‹ Preussen und Frankreich von 1795 bis 1807Chapitre 78 sur 234 · Unterrebung mit Napoleon Bonaparte · texte numérisé non relu

Unterrebung mit Napoleon Bonaparte

März 14. ... Le général Bonaparte, dans l'entretien que j'ai eu avec lui, ne m'a point dissimulé que son départ pour le congrès devenait chaque jour plus incertain, qu'une autre destination l'appelait ailleurs, et qu'il laisserait probablement aux plénipotentiaires français l'honneur de signer la paix définitive; triomphe qui eût été plus dans ses affections que tous les triomphes de la guerre. Passant de là aux oppositions soutenues de

Berichte von Sandoz:Rollin aus Paris. 177

la députation de l'Empire à la cession de la rive gauche du Rhin, il me fit ce raisonnement, que je m'appliquerai à transerire littéralement: »la cour de Vienne est convenue avec moi de donner son consentement à ladite cession, et elle l’effectuera ; les difficultés qu'elle a l'air d'écouter et de favoriser aujourd'hui, n'ont d'autre but que de dissimuler mieux ses arrangements avec la République française et de ménager sa popularité dans l'Empire ; négocier pour elle est, comme l'on sait, épuiser la patience et le temps. Certainement la possession de Mayence, que l'Empereur a abandonnée à la France d'une manière déplorable et sans qu'il y fût obligé, a donné au Directoire l'idée, et bientôt le droit, d'acquérir la rive gauche du Rhin, ce qui sans cela ne pouvait pas tomber dans sa pensée; ainsi l'Empereur, en livrant Mayence, a livré nécessairement cette limite; et quoi qu'il dise et fasse, il passera toujours pour être l'auteur de ce démembrement de l'Empire. Mais le désir du Directoire et le mien serait présentement que le roi de Prusse intervint dans le traité de Campo Formio, et engageät les électeurs de Saxe et de Hanovre à consentir à la cession de la rive gauche du Rhin, avant que l'Empereur les y déterminât. Cette obligation envers lui de moins affaiblira en quelque sorte des conditions éventuelles qu'il importe à la Prusse et à la France de contester et d'annuler: et cette obligation de moins pour l'Autriche deviendra une obligation de plus pour la Prusse, et contribuera à augmenter ses indemnités ; il n'existe pas d'autre manière de sauver la Bavière de toute espèce de démembrement.

»Le roi de Prusse devrait peser ces considérations dans sa sagesse. Si au contraire ...ce monarque flotte entre Vienne et la France, et penche plutôt pour la première, le Directoire, délié de toute espèce de reconnaissance à son égard, s'en tiendra à l'observation stricte de ses engagements pour ses compensations; le mal qui en résultera sera uniquement le fait de la Prusse: car l'Autriche gagnera dès ce moment une très grande supériorité sur elle, supériorité acquise dans la richesse effective de ses nouveaux États. Ce serait trop perdre pour la Prusse, que de perdre encore une chance qui lui est offerte, de rétablir une proportion de puissance entre elle et Vienne; je ne saurais me résoudre à le croire... Si la Prusse prétend étendre sa neutralité jusqu'à être passive dans ses intérêts les plus chers, elle oublie alors de prendre le rang de première puissance qui lui est assigné, et elle oublie que pour assurer la paix, elle doit affaiblir la grandeur de sa rivale, l’Autriche« . . .

J'exprimai à ce général tous mes regrets de le voir empêché d'aller à Rastatt, et mes craintes que cela ne fût interprété comme un éloignement de la France pour la paix générale: mais il combattit cette idée, m'assurant d'une manière aussi franche que positive que le Directoire

Baillen, Preußen u. Granfreid. 1. 12

März 14.

178 Urfunben No. 155—158.

1798 avait bien plus besoin de repos que de guerre, et que la paix, telle Mär 14. qu'elle devait être eonelue, était trop honorable pour s'y refuser . . .

Me parlant des événements de la Suisse, il me dit savoir que j'avais tenu à Rewbell le langage d'un politique sage; ami des grands principes qui devraient diriger le Directoire, il déplora le sang répandu sans cause et sans raison à ce sujet, et déplora encore de voir ce même Directoire dirigé par une poignée de gens sans aveu et sans instruction...

Je replace ici une particularité qui appartient aux événements de la Suisse, et qui n'est pas indifférente. Le général Bonaparte avait conseillé aux Bernois, lors de son passage dans leur ville, de faire un 14° canton du pays de Vaud, et de le faire de leur propre mouvement, mais ce conseil fut rejeté avec un orgueil presque insultant, jusqu'à dire qu'aucune puissance sur la terre ne saurait les y forcer; »propos insense«, me dit ce général, »et que j'aurais bien voulu ne pas entendre« . . .

Dans cette conversation, dont j'ai supprimé tous les détails inutiles, le général Bonaparte était confiant; mais son air était soucieux et rêveur. Son existence politique est extrêmement pénible et critique: brouillé avec le directeur Rewbell et avec le sieur Barras, il ne se soutient que par la sagesse de sa conduite et par la grandeur de ses services et de sa réputation. L'expédition contre l'Angleterre répugne à ses goûts, et il aurait bien voulu en remettre le commandement, s'il l'avait pu sans offenser le Directoire et se perdre . . .

Häuffer 2, 174. Hüffer 2, 207. 369. Sybel 5, 106.

156. Unterrebung mit Talleyranb. Die Unternehmung gegen England.

Miy 18. / ...»Savez-vouse, m'a dit Talleyrand, »que tandis que le Directoire . /erie guerre contre l'Angleterre, moi je crie au contraire paix, comme le “ dernier terme de ses ressources. L'on se trompe, lui ai-je représenté

en dernier lieu, quand on envisage la guerre épuisant ses finances et divisant la nation; on se trompe. C'est au contraire la paix qui doit opérer ces résultats, c'est-à-dire un engorgement de papiers, la ruine du crédit public et une banqueroute inévitable. La guerre réveille le patriotisme de cette nation, et grâce aux mesures adoptées par le Directoire contre les neutres, on a mis tout le commerce de l'Europe dans la possession de l'Angleterre. L'on se fâche quand je parle de la sorte et l’on ne veut pas être éclairé. A mesure que le temps se prolonge, la possibilité de se rapprocher diminue. On persiste en Angleterre dans ses anciennes prétentions, et l’on hausse en France les siennes . . .

»On se fâche, et on ne veut pas être éclairé, remarquait le sieur Talleyrand: il dissimulait ainsi une scène très vive qui s'est passée il

Berichte von Sanboy-Rollin aus Paris. 179

y a peu de jours, entre le directeur Rewbell et lui. »Que parlez-vous 1798 de faire la paix avec l’Angleterre«, disait l'autre: »vous êtes le seul qui zu ch puissiez avancer une pareille absurdité; je ne vois plus qu'un seul moyen de lui procurer la paix, c'est de l'humilier et de la subjuguere«.

J'ai entendu à des gens bien instruits et admis souvent dans l'intérieur du Directoire douter de la réalité de cette descente en Angleterre, et je leur ai entendu prétendre que ces menaces et ces préparatifs n'avaient d'autre but que d'obtenir une paix avantageuse et allumer une révolution dans cette île . ..

Page 1