CHAPITRE II
LES SIGNES DE L'ÉLECTION ÉTERNELLE — l'eNFANT SACERDOTAL
S'il y a une élection éternelle, il est nécessaire de conclure que cette élection se révèle par des signes certains. Ces signes àont les suivants, qui doivent se trouver réunis dans le même sujet : Premièrement, l'innocence de vie, ou conservée depuis le Baptême, ou recouvrée depuis un temps notable par une vraie pénitence ; — Deuxièmement, une inclination qui vient de Dieu, pour le saint état ecclésiastique, pour les fonctions qui lui sont propres, et les saintes règles qui répondent à la dignité et à l'excellence de la vie des Clercs; — Troisièmement, l'intention sincère et pure de ne chercher, dans l'état ecclésiastique, que la gloire de Dieu et le bien spirituel de la sainte Eglise ; — Quatrièmement, une capacité suffisante qui permette de s'acquitter dignement, et avec profit pour l'Église, des emplois ou ministères de cette sainte vocation. — On peut indiquer un cinquième signe qui est, en un sens, la confirmation des quatre précédents, c'est l'appel de l'Evêque.
Mais il est évident que ces signes nécessaires, pris ensemble, ne peuvent être rigoureusement exigés que de l'adolescent, qui se prépare à entrer dans les Saints Or-
cires. On ne peut pas s'attendre à ce que le jeune enfant, que la Bonté divine a pourtant déjà marqué de son sceau, présente ces caractères de vocation. C'est surtout le séminariste qu'ils concernent.
Mais, puisque l'élection est éternelle, et que l'enfant est, suivant la belle expression de saint Paul, « séparé dès le sein de sa mère, pour révéler en lui Jésus-Chrlst i », n'at-il aucun signe de vocation à offrir à notre examen?
Que les voies de Dieu sont mystérieuses ! Il n'est pas impossible qu'un enfant vicieux soit, un jour, un saint Prêtre. Il peut se faire qu'une vocation ecclésiastique ne se révèle qu'à dix-huit ans, vingt ans, ou même à quarante ou à cinquante. Qui aurait pu pressentir, dans Augustin le manichéen, le Prêtre que Valère ordonnait à trente-six ans ? D'autre part, un enfant pieux, d'un naturel bon, de mœurs innocentes, peut traverser les années de l'enfance et de l'adolescence dans un Séminaire, annonçant peutêtre d'abord une certaine inclination pour le Sacerdoce, et puis, sans cesser d'être bon, honnête, religieux, passer au siècle et s'y fixer. Que d'espérances trompées! Que de sollicitudes dont le but n'a pas été atteint! Et quelquefois quelle magnifique et ravissante floraison de grâces et de dons surnaturels, dans une âme qui semblait d'abord ne rien promettre pour l'honneur de Dieu et de l'Eglise"-!
La Providence permet sans doute tant d'obscurité, sur un sujet d'une importance aussi grave, afin que nous comprenions mieux l'exemple que Notre-Seigneur lui-
1 Cuin auteiii placiiit ei, qui me segregavit ex utero matris mea;..., ut revelaret Filium suum in me. — Galat. i, 15, IC.
2 Nous pensons, en (écrivant ces lignes, à ce jeune homme dont l'enfance ne présenta, sous le rapport religieux, rien que de très ordinaire ; qui, à dix-huit ans passés, n'avait que de l'indift'érencepour les clioses saintes; et qui est devenu l'admirable Mgr de Ségur. — Cfr. Mgr de Ségur, Récits et souvenirs d'un frère, t. I, chap. i.
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même nous a donné, dans la circonstance de sa vie où il se détermina à faire le choix de ses premiers Prêtres. Voici le récit de saint Luc : « Et il advint, ces jours- là, que JÉSUS se retira sur une montag-ne pour prier ; et il y passa la nuit dans la prière de Dieu ; et quand le jour fut venu, il appela ses disciples, et parmi eux il en choisit douze, qu'il nomma aussi Apôtres, à savoir Simon qu'il surnomma Pierre, et André son frère, etc. i »
JÉSUS n'avait pas besoin de prier. Pouvait-il se tromper? ^< Il sait toute chose 2. » Mais il voulait être notre modèle. Species fibi datur, dit saint Ambroise, commentant ce texte de saint hue, forma prœscrihitur, quam deheas œnmîari. Le saint Docteur ajoute : Qnid te facere convenit, ciimvis aliquod piefafis offîcium adoriri : quando Christus missurus Apostolos, oravit prius ^ ?
