Grlaÿ an Hardenberg. Berlin 1795 Dftober
Concept vom Geh. Legationsrath Le Coq; core. von Haugwib; ges. Findenftein, Alvens: leben, Haugwiß.
Rad ben Borgängen bei Frankfurt verzichtet Preußen auf die Demartationslinie in
jener Gegenb.
.. . [Nicht diffrirt) Je me serais attendu aussi peu que vous à la déclaration que le sieur Barthélemy a été chargé de vous faire au sujet de la
Oft. 21.
Dt. 26.
Oft. 26.
30 Urkunden No. 18—19.
ligne de démarcation, ni surtout à la manière catégorique et tranchante dont le général Jourdan a dû exiger du prince de Hohenlohe l'évacuation de Francfort, que ce prince lui a nettement et constamment refusée. Mais je vous avouerai d'un autre côté que je ne saurais en convenir et qu'il n'est pas de mon intérêt de chercher dans ces démarches ni un caractère de perfidie, ni une rupture de la convention de Bâle. C’est dans le dénuement et le besoin extrême où l’armée française se trouvait, qu'il faut chercher le mot de l'énigme, ainsi que vous l'avez très bien observé. Il faut considérer de plus que les Autrichiens avaient été les premiers à donner l'exemple de l'infraction de la ligne de neutralité, lors du premier passage du Rhin par les Français, et qu’enfin, à prendre les choses à la rigueur, les états qui n'avaient pas rempli les conditions de la neutralité ne pouvaient pas non plus en réclamer le bénéfice, sans compter que par rapport à Francfort le droit de passage par cette ville était expressément réservé aux parties belligérantes, et que ce droit même a été contesté aux Français par le prince de Hohenlohe. Quoi qu'il en soit, l'embarras que la susdite déclaration des Français pouvait faire naître cesse de lui-même, les affaires ayant entièrement changé de face dans ces contrées, par les événements dont vous aurez été successivement informé dans le plus grand detail. Mais s'il n’y a plus, pour le présent, des violations de la ligne à craindre de leur part, elle a eu lieu dans le fait par les opérations du maréchal Clerfait, qui a traversé cette ligne avec ses troupes non-obstant les protestations du prince de Hohenlohe, tout en observant cependant envers celui-ci et le petit corps prussien posté dans ces contrées les égards et les ménagements auxquels je devais m'attendre. Ces circonstances réunies m'ont déterminé à une démarche qui me paraît la seule propre à couper court à toute difficulté ultérieure et à prévenir tel événement qui pourrait me compromettre. Je viens d’ordonner au prince de Hohenlohe de quitter tout de suite avec les troupes sous son commandement Francfort et la position qu'elles tenaient dans ces environs pour les ramener dans mes provinces de Franconie, mesure dont il est chargé de faire part, tant au maréchal Clerfait qu'au général Jourdan, en leur témoignant que le but de la ligne de démarcation étant évidemment manqué dans cette contrée par les événements qui venaient de se passer, il ne me restait, après avoir épuisé de mon côté les démarches et les protestations qui avaient dépendu de moi pour la maintenir, que de m'en désister également dans cette partie de l'Allemagne.
Il s'agira donc de faire officiellement part de cette résolution au sieur Barthélemy, en la lui représentant comme motivée, ainsi que je viens de le dire, par les demandes et la conduite prescrites au général
Schriftwechjel mit Hardenberg in Bafel. | 31
Jourdan par les ordres du Comité, et par la direction que l'armée autrichienne a tenue dans la marche en traversant la ligne de démarcation. Mais vous y ajouterez l'observation que ce changement, nécessité par les circonstances et amené par les Français eux-mêmes sans qu'il eût dépendu de moi de l'empêcher, n’en apportait aucun au maintien de la ligne du côté de la Westphalie; que j'étais au contraire résolu de la maintenir strictement de ce côté-là, et que je doutais d'autant moins qu'elle ne fût aussi scrupuleusement respectée par les Français, vu l’accession plénière du gouvernement hanovrien aux stipulations de la neutralité, accession que j'avais réussi à obtenir par mes sollicitations énergiques et qui avait aussi déjà été acceptée par le gouvernement français. Je sens bien toutefois que si par quelque nouveau revirement les Français venaient à repasser le Rhin du côté de la Westphalie, il faudrait encore une fois s'entendre avec eux sur la direction précise de cette ligne...
