Stellung der Emigranten am preußifchen Hofe
...Ilest très vrai que les émigrés jouent à Berlin un rôle dont je suis choqué, et personne ne peut désirer plus que moi d'en voir bientôt la fin; je les avais trouvés déjà établis sur ce pied à mon arrivée ici, et dès lors la conduite que j'avais à tenir avec le ministre à leur égard, était devenue l'objet de mes plus sérieuses réflexions. Rien n'était plus difficile que ma position. Un ministre républicain était une chose entièrement nouvelle à Berlin, et un fauxpas au commencement de la carrière eût été d'une conséquence infinie pour l'avenir. Si j'avais attaqué les émigrés avant d'avoir établi ma réputation personnelle, j'aurais mis indubitablement tout le monde contre moi; la lutte aurait été trop inégale, et les grands intérêts de la République auraient été compromis. Je crus donc qu'il était beaucoup plus sage de les regarder d'abord comme des inconnus, de m'occuper exclusivement des négociations importantes qui m'étaient confiées, de ne point quitter le tronc pour les branches et de m'attacher particulièrement à gagner la confiance du cabinet prussien. Ce plan de conduite ne me permettait cependant pas de perdre de vue les émigrés; car pour le suivre, il fallait savoir si j'avais quelque obstacle à craindre de la part de ces gens là, et si leur esprit d’intrigue pouvait influer sur les grandes affaires. Je ne tardai pas à me convaincre que la leur se réduisait à intriguer pour tâcher d’arracher au roi quelque pension, quelque clef de chambellan (qui ne donne aucun accès auprès de la personne de 8. M.}, les ecclésiastiques quelque bénéfice en Silésie ou en Pologne, et les militaires quelque grade au service; que le roi, qui dans le fond ne les aime pas, ne les admet aucunement dans sa société intérieure, excepté le seul Saint - Patern qui lui était utile dans ses parties de plaisir, hors desquelles cette espèce de confident ne signifiait plus rien, et qui perd beaucoup de son importance depuis que S. M. est au régime; que le cabinet jaloux de son crédit saurait bien les empêcher d'acquérir la moindre influence dans les affaires; que M. de Haugwitz entre autres avait dit qu'il avait chez eux des espions sûrs, et qu'au moment où ils voudraient intriguer, il les écraserait.
Toutes ces notions, et l'intérêt évident des ministres, de M. de Bischoffwerder, de M. de Zastrow ete., de les arrêter au moment où ils paraitraient gagner du terrain me confirmèrent de plus en plus dans le plan de conduite que je m'étais fait, et je crus ne pouvoir mieux les combattre qu'en cherchant par beaucoup de droiture, de décence, de franchise et de simplicité, à obtenir la confiance du roi et de ses ministres, et la considération publique qui devait en être la suite. Si j'ai gagné le premier point, c'est ce que vous pouvez savoir tant par mes travaux que par les rapports de M. Sandoz à mon égard ; et quant à l'estime publique, vous êtes le maître, citoyen ministre, de vous en informer, car il ne m'appartient pas de prononcer sur ce point.
Si donc il est vrai que les émigrés ont à Berlin une existence honorable, s'ils sont admis à la cour avec toute la noblesse du pays, s'il est vrai que ce spectacle doive frapper singulièrement les yeux de tout étranger qui arrive ici, il n'est pas moins vrai que leur crédit est entièrement nul dans les affaires politiques. S'ils en avaient eu, ils l'auraient montré particulièrement à mon
Mary 28.
Mary 28.
April 1.
458 Dritter Anhang. Urkunden No. 21—23.
arrivée, dans un moment où la Prusse, agitée par M. le prince de Hohenlohe et M. de Hardenberg, paraissait flottante entre les deux partis, et où, malgré le peu de force que j'avais alors, je réussis cependant par des soins continus à fixer le ministère du côté de la République; ils l’auraient montré à l’apparition de M. Morris, à celle de M. Hammond, et lorsque l'impératrice faisait tant d'efforts pour rappeler le roi de Prusse à la coalition; et lorsque seul et sans appui quelconque, excepté la bonté de ma cause et vos sages instructions, je suis parvenu à surmonter ces grandes intrigues, il est clair que les émigrés ne forment pas un parti aussi redoutable qu'on vous l'a mandé.
Je conviens cependant que leur existence à Berlin est tout à fait inconvenante, et j'ai dit en commençant cette dépêche que j'en étais vraiment choqué. Ne pensez pas, citoyen ministre, qu'en paraissant n'y pas faire grande attention, j'aie négligé d'en parler à M. de Haugwitz. Je l'ai fait aussitôt que je me suis senti assez fort sur cela, de manière cependant à ne pas donner à cet objet le pas sur les matières importantes qui nous ont occupés jusqu'à présent. Demander le renvoi eût été une faute capitale, et on m'aurait répondu sèchement que le roi était le maître chez lui. On m'a fait sentir qu'il n'était pas praticable de les écarter de la cour où se trouvent de droit tous les étrangers qui ont été une fois présentés au roi, et assurément on n'est pas difficile sur ces présentations. Le mal est que cette cérémonie leur ouvre la porte des grandes maisons de Berlin; le mal est qu'ils sont soigneusement accueillis par les ministres de Russie, d'Angleterre etc. Voilà ce qui fait croire aux étrangers qui ne connaissent pas le fond des choses qu'ils forment un parti puissant.
Au reste le mot de cette énigme politique n'est pas difficile à trouver. Si le roi de Prusse eût renvoyé les émigrés de ses états, comme a fait le landgrave de Cassel, il se serait montré en notre faveur d'une manière qui aurait été remarquée à Londres et surtout à Pétersbourg, ce qui ne s'accordait point avec les éternels ménagements qu'on croyait devoir à l'impératrice. On voulait rester en état de prouver à cette princesse par le fait des émigrés qu'on se bornait envers nous à la simple neutralité du traité de Bâle, et détourner les soupçons sur ce qui se traitait entre la République et la Prusse. C'est cette condescendance, ou si vous l'aimez mieux, cette faiblesse qui a fait jusqu'à présent la force des émigrés, et je suis persuadé qu'aussitôt que le roi aura publiquement pris un parti décidé, les raisons qui conservaient leur existence n'ayant plus lieu, ils tomberont d'eux-mêmes . .