Saint Pierre se souviendra plus tard de T exemple de son Maître, lorsque, ayant à donner un successeur au malheureux Judas, il adressera à Dieu, avec toute l'assemblée des fidèles cette humble prière : Tu, Domine, qui corda nosti omnium, osfende quem eleget'is- ex his duohus unum^. L'Église se nippelle aussi la leçon que son Époux lui a laissée. Nous n'ignorons pas quelle est la fin principale des prières et des pénitences des Quatre-Temps ; elles ont pour but de lui obtenir la grâce de ne choisir jamais que des Ministres « qui soient dignes â ».
1 Factnm est autem in illLs diebiis, exiit in montem orare, et erat pernoctans in oratione Dei. Et cùm ilies factus esset, vocavit discipulos suos ; et elegit duodecim ex ipsis (quos et Apostolos nominavit), Simonem, qiieni cognoniinavit Petrum, etc. — Lnc. vi, 12-14.
2 Domine, tu omnia nôsti. — Joaiin. xxi, 17.
* In Evanrjel. Luc. cap. vi. Lib. V, n. 43. — Patr. lat., t. XV, col. 1648. — Bi-ev. Rom. in oft'. S. Bartholomsei, xxiv aug., lect. viii.
* Et orantes dixerunt : Tu, Domine, etc. — Act. Apost. i, 24.
^ Pontif. Hom. — Quociicà Ecclesia, Christi exemple, in quatuor temporibus dùm ordinat Sacerdotes, Diaconos, etc., orationem et jejunium tide-
Voilà notre règle de conduite clairement indiquée. Nous sommes en présence d'un grand nombre d'enfants, dans notre paroisse, au catéchisme, toutes les fois que nous les appelons au saint Tribunal, surtout les plus jeunes, précisément peut-être, aux Quatre-Temps de l'année. Nous devons beaucoup prier, pour qu'il plaise à Celui « qui connaît les cœurs de tous » et qui depuis l'éternité <- a fait son choix » , de nous faire discerner quel est, sur vingt, sur dix, « sur deux » peut-être, l'enfant qui est l'objet de ce choix touchant et admirable. Nous disons « sur deux peutêtre », non pas seulement pour faire allusion au texte des Actes des Apôtres : ex lus diiohus tinum, mais parce que nous croyons intimement que le nombre des vocations sacerdotales est de beaucoup plus considérable que celui des Prêtres. Une multitude de faits de l'Histoire ecclésiastique en sont la preuve. Dans la seule ville de Vienne, trois cents Prêtres ou Clercs étaient, au vie siècle, au service de la cathédrale. Pourquoi cette merveilleuse abondance alors^ et aujourd'hui la pénurie dont nous gémissons? Est-ce que la gloire de Dieu et de Jésus-Christ n'est pas toujours dans le grand nombre des œuvres saintes particulières aux Prêtres, la sainte Messe, l'Office, la prédication, l'administration des Sacrements, tous les actes de charité et de dévouement envers les âmes ? Et, maintenant que toutes les voies de la terre sont ouvertes et si faciles à parcourir, est-ce que la grande œuvre de l'Apostolat dans toutes les parties du globe, ne réclame pas des centaines et des milliers de Prêtres y La plus désolante preuve du mal qui dévore notre société contemporaine, c'est peut-être cette sorte de stérilité d'un grand nombre de familles chrétiennes, qui comptent plusieurs générations sans donner
libus iiKlicit, ut digni eligantur... A Clero enini totus pendet populus. — Corn, à Lap. in Luc. vi.
