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MARIE ET LE PRETRE — MARIE, NOTRE REINE

Il est évident, par tout ce qui précède, que Marie est de toute manière bien au-dessus de nous, quels que soient la gloire et les merveilleux pouvoirs de notre Sacerdoce. Et cependant il s'est rencontré de ferventes âmes sacerdotales, qui, dans l'admiration de tant de gloire et de si magnifiques pouvoirs, ont dit : « Sous quelque rapport, nous sommes plus favorisés, plus honorés que Marie, plus puissants que la divine Vierge. Nous avons des droits qu'elle n'a pas eus; et, par conséquent, notre sainteté devrait au moins égaler la sienne i. » Nous ne devons pas être surpris de ces exagérations, qui montrent ce que peut produire, dans une âme qu'anime une grande foi, la vue d'un objet sublime. Elle est captivée, elle est ravie ; mais, si elle compare cet objet avec un autre, l'impression sensible du moment la fait se tromper sur le mérite réel

des Docteurs, pour mettre dans tout son jour cette vérité: Que Marie est Prêtre et Victime de Dieu avec Jésus. Mais, on pourra les lire dans un travail excellent, que nous sommes heureux de recommander ici ; c'est l'ouvrage intitulé : Marie et le Sacerdoce, par Mg-r Van den Berghe, Protonotaire apostolique, Docteur en Théologie, etc., ouvrage honoré d'un bref de Sa Sainteté Pie IX et de plusieurs approbations épiscopales. — Paris, Vives. — Le sujet, que nous traitons si sommairement, y est développé avec une vraie science tliéologique, beaucoup d'onction et un grand esprit sacerdotal.

1 Nous faisons allusion à ce que nous avons dit, au chapitre ii du Livre II™''. — Ce langage se trouve aussi dans quelques livres et quelques discours pour les Prêtres. Le modus oratorius ■peut l'expliquer; mais nous pensons qu'il ne faut plus se le permettre.

de ce qui l'occupe et la frappe moins. Quand il s'agit des œuvres humaines, l'inconvénient de cette erreur peut n'être pas considérable. C'est tout autre chose, quand nous sommes en présence des opérations de la Droite et du Cœur de Dieu.

Essayons un parallèle; examinons nos pouvoirs, et constatons que Marie est vraiment notre bien-aimée Souveraine : Regina CJeri.

I. En vertu de notre Ordination, nous avons l'ineffable droit et la grâce sans prix de consacrer le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Rien de plus sublime, parmi les hommes et parmi les Anges. Aucune langue humaine ni angélique ne pourra jamais dire le mystère de notre exaltation et de notre gloire.

Or, dans l'exercice de ce pouvoir, Marie est notre Reine. Son pouvoir de Mère de Dieu est plus élevé, plus étendu, plus complet, que notre pouvoir de Prêtre. Et voici comment :

lo Marie, dans sa divine Conception, donne l'être, la vie à JÉSUS, en lui donnant son sang et sa propre substance; de sorte qu'elle est véritablement sa Mère, et Jésus lui est consubstantiel.il n'en est pas ainsi de nous. Nous ne donnons rien de nous-mêmes, et nous ne sommes point Mères ni Pères du Fils de Dieu, mais seulement ministres de son Sacerdoce.

2o Marie donne à Jésus l'être de nature qui est, pour Notre-Seigneur, inamissible. Cet être que Marie lui a communiqué, JÉSUS le garde éternellement. Nous lui donnons, nous, seulement un être sacramentel qui, de sa nature, n'est que pour un temps ; qui, de fait, cesse d'exister, quand il y a altération dans les apparences du pain et du vin. Le Fiat de Marie, qui opère le Mystère de l'In-

carnation (puisque ce Fiat était nécessaire, par la volonté de Dieu), est donc, évidemment, d'un ordre bien plus élevé que l'acte de la Consécration i.

3° Ce Fiat était, disons-nous, un acte nécessaire, et Marie seule pouvait le prononcer. Seule, Elle était destinée à dire cette parole, à donner ce consentement, duquel dépendait l'accomplissement du Mystère. Nous aussi, nous avons à dire une parole que Notre-Seigneur a voulu être nécessaire pour sa présence au Très Saint Sacrement; mais considérée isolément, en chacun de nous, elle n'est pas nécessaire, en ce sens qu'aucun de nous ne peut se dire indispensable, pour que Jésus soit présent dans l'Egiise ; tandis que Marie était, selon la volonté de Dieu, seule réellement nécessaire, pour que Jésus fût présent dans le monde.

4o Nous rendons Notre-Seigneur présent sur l'autel, et son état est l'état de gloire qui lui est propre, maintenant dans le Ciel. Marie, au contraire, l'engendra dans des conditions d'humiliation, de douleur. N'y a-t-il pas lieu de se prévaloir, au moins de cette différence, et de croire que, sur ce point, notre ministère a quelque supériorité sur la Maternité divine?

Nous ne le pensons pas. Notre-Seigneur, au sein de sa divine Mère, au premier moment de son Incarnation, était déjà tout ce qu'il est au Ciel et sur nos autels, non sans doute quant à l'état extérieur qui, par lui-même, n'ajoute rien à ses mérites et à l'efficacité de sa Médiation et de son Sacrifice, mais quant à l'état intérieur qui consiste dans

1 Le théologien SeldmajT dit expressément: Habuit B. V. M. potestatem eminentiorem quàm sacerdotes, quia dédit et verbo : Fiat, etc., et ministratione sanguinis sui, Filio suo esse naturae, cùm Sacerdotes solum ei tribuant esse et prsesentiam sacramentalem. — Theolog. Mariana, part, m, quîBst. m, art. 6. — Summa aurea, éd. Migne, t. VIII, coi. 82.

ses dispositions, et qui seul est essentiel. Il a plu au Père que la gloire de la Résurrection fût une suite des divines souffrances de Jésus i ; mais intrinsèquement Jésus y avait droit, en sa qualité de Fils de Dieu. Ne dit-on pas communément que l'état glorieux de la Transfiguration ne fut pas un miracle, mais la cessation d'un miracle ''^? JÉSUS est donc aussi parfait dès le commencement, que dans le Ciel.

5o Mais Marie n'a engendré Jésus qu'une fois, et nous avons le bonheur de le produire sur l'autel chaque jour ?

L'acte que nous faisons chaque jour est d'une exprimable beauté et excellence ; mais cet acte, étant de sa nature inférieur à la divine Conception de la Mère de Dieu, fût-il multiplié pendant des siècles, n'atteindrait jamais la sublimité sans pareille de l'acte unique de Marie. Du reste, la volonté persévérante et incessante, par laquelle cette digne et vraie Mère de l'adorable Victime l'offrait, le donnait, l'immolait, et, maintenant encore au Ciel, le donne, l'offre et l'immole au Père, n'est-elle pas une Consécration perpétuelle ?

60 Enfin, le Sacrement de l'Ordre, que nous avons reçu et qui n'a pas été donné à Marie, ne confère-t-il pas au Prêtre une sorte de supériorité sur la divine Vierge?

Il faut répondre qu'il y a, dans le Sacrement de l'Ordre, plusieurs choses à considérer: 1. L'éminente dignité à laquelle il élève l'ordinand; — 2. Le pouvoir de consacrer qu'il confère ; — 3. Le caractère qu'il imprime ; — 4. La grâce qu'il communique.

' Nonne hgec oportuit pati Christum, et ità intrare in gloriam snam? — Luc. XXIV, "26 .

'^ Quod enim, à principio conceptionis Christi, gloria anima3 non redundaret ad corpus, ex qnâdam dispensatione divinâ factum est, ut in corporo passibili nostrœ Redemptionis expleret mysteria. — S. Tliom. III, q. xlv, a. 2, c.

