‹ Prévost-ParadolChapitre 24 sur 27 · Le Parfum de Rome · texte numérisé non relu

Le Parfum de Rome

VOUS el moi, pour que ces mécomptes nous mettent d'accord.

Le monde a perdu le secret de faire une même chose de la liberté et de l'autorité . Ce secret était à Rome. On va Tensevelir sous de telles ruines que le genre humain sera heureux, s'il suffît de quelques siècles pour le tirer de ce tombeau.

Je vous prie de me croire. Monsieur, votre très humble serviteur.

Louis Veuillot.

Jersey, 2 juin 1866.

Monsieur et cher confrère.

J'ai reçu avant-hier, 31 mai, votre gracieux envoi. Tout ce qui m'est adressé étant surveillé et souvent intercepté, ces retards de la poste m'étonnent peu. Je connaissais votre noble et ingénieux discours et je vous en avais remercié dans ma pensée. Vous avez fait entendre à l'Académie un digne langage; vous avez parlé de la poésie en poète et de la liberté en citoyen. Votre talent augmente l'Académie et votre courage l'honorera. L'Institut a de grands devoirs publics, dont il ne semble pas se douter. Il faut que dès à présent il songe à se mettre à la hauteur d'une situation qui pourrait bien le déborder un jour. Une crue latente, mais irrésistible, se fait de toutes parts dans les idées et dans les choses. Malheur à qui ne la voit pas ! De nos jours l'âge ne signifie rien ; les progressifs sont les vieux, les retardataires sont les jeunes. Un absent, un solitaire, un vaincu, tel que moi, dévoué au progrès dans la société et à l'idéal dans l'art, mais éliminé

par le temps et prêt à disparaître, n'a plus qu*un droit, c'est de compter sur les hommes qui, comme vous, Monsieur, ont la double jeunesse des années et des idées. La délivrance par la lumière, tel est le but, tel est le moyen. Moyen et but sont dignes de votre noble esprit. Recevez, Monsieur et cher confrère, mon cordial serrement de main.

Victor Hugo.

Mk-- DUPANLOUP a PREVOST-PARADOL

Orléans, 3 décembre 18(>6.

Monsieur et très cher confrère,

Je suis vraiment bien en retard, non pas précisément avec vous, mais avec moi. C'est-à-dire que je voulais depuis longtemps vous exprimer ma pensée sur votre récent article dans le Journal des Débats, et les accablements où je suis depuis un mois ne me Tont pas encore permis.

J'avais entendu parler de cet article, et j'étais même sur le point de le faire venir; car j'ai le regret de n'être pas abonné au Journal des Débats, quand vous, et quelques-uns de vos amis, y écrivez : malheureusement, vous n'y écrivez pas seuls.

Mais je reçus tout à coup cet article, grâce à l'attention obligeante de mademoiselle votre sœur*. El laissezmoi vous dire combien j'ai été touché, en le lisant, de l'élévation, de la profonde sensibilité et de la pénétration si délicate avec lesquelles vous appréciez l'influence de la

1. C'est sous la direction de Mpr Dupanioup que Mlle Prevost- Paradol était entrée dans la Congrégation de Notre-Dame de Sien.

religion, dans les bonheurs ou dans les malheurs de la vie. J'ai été heureux, non surpris, de vous entendre parler avec cet accent de ces choses si nobles et si pures du cœur, connaissant de vous ce que j'en connais. Car nonobstant ce loyal aveu, où j'ai cru voir comme un regret, on ne peut pas ne pas sentir que vous inclinez vers Dieu, peut-être plus que vous ne pensez, par les meilleurs instincts de votre âme, et par cette sorte de christianisme latent qui est au fond de tous les cœurs droits, honnêtes, généreux.

Je dois aller dans quelques jours à Paris, et j'y chercherai l'honneur de vous voir, afin de causer avec vous de mademoiselle voire sœur et de ses intérêts.