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,iin seul ministre de Dieu à l'Église i. Les vocations existentjle choix de Dieu est fait; des centaines d'enfants, dans tous les rangs de la société, parmi les plus opulents, comme les plus pauvres, sont l'objet de cette élection éternelle; mais le peu d'estime des familles pour notre sublime état, le milieu dans lequel le plus grand nombre des enfants grandissent, et peut-être notre peu de zèle et de sollicitude, et notre misérable tiédeur dans la prière, sont la cause de la perte du don divin "-. Il a plu à Dieu, dans les secrets de son insondable Sagesse, de soumettre le résultat de ses volontés aux circonstances que créent ou la malice ou l'indifférence des hommes. C'est ainsi que tel enfant ne reçoit pas la grâce du Baptême, ou la perd de bonne heure ■après l'avoir reçue, et tel autre, j^rédestiné à la plus éminente des vocations, demeure misérablement dans les voies communes et pleines de périls de la vie du siècle ^^, Or, ce fait est infiniment regrettable; et comment ne ferions-nous pas l'impossible pour éviter qu'il se produise? Dieu sera privé d'une grande gloire, l'Eglise d'un soutien, les âmes d'un père; et l'enfant sacerdotal, inconnu en ce moment,
' Lire la belle lettre pastorale de Mgr Pie. Evêque de Poitiers, 2 avril 1852. - Œuvres 1. 1, pag. 501.
* Quando enim nati sunius, parvulos nos invenit ista confusio sœculi hujus; et ofiFocavit nos erroruni diversorum vanis opinionibus adluic infantes. Natus infans, futurns eivis .Jérusalem, et in praedestinatione Dei jani civis, sed intérim captivatus ad tempus, quandô discit amare, nisi quod insusurraverint parentes?... Instrunnt et docent illum avaritiam... Qiiid facturas est adhuc infans, anima tenera?... — S. Aug. Enorrat. in Psalm. — Ps. cxxxvi, n. 21. — Patr. lat., t. XXXVII, col. 1773.
3 Le Jésuite Godinez, qui est une trè.s grave autorité en théologie mystique, a dit : « Sur un millier d'âmes, que Dieu appelle à la perfection, dix à peine répondent à sa voix ; et sur cent, qu'il appelle à la contemplation, quatre-vingt dix-neuf ne comprennent pas leur vocation. » — Praxis Theolog. Mystic. — Et il attribue ce malheur à la rareté des vrais directeurs. S'il y a tant d'appelés à la vie parfaite, il y en a indubitablement un grand nombre parmi eux appelés au Sacerdoce ; mais il est à craindre que s'il y a peu d'élus sur tant d'appelés, c'est pareillement à quelque défaut, dans, le zèle de plusieurs Prêtres, qu'il faut imputer ce malheureux résultat.
mais réellement présent, dans cette multitude qui se meut sous nos yeux, sera à jamais hors du plan primitif de Dieu, de son amour de prédilection, et de tout ce que cet amour extraordinaire lui préparait de bénédictions. .
Car, il est certain que ce petit être, que nous ne savons encore comment discerner parmi les enfants de son âge, est déjà, à cause de ce plan, de cet amour, de cette prédilection, véritablement couronné de gloire, devant le ciel et les anges. Il est préféré, — il est séparé, — il est consacré.
Il est préféré. — Dieu est libre. Qui pourrait lui demander compte de sa conduite et de ses desseins i ? Jacob dilexi, JSsau autem odio ^rt6^</ 2. Dieu veut le salut de tous les hommes 3; mais c'est le petit nombre, un nombre spécialement désigné par lui, qui portera le sceau, le caractère ineffaçable du Sacerdoce « du Fils de sa dilection*. » Tous seront élus en Jésus-Cheist Rédempteur ; quelques-uns seulement, relativement à l'universalité des fidèles, seront élus en Jésus-Christ Prêtre, pour offrir avec lui son Corps et son Sang. Plusieurs sont destinés à exercer un pouvoir sur leurs semblables, et c'est en Jésus-Christ qu'ils sont désignés de Dieu à cette fin; car « c'est par Jésus-Christ que les rois régnent ^, et, tout pouvoir lui ayant été donné au ciel et sur la terre 6, tout pouvoir vient de lui 7 » ; mais il en est, parmi ses créatures, qui auront un pouvoir véritable sur Jésus-Christ lui-même, sur son Corps, sur son Sang, et qui lieront ou délieront.au ciel ce
' Malach. i, 2. — Rom. ix, \'à.
- Item. — Rom. ix, 13.
3 I Tim. II, 4.
* Coloss. I, 13.
* Proverb. viii, 15.
« Matth. XXVIII, 18.
' Rom. xiii, 1.
