Der Kronprinz Friebrih Wilhelm
... Dans l'état critique où se trouve la santé du roi, il est important d'acquérir des notions certaines sur le personnel du successeur, sur son caractère en général et sur ses inclinations politiques en particulier. M. de Haugwitz est dans des relations fort suivies avec ce prince, auquel il m'a dit qu'il communiquait toutes les affaires sans réserve, et cela de l'aveu et avec l'entière approbation du roi; en sorte que si le prince royal n'est pas admis au conseil, du moins on lui donne connaissance de tout ce qui s'y traite et de toutes les décisions qu'on y prend, ainsi que des raisons sur lesquelles sont motivées les résolutions, et cette partie de son instruction est exclusivement confiée à M. de Haugwitz, qui par conséquent gagne nécessairement une certaine influence sur son esprit.
Le prince Henri jouit aussi ou du moins paraît jouir d'une très grande considération auprès de lui, mais par des raisons tout à fait différentes et des sentiments d'un tout autre genre. Le prince royal, ainsi que son père exträmement attaché à sa famille, en regarde le prince Henri comme le membre principal, voit en lui le compagnon d'armes et l'émule du grand Frédérie, respecte ses talents, son esprit, son expérience, et témoigne beaucoup d’attachement à sa personne et de déférence pour ses avis.
Je ne pouvais done obtenir des notions plus sûres qu'en les puisant dans ces deux sources. M. de Haugwitz m'a constamment parlé du prince royal d'une manière avantageuse. Mais les éloges d'un prince appelé à monter bientôt sur le trône sont toujours plus ou moins suspects dans la bouche d'un
1) Am 13. Febrnar vermäblte fit Prinzeffin Augufte, Tochter des Königs, mit bem Erbprinzen von Heflen-Eafjel, jpäter Kurfürft Wilhelm II.
April 1.
Juli 1.
Juli 1.
Oft.
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ministre en place qui désire de s'y conserver. Mais ils acquièrent un plus grand degré de confiance lorsqu'ils sont confirmés par des témoignages entièrement désintéressés, et c'est ce qui arrive dans le cas présent. »Le prince royal, m'a dit le prince Henri, n'a pas les formes entièrement pour lui; il est un peu sauvage, ne s'énonce point avec grâce et facilité et manque d'instruction dans presque tout ce qui est étranger à l’art militaire. Il a dans le caractère une certaine sévérité que vous seriez quelque fois tenté de prendre pour de la rudesse et de la brusquerie ; mais dans un homme destiné à gouverner les autres, les formes extérieures ne sont rien quand l'intérieur est vraiment bon, et chez le prince royal il est excellent. Le brillant de l'esprit est remplacé chez lui par beaucoup de bon sens. Son apparence de sévérité tient à un grand esprit de justice, d'ordre et d'économie. Il a le bonheur de connaître qu'il pèche du côté de l'instruction et ne se fait aucune illusion sur ce point. Ne croyez pas cependant qu'il se livre inconsidérément à l'opinion de ceux qui l'entourent ; il veut être éclairé auparavant et persuadé, et ne se décide que sur de bonnes raisons et après avoir épuisé toutes les objections qui se présentent à son esprit.
»C'est ainsi, continua le prince Henri, que j'ai fixé son opinion qui flottait entre la France et la Russie et paraissait même dans les commencements incliner plutôt vers la dernière. Il a falln l’attaquer dans toutes les règles, balancer les avantages et les inconvénients, prévoir les cas et indiquer dans tous les ressources et les moyens, et ce n'est qu'après des raisonnements clairs et démonstratifs qu'enfin il m'a dit: »à présent, mon cher oncle, je vois que vous avez entièrement raison; je vous remercie de m'avoir éclairé, et me voilà convaincu avec vous que rien ne peut être plus avantageux à la Prusse que l'alliance avec la France«.
»Vous voyez done qu'il est important qu'il soit bien entouré; j'espère qu'il continuera de m'accorder sa confiance, et je crains moins Haugwitz depuis que je vois ce ministre entièrement décidé pour le parti français. Son aide de camp Köckritz, qu'il met dans tous ses secrets, est heureusement un homme honnête et même vertueux. Sa femme est un ange, un modèle de douceur et de raison; j'espère donc avec ces secours que la maligne influence des courtisans parviendra plus difficilement à le gâter qu'aucun autre. Ne craignez rien des illuminds ; c'est une race qu'il déteste et qui jamais n'aura d'accès auprès de lui. Soyez certain d'ailleurs que le prince royal est un très honnête homme; et comme il a beaucoup de fermeté, s'il ne se décide pas facilement, du moins lorsqu'une fois il aura pris un parti, on peut compter irrévocablement sur lui.
