‹ Prévost-Paradol; étude suivie d'un choix de lettresChapitre 27 sur 42 · SAINTE-BEUVE A PREVOST-PARADOL · texte numérisé non relu

SAINTE-BEUVE A PREVOST-PARADOL

5 novembre IS'Gl.

Vous m'auriez dit moins de choses aimables, Monsieur, que je vous serais encore très reconnaissant de votre remerciement. 11 est si délicat toujours de vouloir aller au fond des pensées qu'il fallait que je comptasse beaucoup sur votre esprit pour oser me permettre ce que j'ai fait, surtout ayant à cœur de témoigner de ma sympathie, bien plus que de marquer une dissidence. Vous me donnez une vraie joie, en me rassurant. Elle est tempérée d'un regret, vous savez trop lequel; quoique je sente

cela moins vivomont que d'autres, je ne laisse pas d en êti'e chagrin et préoccupé. J"ai le cœur moins belliqueux que la plume, mais il faut faire son métier honnêtement.

Agréez, Monsieur, l'expression de ma haute estime.

Sai.nte-Helve.

6 mars 18G2.

Mon cher monsieur Scherer,

Je n'ai appris qu'hier matin que vous avez parlé de mois et quand j'ai passé au journal, c'était pour vous lire.

Maintenant que je vous ai lu et relu, je ne sais vraiment comment vous remercier. Vous avez traité l'homme et l'écrivain d'une façon si honorable pour moi, et votre éloge a un tel caractère, qu'il y a désormais entre nous autre chose que la simple confraternité. Votre noble talent — soit dit sans aucune intention de compliment ou d'échange — vous assure un des premiers rangs parmi ceux que vous conviez à l'action et auxquels vous promettez l'avenir à la fm de vôtre article. Nous serons donc des frères d'armes, et notre bonne amitié nous soutiendra dans les bons et les mauvais jours. Que de compliments je vous ferais sur votre généreux article, si je me laissais aller à dire tout ce que j'ai sur le cœur ! Les éloges dont vous m'accablez et que j'ai une violente envie de mériter m'auraient moins ému et ravi, sans la vérité vraie du commencement. Je sens bien, de temps

1. Voir Edmond Scherer, Études sur laLiltêrature contemporaine, I, XV, p. 255.

à autre, quand mon article hebdomadaire me pèse un peu, le vieil homme académique et pompeux reparaître; mais il suffit que la passion s'éveille pour le chasser, et, grâce à Dieu, les sujets de se passionner ne manqueront pas à notre commune existence. Nous la passerons, je l'espère, non loin l'un de l'autre, et sans changer d'avis l'un sur l'autre. Encore merci et à vous de cœur.

Versailles, T mars 1802.

Mon cher confrère, mon ami, M. Scherer, a été charmé de votre lettre. Voulez-vous vous trouver avec lui, un jour qu'il vous plaira'"? Vous m'écrivez que vous venez, le lendemain, déjeuner ou dîner chez moi; j'avertirai M. Scherer. Vous prendrez mon repas philosophique. Pour que le plaisir soit complet pour nous tous, vous amènerez Gréard. Je n'exclus que les dniers du lundi et du mardi. Choisissez donc une série de beaux jours pour pouvoir se promener.

Tout à vous, E. Bersot.

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