Berichte Hardenberg’ aus Bafel.!)
19. Nothwendigkeit und Bortbeile einer feften Haltung gegen Frankreih. Rild-
fihtslofigkeiten der Franzofen gegen Preußen.
. . . [Nicht Hiffrirt) J'ai remis à l'ambassadeur de France la note eijointe.?) . . . Soumettant toujours très respectueusement mes opinions à la haute sagesse de V. M. et au jugement éclairé de son ministère, j'ai arrangé ma note en conformité de ses ordres; mais je n'ai pas cru agir dans un sens qui leur fût contraire, en marquant en même temps dans des termes très mesurés la surprise et le mécontentement de V. M. relativement aux procédés du gouvernement français . . .
L'intérêt de V.M. exige sans contredit d'éviter toute brouillerie avec la France et surtout dans un instant où, peu sûre des sentiments des autres puissances, elle voit encore ses provinces d'outre- Rhin entre les mains de la nouvelle République; où les affaires de Pologne ne sont pas encore finalement arrangees; où enfin chaque jour peut amener des événements de la plus haute importance pour sa monarchie et pour l'Europe entière. Mais plus je suis convaincu de cette vérité, plus je me persuade aussi, d'après mes faibles lumières, que pour se conserver les égards de la France et surtout des hommes de la trempe de ceux qui y dominent, il est essentiellement nécessaire de s’en faire estimer et
1) Am 9. Nov. kehrte Hardenberg nah Bajel zurüd.
2) Diefe Note (vom 12. Nov.) enthält die Erflärung des Königs, baf er bie Demarfationslinie in der Gegend von Frankfurt aufgebe, dagegen bei Weftfalen an berfelben fefthalte. Zugleich wurbe Frankreich eingeladen, fit mit Preußen über bie Linie einer neuen Demarlation zu verfländigen. Barthélemy beantwortete biefe Note am 13. mit einer Er Härung, welche bas franzöfiiche Verfahren rechtfertigte. Bergl. Hüffer 1, 299.
Dt. 26.
Nov, 14,
Nov. 14.
32 Urkunden No. 19—20.
craindre, et de ne pas donner lieu à rien qui puisse être interprété comme une faiblesse. Je suis sûr, à n'en pas douter, que l'idée de voir la Prusse de nouveau au nombre de ses ennemis, qu'un langage et un maintien ferme et conforme à votre dignité, Sire, toujours en montrant des vues amicales, mais justes et modérées, fera la plus vive impression: que cellé-ci ne peut être qu'augmentée par la situation infiniment précaire dans laquelle la France se trouve, malgré tous les succès qu'elle a eus jusqu'aux derniers revers. Il est incontestable qu'à la rigueur les états qui n'avaient pas retiré leurs contingents, ne pouvaient réclamer le bénéfice de la neutralité; mais dès le commencement des négociations, le sieur Barthélemy avait témoigné qu'on ne regarderait qu'à ce qu'ils auraient pu faire... Pourquoi faire des déclarations et agir en sens contraire et induire par là V. M. à se compromettre par le soutien de la ligne de démarcation et à finir par se donner un démenti à la face de l'Europe? Si V. M. daigne considérer en outre que, quelle que soit l'explication très naturelle et conforme à la lettre du traité qu'on a donnée au premier passage des Français à l'Eichelcamp, il s'est toujours effectué en forçant un poste de vos troupes, Sire, placé là du su des généraux frangais;!) que vos sauvegardes ont été maltraitées, insultées et pillées à la retraite de l’armée française; que le comté de Sayn-Altenkirchen a essuyé des traitements hostiles et qu'il a été saccagé dans plusieurs endroits; que les États de la maison d'Orange ont eu le même sort malgré les assurances positives contenues dans la note du sieur Barthélemy au sieur Harnier du 