‹ Prévost-Paradol; étude suivie d'un choix de lettresChapitre 37 sur 42 · VICTOR HUGO A PREVOST-PARADOL · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO A PREVOST-PARADOL

Jersey, '2 juin 4866,

Monsieur et cher confrère,

J'ai reçu avant-hier, 51 mai, votre gracieux envoi. Tout ce qui m'est adressé étant surveillé et souvent intercepté, ces retards de la poste m'étonnent peu. Je connaissais votre noble et ingénieux discours et je vous en avais remercié dans ma pensée. Vous avez fait entendre à l'Académie un digne langage; vous avez parlé de la poésie en poète et de la liberté en citoyen. Votre talent augmente l'Académie et votre courage l'honorera. L'Institut a de grands devoirs publics, dont il ne semble pas se douter. Il faut que dès à présent il songe à se mettre à la hauteur d'une situation qui pourrait bien le déborder un jour. Une crue latente, mais irrésistible, se fait de toutes paris dans les idées et dans les choses. Malheur à qui ne la voit pas! De nos jours l'âge ne signifie rien; les progressifs sont les vieux, les retardataires sont les jeunes. Un absent, un soUtaire, un vaincu, tel que moi, dévoué au progrès dans la société et à l'idéal dans l'art, mais éliminé

par le temps el prêt à disparaître, n'a plus qu'un droit, c'est de compter sur les hommes qui, comme vous. Monsieur, ont la double jeunesse des années et des idées. La délivrance par la lumière, tel est le but, tel est le moyen. Moyen et but sont dignes de votre noble esprit. Recevez, Monsieur et cher confrère, mon cordial serrement de main.

Victor Hugo.

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