Or, en réalité, il y a, en Marie, bien plus que tant de privilèges. Voici la réi3onse de saint Antonin, archevêque de Florence : Sacra ment um Ordinis non hàbuit Virgo Maria... Licef auteni Sacramentum Ordinis non acceperit, qnidquid tamen DIGXITATIS et GRATINE in ipso confertur, de hoc plena fuit. Confertur in eo septiformis gratia Spiritûs Sanctij quâ omnifariàm plena fuit '^. La dignité de Mère de Dieu est plus grande que la nôtre; son pouvoir de produire le Verbe incarné a été plus élevé et plus parfait (nous venons de le voir) ; sa grâce est incomparablement plus éminente, puisque nous avons une grâce de ministre de Dieu, et que sa grâce est celle d'une Mère de Dieu, et que, par conséquent, toute la distance qui sépare, dans une maison, le ministre de la mère, est la distance (et bien plus grande encore) qui sépare l'humble Prêtre de la très glorieuse Marie. Saint Jean Damascène a dit : Infnitum Dei servorum ac Mariœ discrimen est^.

Reste le caractère que le Sacrement imprime. Il est saint et infiniment vénérable ; mais la vérité est, qu'il n'est pas de lui-même sanctifiant; et saint Thomas a dit cette grave parole : « Il persévère dans l'âme après la mort ; il demeure dans les bons pour leur gloire, et dans les réprouvés pour leur ignominie 3, »

Marie est manifestement notre Souveraine. — Continuons.

II. Nous nous élevons au Sacerdoce comme par divers degrés, qui sont les Ordres mineurs et majeurs. Ces saints Ordres nous donnent le pouvoir de faire certaines fonctions, relatives, ou directement, ou indirectement, à la

' Summa, part. IV, tit. XV, cap. xvi, § 2.

- In dormitione Virginis, Homil. I. — l'atr. grtec, t. XCVI, col. 715. •' Post hanc vitam remauet cliai-acter, et in bonis ad eoruin gloriam, et in iii.-ilis ad eorum ignominiam- — III, q. lxiii, a. 5, ad 3.

présence de Notre-Seigneiir Jésus-Christ au Très Saint Sacrement. Nous savons tout ce que ces fonctions ont d'admirable. Ce sont des ministères angéliques; ce n'est pas assez dire, nous avons eu le bonheur de reconnaître qu'ils sont divins, puisque Notre-Seigneur lui-même a daigné les remplir. Eh bien! pareillement, Marie s'en est acquittée, d'une manière très éminente, avec un droit, une autorité, une sagesse, une fidélité, une religion, que jamais les dispositions des plus grands Saints ne pourront égaler. Que de belles et édifiantes pages ont été écrites sur ce sujet! Le B. Albert le Grand, expliquant ces paroles du Livre des Proverbes, qu'il applique à Marie : «J'ai été ordonnée, dès l'éternité i », fait dire à la divine Vierge: « Le Père éternel m'a ordonnée: Portière, afin d'exclure du Temple les hommes souillés et d'y introduire ceux qui sont purs; Exorciste, pour chasser les démons; Lectrice, parce qu'en moi s'accomplissent les oracles contenus dans les Livres des Prophètes; Acolyte, parce que j'illumine, étant comparée à l'aurore et à l'étoile du matin 2; Sous-Diacre, parce que je devais contempler le Verbe divin et conserver dans mon cœur la mémoire de ses actes, afin de Jes transmettre aux Ecrivains sacrés ; Diacre et Prêtre, en vue de la formation et de la dispensation du Corps de Jésus-Christ, qui est la nourriture des âmes, comme son Sang est leur breuvage.» Ecoutons aussi la suite : « J'ai été ordonnée Evêque, à cause de ma sollicitude pastorale pour toutes les Eglises; enfin. Pontife Souverain, car je suis la Mère de tous, et, mieux que le Vicaire de Jésus-Christ, je possède la

1 Ab seterno ordinata sam. — Proverb. viii, 23.

* Nous disons dans la Préface propre des fêtes de la Très Sainte Vierge: Lumen œternum mundo effudit, Jesum Christum Dominum Nostrum.

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souveraine puissance sur la terre et dans le Ciel, dans le Purgatoire et dans les enfers mêmes i. »

De telles vues sur le caractère sacerdotal des œuvres de Marie, sont familières à ses fervents serviteurs 2. On pourrait facilement trouver des centaines de textes semblables des Pères et des Auteurs ecclésiastiques s. Les expressions sont peut-être quelquefois naïves. On croit s'apercevoir que ce sont des enfants qui parlent de leur Mère, si grande et si glorieuse qu'elle soit. Mais leur cœur ne les trompe pas; c'est bien la vérité qu'ils nous enseignent.

m. Dans notre Ordination, nous recevons en même temps que le pouvoir de consacrer le Corps et le Sang de Jésus-Christ, celui de remettre les péchés. Marie a-telle reçu ce pouvoir ?

Evidemment non. Marie n'a jamais pu donner la sainte absolution. Mais rappelons-nous l'enseignement commun des Pères, que saine Bernard a résumé dans cette belle parole : Sic est roluntas Dei, qui totum nos hahere voluit

1 Bihlia Mariana, super Lib. Proverb.

2 Nous avons lu de très intéressantes et très pieuses pages, sur les fonctions sacerdotales que Marie remplit à l'égard du Verbe incarné et des âmes, dans un excellent livre intitulé: Union de Marie au fidèle et du fidèle à Marie, -pa.!- le R. P. M. Philpin de R., Prêtre de l'Oratoire de Saint- Philippe de Xéri, de Londres, chap. xit, § 4: Marie assistante dît Pontife Souverain ■

^ Qu'on se donne la consolation de parcourir le volume in-4° intitulé : Polyanthœa Mariana, du P. Hippol. Marracci, delà Congrég. des clercs réguliers de la Mère de Dieu. (M. Migne a réédité cet ouvrage dans la Sumina aurea, t. IX et X.) L'auteur y a recueilli tous les noms, tous les titres qui ont été donnés à Marie par les Pères, les Docteurs, les Saints les Écrivains ecclésiastiques. C'est une vraie merveille. On admirera en particulier les centaines de noms et de titres, qui se rapportent au Sacerdoce mystique de Marie.

per Mariam i. Marie est la dispensatrice de toutes les grâces. Pas une bénédiction céleste, pas « un don excellent descendant du Père des lumières^ », et mérité pour nous par notre divin Rédempteur, qui ne passe par ses mains maternelles et qu'Elle ne communique librement, suivant la parole d'un de ses plus zélés apôtres, « à qui elle veut, comme elle veut, quand elle veut, suivant la mesure qui lui plaît •'5. » C'est dire que toutes les dispositions nécessaires pour se convertir à Dieu et recevoir saintement le Sacrement de Pénitence, dispositions de foi, de confiance, d'humilité, de contrition, de ferme propos, dépendent de Marie et sont communiquées aux pécheurs par Marie. Nous donnons la sainte absolution. Ne donne-t-elle pas, cette Mère miséricordieuse, ce qui, en un sens très vrai, est plus indispensable encore que l'absolution? Si celle-ci fait défaut et que, dans le cœur du coupable, la contrition soit parfaite, tout est gagné; si l'absolution est donnée, et que les dispositions surnaturelles soient absentes, de quel profit est le Sacrement que nous donnons?

II est donc vrai que Marie est, bien plus que nous, la Réconciliatrice et le Refuge des pécheurs. Tous les siècles lui ont donné ces noms si doux. Les annales de ses Sanctuaires proclament qu'elle ne cesse d'être le salut des malheureux pécheurs. Ce qui s'est passé, de notre temps surtout, à Notre-Dame des Victoires, sur la Montagne bénie de la Salette, dans la sainte grotte de Lourdes,

» In Nativ.B. M. V. n. 7. — Biev. Roiu. in offic. B. M. V. sub titiilo Auxilium Christianorum, XXIV niaii, vu lect. in fine. — Patr. lat., t. €liXXXlII, col. 441.

