‹ Preussen und Frankreich von 1795 bis 1807Chapitre 126 sur 234 · Revolution vom 30. Prairial. Sieyes · texte numérisé non relu

Revolution vom 30. Prairial. Sieyes

... [Nicht diffrirt! Ces événements ont été un rêve et je dirai même un nouveau spectacle pour le peuple de Paris: il en a ri et n'en a point été alarmé. On ne concevra jamais dans l'étranger le degré de stupeur et de lassitude où ce même peuple est tombé; dégoûté du régime républicain, espérant un changement, un roi; mais l’attendant du temps, de Dieu, et incapable de faire aucun effort pour sortir de sa situation présente.

‚Ehiffrirt] Sieyès avait ourdi la grande scène dont je viens de rendre compte à V. M. et avait l'air d'y être absolument étranger. Jamais dissimulation ne fut portée à un plus haut degré! En présence de ses collègues, il affectait de soutenir qu'il était le premier intéressé à ce que le Corps législatif ne s’arrogeät pas le pouvoir d’avilir le Directoire: en arrière d'eux il encourageait les patriotes du même Corps à se mettre en permanence et à prononcer à tout”prix les destitutions convenues . . . Tout est allé jusqu'à présent au gré du nouveau directeur, et tout tend à faire préjuger qu'il dominera seul dans le Directoire. Gohier, élu en remplacement de Treïlhard, ministre de la justice sous la monarchie constitutionnelle, puis président du tribunal de cassation, est nul de caractère. Ducos, élu pour remplacer Merlin, est l'ami de Sieyès . . .

En même temps qu'on a reconstruit à neuf le Directoire, on en fera de même pour toute l'administration, la majeure partie de celle-ci sera changée, et il n'y aura d'exception que pour les ministères des affaires étrangères et de la justice. Encore Talleyrand aura-t-il bien de la peine à se soutenir. J'en juge par ces deux lignes que Sieyès lui a écrites et dont j'ai eu connaissance: »Le mauvais exemple de faire argent de ce qu'il y a de plus cher parmi les hommes, de l'honneur, vous a gagné aussi. J'ai repoussé l'accusation: mais songez à vous diseulper, car sans cela je cesse d'être votre ami. Un événement aussi imprévu que celui de déplacer en deux jours de temps la majeure partie du Directoire

Beridte von Sauboz-Rollin aus Paris. 309

devait donner naissance aux bruits les plus extraordinaires. On en a entendu de toute espèce. Les royalistes attribuent à Sicyès des projets bien différents de ceux qu'il avoue: ceux cachés de disposer les esprits pour appeler sur le trône le duc d'Angoulême, marié à la fille de Louis XVI. Les Jacobins croient voir dans ce nouvel ordre de choses le triomphe de leur secte, de leurs principes et le retour de leur règne. Enfin les républicains envisagent la refonte du Directoire comme une manière de remonter la République et de lui imprimer une nouvelle impulsion et une nouvelle force. Sieyès travailler pour le duc d’Angoulöme! C’est bien peu le connaître! Sieyès ne veut aucun partage en matière de gouvernement. Les Jacobins ont renversé, il est vrai, le Directoire républicain; mais leurs principes ne prédomineront pas: Sieyès n'éprouvera aucun remords à les payer d'ingratitude . . .

J'ai vu hier Sieyès. Il avait l'air content et presque gai, ce qui est un tic rare chez lui. »J'ai chassé du temple, m'a-t-il dit, »à l’exemple de notre Seigneur, ceux qui vendaient, trafiquaient et déshonoraient la République. Je m'occuperai bientôt des affaires extérieures, et surtout notre politique prendra une forme plus décente et plus utile. Sieyès parle déjà en homme qui gouvernera tout. Quel changement de scène ! »Il est douteux«, me disait Talleyrand peu d'heures après, »si tout ce qui se passe ne tournera pas autant contre Sieyès, que contre ceux qu'il a chassése . . .

Siey&s est mécontent du choix de Moulins, ayant compté sur celui de Marescot. Il voulait un général pour ménager l'armée, mais non pas un général du temps de Robespierre. Talleyrand, chagrin de n'avoir pas eu un seul suffrage pour être mis sur la liste, prétend que Sieyès ne pourra pas sympathiser avec des gens aussi dépourvus de moyens et de talents, et qu'il sera mis dans la nécessité ou de renverser à force armée tout ce qui a été fait, ou de donner sa démission. Je n’en crois rien. Sieyès n'est guère propre à ces actes de vigueur, ct il préférera vraisemblablement d’être accolé à des ignorants, que de trouver des opposants . ..

Page 1