LXXXVIII LOUIS YEUILLOT A PREVOST-PARADOL
>'ovembre 18G5.
Monsieur,
J'ai l'honneur de vous adresser la nouvelle édition d'un ouvrage qui devait être exclusivement littéraire*, mais dans lequel les circonstances présentes ont fait entrer, sans que je l'aie voulu et sans que je m'en sois défendu, beaucoup plus de politique que n'en comportait mon premier dessein. Si vous parcourez ces deux volumes, vous y trouverez en plus d'un endroit une réponse aux observations bienveillantes et injustes que vous avez faites récemment à mon sujet. Vous me félicitiez de mon retour aux idées de liberté : je ne crois pas m'être séparé jamais de ces idées-là.
Je n'ai jamais été aussi perverti que vous le croyez; je ne suis pas et je ne peux pas être jamais aussi converti que vous l'attendez. J'aime la liberté avec toute la mesure où un catholique le peut, et cela va très loin ; mais j'aime aussi beaucoup l'autorité, je l'aime autant qu'un catholique le doit; et nous serions encore adversaires, si je n'appartenais aux idées que la force de ce temps-ci a résolu de supprimer absolument.
Le dissentiment entre nous, dissentiment irrémédiable, j'en ai peur, ce n'est pas que vous aimiez la liberté et que je ne l'aime point, ni que j'aime l'autorité et que vous ne l'aimiez point : c'est que nous avons une conception différente de ces choses. A cause de cela, nous subirons les mêmes terribles mécomptes. La liberté vous broiei'a les mains, comme l'autorité me l'a coupée. Et le pire, c'est qu'il faudra plus de temps que nous n'en avons,