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qu'il leur plaira de lier ou de délier sur la terre. Evidemment, ceux-là sont les préférés. Les Anges gardiens qui les protègent, « sont tous des esprits envoyés de Dieu pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut i. » Chaque enfant choisi pour le sacerdoce et confié à leur garde a une mission bien plus haute, puisqu'il est destiné à être « le coopérateur de Dieu 2 » et à porter, même dans l'Eglise, le nom de Christ, à cause de l'onction de son sacerdoce qui sera, comme pour le Fils de Dieu, le Saint-Esprit lui-même •^.
C'est ainsi que l'enfant sacerdotal est préféré. — Il est par là même séparé : séparé, c'est-à-dire spécialement réservé à Dieu, comme s'il était, dit saint Jérôme, la part même de Dieu^. Nous voyons, en effet, dans l'Écriture que le Seigneur sépare ceux qu'il se réserve. « Je vous ai séparés de tous les peuples. Séparez-moi tel objet, tel autre 5... Séparez-moi Paul et Barnabe 6, » L'enfant est donc séparé déjà, dans la pensée et le dessein de Dieu ; il est séparé pour être à Dieu « qui est tout bien 7 », et séparé pour n'être pas au monde « qui est tout entier fondé dans le mal 8 » ; séparé des illusions du monde, des vanités du monde, des scandales du monde ; séparé de ses fausses maximes ; séparé de ses folles espérances; séparé de ses voies perverses. C'est ce que saint Paul dit de Notre-Sei-
1 Hebr. i, 14.
2 Dei adjutores. — I Cor. ut, 9.
s Cfv. Liv. I, chap. m.
* Clericns interprelatur primo vocabulum siium. K/vîoôj grascè, sors latine... Vel ipse pars Domiiii est, vel Domiiium partem habet. - S. Hieronym. Epistol. LU (alias 2) ad Nepotianum, De vifâ clericorum. — Pair, lat., t. XXII, col. 531.
s Levit. XX, 24-26.
^ Act. Apost. XIII, 2.
' E.xod. XXXIII, 19.
* I Joann. v, 19.
giieur en ces termes : « Il est séparé des pécheurs i. » Mais cet heureux enfant n'est pas seulement séparé du monde qui est tout mal; il l'est aussi de la voie commune des chrétiens ; cette voie est trop inférieure pour lui. Il l'est même de la voie parfaite des plus généreux d'entre les fidèles, non que sa voie doive se distinguer par des œuvres extérieures singulières de perfection ; mais il est séparé même de la voie des parfaits, en ce sens que sa grâce intérieure est plus éminente que celle des plus fervents serviteurs de Dieu, dans l'Eglise. Il est séparé du monde, pour en être préservé et le condamner; il est séparé de la voie commune, pour être posé comme exemple et modèle à ceux qui s'avancent par cette voie ; et il est séparé des plus parfaits, comme un chef est séparé de ceux qu'il conduit. Les Anges gardiens voient cette merveille de la vocation et de l'avenir de cet enfant prédestiné, que nous ne savons pas encore discerner d'entre ses frères ou ses amis, et ils sont dans l'admiration.
Préféré, ■ — séparé, — il est par là même consacré.
Mais tout enfant chrétien a reçu cet honneur ! Quelle consécration que le Baptême, avec sa grâce sacramentelle qui nous fait fils de Dieu, et avec son caractère qui nous donne une véritable participation au Sacerdoce de Jésus-Christ "- ! Tout enfant baptisé est donc à Dieu, voué à Dieu, dédié à Dieu, pour être, en Jésus-Christ et
» Hebr. vu, 26,
2 Belles paroles de S. Thomas : Totus ritus christiaiiîe religionis denvatur à Saceidotio Christi. Et idée manifestum est quod character sacramentalis specialiter est character Christi, cujiis Sacerdotio configui-antur fidèles secundùm sacramentales c-haracteres, qui nihid aliud sr.nt quàm quaîdam participationes Sacerdotii Christi ab ipso Christo derivata\ — m, q. LXiii art. 8. c. — Character indelebiliter niest aniina3, non propter suî perfectionem, sed propter perfectionem Sacerdotii Christi, à qno dcrivatur character, sicut qusedam instrumentalis virtus. — Ibid. art. 5, ad L
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avec Jésus-Christ, Prêtre spirituel de Dieu. Et il faut dire que cette grâce et ce caractère sont absolument les mêmes dans tout enfant qui reçoit le Baptême. Mais, si la vocation n'ajoute rien à cette grâce et à ce caractère sacramentels, qu'il est naturel de penser que cette grâce est donnée avec plus d'amour et que ce caractère a, dans l'enfant sacerdotal, une signification spéciale ! Comme tous les autres, il participe au Sacerdoce de Jésus-Christ; mais les autres arriveront à avoir tout au plus cette autre communication de ce divin Sacerdoce qui se fait par la Confirmation, puisque ce sacrement imprime aussi un caractère. Lui, parviendra, si le dessein de la Providence se réalise, jusqu'à la consommation de l'union au Sacerdoce du Fils de Dieu. Le caractère qu'il reçoit au Baptême, aura donc son achèvement ; la consécration dont il est l'objet, est destinée à avoir sa suprême perfection ; le lien d'appartenance et d'union qui le lie à la Très- Sainte Trinité, finira par être une sorte d'identification avec cette Trinité adorable, quand il opérera, à l'autel, le miracle qu'Elle seule peut faire, le changement du pain et du vin au Corps et au Sang de Jésus-Christ.