5 juillet; que tout cela est généralement connu, débité et exagéré par le parti autrichien; que les entours du sieur Barthélemy, et nommément le sieur Bacher, n'ont eu rien de plus pressé que de parler tout uniment des ordres tranchants donnés au général Jourdan par le Comité de salut public au bourgmestre Schweitzer de Francfort, et qu'on ne les a pas cachés à d’autres personnes encore; si V. M. y ajoute que de tous les objets portés de sa part au gouvernement français, depuis les justes réclamations à l'égard de ses provinces d’outre-Rhin que les Français n'ont cessé de traiter d'une manière tout à fait contraire à la bonne foi et à ce qui était convenu, . . . jusqu'aux moindres objets, soit publics, soit particuliers, aucun presque n'a atteint son but, et que toutes ces réclamations sont restées ou sans suite ou sans réponse; que la nomination même du ministre qui réside près de vous,
1) Rad der Auffaffung des Grafen Haugmwig war ber Cidellamp vertragsmäßig von der Demarlation ausgefloffen, und nur burd eine militärifche Verabrebung, welche von ber franzöfifchen Regierung nicht berüdfichtigt zu werben brauchte, hineingezogen. (Schreiben an Hardenberg, 4. Oft. 1795.) VBergl. dagegen Häuffer II, 30; Bivenot, Herzog Albrecht von Sachen :Teichen II, 2, 207; 487.
Berichte Harbenberg’s aus Bafel. 33
Sire, de la part de la République, a été faite malgré votre désapprobation expresse, si V. M. daigne considérer tout ceci, j'ose me flatter qu'elle ne pourra trouver la chaleur avec laquelle j'ai envisagé la déclaration enjointe au général Jourdan repréhensible ou déplacée . . .
Il n’est pas plus question de négociations de paix ici, que si jamais il n'én avait existé. Les agents des princes de l'Empire se gardent même d’en parler; les succès des impériaux ont fait changer de sentiment ou intimidé tout le monde . . . Il n’est pas du tout vraisemblable non plus que le congrès ou même des paix particulières aient lieu de sitôt !) ...
20. Rothwenbigleit einer feften Haltung gegen Frankreih. Bortbeile einer näheren Berbinbung mit einzelnen Ständen zur Aufrebthaltung der Neutralität Norbdeutichlande.
... Je vous prie instamment de croire, Sire, que toutes les données concourent à prouver que le nouveau gouvernement français ne peut être amené par des condescendances continuelles au but que V. M. se propose sans doute, de ravoir d’abord ses provinces d’outre-Rhin, et puis de se ménager dans la France un appui et un remède contre les vues ambitieuses des deux cours impériales; mais qu'on y réussira uniquement par une conduite très ferme, en commençant par le forcer d’avoir pour V. M. cette considération qui lui est due, et en lui imposant et lui montrant en même temps qu'il ne tiendrait qu'à lui de se ménager l'amitié de la Prusse. V. M. n'a pas à craindre pour cela ni brouillerie ni nouvelle guerre avec la France, qui est dans le plus grand épuisement et à peine en état de soutenir celle qu'elle a encore sur les bras. Elle ne la ferait pas à V. M. quand même elle en aurait les moyens; mais il serait possible qu'elle portät ce fléau jusqu'à ses frontières, qu'elle y entraînat avec lui tous les dangers révolutionnaires, soit qu'un revirement lui donnät des succès, soit qu’une diversion dans le Nord de l’Allemagne lui parût utile. C’est ce que je crains, Sire . .. Je suppose que V. M. jugera peut-être à propos, dans sa haute sagesse, de se concerter sans délai avec les cours de Saxe, de Brunswick, de Hanovre et de Cassel sur les mesures à prendre en cas de besoin . ..
