À PRÊTRE, LAIQUE
| le pays tout entier, lors de la | création de notre province, sys- | tème regardé pendant vingt ans , comme l'expression d’un droit inattaquable.
On hésita d’abord à croire à la possibilité même de ce malheur.
Il est dans la nature humaine d'espérer le salut jusqu’à ce que la dernière vague ait recouvert ° les derniers débris du navire.
Néanmoins, on vit bien de suite
| que la tempête viendrait, rude | et prolongée. Car, dès ce mo- | ment, le vent qui soufflait an- #
nonçait cette vague étrange et perfide qui s'appelle le préjugé.
| Le préjugé, voilà bien, dans toute cause, l'ennemi le plus souple, le plus fuyant et le plus
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acharné, le plus difficile à vaincre. L’injustice, la haine ellemême, cèdent à la lumière quand celle-ci peut pénétrer dans les cœurs. Hélas! le préjugé, précisément, est le bandeau qui recouvre les yeux de l'intelligence, et l'empêche d’apercevoir l’exacte couleur des choses.
Cet aveuglement conduit à l'erreur, souvent, des esprits naturellement droits et sympathiques. [li ne faut donc point se lasser de faire appel aux meilleures facultés de l’homme, à son bon sens comme à sa conscience. Un seul et faible éclair a parfois suffi pour ramener dans leur voie des voyageurs égarés durant l'orage.
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En repassant en détail les discours et les écrits des avocats de nos prétendues écoles nationales, on retrouve à peu près tous les lieux communs que les ennemis du catholicisme ont coutume de débiter sur son compte. C’eût été miracle que l’on eût oublié d’accuser à ce propos notre clergé d’ingérence politique, et d'’attribuer à un sentiment de crainte servile envers la hMérarchie—ce mot est pour eux un cliché—la résistance des catholiques à l'inique loi Martin; loi que l’histoire, en dépit de tous les arrêts judiclaires, provinciaux ou impériaux,
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flétrira comme la violation d'un pacte solennel et sacré, comme une atteinte à l'autorité des parents, à la liberté des cultes, à la paix féconde des esprits et de la nation.
Ni le jeu est habile, il n’est pas honnête. De telles idées, constamment exploitées, finissent par s’incruster dans l'imagination des foules, promptes à se cabrer, inconscientes des erreurs qu'on leur inocule. C'est ainsi que se propagent et se généralisent les notions les plus inexactes sur les hommes et les choses; voilà comment se perpétue l'injustice, comment la persécution s’alimente, comment l’on étouffe la vérité.
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putations que nous venons de rappeler, lesquelles ne reposent que sur la malveillance, la prévention, et l'ignorance.
On ne nous connait point; on
ne connait nl nos croyances nil
nos institutions; on n’en veut
NE : rien connaître. L'on en a assez
de savoir que nous sommes ca-
tholiques ; ce titre semble tout
autoriser : le dédain, la calomnie,
le mépris des droits acquis
comme des sentiments, la mise
en séquestre de toute une popu-
lation.
Si l’on trouve ces récrimina-
La vérité, elle souffre des im-
tions un peu vives, nous n’en disconviendrons pas, mais elles n'atteignent point encore la limite des outrages qui nous sont lancées quotidiennement.
N'est-il pas excessif de sans cesse nous représenter comme n'ayant nulle volonté, nulle dignité, nul amour de la liberté, comme si toutes les facultés de l’homme, celles du cœur et celles de l’esprit, subissaient chez nous une fatale dépression ?
Nous voulons aujourd’hui revendiquer notre honneur blessé.
Nous y sommes provoqués par un fait récent.
Un personnage de Winnipeg, d’ailleurs assez obscur, et prétendant, bien qu’à tort, représenter
l'opinion des catholiques de langue anglaise, est allé faire ses confidences à la feuille publique la plus hostile à nos idées, et lui raconter que le clergé seul — le clergé de langue française surtout — retenait les populations loin des soi-disant bienfaits découlant de la loi nouvelle.
Contre cette assertion, les catholiques de Winnipeg ont aussitôt noblement protesté.
Dans notre pensée, cette briève étude dcit servir à accentuer et à motiver cette protestation.
Nous établirons que l'attitude des catholiques sur la question scolaire procède des plus nobles motifs. Mais avant d'entrer
pleinement dans l’examen de ces
motifs, tranchons de suite la question de fait.
Non. il n’est pas vrai, comme on l’a dit, que.les catholiques de cette province soient, au fond de leur âme, favorables au nouveau régime scolaire ; 1l n’est pas vrai que s'ils étaient laissés à eux-
mêmes, ils se rallieraient à ce sys- | tème; il n’est pas vrai que leur attitude soit le résultat de la ; pression du clergé.
| La résistance à cette législation | violente et malsaine a été, parmi les laïques et dans le clergé, simultanée, et de toutes parts,
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spontanée. Voilà toute la vérité, rien que la vérité.
Lorsque le temps viendra pour l'histoire impartiale de mettre en lumière les incidents de cette lutte, il lui sera fort difficile, pour ne pas dire impossible, de dire d’où sont partis les premiers cris de protestation.
Les menaces étaient à peine proférées que l’indignation, comme une trainée de poudre, éclatait dans tous les centres et dans tous les cœurs catholiques.
Sans doute quelqu'un a dû parler au nom de tous. Qui pouvait mieux le faire que notre archevêque ?
Mais si nous devons des hommages à la vigilance, au zèle, et
à la vaillance du vénérable pré-
lat ; si nous devons à son pres-