efïet de ce décret si bienveillant et de cette grâce si libérale, nous étions « avant tous les temps, avant la constitution même dumonde, en Jésus-Christ 3 » prédestiné Fils de Dieu, et prédestiné Prêtre et Pontife pour le Sacrifice de la Croix et de l'Autel; et étant compris, d'une manière admirable et sublime, dans sa propre prédestination, nous avons dès lors véritablement tout reçu en lui ^. En lui, notre Chef, en lui « notre Principe et
» Hebr. v, 10.
* Qui nos... vocuvit vot-'atioiic siiâ sanctA, non sernndiini opéra no.stra, .sed .sei-inulùni j)roi)o.situin .snuiii, et gratiani, qua? data e.st nobis in (Jiiristo .Jcsu ante tonipora sa^culaiia ; nianitcstata est auteni nune pcr illnniinationnni Salvatoris ncstri Je.su Chii.sti. — II Tiui. i, 0, 10.
^ Elegit no.s in ip.so ante nmndi coustitutionem. — Ephes. i, 4.
* Quomodo antè œterna tf inpora acciperenuis, nondum conditi, ni.si in
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notre Fin i », en lui qui, selon le bon plaisir du Père, résume et contient tout -, nous avons été faits Prêtres selon l'ordre de Melchisédech, pour offrir le pain et le vin, son Corps et son Sang; et, avec cette émineute dignité du Sacerdoce, nous avons pareillement reçu, en notre Souverain Prêtre, toutes les grâces qui conviennent à cette dignité, tout ce qui y prépare, tout ce qui l'accompagne, c'est-à-dire, toute lumière, toute purification, toute élévation d'esprit et de cœur, toute sainte énergie de la volonté que cette dignité exige, et pareillement ce qui en est la consommation au Ciel, c'est à savoir le rangtout à fait à part réservé aux Prêtres dans l'éternité. Tout cela était contenu dans notre décret ; et la cause première, unique, c'est la prédestination de notre Chef. C'est donc en lui que tout cela nous a été assuré d'avance. Il n'y a plus rien de fortuit, quand Dieu a décrété et que son décret est fondé sur Jésus-Chkist. C'est pourquoi, si nous entrons dans le détail, il faut reconnaître que nous avons reçu très sûrement dès lors, « avant les siècles temporels, et en Jésus-Christ », tout ce qui convient â notre éducation première, à notre formation intellectuelle, morale, surnaturelle, dans les saintes maisons ecclésiastiques, à notre première admission dans la cléricature, aux premiers Ordres, aux Ordres majeurs, à la Prêtrise; et le Prêtre qui devient Evêque, a déjà reçu, en Jésus- Christ Souverain Pontife, la plénitude du Sacerdoce. Encore une fois, rien n'est en défaut dans le décret divin ; et voilà que « Dieu, voulant faire voir avec plus de cer-
Christo Jesu doua g-ratiieque roposita fuissent, qua^ a«l nos ijervenireiit? — S. Athanas. Oratlo II (aliùs 3) coiifra Arianog, n. 70. — Patr. grajc, t. XXVI, col. 307.
1 Principiuin et tiui.s. — Apoc. i, 8. — xxii, 13. — Coloss. i, 18.
2 Omuia in ipso constant... In ipso coniplacuit oinnem plenitudineni inhabitare. — Coloss. i. 17, 10.
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titude l'immobilité de son conseil, a ajouté le serment à sa parole i. » C'est David, c'est saint Paul qui nous l'apprennent 2. Or, ce serment nous regarde ; il a pour objet notre Sacerdoce, comme il s'adresse au Sacerdoce de Jésus-Christ, à cause de l'unité de ministère.
Vraiment, nous ne devrions jamais cesser de dire, nous, mille fois heureux Prêtres, ces paroles d'amour, ce beau cantique de louange que saint Paul a placé au commencement de son Épître aux Ephésiens :
Bened ictus Deus et Pater Dominl N^ostri Jesu Cliristi, qui benedixit nos in omni henedictione spirifuali, in cœlestihus in Christo,
Sicut elegit nos in ipso ante mundi constitutionem, ut essemus sancti et immaculati in conspectu ejus in charitate.
Qui prœdestinavit nos... secundùm propositum voluntatis suce,
In laudem glot'iœ gratiœ sttœ, in quâ gratificavit nos in dilecto Filio suo 3.
1 In quo abuudautiiis volens Deus ostendere... inimobilitatem consilii sui, interposuit jusjurandum. — Hebr. vi, 17.
2 Et quantum est non sine jurejurando. Alii quidem sine jurejurando sacerdotes fai-.ti sunt; hic autem cum jurejtirando, per eum qui dixit ad illum : Juravit Dominus, et non pœnitebit eum ; tu es saceidos in «sternum. (Psalni. ciXf 4). — Hebr. vu, 20, 2L
3 Eph. I, 3-C.