Voilà ce que m'a dit le prince Henri sur son neveu, et il ne voit pour la Prusse comme pour la République que beaucoup à gagner dans un changement de règne . ..
24. Unterrebung mit Graf Haugwig. Wahre Gründe der Zurüdhaltung Preußens. .. . Je commençai . . . par faire lecture de la réponse à la note!) et, dans
1) Die preußifche Antwort vom 27. September; vergl. S. 154. Die obige Unter: rebung mit Haugwis fand am 30. September ftatt.
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le cours de cette lecture même, je la réfutai dans tous ses détails. Je fis observér à M. de Haugwitz que cette réponse ne répondait point du tout, puisque chacune des raisons sur lesquelles le Directoire fondait sa demande y était entièrement mise de côté, lorsqu'au contraire il aurait fallu peser chacune en particulier et montrer comment et pourquoi elle n'était pas acceptable. A la demande, si c'est en accumulant des matières combustibles qu'on éteint un incendie, je répondis : »oni, monsieur le comte, c’est le vrai moyen, le plus court du moins, de l’6teindre et même d'en prévenir un beaucoup plus grand dans la suite. Je fus très fâché de trouver l'allégation d'un moyen aussi faible que celui de l'alliance avec l'Autriche, et je demandai si la paix de Bâle n'avait pas rompu cette alliance, puisqu'elle n'avait pour objet que la guerre contre la République? Il me répondit que j'étais dans l'erreur; que la guerre contre la France n'était entrée pour rien dans cette alliance; qu'en général la coalition ne s'était formée sur aucun traité exprès; que surtout il ne s'en était point conclu à Pillnitz malgré les bruits qui s'en étaient répandus dans toutes les parties de l'Europe; qu'il n'y avait eu d'autres négociations à ce sujet que celles de l'Angleterre auprès de chaque cour en particulier pour les exciter à armer contre la République et régler les subsides. Ainsi l'alliance des cours de Vienne et Berlin ne portait que sur le partage de la Pologne et la garantie réciproque de leurs lots. Il est facile de voir qu'une alliance de cette nature n'a rien de commun avec les affaires de France, ni même avec celles de l'Empire germanique; mais j'expliquerai bientôt son influence secrète sur la détermination du cabinet prussien.
Je m'élevai avec beaucoup de force contre la proposition d’un congrès et après avoir achevé dans le même esprit la lecture de la note, je passai à celle de ma lettre‘). Je la lus d'abord en entier, puis je revins sur chaque point en particulier. J’insistai surtout sur le danger qui pouvait résulter pour la Prusse de se refuser à nos propositions, car c'était nous autoriser à faire à l'Empereur des conditions de paix qui peut-être deviendraient incommodes à la Prusse sans qu'elle püt nous en faire le moindre reproche; puisqu'enfin, lorsque l'Empereur nous accordera ce que nous demandons, le gouvernement prussien qui refuse aujourd'hui de se joindre à nous ne pourra nous blämer d'accepter ce qui nous sera offert; il n'aura donc à s'en prendre qu'à lui-même si la puissance de l'Autriche se concentre et s'accroît d'une manière inquiétante ; et lorsqu'il sollicitera notre alliance qu'il refuse aujourd'hui, il ne pourra trouver mauvais que nous consultions nos convenances comme il croit consulter les siennes dans le moment actuel.
Lorsque nous en fümes à l'article de la lettre qui concerne le congrès, la discussion se renonvela et devint plus animée encore. Je m'expliquai très péremptoirement, comme vous le verrez par ma lettre; puis raisonnant dans son hypothèse, je lui demandai quel poids il croyait qu'un plénipotentiaire prussien mettrait dans la balance contre ceux de l'Autriche et de la Russie? Il me répondit immédiatement : »mais il y aura 200 mille hommes derrière ce
1) Bom 29. September, beantwortet durch eine preußiiche Note vom 3. Oftober. Hüffer 1, 375.
Oft.
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plénipotentiaire là.» »Mais, monsieur le comte, montrez-moi donc, montrez
- au Directoire ces 200 mille hommes, car votre réponse ne nous montre pas un
seul régimente. »Eh bien, dit-il, je répondrai à votre lettre, et je vous les ferai voire. Il a effectivement répondu à ma lettre, mais si les 200 mille hommes s'y trouvent, c'est dans un si grand lointain, qu'à moins d'en être prévenu, on les devinerait difficilement. C'est ce qu'il a cru sans doute exprimer en parlant du poids que la position respectable de la Prusse ajouterait à lintervention du Roi dans le congrès.
