‹ Prévost-Paradol; étude suivie d'un choix de lettresChapitre 38 sur 42 · M»- DUPANLOUP A PREVOST-PARADOL · texte numérisé non relu

M»- DUPANLOUP A PREVOST-PARADOL

Orléans, 5 décembre 18G6.

Monsieur et très cher confrère,

Je suis vraiment bien en retard, non pas précisément avec vous, mais avec moi. C'est-à-dire que je voulais depuis longtemps vous exprimer ma pensée sur votre récent article dans le Journal des Débats, et les accablements où je suis depuis un mois ne me l'ont pas encore permis.

J'avais entendu parler de cet article, et j'étais même sur le point de le faire venir; car j'ai le regret de n'être pas abonné au Journal des Débats, quand vous, et quelques-uns de vos amis, y écrivez : malheureusement, vous n'y écrivez pas seuls.

Mais je reçus tout à coup cet article, grâce à l'attention obligeante de mademoiselle votre sœur^ Et laissezmoi vous dire combien j'ai été touché, en le lisant, de l'élévation, de la profonde sensibilité et de la pénétration si délicate avec lesquelles vous appréciez l'influence de la

1. C'est sous la direction de Mpr Dupanlonp que Mlle Prcvost- Paradol était entrée dans la Congrégation de Notre-Dame de Sien.

religion, dans les bonheurs ou dans les malheurs de la vie. J'ai été heureux, non surpris, de vous entendre parler avec cet accent de ces choses si nobles et si pures du cœur, connaissant de vous ce que j'en connais. Car nonobstant ce loyal aveu, où j'ai cru voir comme un regret, on ne peut pas ne pas sentir que vous inclinez vers Dieu, peut-être plus que vous ne pensez, par les meilleurs instincts de votre âme, et par celte sorte de christianisme latent qui est au fond de tous les cœurs droits, honnêtes, généreux.

Je dois aller dans quelques jours à Paris, et j'y chercherai l'honneur de vous voir, afin de causer avec vous de mademoiselle votre sœur et de ses intérêts.

Agréez, Monsieur et bien cher confrère, l'hommage de mes profonds et dévoués sentiments.

-j- Félix, évêqued Orléans.

PREVOST-PARADOL A LUDOVIC HALÉVY

Berlin, janvier 1867.

Mon cher ami, cette grande, froide et belle ville m'ennuierait déjà, si je n'y avais trouvé des amis. Mais il n'y a pas à se cacher que c'est une fière nation, que les soldats ont l'air solide et sérieusement intelligent, que le nombre d'uniformes dans les rues est effrayant et que tout ici, monuments et statues, hommes et choses, respire l'ambition et la guerre. Il y a sur le principal boulevard un magnifique Frédéric II à cheval qui me fait penser à bien des choses, quand je passe à ses pieds. Voilà bien pour ces gens-là l'Éternel qui les a tirés de la terre d'Egypte et qui leur a donné une belle place parmi les nations de la terre.

PREVOST-PAUADOL A GRÉARD

Samedi, 14 février 1867.

Cher Ottavio, bonne nouvelle. C'est mardi prochain que doivent commencer les séances de la commission des prix Monthyon. J'allais m'occuper de ton livre; les choses ont marché toutes seules et plus vite que moi. Écoule l'histoire.

J'entrais tout à l'heure dans la salle. Villemain, Guizot et Yitet y étaient; Villemain tournait le dos à la porte. Au moment où j'arrivais derrière ses talons, je l'entends dire : « J'ai un bon livre. — Sur quoi? — Sur la morale de Plutarque. J'ai lu à pj'opos de Plutarque bien des déclamations; je ne connais pas d'étude plus judicieuse ni plus fine que celle-là; et puis l'auteur sait écrire. » Je pousse un ah! de plaisir. « Est-ce que vous le connaissez? reprend Villemain en se retournant. — Si je le connais! — Alors gardez-vous de lui rien dire encore. — Je vous le jure! » Et c'est ainsi qu'on tient ses serments à l'Académie, tout comme l'opposition au Parlement.

Pour toi, cher ami, sois muet. Mais te voilà sûr d'un prix, et même, je crois, d'un beau prix. Tu sais que Villemain est un Plutarchisant, ce qui double la valeur du jugement.

Je t'embrasse, cher lauréat, mais à huis clos.

Anatole.

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