Barthélemy
... Barthélemy m'avait prévenu . .. que l'amitié de son oncle, Juni 10. l'auteur d’Anacharsis, à mon égard avait provoqué la sienne; qu'il serait charmé d'avoir avec moi un entretien particulier sur les affaires du temps, et principalement sur les moyens d’affermir la paix. La personne qui m'a rendu ce compliment, était celle même que le Conseil des Anciens lui avait envoyée pour le presser d'accepter sa nomination. Je me suis servi du même organe pour lui répondre que j'étais d'autant plus flatté de cette bonne prévenance de sa part, que j'avais un intérêt bien vif de m’entretenir avec lui, ses talents et ses vertus m'ayant inspiré la plus grande confiance. J'attends présentement le résultat de son invitation. Ses amis du Conseil des Anciens lui avaient fait dire confidemment par la personne dont je parle ci-dessus: »la patrie et la paix ont besoin de vos talents: si vous pouviez vous refuser à la place honorable qui vous attend, vous élèveriez des intrigues fâcheuses et des partis plus fächeux encore: sauvez-les. J'ai d'autant plus d’empressement de conférer avec ce directeur, que je suis déjà instruit d’une partie de ses principes politiques: tous sont parfaitement d'accord avec les
ais un homme sage, modéré, rempli de talents et de bonnes intentions (Erlaf vom 9. Juni): man boffte befonbers, er werbe bas Direftorium von bem »funeste projet de la rive gauche du Rhin« gämlit abbringen (19. Juni).
Baillen, Preußen u. Frantreid. 1. 9
Guni 10.
intérêts de V.M., et sont tels qu'elle peut les désirer. Il a témoigné sa surprise de voir une négociation de l'importance de celle de Vienne abandonnée entre les mains d’un jeune homme avide de fortune et d’ambition; il en prévoyait les plus grandes méprises. C'était d'un côté, disait-il, l'ignorance; c'était de l’autre l'astuce la plus consommée ... Il est entièrement opposé au projet de réunir la gauche du Rhin à la France, et il soutient que vouloir agrandir la République de cette manière, uniquement pour contrebalancer la puissance de la Russie, est une absurdité politique intolerable; elle n'aboutirait à rien qu'à embarrasser la paix, à la rendre précaire et à perdre toute influence en Allemagne. Ce serait donc réduire sous le joug de l'Empereur tous les princes qui lui avaient été opposés dans cette guerre; ce serait enfin soumettre l'Empire à l'Empereur. Il est résolu à s'opposer fortement à ce qu'un pareil système düt prévaloir et fût adopté. Il montre la plus grande aversion à favoriser la rébellion des peuples contre les gouvernements subsistants et à propager ces principes révolutionnaires qui peuvent renverser la France et le monde social. Venise aurait dû être conservée, parce qu'un gouvernement n'est pas responsable des crimes de quelques-uns de ses sujets. Gênes devrait être maintenu dans sa noblesse du livre d’or, parce qu’elle sera plus utile aux besoins et au crédit de la France, que ne peut l'être un peuple superstitieux et pauvre. Le nouveau directeur ne pardonnera pas au sieur Delacroix les réprimandes qu'il en a essuyées pendant son ambassade. Il cherchera la première occasion pour l'éloigner de son ministère; il le dit à quiconque veut l'entendre. Malheureusement ce ministre a écrit pour se disculper une lettre si humble et si basse, qu'elle a encore aggravé ses torts au lieu de les diminuer . .