J'aurais inutilement allongé cette dépêche si j'étais entré dans le détail des réponses de M. de Haugwitz, qui toutes n'ont été que le développement plus ou moins étendu des principes établis dans les deux pièces que je mets aujourd'hui sous vos yeux. Mais c'est particulièrement ce qu'il ne m'a pas dit que je dois vous dire, car c'est là que se trouve la vérité qu'on a écartée dans la réponse pour ne lui substituer que des sophismes diplomatiques.
19 La santé du Roi (dont je vous rendrai compte à part) est telle, et sa tête si affaissée, que le ministre le plus intrépide n'oserait lui proposer d'entrer dans une guerre quelconque. Tant qu'il respire, le prince royal ne manifeste aucun avis; et lorsqu'il sera sur le trône, il est pour le moins très douteux qu'il veuille ouvrir son règne par une opération aussi vigoureuse. Ce n'est pas qu'il ne soit très brave, mais il gémit depuis longtemps sur les dilapidations qui ont ruiné son pays, et ses premières pensées seront des pensées d'ordre et d'économie. Si nous avions à traiter avec le prince Louis Ferdinand, ce serait tout autre chose !).
2° L'article des finances est un autre obstacle capital. Le génie fiscal épuise toutes ses ressources pour augmenter le revenu et soutenir le niveau de la récette et de la dépense ordinaire. On rétablit la ferme du tabac abolie au commencement du présent règne et remplacée alors par quelques impôts qui donnaient à pen près le même revenu; on rétablit cette ferme, mais on conserve les impôts et le peuple est extrêmement mécontent dans la capitale et dans les provinces. Il y a eu des représentations très énergiques des négociants de Danzig; à Berlin même il y a eu des mouvements insignifiants à la vérité, mais suffisants pour caractériser l'opinion publique et donner de l'inquiétude à un gouvernement qui s'alarme très aisément. Ainsi on ne vent point la guerre faute de fonds et dans la crainte que les mécontents ne profitent de l'éloignement des forces militaires pour exciter des troubles intérieurs.
30 On craint la Russie; car quoique Paul I" ne soit pas guerrier, quoique ses ressources soient fort resserrées, cependant il a des corps de troupes assez nombreux en Pologne et dans le voisinage immédiat des Prussiens, en sorte
1) Über Prinz Louis Ferdinand, ben Kandidaten Grantreibs für den Thron des wieder: berzuftellenden Polens, freibt Gaillard bei einer anderen Gelegenbeit folgendermaßen: Le prince Louis Ferdinand est un jeune homme qui semble avoir été fait exprès pour la nation polonaise, bouillant d'ardeur et de courage, plein d'esprit et de franchise, affable et généreux, d'ailleurs grand, bien fait, d'une belle figure, dans la fleur de la jeunesse, réunissant enfin cet ensemble de qualités extérieures qui influent beaucoup plus qu'on ne pense sur les déterminations des hommes lorsqu'ils sont rassemblés pour discuter leurs plus grandes affaires. (1796 Aug. 4.)
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que le cabinet de Berlin craindrait, en attaquant l'Autriche et rompant son alliance, d'éprouver sur-le-champ une diversion importante de la part des Russes. Cette idée doit agir assez fortement sur l'esprit du ministère, qui ne peut pas se dissimuler qu'il a établi une administration horriblement despotique dans la partie de la Pologne qui lui est échue en partage; que le mécontentement des Polonais de ces contrées est à son comble, et que les Russes sauraient bien tourner ces dispositions à leur profit.
49 Dans le cas d'une guerre contre l'Autriche, la Prusse ne peut absolument compter sur la Saxe, de qui on ne peut attendre tout au plus qu'une exacte neutralité qu'elle garderait jusqu’à ce qu'elle fût mise dans la nécessité de prendre parti pour ou contre. Le ministère de Dresde est bon, autant que je puisse le connaître par ce que m'en a toujours dit M. de Haugwitz. L'électeur est attaché personnellement au Roi de Prusse, mais ce prince est faible et entouré par une intrigue autrichienne extrêmement forte, à la tête de laquelle se trouve naturellement la princesse Antoine fille du feu empereur Léopold, qui a gagné de l’ascendant sur l'esprit de l'électeur. J'ai eu souvent occasion de vous parler aussi de son attachement religieux à la constitution germanique, et ce préjugé offrirait une difficulté d'autant plus grande à vainere qu'il favoriserait beaucoup soh inertie et l'amour de son repos personnel. Ce n'est pas que l'électeur ne consentit comme un autre à une légère violation de cette constitution s'il y trouvait son propre avantage; je ne doute même pas que lorsqu'il se trouvera un partage, il ne prétende aussi y être admis; mais ce ne sera sûrement pas lui qui donnera le signal ou qui entrera l'un des premiers en lice.
Voilà, citoyen ministre, les véritables raisons qui déterminent la cour de Berlin...