' Jacob. I, 17.

*Omnia dona, virtutes et g-ratiœ, quibus vult, quando vult, quomodo vult et quaudiiim vull, per nianu.s ipsiu.s administrantiir. — S. Bernard. Senens. Opéra, Lugduni, 1650, t. IV, p. 93.

proclame, avec une sublime éloquence, la toute puissance réparatrice et purificatrice de la divine Immaculée i. Elle n'a point notre pouvoir sacramentel d'absoudre ; mais elle donne à ce pouvoir de miséricorde et de pardon, son efficacité, par l'action maternelle qu'elle exerce sur les âmes qui en sont l'objet : ce qui fait dire au pieux chancelier Gerson : Maria non Juihef cliaracterem sacerdotalem FORMALITER, fateor ; sed hahet EMIXEXTIUS ad reconciUationem contra potestafes aereas, contra calamitates et miserias omnes tàm corporiim qnàni animarum^.

IV. Enfin, quand nous sommes consacrés Prêtres, nous sommes faits, à un titre très grand, très saint, Religieux de Dieu, Médiateurs de Dif.u, Victimes d'expiation et de satisfaction en faveur des hommes, et Dispensateurs de sa grâce, de sa volonté, de sa parole : grands et magnifiques ministères, haute et glorieuse mission, état tout divin, dont nous ne comprendrons jamais, ici-bcis, la beauté sublime et la prodigieuse importance.

1 Ce n'est pas le lieu d'insister sur le caractère pénitent de l'Apparition de Notre-Dame de la Salette. Tout le monde d'ailleurs le sait. (Xous avons nous-même essayé de le montrer dans un ouvrage spécial : La Pratique de la dévotion à Xotre-Daïue SéconciUatrice de la Salette.) Mais ce qui est moins connu, c'est l'abondante et merveilleuse grâce d'Hostie qui sort de ce touchant Mystère. Marie, à la Salette, c'est la Vierge Sacerdotale et la Vierge Victime, apparaissant au monde et surtout aux Prêtres, pour être leur lumière, leur exemple, leur consolation et leur force, et les renouveler dans l'esprit si beau, si pur, si saint et si nécessaire de leur Sacerdoce. Heureux ceux qui comprennent le dessein de Marie et qui sont dociles à l'appel qu'Elle vient faire à tous ! — Cfr. Mandement de Mgr Ginoulhiac, Evêque de Grenoble, du 4 novembre 1854, § 5, n. 4 fpage 44).

2 Tract. IX, sirper Magnificat; alphabeto LXXXII, litt. Z. — Summa aurea, t. VIII, col. 82. — Saint Antouin a une pensée semblable : Maria Sacerdos est spiritualis... ob absolutionem à culpis et pœnis per Filium suum. — Sunima, part. IV, tit. XV. — Saint Ignace appelle la Sainte Vierge: Magistra pœnitentiœ, dans Marracci, PoJyanthœa Mariana, voc. Magislra (Summa aurea, t. X, col. 1373) ; et saint Ephrem : Ojitima totius orhis Reconciliatrix efficanissima. — De Laudih. Deiparœ. — Opéra, Antuerpiiv, 1619, p. 542.

Eh bien ! ici encore, Marie est-elle notre Reine ?

Oh ! de toutes manières, et vraiment les preuves sont superflues. Qui est, comme elle, Religieuse de Dieu i, Médiatrice de Dieu, Victime de Dieu? Qui dispense la grâce comme elle ? Qui est l'instrument de la divine volonté, comme Celle qui, par mille moyens de sa très douce Providence, ne cesse de faire aux hommes sa recommandation maternelle : « Faites tout ce qu'il vous dira - » ? Et, quant au ministère de la prédication, outre ce que nous apprennent de sa sagesse et de son zèle ses miséricordieuses Apparitions, ne savons-nous pas, par l'Eglise, dans ses offices, « qu'elle seule donne la mort à toutes les hérésies, et que par elle les idolâtres se convertissent, les hommes égarés reviennent à la connaissance de la vérité, les Eglises se construisent partout dans le monde, la Croix triomphe et la Trinité Sainte est exaltée ; que, par elle, les Prophètes ont annoncé les choses à venir, et que les Apôtres ont prêché le salut aux nations 3?»

0 Prêtres de JÉstrs! chantons un cantique de reconnaissance. A tous les titres, sur tous les chefs, avec éclat,

1 « Elle est la grande Religieuse, la Religieuse par excellence, parmi toutes les créatures. Tout en Elle respire le respect et l'adoration... Toutes les fois qu'il est question d'Elle (dans l'Evangile), nous sentons qu'Ella répand une odeur de recueillement et de dévotion... Même dans le ciel, où il semblerait que le temps de la supplication est passé, notre foi la contemple encore prosternée et suppliante. » — L'union de Marie au fidèle, etc., chap. xii, §3. — La si touchante Apparition de Marie à la Salette confirme admirablement cette vérité. Elle disait ce qu'elle a toujours fait, ce qu'elle fait encore, au ciel : « Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse, etc.»

- Dicit Mater ejus ministris: Quodcumque dixerit vobis, facite. — Joann. II, 5.

•'' Gaude, Maria Virgo, cunctas hsereses sola interemisti in universo mundo. — l Antiph. III noct. in fesfis B. M. V. per annuin. — Per te, Trinitas sanctificatur, per te crux preciosa celebratur et adoratur in toto orbe terrarum... Per te, omnis creatura idolorum errore detenta, conversa est ad agnitionem veritatis, et fidèles honiines ad sanctum baptisma pervenerunt, atque in toto orbe terrarum constructse sunt Ecclesise... Per te Prophetse

Maeie, sa Mère, l'emporte ; Marie est notre Souveraine. Chantons le cantique d'un de ses Pontifes, les plus saints et les plus dévoués à sa gloire, saint Ildefonse de Tolède : 0 Domina mea, afque Dominatrix mea, dominans mihî, Mater Domini me.i, ÂnciUa Filii tui, Genitrix Factoris mundi, te rogo, te oro, te quœso, lit haheam Spirittivi Domini tui, Spiritum que Filii tui, necnon et Spiritum Redemptoris met, ut de te vera et digna sapiam, vera et digna loquar, vera et digna quœcumque snnt, diligam. Tu enim es electa à Deo, assumjjta à Deo, advocata à Deo, proxima Deo, adœrens Deo, conjuncta Deo... Ecce, ex hoc Beatam te dicent omnes gêner ationes... Beata tu fidei meœ, heata tu animœ meœ, heata dilectioni meœ, heata prœconiis et prœdicationibus meis i.

Le nom de Reine est infiniment doux, le nom de Mère est plus suave encore. Par le nom béni de Reine, nous venons d'entendre principalement la supériorité éminente et magnifique de Marie sur nous. Il veut dire encore bonté, protection, munificence. Le nom de Mère signifie aussi tous ces biens ; nous allons le voir.

praenuntiarunt;per te Apostoli saliitem gentibus prsedicarxmt. — S. Cyrill. Alexand., Homll. contra Nestorinm. — Breviar. Rom. in Octavâ Nativit. B. M. V., ad Matutinum, lect. v et vi. — Les derniers mots de saint Cyrille : Per te Apostoli, etc., nous rappellent ce beau témoignag-e de saint Antonin, Archevêque de Florence : Voluit Filius ut, post Ascensionem, Mater beatissima remaneret ad tempus in mundo, Doctrix et Ilhiminatrix Apostolorum. Nulla enim creatura pura habuit tantam cognitionem de divinis rébus, et pertinentibus ad saluteni, sicut Ipsa. Magistra fuit Apostolorum et Evangelistarum ad docendum eos de Mysteriis Christi, etc. — Bihliolheca Virfji/ial.,t. II, p. 734.

