‹ Preussen und Frankreich von 1795 bis 1807Chapitre 56 sur 234 · Bartheiemy · texte numérisé non relu

Bartheiemy

Mon entrevue avec le nouveau directeur Barthélemy a eu lieu le 14 au soir; elle a duré trois quarts d'heure, et suffit pour me faire juger de son caractère de moralité et de politique. Ses principes sont bons, mais sa fermeté m'a paru très chancelante.

A peine lui eus-je témoigné l'intérêt que V. M. avait pris à sa nomination, qu'il m'interompit pour me dire: »On pensera favorablement de moi en Prusse, et je crois le mériter; mais que suis-je venu faire ici? Chaque jour je me trouve atténué et harcelé par des gens avec lesquels je n'ai aucun rapport d'idées ni de convenance. Le sacrifice que mes amis ont exigé de moi en m’appelant au Directoire exécutif, est ex-

Berichte von Sandoz-Rollin aus Paris. 131

trême. J'y perdrai le repos, l'existence, et je n’aurai pas l’espoir d'y opérer quelque bien. Pourquoi vous dissimulerai-je«, ajouta-t-il après une petite pause, »ce que vous connaissez mieux que moi? Nous marchons en politique comme nous avons marché à la guerre: beaucoup trop pour l'aventure. Rien n'est conçu et arrêté pour notre paix avec l'Autriche, et rien ne l’est également pour celle avec l'Angleterre. Nous négocions selon les circonstances, et nous réussissons ou nous échouons, selon les passions des agents qui y sont employés. Lorsque j'ai voulu connaître l'état de la négociation présente avec l'Autriche, . .. j'ai pu vérifier qu'aucun membre du Directoire exécutif ne savait exactement en quoi elle consistait, et ne savait point l'issue qu’elle pourrait avoir; tout y est posé conditionnellement, laissant de plus au cabinet de Vienne des options de dédommagements du plus dangereux exemple. On a forcé l'Empereur à la paix, et on lui a montré beaucoup de crainte de continuer la guerre, dispositions qui, une fois pressenties, donnent les plus grands avantages aux négociateurs autrichiens. Oui, tout est conditionnellement motivé, reprit encore le sieur Barthélemy. On est revenu, contre la signature des préliminaires, à remettre en question si, indépendamment de la réunion de la Belgique à la France, on ajouterait de plus celle de la gauche du Rhin. Il est à remarquer surtout que malgré ces incertitudes on attend d'un jour à l’autre la conclusion de la paix définitive avec le roi de Hongrie. Des objets d'une aussi grande importance auront été abandonnés entièrement à la décision d'un jeune général d'armée.

»Ne vous attendez pas, ajouta le sieur Barthélemy, »à des communications confidentielles de ma part dans ce moment. Je suis hors d'état de vous en donner; cela viendra avec le temps. Étranger à ce qui se passe dans ma patrie, j'ai besoin de 3 mois pour m’orienter sur les hommes et sur les affaires; mais je ne puis m'empêcher de déplorer en votre présence qu'une guerre, sontenue en grande partie pour affaiblir la maison d'Autriche, paraît avoir à la paix un effet si contraire. Notre politique, qui devrait consister à éloigner les dedommagements de l’'Empereur de la France et de l'Allemagne, n'aura en rien son exécution; le fruit de nos victoires sera entièrement perdu ; — enfin sais-je si je suis arrivé à temps dans le Directoire exécutif pour contribuer à la paix générale et pour écarter les moyens révolutionnaires, qui ravagent la moitié du monde européen En proférant ces paroles le sieur Barthélemy avait l'air découragé et accablé d’un profond chagrin.

Dans ce moment, on vint l’avertir qu'un grand nombre de représentants demandaient à le voir. Cela rompit notre entretien. Je le quittai en le priant de m’accorder bientôt une nouvelle occasion de le voir, ce qu'il me promit....

Juni 16.

Juni 16.

uni 22,

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Certainement il y aurait de la témérité de ma part de vouloir le juger sur cette conversation. Cependant ses complaintes, son esprit de critique amère, et son découragement, annoncent à mon faible avis de la crainte et de la faiblesse: il sera subjugué, ou je me trompe fort. L'éloignement du ministre Delacroix que le sieur Barthélemy avait annoncé à ses amis comme nécessaire, deviendra pour moi la boussole de son influence ou de sa nullité, je l'y attends bien. Loin que le directeur Rewbell ait montré du penchant à abandonner au nouveau venu la partie diplomatique, il a cherché au contraire à la rendre commune à tous les membres du Directoire exécutif. Pour cet effet il a proposé de casser le bureau secret et de se partager tout le travail en commun sans se réserver aucune partie, ce qui a été convenu. Le sieur Barthélemy est arrivé sur ces entrefaites, et a pu remarquer par ce nouvel arrangement combien on cherchait à lui montrer peu de confiance, et combien on cherchait à l’éloigner de la branche d'administration qui lui convenait. Il n'est pas partisan de la maison d'Autriche, et il ne le dissimule pas, malgré une certaine routine de ménagement et de réticence qui lui est familière. Jusqu'à présent le directeur Barras est le seul des membres du Directoire qui soit le plus lié avee lui, ce qui ne lui donnera ni influence dans ce corps, ni considération dans le publie . . .

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