Si les affaires de la Pologne sont arrangées, ne conviendrait-il pas aux intérêts de V. M., en ménageant également les cours impériales et la France, de s'unir étroitement avec ses co-états des cercles de haute et de basse Saxe, surtout aux deux cours électorales qui y ont la prépon-
1) Während Haugwig feine Zufriedenheit Über bas Betragen Harbenberg’s ausfprad, erflärte Alvensfeben ben obigen Bericht für eine »dissertstion sans résultate, Baillen, Preußen u. Grantreid. 1. 3
Nov. 14.
Nov. 22.
Nov. 22.
Dec. 5.
34 Urkunden No. 20—21.
dérance et au landgrave de Cassel, pour la défense de ces cercles et états et pour le maintien de la plus stricte neutralité contre tous? Une partie du cercle de Westphalie du moins devrait également entrer dans ce plan. Reste à savoir s'il conviendrait, d’après les circonstances, d'y faire entrer l'Électeur Palatin pour le duché de Berg, que le baron de Reïbeld ... voudrait faire jouir des bénéfices de la ligne de démarcation. Cette ligue deviendrait formidable ; les moyens de défense ne me paraissent pas difficiles à combiner, et en écartant le danger, elle ne menacerait personne de vues offensives; elle mettrait V. M. en état d'attendre avec plus de sécurité les événements qui peuvent encore avoir lieu et d'en profiter. Les pays qu'on voudrait considérer comme neutres seraient probablement reconnus comme tels par le gouvernement français sur la base de la convention additionnelle du 17 mai, et il s'agirait de n'en pas renfermer dans cet arrangement où des collisions avec les troupes autrichiennes pourraient donner lieu à des difficultés du côté de la cour de Vienne, et où il serait de son intérêt de violer la neutralité. Le danger auquel le pays de Hanovre serait exposé le premier par une invasion de la part des Français, la retraite du contingent saxon, la paix de la Hesse, !) les sentiments manifestés par le parlement britannique, par les ministres anglais mêmes sur la pacification de l'électorat de Hanovre, voilà autant de facilités. Du reste un intérêt commun et des pactes de confraternité et d'union particuliers attachent à la Prusse la plupart de ces maisons, et ces nouvelles liaisons amèneraient pour la suite le système qui, d’après mes faibles lumières, convient le plus à la Prusse, de s'attacher le Nord de l'Allemagne et la Maison Palatine, sans compter sur le reste de l'Empire, et de s'assurer l'amitié et l'appui de la France; mais il me paraît qu'il ne faudrait pas perdre de temps, et qu'il conviendrait de prévenir, tant par une déclaration au gouvernement français que par des démarches auprès des cours intéressées, des événements fâcheux qui pourraient tout gâter ...
Rante 1, 330, 331,
21. Franzöfiiche Erklärungen über bie Demartationslinie ; Entgegnung Harbenberg's. Entjhloffene Haltung Preußens gegenüber Franfreih. Franzöfiiche Politik.
... [Nicht diffrirt) Le sieur Barthélemy m'a remis une note dans laquelle il s'exprime de la manière suivante: [diffrirt] Le Directoire exécutif estime qu'il est constaté que le respect de la République française pour les engagements contractés par elle a été seul la cause du revers
1) 28. Auguft.
Berichte Harbenberg’s aus Bajel. 35
qu'elle a essuy&; que la ligne de neutralité a tourné totalement au profit de ses ennemis: et que ces événements n’eussent jamais eu lieu si dès le principe S. M. Prussienne eût pris des mesures efficaces pour la faire aussi respecter par eux, surtout à l'époque où ils occupèrent les forts de Königstein et de Falkenstein... Quant à la partie de la ligne de neutralité qui concerne la Westphalie, le gouvernement français consentira volontiers à la regarder comme intacte, si 8. M. Prussienne consent également de son côté à prendre les mesures nécessaires pour dissiper efficacement, pour le présent et pour l'avenir, pendant la durée de la guerre actuelle, soit en Westphalie, dans le pays de Hanovre ou ailleurs, tout rassemblement quelconque de troupes anglaises, hanovriennes, d'émigrés français ou de mécontents hollandais. Un concert mutuel entre les deux puissances, guidé par une détermination bien précise à cet égard, ne pourra que leur être respectivement fort utile. Cette note est la réponse à celle que j'ai donnée au sieur Barthélemy le 12 novembre...