1 Ex libre de Virginit. B. M., cap. i. — In offic. Expectation. Partûs B. M. V. XVIII Decemb., ad Matutin.,lect. iv et vi. — Patr. lat., t. XCVI, col. 58. — Le Martyrologe romain dit de saint Ildefonse « qu'il reçut de la main de Marie un vêtement très lilanc, comme une récompense du zèle qu'il avait déployé à défendre, contre les hérétiques, la Virginité de la Mère de DiEr, et comme un témoignage de la grande pureté de sa vie.» — Martyr. Rom. XXIII januar. — Voir le récit de cette vision dans la Patr. lat., ejusd. t. col. 46.

§iv

MARIE, NOTEE MÈRE.

Marie est notre Mère ! Quelle consolante et bienfaisante et enivrante parole ! Il y aurait ici des volumes à composer. Voici sommairement ce que nous avons à cœur de dire.

I. Marie est notre Mère, en tant que nous sommes membres de Jésus-Christ. A ce titre, c'est elle qui nous donne la vie, c'est elle qui maintient, répare, développe et protège en nous la vie ; c'est elle qui nous assure l'éternelle vie.

Dépositaire et distributrice de toutes les grâces, c'est à elle que nous devons la grâce du Baptême. Elle n'a point versé sur notre front l'eau du Baptême ; mais elle a disposé, d'une manière si sûre, toute chose, toute circonstance de temps, de lieu, que ce Sacrement de vie nous a été donné. Quand nous disons que Marie a dans ses mains toutes les grâces de son Fils, nous parlons avec toute la Tradition, et, par conséquent, nous affirmons une vérité indubitable 1. Le comment nous échappe. Hélas! nous ne savons le comment de rien, dans les profonds Mystères de Dieu et de ses voies sur nous. Mais le fait de l'intervention décisive de Marie est certain, et ce fait si consolant est comme l'histoire surnaturelle de toute

1 Nous avons cité pi'écédemment quelques paroles de saint Bernardin de Sienne. Il nous parait à propos de reproduire en entier le passage d'où elles sont tirées : Non timeo dicere quod in omnium gratiarum effluxus quanidam jurisdictionem Iiîec Virgo habuerit, de cujus utero quasi de quodam Divinitatis oceano rivi et flumina emanabant omnium gratiarum...

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notre vie. Si nous avons eu le malheur de perdre l'innocence de notre Baptême, c'est par Marie, sa Providence, son pouvoir, sa protection, sa tendresse, que cette grâce nous a été rendue, dans le sacrement de Pénitence, moyennant les dispositions qu'il exige de nous, et que Marie nous donne (nous l'avons vu précédemment). — Il est facile de faire l'exposition de tout le reste, jusqu'à notre dernier soupir. Marie est Mère ; une mère donne la vie et la fait grandir dans son enfant. Voilà l'œuvre incessante de cette Mère incomparable. C'est pourquoi l'Eglise insinue la plus touchante de toutes les doctrines. Que ditelle, dans les offices des Fêtes de Marie ? /^icuf lœtantium omnium nostrûm, hahitatio est in te, Sancta Dei Genitrix i. Habitatio est in te ! Tant que nous sommes ici-bas, nous sommes comme des enfants, dans le sein de leur mère ; nous sommes en toute vérité dans le sein de Marie 2. Quel doux Mystère ! Nous sommes donc toujours sous son action vivifiante ; et sa grâce, et sa vie même est notre vie, comme dans l'ordre naturel la vie de la mère

Quia talis est Mater Filii Dei qui producit Spiritum Sanctum : ideo omnia (îona, vivtutes, et gratiœ ipsius .Si^iritûs Sancti, quibiis vult, quando vult, quomodo vult, et quanidiù vult, per manus ipsius administrantui-; ità quod nulla creatura aliquam à Deo obtinuit gratiam vel virtutem, nisi secundum ipsius pia; Matris dispensationem. — Tom. et pag., ut suprà, p. 600. — Le grand Poëte italien a dit pareillement que « celui qui veut obtenir une grâce et qui ne recourt pas à Marie, a un désir qui veut voler sans ailes. — Donna, sei tanto grande e tanto vali, — Cliè quai vuol grazia e a te non ricorre, — Sua disianza vuol volar senz' ali. » — Paradiso, c.

1 In fest. B. M. V. per annum. — III Antiph. II noct. — On se souvient peut-être que, déjà, traitant de l'heureuse vie du jeune Clerc au Séminaire, nous avons rappelé cette touchante doctrine.

2 Que cette expression ne nous surprenne pas trop. Saint Paul dit aux Galates:i^j7jo/i mei, quos iterum jjarturio, donec formetur Christus in vohis (iv, 19). — C'est une image ; c'est une manière d'exprimer cette vérité : que maintenant, dans l'ordre de la grâce, tout commence, se développe et se perfectionne, mais que rien ne s'achève. Il faut, pour la consommation finale, aller au Ciel.

est la vie même de l'enfant. Ainsi, vivants et peu à peu formés au sein de notre Mère, nous finissons par être mis au monde. Quel monde ? Celui de l'Eternité bienheureuse. Le jour de notre mort est le jour mille fois béni de notre naissance au Ciel. N'est-ce pas l'expression dont se sert l'Eglise elle-même, pour exprimer la mort des justes i ? O Dieu ! que cette doctrine est pleine d'espérance ! Sicut lœtantium omnium nostrûm hàbitatio est iîi te, Sancta Dei Genitrix !

«* Notre Demeure est en vous ! ô Mère de Dieu! » Quelle paix! quelle sécurité! Que pouvons-nous craindre ? Que n'avons-nous pas à espérer ? Tous les biens ne nous sont-ils pas donnés avec Elle - ? Ce n'est pas encore le Ciel, mais ce sera le Ciel infailliblement un peu plus tard, pourvu que j'aime ce sein de ma Mère. 0 douce joie ! Sicut lœtantium ! ô vraie Vie ! ô unique Douceur ! ô très ferme Espérance! Vita! Dulcedo! et Spes 7iostra!

IL Marie est notre Mère, en tant que nous sommes Prêtres de Jésus-Christ.

C'est une bien sublime vie que celle du Prêtre. Or, c'est Marie qui la donne, comme elle donne toute vie. Les grâces les plus précieuses sont nécessaires, pour que cette vie, si élevée et si parfaite, soit nourrie, soutenue, toujours plus forte, toujours plus puissante en œuvres ; c'est Marie qui nous donne toutes ces grâces. Lumière, force, douceur, patience, charité, dévouement, abnégation, humilité, esprit de sacrifice incessant, union avec Dieu en Jésus-Christ... ; c'est cette vraie Mère qui nous enrichit de tous ces dons divins. Pareillement, des secours sans

* Dans le Martyrologe : Xatalis Saiicti N., — et dans les oraisons : Sancti N. natalilia colimus.

* Venerunt autem mihi omnia bona pariter cnm illâ, et innumerabilis honestas per manus illius. — Sap. vu, 11.

nombre nous sont indispensables. Que d'ennemis autour de nous ! que de difficultés dans les œuvres de notre vocation ! et, hélas ! que d'inconstances, de défaillances, de découragement, au dedans de nous-mêmes î C'est Marie qui nous assiste, qui nous soutient, qui nous défend, qui nous protège... 0 heureux le Prêtre qui le sait, qui le sent, qui le goûte, et qui vit dans cette atmosphère de paix et d'amour !

