‹ Preussen und Frankreich von 1795 bis 1807Chapitre 66 sur 234 · Bevorftehende Ankunft Napoleon Bonapartes in Paris · texte numérisé non relu

Bevorftehende Ankunft Napoleon Bonapartes in Paris

... On parle iei d'une excursion que voudrait faire vers la fin de ce mois le général Bonaparte à Paris, et l'on en parle comme d'un événement. C'en serait un en effet, si sa présence avait pour objet les différentes causes qu'on lui attribue; mais ce n’en serait pas un pour sa gloire, attendu que Paris en est le tombeau. On prétend qu'il a lintention de représenter fortement au Directoire que si on n’adoptait pas une autre conduite politique à l'égard des puissances étrangères que celle de les humilier et de les aigrir, on parviendrait de nouveau à soulever l'Europe contre la République française. On prétend encore qu'il veut représenter que l'affectation d'éloigner les militaires et les généraux des places du Directoire, ne pouvait qu'en aliéner l’armée et la rendre ennemie du gouvernement ...

137. Das Direktorium und die Jakobiner. Sievès. Napoleon Bonaparte. Die Proflamation gegen England.

Le sieur Rewbell avait raison: le Directoire ne jouira jamais d'un repos durable; il aura à combattre ses propres divisions et des partis sans cesse renaissants. Les Clichyens travaillaient, il y a quatre mois, à renverser le règne du Directoire pour y substituer celui des deux Conseils, et peut-être aussi celui d’une monarchie constitutionnelle. Les Jacobins travaillent aujourd'hui à dépopulariser le Directoire, et à y substituer une Convention et un Comité de salut public. Plus de dissimulation et de patience dans les premiers jusqu'au terme des élections

Nov. 12.

Nov. 16.

Nov. 23,

Nov. 23,

160 Urkunden No. 137—136.

auraient pu avancer leurs espérances: moins d'audace dans les dermiers pourrait leur promettre quelque succès. La lutte est entièrement à l’avantage du Directoire, qui a pour lui toute la puissance et toute la force. S'il a pu sévir contre des représentants bien fameux dans l'opinion publique, on sentira combien à plus forte raison il sévira contre des gens qui sont en aversion à toute la France. L'abbé Sieyès est le mobile secret des menées de la Montagne dans les deux Conseils, et de celles du Cercle constitutionnel: vrai caméléon, il les fait mouvoir à son gré, sans paraître jamais à découvert. Il y a cinq ans qu'il mine sous terre, affectant tantôt de la lassitude et de l'éloignement pour les affaires, tantôt de l'ambition et du désintéressement, mais ne perdant jamais de vue l'espérance de parvenir au faîte de l'autorité, et sachant en guetter toutes les occasions. Un tel homme est toujours dangereux, si même la fortune ne le seconde pas. Sa nomination à la présidence du Conseil des Cing-Cents !} a étonné et appelé toute l'attention du Directoire: j'en suis instruit positivement. Ajourner les deux Conseils avant l'époque des assemblées primaires et des élections, semble être la mesure la plus propre à prendre et la seule qui püt d'un seul coup dissiper les factieux et les factions. Le Directoire est occupé depuis huit jours à délibérer sur cette résolution importante, et il ne s’est encore déterminé à rien. Trois directeurs sont bien prononcés pour l’ajournement, savoir Barras, Rewbell et François; mais les deux autres s'y refusent hautement. Cependant la crise est instante : il faudra se résoudre ou à voir l'autorité directoriale méprisée, ou à renouveler l'épuration du 4 septembre: opération qui, à la longue, deviendrait laborieuse et dangereuse. L'arrivée du général Bonaparte à Paris, qu'on annonce comme très prochaine, est relative à cette situation présente des affaires. On veut le consulter sur les moyens d’extirper toutes ces brigues et tous ces complots, et l'on pense que sa gloire, l'enthousiasme de l'armée et sa haine bien prononcée contre les Jacobins, y réussiront mieux qu'aucune autre mesure. Quel appât pour son ambition! En effet, le besoin qu'on a de sa renommée et de ses services, réveillera ses idées ambitieuses et le rendra prédominant, au moins dans le Directoire; tout doit le faire préjuger. Cependant j'ai entendu des militaires ses amis, et nommément le général Berthier, juger bien différemment du caractère de ce général, et le représenter comme las de tant de bruit, et comme enclin à se cacher dans la retraite pour y cultiver les lettres . . .

