Unterrebung mit Prinz Heinrich
Depuis que je vous ai écrit ma dernière dépêche, j'ai eu une audience März 14. particulière du prince Henri. La conférence a duré à peu près une heure et demie et s'est passée d'une manière tout autre que je ne m'y étais attendu. Persuadé que le prince n'aurait rien de plus pressé que de recevoir de ma bouche les détails les plus circonstanciés sur ce qui s'est passé jusqu'à présent entre les ministres et moi, je m'étais disposé à lui rendre un compte exact et fort étendu, pour le mettre en état d'apprécier au juste la position des choses, et j'avais apporté, comme je l'en avais fait prévenir, la minute de mes deux dernières notes pour lui en faire la lecture. L'accueil a été on ne peut pas plus amical. Il m'a fait passer dans sa chambre à coucher pour que rien ne püt nous interrompre, et nous nous sommes assis. Alors il a pris la parole et a entamé un très long discours dont vous me demanderiez en vain un compte détaillé, parce qu'il a été si fréquemment entrecoupé par des digressions qui n'avaient qu'un rapport fort éloigné au sujet principal, que j'ai souvent perdu le fil de ses idées. Il parle avec beaucoup d'esprit, avec grâce et facilité, et je voyais bien qu'il parlait aussi avec beaucoup de plaisir. Par cette raison même je eraignais de l'interrompre ; mais à la fin je fus obligé d'en venir là, parce qu'il était essentiel d'établir de l'ordre dans la conversation et de la eirconscrire dans les deux points sur lesquels il m’importait le plus d'avoir son avis. Il me pria de lui lire la note que j'avais donnée sur l'affaire de Russie, ce que je fis avec beaucoup de peine, car il était tard, et il n'osait pas demander des bougies pour n'être pas trop remarqué par ses gens. Il arriva de là qu'après avoir parlé quelque temps sur l'objet de cette note, lorsque je voulus lui faire connaître l'autre, le jour manquait tout à fait, et il était impossible de lire. Il fallut done me borner à lui en faire l'analyse de mémoire ; encore ai-je été extrêmement gêné dans mon récit, parce qu'à chaque instant j'étais interrompu par une question, et lorsque j'y avais satisfait, par une exeursion nouvelle qui nous écartait du sujet; et c'est ainsi qu'après une conversation très longue et très décousue, nous nous sommes séparés à sept heures du soir sans avoir recueilli de cet entretien toute l'instruction que j'en avais
1) Die beiden Noten (vom 25. und 28. Februar) betrafen die Bermittelung Preußens zwifchen Franfreih und Rußland und Franfreih und Ofterreich. Damit berichtigen fich bie Angaben bei Hüffer 3, 29 und Häufjer 2, 99.
Mary 14.
456 Dritter Anbang. Urkunden No. 20—21.
espérée. Voilà un tableau sur la fidélité duquel vous ne devez élever aucun doute.
Revenu chez moi, je recueillis mes idées pour chercher au moins un résultat à tout ce que j'avais entendu, séparer tout l'accessoire et mettre de l'ensemble dans le reste. Je vais vous en rendre compte historiquement.
Le prince Henri est à notre égard dans les dispositions où je l'ai toujours trouvé; c'est un ami véritable que nous avons en lui, et je n'ai pas manqué d'échauffer ce sentiment par tout ce que j'ai imaginé de plus convenable pour flatter son amour-propre, corde qui retentit puissamment à son oreille et à son cœur. In a déjà eu plusieurs entretiens avec le roi sur la démarche à faire à Vienne ; et comme il a craint que son avis ne fût affaibli auprès du monarque par le reproche qu'on lui fait de sa partialité envers la France, il a su donner une tournure très heureuse à ce sentiment. »Vous voyez bien, a-t-il dit au roi, que cette France que j'aimais, était celle d'autrefois, où j'ai été comblé de politesses et de bons procédés du roi et de toute la cour; mais la France d'aujourd'hui n'est pour moi qu'une puissance étrangère, où je ne connais plus qui que ce soit.| Elle ne peut done plus m'intéresser que sous le rapport de la politique générale; ce n'est done plus par un sentiment personnel que je continue à lui être favorable, mais seulement parce que je vois clairement que la Prusse est intéressée à la seconder«. Ce raisonnement a produit son effet et le prince m'a dit que le roi était dans les meilleures dispositions. Il a fait venir M. de Haugwitz chez lui avant-hier. Le soir même il m'en a fait informer, en ajoutant qu'il en avait été parfaitement content. Il a voulu causer avec ce ministre, parce qu'il voulait, comme il m'en a prévenu, éviter de lui donner de la jalousie, ce qui serait infailliblement arrivé, s'il s'était borné à en parler au roi, car alors il aurait paru affecter de travailler à part et de négliger le cabinet, et les affaires en”auraient sûrement souffert. Par la même raison il s'est aussi expliqué avec Bischoffwerder, et il a trouvé celui-ei beaucoup moins timide que M. de Haugwitz. C'est ce que je vous ai déjà mandé. Au reste il me donne de grandes espérances sur le succès général, pourvu seulement, dit-il, que je ne presse pas avec trop d’ardeur, et que je permette au ministère de faire à sa propre manière ce que nous demandons de lui.
Quant à la Russie, il ne croit pas utile d'écrire en particulier à l'empereur, parce que les sentiments de ce prince ne lui sont pas assez connus, et qu'il craindrait de compromettre notre cause, si sa recommandation arrivait dans un moment qui ne serait pas favorable. Il approuve done entièrement la résolution du cabinet d'envoyer la note au ministre prussien à Pétersbourg avec une bonne instruction pour l'appuyer, mais de ne faire usage de l’une et de l'autre qu'en temps opportun.
Dans la foule d'objets qu'il a passés en revue en me parlant, ses idées se sont portées sur ce que nous donnerions à la Prusse en indemnité de ses provinces d'outre-Rhin, et il m'a questionné sur cela. »Münster«, ai-je répondu. »Mais alors je suis inquiet du voisinage de la Prusse et de la Hollande«. »Monseigneur, on peut y pourvoir en donnant Münster et ce qui conviendra à la maison de Mecklenbourg, qui alors cédera son pays à la Prusse Excellente idée, a-t-il repris, qu'il a eue depuis longtemps, qu'il a même communiquée au roi, qui ne s'en éloigne point du tout...
Berichte von Caillarb aus Berlin. 457