Un ancien auteur de l'Église grecque a dit du Prêtre, qu'il est un holocauste devant Dieu « dès le matin de son jeune âgei ». L'enfant sacerdotal déjà Prêtre par son Baptême, destiné à recevoir plus tard la perfection de son Sacerdoce, est donc Victime et Hostie devant la Majesté de Dieu. Il ne s'en doute pas, et nous-mêmes nous ne le savons peut-être pas encore ; mais en réalité il est déjà voué à Dieu, en cette qualité si sainte, dont les disposi-
' Sacerdos, et qui perfectè sapere vult, juge et continuuni débet esse perfectionis holocaiistuni, ut à perfe;tâ sapientiâ incipiens in 7nane œtatis et juventutis, in eâdem vesperam seuectutis et vitae suœ finiat. — Hesychius, presbyt. Hierosolymit. (ssecul. iv). — Ap. Corn, à I>ap. in Levilir. VI, 9.
tions sont la perfection nécessaire de l'ordre ecclésiastique. Quel spectacle touchant ! Le voilà donc véritablement consacré en toute sa personne, en son âme et en son corps, en son cœur et en ses sens, en toute sa vie, en tout son être ! S'il est innocent, s'il est pur, s'il demeure ce que le Baptême l'a fait, c'est Jésus vivant en lui, Jésus Enfant, déjà Prêtre et déjà Hostie, disant : « Voilà que je viens, mon Dieu ! pour faire votre volonté i. »
Qui nous fera la grâce d'avoir la certitude que tel enfant, que nous avons sous nos yeux, que nous couvrons de nos soins et de notre sollicitude, est véritablement appelé de Dieu, et sera un jour son Prêtre? ODieu! quelle magnifique vision ! Mais, sans quelque signe tout à fait extraordinaire, nous n'aurons point cette certitude. Et, toutefois, nous ne devons pas nous arrêter dans notre dévouement, ayant soin de nous rappeler que nous avons été nous-mêmes, autrefois, l'objet de beaucoup de charité, de zèle et de sacrifices, bien que nous fussions loin, peutêtre, de donner aux Prêtres qui nous ont tiré de notre obscurité, de bien rassurantes garanties.
Nous avons dit qu'avant de faire un choix parmi les enfants qui l'entourent, un Prêtre doit beaucoup prier. Ostende quem elegerls. Mais il doit unir à la prière une assidue et sérieuse observation. Cette observation doit porter sur les mœurs , les inclinations , les aptitudes de l'enfant; et il faut constater que tout cela, mceurs, inclinations, aptitudes, est vraiment bon. Saint Thomas a dit de l'âme de l'enfant, « qu'elle est un vase très pur dans lequel Dieu se plaît à verser le baume de sa grâce, et qu'elle est, en vertu de son Baptême, douée naturellement de virginité, d'innocence et d'humilité 2. » Ces belles pa-
' Ilohr. X, 7.