En lui disant que je ne manquerais pas de transmettre à V. M. la déclaration du gouvernement français, j'ai ajouté qu'en attendant que je reçoive les ordres nécessaires pour lui répondre relativement au concert mutuel à prendre sur la détermination bien précise de tout ce qui regarde la neutralité du Nord de l'Allemagne, je souhaite que pour faciliter et accélérer la chose il puisse engager le gouvernement à s'expliquer de son côté bien clairement sur ce qu'il désire, tant de la part de V. M. que de celle des différents états que cette ligne renfermerait, de même que sur son extension: que le nouveau concert à prendre ne saurait être trop précis, afin d'éviter tout mésentendu quelconque pour la suite; que du reste, quant au principe sur les rassemblements, nous étions d'accord, de manière que je ne voyais aucune difficulté . . .
J'ai cru, Sire, qu'il serait avantageux pour V. M. que le Directoire s'expliquât le premier. Il me paraît toujours infiniment nécessaire de déterminer avec certitude ce qui concerne cette neutralité, d'obtenir des déclarations positives des états qui y seront compris, de ne laisser aucun prétexte au gouvernement français de l’enfreindre, enfin et surtout de prendre des mesures conjointement avec les autres états ou avec les principaux d'entre eux pour le maintien de la neutralité. J’ose hardiment avancer, Sire, que la fermeté avec laquelle j'ai parlé sur les intentions de V. M. relativement à ce maintien, que la crainte de la voir de nouveau au nombre de ses ennemis, jointes au succès des Autrichiens, ont beaucoup influencé sur les résolutions du gouvernement français. J'ose lui assurer, d'après les notions les plus positives et multipliées, que ce n’est que par ce langage ferme et par une conduite semblable, menaçante même selon les circonstances, que V. M. parvient à son but
Dec. 5.
36 Urkunden No. 21—22.
avec la France; que cela seul peut opérer sur tant d'objets encore en suspens, surtout sur le plus important de tous, la restitution de vos provinces d’outre-Rhin, Sire, qui, d’après la mauvaise foi avec laquelle on agit contre tout ce qui a été convenu durant les négociations de paix, pourront d’ailleurs encore rester longtemps en proie aux déprédations, courir à leur ruine, et V. M. se voir toujours privée d’un revenu considérable. A la conclusion de la paix entre V. M. et la France, la paix générale était envisagée comme très prochaine, la possession de ces provinces comme purement militaire. La paix générale est peut-être encore très éloignée: les Français ont donné l'explication la plus défavorable à leur possession de ces pays, Sire; ils les déclarent pays conquis et les traitent comme tels. Peut-être le moment n'est-il pas éloigné où il conviendrait de leur dire que cet état des choses ne peut durer jusqu’à un terme indéfini, qu'ils reculent eux-mêmes, n'ayant non seulement point donné de suite à l'intervention et aux propositions de V. M. pour tout l'Empire, mais pas même à celle qu’elle a interposée pour les états qui ont entamé séparément des négociations, dont aucune n’a été acceptée par le gouvernement français. La raison est connue et avouée : c'est la même qui a fait donner les ordres d’expulser vos troupes de Francfort, Sire, et de violer la ligne de démarcation. Le système des conquêtes et des bouleversements avait prévalu avec le jacobinisme: on ne voulait plus de paix séparées afin de vivre à discrétion; et tandis qu'on voit de jour en jour les Jacobins reprendre plus le dessus depuis la composition du nouveau Corps législatif et directorial, il n’y a que la plus grande nécessité et la peur qui puissent faire changer ces principes. Si ces deux puissants agents n'opèrent pas, nous devons encore nous attendre aux plus grands malheurs pour l'humanité; l'Allemagne, par un nouveau revirement, peut devenir l'année prochaine le théâtre-de la guerre la plus affreuse et des révolutions; et voilà encore une raison de plus, d’après mes faibles lumières, pour bien consolider et rendre respectable la neutralité des États de V. M. et de ceux qui les environnent, afin de leur garantir le repos dans ce cas et éloigner ces fléaux de leurs frontières. Sous le régime des Jacobins et de ce parti qui domine actuellement, on ne pourra s'attendre à voir une saine politique établie ; ils sacrifieront au contraire toutes les considérations qui peuvent en être déduites à l'égard de la Bavière, de la conservation du Corps germanique, de la Prusse même dans le besoin, à leur existence personnelle et à leur système favori et révolutionnaire. Jamais on ne pourra se reposer sur eux, à moins d'entrer dans celui-ci !) ...