L'abbé Sieyès a fait proposer au Directoire une entrevue avec quelques membres de la Montagne. Le motif en serait louable, celni de

1) ür ben Monat Grimaire VI (21. November — 20. December 1797).

Berichte von Sanboy- Rollin aus Paris. 161

réunir les trois pouvoirs et de les faire marcher d'un parfait accord. L’entrevue a été acceptée. Quelle qu'en soit l'issue, cette démarche a étonné, et l'on y a soupçonné des vues cachées. Il existe la plus grande haine personnelle entre Rewbell et Sieyès, et elle date depuis leur mission en Hollande), où ils n'ont jamais pu s'entendre et se concilier. Certainement le Directoire triomphera facilement de ces nouvelles entraves; mais certainement aussi il éprouvera beaucoup de difficultés de tenir toujours un juste milieu dans les crises successives du gouvernement: s’il montre de la modération, les royalistes lévent la tête et veulent le renverser; s'il montre de la sévérité, les Jacobins conspirent et veulent ravir sa puissance. Les républicains composent la moindre partie de la nation. Depuis un mois, le sieur Rewbell a admis son collègue François à la partie diplomatique; ils la traitent et la décident en commun. Ce sont eux qui ont composé et rédigé la proclamation du Directoire contre l'Angleterre, qu'on trouvera dans tous les papiers publics; proclamation du plus mauvais genre déclamatoire?). Le miuistre des relations extérieures, que j'ai vu ce matin, m'en a parlé dans ce sens, observant que cette pièce était l'œuvre des beaux esprits du Directoire, et que le sieur Pitt, s'il était bien avisé, devait leur en adresser une lettre de remerciment. Ses ouvertures pour reprendre la négociation avec cette puissance avancent peu et sont contrariées extrêmement par le Directoire; les sieurs Rewbell et François prêchent la croisade contre l'Angleterre, comme l'hermite l'a prêchée de son temps contre la Terre sainte . ..

138. lntercebung zwijchen Sieyes und bem Direftorium. Die Jatobiner und Napoleon Bonaparte.

L'entrevue désirée et demandée par l'abbé Sieyès au Directoire n’a abouti à rien; bien loin de s'entendre et de se rapprocher, on s’est séparé avec plus d'humeur qu'auparavant. L'abbé Sieyès a affecté de dire: »le Conseil des Cing-Cents secondera le Directoire dans tout ce qui concernera le bien de la République, mais il prétend conserver la liberté de son assentiment ou de son opposition; une obéissance aveugle de la part des deux Conseils serait destructive de toute administration et de toute considération ; le Directoire n’est fort que de l'union des deux pouvoirs de la constitution L'exposition de ces principes a déplu, mais plus encore la manière dont on en a fait l’application. Le sieur Lare-

1) Mat 1795.

2) Proflamation vom 3. Frimaire (23. November). Baillen, Preußen u. Grantreid. 1. 11

Nov. 23.

Nov. 28.

Dec. S.

162 Urkunden No. 138—140,

vellière-Lepeaux l'a relevé avec aigreur. »Le Directoirec, a-t-il dit. »bien convaincu de ne proposer jamais rien qui ne soit d'une utilité reconnue et qui ne soit dans les limites de la constitution, insistera aussi sur une acceptation pure et simple de la part du Conseil. Le parti en est pris: on a résolu de comprimer l'essor et les projets ambitieux des Jacobins avant qu'ils aient le temps de se fortifier des recrues des élections prochaines. (Cela devient instant. L'on croit toujours que la présence du général Bonaparte . . . doit servir à l'exécution de cette mesure . ..