■•' Deus 1);ilsanmni giati»^ .sna; lilieutor poiiorc vult in vase, in quo innmin-
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rôles doivent être vraies surtout de l'enfant sacerdotal. Nous n'oublions pas, toutefois, ce que nous avons remarqué au commencement de ce chapitre, à savoir, qu'un enfant plein de défauts, vicieux même, pourra être un jour un saint Prêtre. Nous voudrions discerner ce précieux trésor, au milieu de tant de poussière ou d'impureté ; et nous prions, afin qu'il plaise à Diett de nous donner quelque attrait particulier pour cette âme si privilégiée et si malheureuse. Mais, parce que nous devons toujours agir selon les lois ordinaires de la prudence, ce n'est pas l'enfant porté au mal que nous choisirons pour l'introduire au presbytère, ou dans l'école cléricale, c'est celui qui, suivant la touchante expression de saint Jean Chrysostôme, semble « ne se détourner de la mamelle de sa mère, que pour se tourner vers la mamelle spirituelle de la divine grâce 1. »
Les signes que doit donner un enfant, pour que nous puissions présumer qu'il est l'objet de l'élection de Dieu, sont les suivants : 1» Une inclination vraie, sincère, persévérante pour la piété et ce qui est du culte de Dieu; — 2o un bon naturel, un caractère qui révèle de la droiture, delà reconnaissance, de la bonté; — oo une certaine intelligence, qui permette d'espérer l'application à l'étude et quelques succès dans cette application.
On se rend compte de la nécessité de ces trois conditions. Une inclination vraie, sincère à la piété est naturellement exigée ; il faut aussi un certain degré d'intelligence. Mais nous voudrions insister sur l'importance d'un bon naturel. Si nous le discernons dans l'enfant, nous avons beaucoup à espérer. La grâce divine, les vertus
(litia nunquani fuit. Habcnt piiori virtutes uaturales, scilicet virginitaleni, innocentiam, humilitatem, etc. — De erudit. Princip. lib. V, cap. vi.
' Prima pueritiâ, à inanimâ matris veiiit (-Samuel) ad mammam spiiitualem. — De Anna, Honni. III n. 3. — Patr. g-ijec, t. LIV, col. (î5(J.
surnaturelles trouvent, dans une nature bien faite, un terrain tout préparé i. Ce n'est pas sans doute que nous recherchions un enfant sans défaut. Où le trouverionsnous? Mais il est des enfants, qui, avec quantité de manquements à l'obéissance, à la vérité même, et à l'affection envers leurs maîtres ou leurs amis, ne sont pas pour cela vicieux, et sont au contraire, en réalité, vraiment bons. C'est le fond qu'il faut pénétrer, c'est ce secret, qui est tout l'homme, qu'il faut saisir. Un enfant peut mentir et n'être pas menteur, ni dissimulé ; un autre peut manquer d'égard envers son maître ou ses parents et n'être pas impertinent ou ingrat ; un troisième peut avoir failli plusieurs fois, en des circonstances malheureuses, contre la plus délicate des vertus et ne pas mériter pour cela d'être impitoyablement rejeté.
C'est une grande et très rare science que celle du discernement des âmes, de leur fond réel, de leur valeur intime.
C'est pourquoi, observons, examinons, étudions; mais continuons de prier. Oh ! qu'il mérite d'égard, de patience, d'impartialité, d'indulgence aussi, l'enfant qui donne quelques signes sérieux d'une vocation céleste! Si, au bout de quelques années, nous reconnaissons que nous nous sommes trompés dans notre choix, nous regretterons sans doute cette erreur, qui sera facilement réparée; mais si nous avions, au contraire, à nous reprocher d'avoir négligé, dans une âme d'enfant, des indices suffisants de l'appel de Dieu, quel sujet de regret, pour toute notre vie ! Une des plus belles œuvres, la plus belle peut-être,
1 s. Bernard a dit une parole bien remarqnable : « Il est certain que la grâce ne règle pas antre chose, que ce que la création nous a donné. '> Nec aliud profecto est, nisi quod g-ratia ordinat, quas (affectiones) donavit ■creatio. — De gratiâ et liber o arbitrio, cap. vi, n. 17. — Patr. lat., t. CLXXXIII, col. 1010.
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qu'un saint Prêtre puisse faire, c'est, pour nous servir d'une expression qui revient de temps en temps dans la récitation de notre Bréviaire, «délaisser après lui un bon nombre de disciples, qui soient les successeurs et les héritiers de son Sacerdoce i. »
ï Quia pontificis administratione fulgebat, plures è discipulis reliquit sui Sacerdotii successores. — Serm. XX S. Mnximi, De S. Eusehio VerceUensi. — Comm. Confesser. Pontif., II noct. lect. v. — Patr. lat., t. LVII, col. 887.