Marie nous donne tous ces biens, tous ces trésors célestes, ces secours, cette protection maternelle ; elle nous porte dans son sein, dans son cœur ; mais, avec quel amour ? avec quelle tendresse? avec quelle prédilection? Voilà bien un impénétrable secret. Nous en savons bien quelque chose. Les témoignages de la tendresse de Marie sont trop sensibles, pour que nous puissions l'ignorer tout à fait. Mais, en réalité, ce qu'est pour nous le Cœur de notre Mère, seule une révélation miraculeuse pourrait nous l'enseigner. Tous, à ses yeux, nous sommes Jean, nous sommes Jésus, à l'autel, dans l'oraison, dans nos travaux, dans nos épreuves... Prêtres, Hosties, Apôtres, Consolateurs des affligés. Pères des pauvres, des enfants, des pécheurs, à ses yeux, pour son Cœur, nous sommes son fils Jean, nous sommes son premier-né Jésus !... Nous en avons les traits, mais non en perfection ; nous en avons la vie, mais non en plénitude. C'est pourquoi. Elle veut, avec l'ardeur du j^lus puissant amour, que la ressemblance soit parfaite, que la vie soit entière. Son amour est de compassion ; il faut absolument qu'il devienne de complaisance, comme autrefois quand Elle voyait Jean à l'autel et Jésus dans tous ses Mystères. Ah ! pour chacun de nous, quelles effusions maternelles ! que de prières devant Dieu ! peut-être que de larmes versées ! Les saints Anges sont à ses ordres. Que d'Anges son Cœur

nous envoie ! Elle vient Elle-même. Marie, est-Elle loin de nous ? Ses regards sont toujours sur nous. C'est plus encore, et voilà toujours le ravissant mystère : nous sommes, comme son Premier-né, aux jours de son Incarnation, dans ses virginales entrailles. Sicut lœtantium omnium nostrûm... Elle veut nous donner, pour l'honneur de JÉSUS, de l'abondance de sa grâce sacerdotale, qu'elle tient de son Bien-aimé ; Elle veut nous donner de sa vie; Elle veut nous donner d'EUe-même. La Mère et l'enfant ne font qu'un; chacun de nous est son enfant d'une manière merveilleuse. Elle veut (ô mystère qui ne convient qu'aux Prêtres !) donner de sa fécondité. Vierge, Elle est divinement féconde. C'est parce qu'Elle est Vierge, qu'Elle est Mère du Christ i. Nous sommes Vierges, il nous faut produire le Christ. « Il n'y a qu'un seul homme, dit saint Augustin, c'est le Christ 2 » ; tous les autres sont des ébauches ou des copies. Adam et tous les justes de la Loi étaient des ébauches 3-, nous qui appartenons à la grâce de Jésus-Christ, nous sommes des coj)ies de Jésus- Christ ^. Le mariage n'est un « Grand Sacrement ^ »

1 Porrô Deo hujiismodi decebat nativitas, quâ nonnisi de Virgine nasceretnr. Talis congniebat et Virg-ini partus, ut non pareret nisi Deum. — S. Bernard. Super Missvs est, Homil. II, n.l.— Patr. lat., t. CLXXXIII, col. 61. — Item S. Augustin.: An forte vos offendit inusitatus corporis partus ex Virgine?... Mirabilis mirabiliter natus est. — De civit. Dei, lib. X, cap. XXIX. n. "2. — Patr. lat., t. XLI, col. 308. — Quelle pieuse réflexion que celle de saint Cyrille de Jérusalem! Si quis apud Jesum benè fungitur Sacerdotio abstinet à muliere, ipse Jésus quomodo ex viro et muliera proditurus esset?— Cafechesis XII. De Christo inearnato, n. 25.— Patr. grsec, t. XXXIII, col. 758.

2 Omnes unus homo, quia unum Christi corpus. — Enarrat . in Psahn.— Psalm. Lxxxni, n. 5.- Patr. lat., t. XXXVII, col. 1059.

3 Adam, qui est forma fiituri. — Rom. v, 14. — Rappelons-nous le beau texte de Tertullien, cité au livre I'^'", cliap. xxiv (t. I, p. 253).

* Quos prîescivit, et prœdestinavit conformes fieri imaginis Filii sui. — Rom. vin, 2!).

5 Ephes. v, 32.

que parce qu'il est destiné à produire des rudiments du Chkist, des hommes destinés à être le Christ. L'enfant, qui vient au monde, n'est, en un sens, que la matière dont le Christ sera fait. Or, c'est nous qui recevons cet être informe et qui, par l'action divine de notre virginité féconde, faisons de lui le Christ de Dieu. Grande vocation, qui est premièrement la vocation de la divine Vierge ! C'est pourquoi, il n'est pas possible de dire les grâces multipliées que Marie verse sur nous, sur notre ministère, nos paroles, nos travaux et nos peines, pour que cette œuvre réussisse, qu'il s'agisse de l'enfant, ou du juste encore imparfait, ou du pécheur.

Que nous devenions, nous Prêtres, vraiment Jésus- Christ en perfection et en plénitude, et que les âmes, toutes les âmes rachetées, le soient aussi, « suivant la mesure de la donation qui vient de Jésus- Christ luimême 1 » : voilà l'ambition inexprimable qui consume le Cœur de Marie, et voilà son amour immense, très fort, très doux, toujours agissant, toujours actuel, que rien n'altère, que tout enflamme davantage, toujours fidèle (oh! toujours fidèle, quelle que soit notre inconstance), amour de Mère, de Souveraine, d'Amie, de Sœur, d'Épouse (que ces mots ne surprennent personne 2)^ amour sans fin, sans nom possible, dans notre langue humaine, pour nos âmes sacerdotales !...

Marie!... Marie nous aime d'un amour de prédilection absolument inexprimable!... Qui l'oublie se perd misérablement ; qui le sait, qui le sent, qui le goûte, qui en

' Unicuique nostrûni data est gratia secuuduni meiisuram donationis Christi. — Eplies. iv, 7.

- On pourrait voir la justification de ces termes, qui paraissent peutêtre d'abord singuliers, dans un petit ouvrage que nous avons publié sous ce titre : De la Vie d'union avec Marie, Mère de Dieu, l""^ partie, chap. vi, VII, VIII et IX.

610 NOTRE VIE d'union AVEC MARIE

bénit Dieu et Marie, qui est docile à cette Mère, qui ne veut vivre que de fidélité, d'admiration, de reconnaissance, d'amour, à ses pieds, dans ses mains, sur son Cœur, dans son Cœur, est un Prédestiné.

NOTRE VIE d'union AVEC MARIE. — « PER IPSAM ET CUM IPSA ET IN IPSA. »

Voici un Mystère céleste ! voici la véritable vie du Prêtre ; voici sa lumière, sa force, sa consolation, la grande bénédiction de son ministère, le plus doux trait de ressemblance avec Jésus. Vivre d'union avec Marie, c'est reproduire très fidèlement une disposition constante du Sacré Cœur de notre Prêtre, de notre Hostie. Dès l'éternité, il eut pour sa future Mère les inclinations les plus tendres, les plus touchantes préférences. Quelle gracieuse parole que celle de l'Eglise: Cœlo Redeiyiptor prœtulit — Felicis alcum Virginis, — uhi futura Victima — Mortale corpus induit^ ! Quand il vint au monde, lui qui^ par essence, n'a besoin de rien, qui ne cesse jamais d'être le Tout-Puissant, le Dieu Fort et l'Admirable, voulut avoir besoin de sa Mère, de sa tendresse, de ses soins, de sa sollicitude, de son lait, de ses mains, de son travail,

1 In festo Maternitatis B. M. V. — Hymn. ad Matutin. — Ces paroles ne sont pas contraires à ces autres plus connues : Tu ad liberanduni suscepturus hominem, non horruisti Virginis uterum {Te Deum). — Celles-ci font allusion à une disposition qui est le fond de la Sainteté de Dieu : nous l'avons vu précédemment (page 251). — Dans le chant de l'Eglise, que nous venons de rappeler, c'est la Condescendance infinie de notre doux liédempteur qui se révèle.

