‹ Prévost-ParadolChapitre 16 sur 27 · Voir ci-dessous, lettre XXXIV · texte numérisé non relu

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autant de fou rire qu'à dix ans, et j*ai failli être ému par le Vieux Caporal. S'il n'est pas mort avant ton retour, tu seras confondu, comme moi, de Thabileté mimique de Frederick Lemaître, plus éloquent dans son rôle de muet que tous les membres du Corps législatif réunis.

M. Villemain* est un libéral, dans tous les sens du mot, et lu ne pouvais avoir affaire à un esprit plus éclairé. Il a même ses passions en matière religieuse, et je sais que la théocratie est son ennemie personnelle. Il a enfin, en philosophie, les opinions de mes amis et les miennes : c'est te dire assez que je les trouve excellentes. Bref, ce que j'envierais le plus dans ton voyage — si tes plaisirs n'étaient un peu les miens, — c'est ton long commerce avec cet homme supérieur, embarqué, comme tant d'autres, par le hasard dans cette périlleuse galère du 2 décembre.

A ce propos, cher Ludovic, je t'avoue que je suis dans la plus grande incertitude sur la conduite que tu dois suivre à ton retour. On parle ici pour toi d auditorat au Conseil d'État, de missions, etc. D'un autre côté, ta mère serait plus heureuse de te voir fixé, plus obscurément, mais plus sûrement, dans quelque administration stable et régulière : plus je pense à l'un et à Tautre parti, moins j'ose dire quel est le meilleur. Heureusement pour notre pauvre sagesse humaine que la fortune nous laisse rarement le choix de notre conduite, et que, le plus souvent, on se trouve, sans savoir pourquoi ni comment, jeté à droite ou à gauche. C'est ainsi, je crois, que se décidera ton sort à ton retour; et notre belle prudence n'y fera rien.

Voyage donc en paix, profite de l'esprit supérieur de ton compagnon de route, écris des lettres fortifiantes à l'Institut et n'oublie pas ton vieil ami, qui roule sans

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