1) Am 13. Nov. beantragte bas Minifterum bie Abberufung Garbenberg's von Bajel
Bericht Harbenberg’s. Schreiben von Bohm. 37
22. Regationdrath von Bohm an den Geh. Cämmerier Nik.) Paris 1795 December 10.
Unterfieb der mener Zeit von ber alten, Die Theater. Das Palais royal. Preis:
verbältniffe. Befud von den Damen der Halle und ben Blumenmäbchen bes Convents.
... Pour ce qui est de la manière de vivre et des usages des Parisiens d'aujourd'hui, vous jugez bien qu'on ne doit plus les reconnaître. Ce luxe qui faisait vivre tant de bras qui maintenant mendient le pain aux portes des boulangers; ces sociétés où l’allégresse et l’enjouement ne faisaient rien perdre à la décence: ces productions de l’art et du génie, dirigées par le goût le plus éclairé; cette politesse fine et prévenante qui caractérisait les Français, tout cela a disparu. Il ne reste de l’ancienne splendeur de Paris que les spectacles et la bonne chère que les gens aisées trouvent chez ces restaurateurs dont la ville fourmille.
On a élevé pendant la révolution encore deux maisons spacieuses et fort belles pour les spectacles. Il y a plus de dix théâtres ouverts par jour, dont il y a plusieurs occupés par des troupes assez bonnes et dont les décorations et l’attirail sont très riches et fort soignés. On y donne beaucoup de pièces qui ont paru pendant la révolution; cependant on évite avec soin celles qui étaient en vogue du temps du terrorisme, dont on paraît revenu. Pour ce qui est des pièces anciennes que l'on voit représenter, on semble s'attacher de préférence à celles de Voltaire et de Molière. En vous parlant des théâtres, je ne saurais passer sous silence les ballets; on y met le plus grand soin; Vestris en fait toujours l'ornement. Mais quelque beau que soit l'aspect de tout cela, je ne saurais vous dépeindre la sensation que j'éprouve quand je viens à détourner mes yeux du théâtre et que mes regards tombent sur la foule des spectateurs. Vous ne voyez que des filles publiques, des femmes et des hommes d’une basse extraction, qui occupent les premières places, ?) et toute la salle est si remplie qu'il ne saurait plus y entrer âme qui vive. L'entrée aux spectacles étant à un prix auquel on ne verrait pas chez
und erbielt am 16. die Genehmigung des Könige. Am 27. wurbe Harbenberg bavon benadridtigt, der alsbald Bajel verließ und über Ansbah nah Berlin reifte.
1) Cbriftion Wilhelm von Bohm, geboren 1764, zum Legations-Selretär ernannt 7. Januar 1791, Legationsrath 6. April 1793, geabelt 26. Sept. 1794, Legationsrath bei der preufifen Gefanbtihaft in Paris feit bem 23. November 1795. Er vermäblte fit fpäter in Paris mit einer Tochter des Marquis Girarbin, verwittweten Bafly.
2) Ebenfo fpridt Lord Malmesbury, nad einem Bejuch der Oper, von ben Sufdauern als einer bad-looking company. (Diaries, III, 294). Bergl. aug Meyer, Fragmente ans Paris, Hamburg 1797, I, 7Oflg. u. Schmidt, Tableaux de la Révolution française I passim. Goncourt, Société frang. s. le Directoire, chap. 11.