La faction jacobine ... a voué une haine implacable au général Bonaparte, qu'elle considère comme son ennemi déclaré, et elle tâche d’atténuer ses triomphes par des épithètes ridicules, telles que celles de petit César, de grand usurpateur et de petit négociateur. Elle taxe sa paix avec l'Autriche d'une trahison abominable, et proteste que les articles en doivent être redressés au congrès. Ces propos sont répétés dans les deux Conseils, et si leur sentiment eût prévalu, le traité de paix avec l'Empereur n'aurait jamais été ratifié . ..

139. Empfang Bonaparte'3 burd bas Direktorium (6. December); feine Pläne. Außerungen Talleyranb's.

... C'est dans l’appartement de Barras comme président que les autres directeurs se sont réunis pour attendre le général Bonaparte. La réception qui lui a été faite a varié selon les affections et les passions de ces gouvernants : chaudement et à bras ouverts par Barras et Larevellière-Lepeaux, amicalement par Rewbell, et froidement par les deux autres. J'écris d'après ses propres observations que le général Berthier a trahies indiserötement. Dans le Directoire, il doit avoir été question des arrangements à prendre pour la paix générale et du rassemblement de 60 mille hommes sur les côtes de la Bretagne. Il ne croit pas, comme Talleyrand, à un prompt dénouement du congrès de Rastatt, prévoyant au contraire toutes les chicanes et les entraves que Vienne opposerait aux propositions qui n’entreraient point dans ses vues. Il croit à la paix avec l'Angleterre, ne concevant pas comment la Hollande voudrait se refuser à la cession de Trinquemale, après l'échec que sa marine venait d’essuyer!). Son projet est celui-ci: il formera un camp à St. Malö et y établira son quartier général; il fera mine de rassembler un grand nombre de bâtiments de transport et dans le même moment il fera proposer à Londres d'envoyer un négociateur pour traiter. Certai-

1) Schlacht bei den Kamper Dünen, 11. Oftober.

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nement il a accepté ce généralat bien plus dans la persuasion d'achever la paix de l'Europe que dans l'idée de tenter une descente, dont il prévoit tous les hasards et tous les dangers .

Le ministre des relations extérieures m'a promis de recommander avec instances au général Bonaparte les plénipotentiaires de V. M. au congrès, et m'a prévenu qu'il était sûr d'y réussir. Ce ministre a applaudi au choix que V. M. avait fait pour cette commission !), me disant à ce sujet que la mission française serait une des plus mal composées et une des plus faibles au congrès: Treilhard, selon lui, était un ignorant, et Bonnier, qu’il connaissait particulièrement, n'avait qu'un vain caquet : mais il espérait que le bon esprit et la grande pénétration du général Bonaparte suffiraient à tout . ..

140. Öffentlicher Empfang von Napoleon Bonaparte. Unterrebung mit ibm.

Nicht hiffrirt] Jamais on ne vit tant de monde rassemblé qu'il y en a eu hier matin pour voir l'audience publique du général Bonaparte. Les avenues du Luxembourg étaient inabordables. Jamais on n'avait entendu des applaudissements et des acclamations aussi fortement prononcées de »Vive Bonaparte« et de »Vive le Directoirex, tout en retentissait. A midi et demi ce général, conduit par le ministre des relations extérieures et accompagné de son état-major, s'est présenté dans l'emplacement qui avait été préparé au Luxembourg pour le recevoir. A son approche, le Directoire s'est levé. D'abord un silence imposant, puis des acclamations multipliées y ont succédé et qui étaient repétées au loin. Le discours du général Bonaparte prononcé à la suite de celui du ministre des relations extérieurs a été peu entendu; le lieu était trop vaste, et la foule trop bruyante pour y réussir. Le directeur Barras y a répondu avec émotion et avec dignité; avec émotion en ce qu'il revoyait ce même général, qui de son choix était parti sans bruit pour le commandement de l'armée d'Italie, en revenir couvert de triomphes et de gloire. La présidence même de ce directeur offrait encore dans cette occasion une singularité de destinée très remarquable.