NOTRE VIE d'union AVEC MARIE 611

de son dévouement, de son zèle, de sa constante Providence... Plus grand, il eut à cœur de dépendre d'Elle, de lui obéir, de la servir i. Durant sa vie publique, il ne com mença à se faire connaître, que lorsqu'Elle le désira, par les moyens qu'Elle-même lui avait désignés^.Il la fit l'Associée de ses courses apostoliques, et, malgré l'obscurité profonde où la divine Vierge se retira, qui pourrait douter qu'EUe ne fût, par ses prières, par ses exemples et par toute sa vie, l'aide parfaite de la mission du Rédempteur? Au Calvaire, Elle fut Rédemptrice, tandis que Jésus offrait au Père le prix de notre Rédemption 3. Elle fut Prêtre, Elle fut Victime, nous l'avons vu. Après que la mort eut consommé le Saci'ifice, le coup de lance du soldat tira du Sacré Cœur les dernières gouttes de sang. JÉSUS lui-même le voulut ainsi, pour que sa Mère, toujours debout, comme le Prêtre qui offre un Sacrifice, présentât à la Sainteté et à la Miséricorde du Père ce sang de son Cœur épuisé ; et quand l'adorable Victime quitta l'autel de la Croix, elle fut déposée sur les mains et sur les genoux de sa Mère, comme sur un autel plus vénérable et plus saint que celui de la Croix, même après que Jésus y était mort.

JÉSUS et Marie ne font qu'un. Jean et Marie ne font qu'un : Et ex Ulâ horâ accepit Eam discipulus in sua ^. Le

^ « N'en rougissons pas ; on l'a vu, pour ainsi parler, tenii- la boutique, soutenir par son travail une mère veuve, et entretenir le petit commerce d'un métier qui les faisait vivre tous les deux. » — Bossuet, Élévations sur les Mystères, XX« semaine, viii« Elévation.

* Nuptiae factse sunt in Cana Galilsere, etc. — Joann. ii, 1-8.

3 Nous avons compté dans Marracci (Polyanth. Mariana) vingt-deux textes de la Tradition, dans lesquels Marie est appelée RédemjAion ou Rédemptrice, et quarante-sept où les Pères ou les auteurs ecclésiastiques l'appellent Réparalion ou Réparatrice. — Summa aurea. t. X, col. 186 et 8uiv. et 214 et suiv.

* Joann. xix. 27.

612 NOTRE VIE d'union AVEC MARIE

Bienlieureux Grignon de Montfort traduit : « Jean reçut Marie pour qu'EUe lui fût toute sorte de biens, Accepit Eam in sua omnia^. » Quel ravissant sujet de contemplation, d'admiration, d'amour, de joie, que cette union de Jean et de Marie ! On ne peut y penser sans attendrissement. Saint Bernard a dit ce qui s'était passé au Calvaire: « Alors ces deux Bien-Aimés (Marie et saint Jean)raêlèrent ensemble leurs larmes ; alors ces deux Vierges furent ensemble Martyrs, et le glaive de la mort de Jésus transperça également, avec une douleur extrême, l'âme de Marie et l'âme de saint Jean 2. » Ce mystère d'union, si admirable et si sainte, prenait son origine dans les paroles si solennelles que Jésus avait dites un peu auparavant à Marie : « Femme ! voilà votre fils », et au disciple : « Voilà votre Mère ». Or, ce que la parole de JÉSUS avait fait, les douleurs communes, le glaive d'un commun Sacrifice, l'avaient consommé ; et désormais Marie et saint Jean s'en allèrent à travers le monde, de Jérusalem à Ephèse, d'Ephèse à Jérusalem, au milieu des pauvres, des petits, de tous ceux qui recevaient la grâce de la Rédemption, portant partout, dans la prière, dans les travaux apostoliques, dans toutes les épreuves et tous les sacrifices, ce sceau divin, cette céleste grâce venue du Calvaire, cette vie d'union, si forte, si tendre, si heureuse pour Jean, si consolante pour sa Mère, si glorieuse pour Dieu, si sanctifiante et si féconde pour l'Eglise. 0 merveille de gi'âce, d'innocence et d'amour! ô Union sans nom possible dans la langue de notre exil!

' Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, p. 108.

'■^ In Lamentât. B. M. V. — Ap. Corn, à Lap., Prolegomen. in ApocaJypsin. — Nous croyons que les plus belles pages qui ont été écrites sur l'union de Marie et de saint Jean, se trouvent dans la Vie intériexire de la Très Sainte Vierge, d'ajjrès les écrits de M. Olier, chap. xii, xiii et XVIII.

NOTRE VIE d'union AVEC MARIE 613

ô Vie unique de Jean et de sa Mère ! Vous nous apparaissez comme un Sanctuaire auguste, duquel nous ne nous approchons qu'avec les yeux baissés, mais portant dans notre âme des émotions profondes, et un désir et un besoin inexprimables de fixer en vous, quoiqu'indignes, notre demeure jusqu'au ciel i.

La Vie d'union avec Marie consiste dans les trois pratiques suivantes : Vivre et faire toute chose par Elle, — avec Elle, — et en son Esprit. De pieux auteurs, empruntant à la sacrée Liturgie de la Messe quelques paroles mystérieuses qui se rapportent à Notre-Seigneur, ont ainsi formulé la Vie d'union avec Marie : Per Ipsam, — et cum Ipsâ, — et in Ipsâ.

L Per Ipsam. — Par Marie. — C'est aller k Dieu, faire nos prières, nos adorations, nos actions de gTcices, l'oblation de tout ce que nous entreprenons et accomplissons, de nos œuvres, de nos travaux, de nos mortifications, de nos expiations, de nos actions, même les plus communes, par la Médiation de Marie, par ses mains, par son Cœur. Cette pratique est familière aux Enfants de cette aimable Mère. Un des plus saints Prêtres du siècle dernier, que

'Nous nous souvenons ici de quelques paroles fort belles du P. de Condren ; nous ne résistons pas à la consolation de les citer ; elles sont empruntées à une de ses lettres : « L'amour de Jésus et de Marie était si saint, qu'il fallait qu'il en restât quelque chose dans l'Eglise ; et, afin de le conserver, saint Jean fut substitué à Jesus-Christ, qui dit de lui à sa sainte Mère : « Voilà votre Fils » et non pas « un autre Fils ». Aussi Marie le reçut comme son propre Fils, qui se survivait ainsi à soi-même ; et saint Jean, de son côté, s'onbliant soi-même pour prendre la place de Jésus, continua de rendre à Marie les mêmes devoirs, et de la servir, avec le même amour filial que Jésus lui témoignait. Je voudrais bien, ajoute cet homme de Dieu, renouveler dans les esprits cette grâce, cette première odeur du Ciel, cette bénédiction singulière qui fut donnée au commencement ; mais parce que je n'en suis pas digne, je supplie Notre-Seigneur de donner abondamment son Esprit à quelques autres pour un si bon effet.» —Lettres, édit. de M. l'abbé Pin.

614 NOTRE VIE d'union AVEC MARIE

nous venons denommer,le Bienheureux Grignon deMontfort, la recommande très vivement et motive ainsi sa recommandation : « Quand on présente quelque chose à JÉSUS, par soi-même et appuyé sur sa propre industrie et disposition, Jésus examine le présent, et souvent il le rejette à cause de la souillure que ce présent contracte par Famour-propre, comme autrefois il rejeta les sacrifices des Juifs, tout pleins de leur propre volonté; mais quand on lui présente quelque chose par les mains pures et virginales de sa Bien-Aimée, on le prend par son faible, s'il m'est permis d'user de ce terme. Il ne considère pas tant la chose qu'on lui donne, que sa bonne Mère qui la lui présente ; il ne regarde pas tant d'où vient le présent, que Celle par qui il vient. Marie n'est jamais rebutée i.» C'est la douce confiance des vrais Enfants de cette Mère si condescendante et si bonne. Le Prêtre est son Fils de prédilection : il peut compter, plus que qui que ce soit, sur ses dispositions bienveillantes. Donc, avant de prier, qu'ils'agisse du saint Bréviaire ou de quelque prière de dévotion, qu'il ait soin de s'élever, par intention actuelle ou virtuelle, au Cœur de sa céleste Médiatrice. S'il s'occupe d'une œuvre à créer, à diriger, à faire prospérer, qu'il ne la présente à la bénédiction du Père qui est aux Cieux, du Fils du Père, qui est aussi le Fils de Marie, de l'Esprit- Saint, qui en est l'Époux très aimant, que par les mains et par le Cœur de Celle qui est Fille du Père, Mère du