Dec. 10,
38 Urkunden No. 22—23.
nous les lanternes magiques dans les rues, l’affluence est énorme. Il paraît qu'on a voulu dédommager les Parisiens, par cet étalage illusoire, de la misère réelle qui les accable.
En parlant de misère, je n’entends que la majorité des habitants. Il y a toujours un grand nombre de gens assez aisées à Paris, mais qui n'osent faire paraître au grand jour leur fortune. Tout le monde, hommes et femmes, est simplement vêtu. Point de bijoux, point d’or, aucun ornement dans la parure qui püt attirer l'attention. Comme par là les femmes qui sont d'un état au-dessus du commun risquent d'être confondues avec la foule, elles se tiennent la plupart chez elles, et l'on ne voit presque dans les rues que des gens que leur état oblige de sortir.
Le palais royal, nommé maintenant maison Égalité, qui, à ce qu'on m'a dit, était ouvert, illuminé et fréquenté par le beau monde jusque bien avant dans la nuit, est presque tout désert vers les onze heures du soir. La plupart des boutiques qui remplissent cette vaste enceinte se ferment même beaucoup plus tôt, faute d'acheteurs et de peur de vols. En général, si l’on excepte les négociants en gros et ceux qui entretiennent leur trafic avec les étrangers, le commerce, ainsi que l’industrie qui animait autrefois cette grande ville, ne présentent plus l'ombre de ce qu'ils étaient autrefois. Le luxe a disparu: on réduit ses besoins au nécessaire, et tous les objets qui ont une certaine valeur intrinsèque sont d’une cherté bien au-dessus de la proportion qui existe entre la valeur des signes qui représentent actuellement l'argent et d’autres objets moins importants. Vous achèterez bien à un prix modique des modes, des confitures ete.; mais on vous demandera pour des montres par exemple, pour du drap, pour de la toile, an prix au delà du double de ce que ces mêmes objets coûtent chez nous; d'autant plus qu'il n’y a pas de prix fixe pour quelque chose que se soit. Il est vrai que les assignats baissent presque tous les jours, et un louis vaut peutêtre aujourd'hui un tiers de plus de ce qu'il valait hier, mais les marchandises montent à proportion. Aujourd'hui un pain coûte 50 L., demain il en coûtera 60. Jugez par ce que je viens de vous dire de l'extrême discrédit des assignats et du délabrement dans lequel doivent se trouver les finances du pays. Aussi il n’y a pas de séance, tant des Anciens que des Cinq-Cents ou du Directoire exécutif, où cet objet ne fasse la matière principale de la discussion. On enfante un projet après l’autre, mais on aura beau projeter: tant que la guerre dure, le gouvernement actuel ne saurait prendre consistance, ni sortir de l'embarras où il se trouve à cet égard. Je crains fort que je ne sois, cet hiver encore, témoin de bien des scènes funestes. Il est vrai qu'il règne dans ce moment une tranquillité apparente à Paris; mais je crois qu'elle est forcée, puisque, lors
Schreiben von Bobm. Bericht von Sandoz-Rollin. 39
des derniers troubles, on est parvenu à désarmer toute la ville. Cepen- 1795 | dant il ne m’appartient pas de préjuger sur l'avenir; c'est au temps seul Dr 1% d'éclairer et de débrouiller la situation critique et incertaine où l'on se trouve ici.
Au reste, comme avec Robespierre le système du terrorisme est tombé, on ne fait plus tant de cas de ces dehors austères et quelquefois révoltants dont chacun était obligé de s'encroûter dans ce temps, s'il ne voulait risquer d’être déchiré par les griffes de ce monstre sanguinaire. On fait revivre plusieurs coutumes proscrites de son vivant. On nous appelle indifféremment monsieur ou citoyen. Les beaux équipages recommencent à paraître, quoiqu'ils soient encore rares.