Agréez, Monsieur et bien cher confrère, l'hommage de mes profonds et dévoués sentiments.

I Félix, évêquecV Orléans,

PREVOST-PAPiADOL A LUDOVIC HALÉVY

Berlin, janvier 1867.

Mon cher ami, cette grande, froide et belle ville m'ennuierait déjà, si je n'y avais trouvé des amis. Mais il n'y a pas à se cacher que c'est une fière nation, que les soldats ont l'air solide et sérieusement intelligent, que le nombre d'uniformes dans les rues est effrayant et que tout ici, monuments et statues, hommes et choses, respire l'ambition et la guerre. II y a sur le principal boulevard un magnifique Frédéric II à cheval qui me fait penser à bien des choses, quand je passe à ses pieds. Voilà bien pour ces gens-là l'Éternel qui les a tirés de la teri'e d'Egypte et qui leur a donné une belle place parmi les nations de la terre.

PKEVOST-PARADOL A GRÉARD

Samedi, 14 février 1867.

Cher Ottavio, bonne nouvelle. C'est mardi prochain que doivent commencer les séances de la commission des prix Monlhyon. J'allais m'occuper de ton Hvre; les choses ont marché toutes seules et plus vite que moi. Écoute l'histoire.

J'entrais tout à l'heure dans la salle. Yillemain, Guizot ot Vitet y étaient; Yillemain tournait le dos à la porte. Au moment où j'arrivais derrière ses talons, je l'entends dire : « J'ai un bon livre. — Sur quoi? — Sur la morale de Plutarque, J'ai lu à propos de Plutarque bien des déclamations; je ne connais pas d'étude plus judicieuse ni plus fine que celle-là; et puis l'auteur sait écrire. » Je pousse un ahl de plaisir. « Est-ce que vous le connaissez? reprend Yillemain en se retournant. — Si je le connais! — Alors gardez-vous de lui rien dire encore. — Je vous le jure! » Et c'est ainsi qu'on tient ses serments à l'Académie, tout comme l'opposition au Parlement.

Pour toi, cher ami, sois muet. Mais te voilà sûr d'un prix, et même, je crois, d'un beau prix. Tu sais que Yillemain est un Plutarchisanty ce qui double la valeur du jugement.

Je t'embrasse, cher lauréat, mais à huis clos.

Anatole.

SAliNïE-BEUVE A PREVOST-PARADOL

Juillet 1868.

Cher et aimable confrère, il y a longtemps que je vous aurais remercié pour la lecture de votre beau et savant livre*, si je n'avais été presque continuellement souffrant. Je Tai lu, médité, relu par parties ; j'ai goûté cette fermeté sobre sous l'élégance, cette force dans Tatticisme.

Plus d'un chapitre m'a frappé — toute politique à part et indépendamment de l'opinion que je puis avoir — par sa philosophie et par son élévation. Le chapitre sur la guerre est de ceux-là, et votre raison, en ces matières sévères, continue de ne marcher qu'avec une certaine grâce; elle ne saurait s'en séparer.

Les considérations historiques seraient matière à débats et à disputes sans fin. Votre portrait de Napoléon l®"" n'est pas si éloigné de l'idée que je m'étais faite du grand homme en de certains jours : l'expression en est originale et vous restera en propre.

\ous savez que je ne regrette pas autant que vous que certains régimes, qui n'ont pas su vivre, soient tombés. Trop de Louis XVI aurait à la fin moutonné et encotonné la France; il est vrai qu'elle a été terriblement remuée et Dantonisée en revanche. Qui pourrait savoir, après coup, la juste mesure de ce qu'il aurait fallu ?

Mais tout cela est bien ingénieux, modéré de forme,

piquant d'aiguillon, et calculé juste à point pour ne pas

faire cabrer, môme des Athéniens, si tant est que nous le

soyons encore.

Tout à vous,

Saikte-Beuve.

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