' De la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge, II« part., III« motif. — Le saint Missionnaire semble s'être inspiré de saint Bernard : Cseterùm quidquid illud est, quod oiferre paras, Marise commendare mémento, ut eodem alveo {allusion au titre du Sermon : De aquœduclu, allégoriquement ai^pliqué à Marie) ad largitorem gratiae gratia redeat, quod influxit... Ideoque modicum istud quod offerre desideras, gratissimis illis et omni acceptione dignissimis Mariae manibus offereudum tradere cura, si non vis sustinere repulsam. — Serm. in Nativit. B. M. F,, n. 18. — Patr. lat., t. CLXXXIII, col. 448,

NOTRE VIE d'union AVEC MARIE 615

Pils, Épouse du Saint-Esprit. Si une mission lui est confiée par son Évêque, qu'il la donne à Marie et par Marie il Dieu. S'il subit une épreuve, s'il reçoit une injure, s'il est persécuté, s'il souffre de quelque infirmité, qu'il n'offre cette croix à notre doux Crucifié, que par les mains, le Cœur de Celle « dont la douleur fut, au pied de la Croix ■de JÉSUS, vaste comme la mer i. »

Nous devons tout donner, nous devons nous donner nous-même, universellement, sans réserve. Disons à Marie : « In manïbus tiiis sortes meœ^. Tiius sum ego 3... » C'est le moyen le plus sûr, le plus infaillible d'aller à notre Fin, qui est Dieu. Marie ne garde rien pour Elle. Sa joie est de donner à Dieu tout ce qu'Elle est et tout ce qu'on lui donne. Sa joie et sa mission sur la terre n'ontelles pas été de lui donner Jésus ?

Il existe une pratique singulièrement chère au cœur d'un grand nombre de Prêtres. Elle consiste à offrir le Saint Sacrifice de la Messe aux intentions de la Très Sainte Vierge. C'est une manière touchante de mettre de nouveau entre ses mains maternelles et virginales le Corps et le Sang de son Fils. Cette pratique a pour elle de grands exemples 4. Un religieux de la Compagnie de Jésus, le P. Chamonot, eut la pensée, au xviie siècle, de créer une association de Prêtres qui s'obligeraient à offrir le Saint Sacrifice aux intentions de Marie, comme l'avait fait autrefois, chaque jour, l'heureux saint Jean ^. On

1 Thren. ii, 13.

* Psalm. XXX, 16.

3 Psalm. cxviii, 94.

» Cfr. Vie de M. Olier, par M . Paillon, part. III, liv. I, n. 16

5 « Jésus avait donné saint Jean à Marie, au Calvaire, non seulement pour qu'il lui tint lieu de Fils en sa place, mais encore pour qu'il célébrât -pour Elle les saints Mystères. » — M. Olier, cité dans sa Vie, part. III, liv. I, n. 15.

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comprend cet attrait, ce besoin dans une âme sacerdotale, qui voudrait être autant Prêtre de Marie, que Fils de Marie i.

IL Cîim Ipsâ. — Tout avec Marie. — Tout avec son aide, son assistance, sa protection, sa providence, sa bénédiction, son approbation. Le Prêtre de Marie ne veut rien faire sans Elle, sans l'avoir consultée, suppliée, sans lui avoir consacré, confié tout ce qu'il pourra faire, tout ce qu'il fait. Il lui dit finalement : « Je monte en chaire,, venez avec moi ; je vais au confessionnal, soyez-y avec moi; je me rends auprès des malades, des enfants, des personnes du monde..., accompagnez-moi. Je me prépare, au Saint Sacrifice, je me dirige vers l'autel, assistez-moi,, couvrez-moi de paix, de silence; qu'avec vous, sous votre regard, en une action si sainte, tout soit saint... »

Ce Prêtre a une confiance très amoureuse, très simple,, très constante envers Marie, dans ses prières, ses invocations, toute sorte d'actes de piété qu'il adresse à son Cœur. Mais aussi, vivant sous ses regards, dans cette intimité, il lui est toujours très fidèle. Rien de ce qui pourrait l'off^enser, la contrister; pas la moindre indélicatesse envers sa Mère, sa Reine, sa Bien-aimée.Il vit avec Elle, c'est tout dire. Sa dépendance est absolue ; il ne voudrait pas se servir du moindre objet, sans avoir une sorte de certitude qu'il est agréable à Marie qu'il en use 2. C'est sans scrupule, sans effort de tête, sans appli-

* II serait désirable qu'un travail spécial fût fait sur la légitimité de cette sainte pratique. On dit que quelques Théologiens y opposent certaines objections. Il nous paraît hors de doute que, dans le cas où le Prêtre a promis, en recevant un honoraire, de célébrer le Saint Sacrifice à une intention déterminée, il doit l'offrir purement et simplement à cette intention.

* Aux pieds de Marie, nous sommes simplement et naïvement des enfants..

NOTRE VIE d'union AVEC MARIE 617

cation fatigante, sans singularité non plus, qu'il agit de la sorte. Le cœur est tout et pour tout, dans ses relations de respect, de tendresse, d'amour.

Ce qui est, en particulier, relatif au culte de Marie^ est l'objet de son attention filiale et affectueuse : V Angélus, le chapelet, les antiennes du Bréviaire, et tout ce qui se rapporte, dans les divers offices, à cette Mère aimée. Que dire de ses Fêtes si attrayantes et « si délicieuses »? Ce dernier mot est dit, à cause de l'antienne qui revient fréquemment dans ses Solennités : Speciosa fada es et stiavis in deliciis tiils. Il s'y prépare, il les célèbre avec une sensible dévotion. Il ne serait pas difficile de remarquer en lui plus de joie, quelque expression extérieure qui révèle ce qui se passe dans son cœur. Saint Ephrem a appelé Marie : Gloria et Lœtitia omnium Sacerdotum i.

Et sa grâce d'union avec Marie est communicative. Il parle de cette Mère si aimable, il en fait connaître la beauté, la bonté, le pouvoir, les grandeurs; il est tout occupé à la faire aimer et servir.

On pourrait dire qu'il est toujours avec Marie, cum ]psâ, et que Marie est toujours avec son dévoué serviteur et Prêtre fidèle 2.

« Je marquerai ici, dit le vénérable M. Olier, une chose qui paraît trop enfantine; mais pourtant j'ai toujours été obligé de la continuer: c'est que je n'ai jamais osé me servir d'aucun nouveau vêtement, comme d'habit, de chapeau, ou du reste, sans en consacrer le premier usage à la Très Sainte Vierge..., la priant de ne pas souffrir que, pendant qu'il serait à mon usage, j'eusse le malheur de jamais offenser son Fils. » — Vie, par M. Paillon, part. I, liv. I, n. 5.