Il y a encore un usage qui existe de l’ancien temps. Le lendemain de mon arrivée, à mon réveil, je trouve la porte et les fenêtres de mon appartement bloquées par un nombre considérable de femmes. Dés qu'elles m’apergoivent, elles se mettent à faire des compliments et à me sourire tendrement. Je leur dépêchai mon domestique, qui me rapporta de leur part une lettre dont voici à-peu-près le contenu. Les femmes de la halle et les bouquetières de la Convention vous félicitent, citoyen, et vous témoignent leur joie de votre heureuse arrivée, et attendent votre réponse. Ma réponse fut quelques milliers d'assignats. C'est une galanterie que, je crois, ces dames ont observée de tout temps à l’arrivée d’un ministre étranger ou des personnes de sa suite... .
23. Beridt von Sandoz-Rollin aus Paris. !) Stimmung in Frankreich.
... Qu'ai-je vu dans la partie de la France que j'ai parcourue? De. 21. Un mécontentement presque général des peuples sur la disparité subite et énorme du papier avec le numéraire. Qu'ai-je entendu? Un vœu presque aussi général de sacrifier la dixième partie des fortunes partieulieres pour rétablir cette balance et assurer les propriétés. L’esperance seule de voir sonder et guérir la plaie profonde des assignats à fait supporter l'arbitraire du dernier emprunt de 600 millions de livres de France. Cependant la tranquillité et l’ordre semblent avoir pris une sorte de stabilité dans la République, et... vouloir en rechercher la cause est d'autant plus fondé qu'on n'aperçoit ni les moyens ni les forces de les maintenir. Eh bien! on obéit parce que le système de la terreur pèse encore sur toutes les têtes: on obéit parce qu’une soumission monarchique aux décrets républicains surnage visiblement: enfin, on obéit
1) Sämmtliche Berichte nach ben an ben König und bas Minifterium in Berlin gefbidten Originalen.
Dec. 21.
Dec. 28.
Dec. 25.
40 Urkunden No. 23—25.
parce que chacun, s’isolant des affaires publiques, cherche à raccommoder ses affaires particulières. Bientôt Paris, si cela continue, n'offrira plus qu'un peuple de marchands boutiquiers et qu'un vaste entrepôt des productions du royaume . ..
Freilaffung der Prinzeffin Maria Therefia. Sieyes.
... [Nicht Hiffrirt) C’est . .. dans la nuit du 20 au 21 de ce mois!) que la prisonnière du Temple est sortie, pour être conduite et échangée à Bâle. Le secret a été si bien gardé, que le peuple de Paris n’en a été instruit que le lendemain fort tard. Une voiture attendait cette princesse à la porte dérobée du jardin, et une autre voiture se trouvait à l'entrée du Temple. Elle est montrée dans la première avec la dame de Soucy et deux autres personnes de sa suite. Une force armée à cheval escortait les deux voitures et devait être relevée en route, jusqu'à son arrivée à Bâle. [Gbiffrirt| Lorsque le ministre de l'intérieur a annoncé à cette princesse l'heure de son départ, elle a été fortement émue et s’est mise à pleurer. Qu'irai-je faire à Vienne? disait-elle, mieux eût valu m'oublier entre ces murs et dans ma douleur que de me montrer au monde d’une cour brillante. Qu’irai-je y faire? Je n’oublierai de ma vie les scènes de malheurs dont j'ai été témoin en France et auxquelles je ne survivrai guère. Sa fermeté, sa fierté et son courage ont étonné ceux qui la servaient, et ne se sont jamais démentis . . . L'abbé Sieyès disait ces joursei (et les paroles de cet homme doivent être relevées): »je suis le seul en France capable d’être employé à la pacification generale; mais l'Europe me haït trop pour m’accorder quelque confiance«. Il disait encore, à propos de ce qu’on avait changé les commis du bureau qui lui étaient attachés : von veut s'occuper de négociations, et l'on s'entoure de bêtes; qu’on juge des traités qui en sortironte . ..