(Chiffrirt] J'ai pu approcher ce général et converser avec lui. Son abord est sec et réservé pour les curieux importuns; mais il est honnête,

Dec. 8.

Dec. 11.

affable et même confiant pour ceux qui ont mission à lui parler; je l'ai

éprouvé pour mon personnel. Le jour où j'ai remis dans l'intérieur du Directoire mes lettres de créance ?}, était celui même fixé pour son au- 1) Preußifhe Bevollmädtigte in Raftatt waren: Goerk, Jacobis$loeft, Dohm. 2) Bei Gelegenheit des Thrommechiels in Preußen batte Sandoz ein nenes Beglaubigungsjchreiben erhalten.

Dec. 11.

164 Urtunben No. 140—141,.

dience publique. Après m'être acquitté de ce qui concernait ce premier objet, c'est-à-dire après avoir assuré le Directoire de la sincérité des sentiments d'amitié de V. M. et avoir reçu un langage parfaitement réciproque de sa part, je me suis trouvé en mesure de l’entretenir. Nous étions huit dans la chambre, y compris le Directoire. »Comme Prussien, j'ai pris beaucoup d'intérêt à votre gloire«, me mis-je à dire, »et comme philantrope j'en ai pris également à votre humanité. »Une certaine fortune et de l'activité«, répliqua-t-il, »ont fait la base de mes succès ;- le grand Frédéric est le héros que j'aime à consulter en tout, en guerre comme en administration; j'ai étudié ses principes au milieu des camps, et ses lettres familières sont pour moi des leçons de philosophie«. Passant de là aux objets de la pacification générale, je lui montrai mes craintes que le congrès de Rastatt ne devint un théâtre de chicanes et de divisions, au lieu d'être un refuge de paix. Je lui représentai surtout qu'un des moyens de trancher ces difficultés eût été de convenir des principaux objets entre les trois puissances avant de les porter à Rastatt. Cette idée fut débitée comme m'étant absolument propre. J'y ajoutai que pour y réussir, la France devait en faire la proposition à Vienne, et que sans cela les discussions du congrès seraient prolongées à l'infini. Je fus écouté et bien compris. »Non, nom, reprit le général Bonaparte, »vous êtes dans l'erreur à ce sujet; les articles secrets du dernier traité de paix sont rédigés pour la convenance de votre cour; il faut que Vienne consente à ce que nous exigeons en matière de sécularisations et en matière de dedommagements; elle y souscrira finalement, et j'en ai en quelque sorte obtenu son consentement; il ne sera question que de bien nous concerter et de bien nous entendre. J'ai des regrets, dit-il, que le roi de Prusse n'ait pas envoyé un négociateur à Udine; j'aurais mieux connu ce qui entrait dans ses intérêts politiques, et j'aurais pu les combiner mieux peut-être avec ceux de Vienne. J'en ai également de n'avoir trouvé aucun de vos plénipotentiaires à Rastatt dans le court séjour que jy ai fait, nous aurions pris langue, et nous serions vraisemblablement tombés d'accord des principaux points. Les Autrichiens, continua-t-il, sont lourds et défiants en négociation, si lourds qu'ils ne savent ni par où il faut commencer, ni par où il faut finir. Le comte de Cobenzl, que j'ai distingué parmi eux comme un homme instruit et de mérite, n'est pas supportable en matière de négociation; c'est une mer à boire que de lui faire entendre raison sur les objets les plus simples et les plus elairs«. Je lui parlai des plénipotentiaires de V. M. comme de personnes qui sauraient l'apprécier et l'entendre. Je pris même parole d'aller chez lui pour en causer plus particulièrement. Sa réponse

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fut flatteuse pour moi. Il me quitta dans cet instant pour se rapprocher du Directoire. Je ne puis m'empêcher de relever le discours qu'il y tint et qui servira à caractériser ce général. »Sachez, directeurs, se mit-il à dire, »que je n’ai pas vu vos grenadiers sans une vive émotion et sans me convaincre que je vaux mieux comme guerrier, que comme négociateur« . ..

Düffer 2, 82.

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