1 De laudib. B.V. — Opéra, Antuerpiai, 1619, p. 542.

2 II y a des Confesseurs qui ont l'habitude d'imposer une pénitence qui soit toujours, en totalité ou en partie, une prière, une pratique ou une œuvre à faire en l'honneur de la Très Sainte Vierge. Comment ne pas être édifié de cette filiale attention envers Marie, la compatissante Mère des pécheurs pénitents? Il y a des Prédicateurs qui trouvent le moyen de

618 NOTRE VIE d'union AVEC MARIE

III. In Ipsâ. — En Elle, selon son esprit. — C'est sans contredit, ce qu'il y a de plus parfait. Cette disposition, cet état suppose une connaissance particulière de l'Intérieur de Marie, par l'étude de ses mystères, de ses titres, de ses vertus; et nous entendons par étude, tout exercice qui peut être source de quelque lumière : l'oraison, — la lecture, — et le travail intellectuel qui a pour objet ce qu'on appelle communément la Théologie de Marie. Familiarisé avec la science de ses grandeurs, du ministère de grâce qu'Elle remplit et de ses dispositions, le Prêtre, qu'éclaire du reste, mieux encore que toute étude, l'onction du Saint-Esprit, se porte en Marie, comme en un centre de vie divine, et veut vivre en Elle et d'Elle avec un indicible amour, un besoin infini d'union, d'union éternelle; et parce que l'union véritable, celle qu'opère le plus parfait amour, c'est la similitude parfaite d'âme, de cœur, de vie, il n'a qu'une ambition profonde, ardente, humble, incessante, celle d'être une autre Marie, d'avoir, de posséder ses vues, ses sentiments, ses goûts, ses inclinations, ses habitudes, et, si le mot n'était pas trop commun, ses mœurs virginales, qui l'ont faite si agréable à Dieu, si unie à Dieu, Religieuse de Dieu, Hostie de Dieu, l'instrument très docile de ses volontés, le ministre très fidèle de ses desseins. Cet heureux Prêtre de Marie vit en

dire toujours, dans leurs discours, instructions, conférences, allocutions, etc., quelques mots de Marie. Pourvu- que cette pratique se fasse simplement et sans affectation, elle ne peut qu'être agréable à cette aimable Reine de nos cœurs. Que les Prédicateurs aient grand soin de ne pas négliger VAve Maria, après l'exorde. L'invocation de la « Mère de la divine grâce » ne peut être qu'une bénédiction. Si la forme du discours, ou bien quelque circonstance particulière nous semble imposer la suppression de ce saint usage, nous pouvons toujours dire à notre auditoire, après l'exorde, que nous recommandons le succès de notre ministère à Marie. Omnia cum Ijjsû. Rien sans Marie.

NOTRE VIE d'union AVEC MARIE 619

Marie, in Ipsâ, et vraiment Marie vit en lui. C'est comme le mystère d'amour dont parle notre doux Sauveur : Qui manet in me, et ego in eo^. C'est la perfection de la grâce que l'Eglise nous révèle dans sa belle antienne : Sicut Icetantium omnium nostrûm hàbitatio est in te, Sancta Dei Genitrix; c'est la vérité de l'état si pur et si saint dont parle saint Ambroise: Sit in singulis Mariœ anima, ut Tnagnificet Dominum; sit in singulis spiritus Mariœ, ut exsultet in Deo 2.

Quelle était la Religion de Marie en présence des Mystères de Jésus et particulièrement de l'adorable Eu- .charistie?... Quelle était sa foi ?... sa reconnaissance?... les inclinations, l'attrait, le besoin de son âme, devant le Sacrifice, l'état d'Hostie de son unique Bien-aimé?... Quelles questions ! Il faut pourtant de quelque manière y répondre, et la réponse nous indique les sentiments que nous devons avoir, la conduite que nous devons tenir, la vie dont nous devons vivre, dans nos rapports avec Notre-Seigneur, notre Hostie, notre Prêtre,

Nous vivons aussi en présence des âmes, avec les âmes, pour les âmes. Quelles étaient, dans de semblables relations, les vertus de Marie : sa douceur..., sa patience..., sa modestie..., son dévouement..., sa charité universelle..., son admirable esprit de sacrifice...? Et, dans sa vie intime, quelle était son humilité..., sa séparation du créé..., son incessante élévation vers les biens célestes..., et, pour tout dire, son union avec Dieu en JÉsus-Victime ?...

Heureux le Prêtre qui a pris l'habitude de s'interroger de la sorte, et qui se donne ainsi sa Règle de vie ! Jésus et Marie ne font qu'un ; il devient une autre Marie, il devient infailliblement un autre Jésus-Christ. Saint

' Joann. xv, ô.

» InLucam, lib. II, n. 26. — Patr. lat., t. XV, cdl. 1561.

620 [notre vie d'union avec marie

Augustin appelle quelque part Marie un moule divin destiné à produire DiEUi. Jésus le premier a été, si l'on peut ainsi dire, soumis à l'action, à la forme de ce moule mystique. 11 en est sorti Homme-DiEU. Quiconque s'y jette devient Dieu, suivant l'image et les traits de Jésus. Oh ! vraiment jetons-nous en Marie, perdons-nous en Marie, ayons à cœur de n'avoir point d'autre volonté que la sienne, pour n'avoir plus d'autres traits que les siens, les traits mêmes de Jésus-Christ, Oh ! que cela est vraiment un grand bien, et le seul bien désirable! Car, au sentiment du vénérable M. Olier, si consommé en cette divine science, toute la gloire de Dieu est dans cette union sainte, en même temps que le plus grand bien de l'Eglise et notre véritable perfections.

Que reste-t-il à dire? Nous sommes, par la volonté et la grâce divines, Prêtres et Hosties, Hosties autant que Prêtres, Hosties parce que nous sommes Prêtres. Voilà notre grande gloire, voilà la grande preuve de l'amour de prédilection dont nous sommes l'objet de la part de la Trinité Sainte; mais voilà aussi la raison décisive pour nous d'être saints, saints devant Dieu et ses Anges, saints devant l'Eglise et les hommes. Eh bien! prions chaque

' Si formam Dei te appellem, (ligna exsistis. — Apjjendix. — Serm. ce VIII (aliàs 35 de Sanctis etpost in appendice 83), n. 5. — Patr. lat., t. XXXIX, col. 2131. — Cité par le B. Louis-Marie Grignon de Montfort, De la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge, page 172-4. — Mais iî faut lire, à cet endroit, le beau et pieux commentaire qu'il fait de ces paroles. Il termine ainsi : « Oh ! la belle comparaison ! Mais qui la comprendra? Je désire que ce soit vous, mon cher frère; mais souvenez-vous bien qu'on ne jette en moule que ce qui est fondu et liquide, c'est-à-dire, qu'il faut détruire et fondre en vous le vieil Adam, pour devenir le nouveau en Marie. »

2 Voici ses encourageantes paroles : « On avance plus à procurer la gloire de Dieu, le bien de l'Eglise et sa propre perfection par l'union à Marie, qu'en usant de toutes les autres pratiques qu'on pourrait employer. » — Vie intérieure de la Très Sainte Vierge, V' édit., t. II, p. 395.

NOTRE VIE d'union AVEC MARIE 621

jour, prions avec un grand amour, une ardente ferveur, les uns pour les autres, pour qu'il plaise au Cœur de JÉSUS, notre unique Prêtre et notre unique Hostie, de nous consacrer tous, Lui-même, par tous les droits qu'il a sur nous, au Cœur très pur, très saint et immaculé de sa Mère; de sorte que tous, sans exception, ceux qui ne tarderont pas de paraître au tribunal de Dieu, ceux qui sont dans la force de l'âge, les plus jeunes, les chers et bienaimés Elèves des Séminaires, tous, nous ayons le bonheur inexprimable, le bonheur qui est un avant-goût de la félicité du Ciel, le bonheur qui seul convient ici-bas à une âme Sacerdotale, de vivre toujours, toujours, quels que soient les devoirs, les travaux, les épreuves de notre vie, en ce Cœur si bon, si doux, toujours si accueillant, si indulgent, si tendre, si compatissant, si dévoué, si saint, si beau, si attirant, si ravissant, si Sacerdotal et tout divin, le Cœur de notre Reine incomparablement bénie, de notre Mère incomparablement aimée, maintenant et aux siècles des siècles !

A ces mots, nous déposons notre plume...

0 Mère, si ce long travaila pu vous plaire, si maintenant vous daignez lever votre main de Reine pour le bénir, c'est tout, pour le pauvre ouvrier qui l'a fait.

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