‹ Prévost-ParadolChapitre 23 sur 27 · Il s'agit des Études sur les Moralistes français · texte numérisé non relu

Il s'agit des Études sur les Moralistes français

m'encourage; et, si vous trouvez le temps de me lire, vous retrouverez en vous, je Fespère, une indulgence qui m'a été très douce et que je n'ai pas oubliée. Agréez, Monsieur, mes respectueux compliments.

Le Caire, l*"" mars 18fi5.

Mon cher Ludovic,

Comment te remercier de tes bonnes lettres qui sont ici mon plus grand plaisir, sauf en ce qui touche la santé de ton père? Mais il doit être tout à fait rétabli maintenant.

J'ai eu tout le paquet d'un seul coup, hier soir, en arrivant de la Haute-Egypte, avec un retard de dix jours passés à nous engraver et à nous dégraver sur les bancs de sable du Nil.

J'étais résolu à repartir le 9 et je le veux encore, car j'ai soif du retour en France. Mais on veut me retenir jusqu'au 19 et d'une manière si aimable que j'ai grand'peine à me défendre. Pourtant mille et une raisons me rappellent à Paris.

Je voudrais savoir à quoi m'en tenir sur l'Académie française, me remettre au courant de la politique, m'occuper enfin de mes pauvres petites affaires et revoir mon chez moi, sans parler de notre cher Institut.

Je te prie de remercier bien tendrement ta mère de s'être un peu occupée de ma femme. Remercie aussi Valentine de son aimable lettre. Quant à loi, le meilleur des amis, on ne te remercie vraiment plus, il y aurait trop à faire. Je suis content de tout ce que j'ai vu, mais toujours embarrassé sur les questions que tu sais.

Mille tendresses, mon cher Lud., à toi et autour de toi.

Anatole.

Novembre 1865.

Monsieur,

J'ai riionneur de vous adresser la nouvelle édition d*un ouvrage qui devait être exclusivement littéraire», mais dans lequel les circonstances présentes ont fait entrer, sans que je Taie voulu et sans que je m'en sois défendu, beaucoup plus de politique que n'en comportait mon premier dessein. Si vous parcourez ces deux volumes, vous y trouverez en plus d'un endroit une réponse aux observations bienveillantes et injustes que vous avez faites récemment à mon sujet. Vous me félicitiez de mon retour aux idées de liberté : je ne crois pas m'ôtre séparé jamais de ces idées-là.

Je n'ai jamais été aussi perverti que vous le croyez ; je ne suis pas et je ne peux pas être jamais aussi converti que vous l'attendez. J'aime la liberté avec toute la mesure où un catholique le peut, et cela va très loin; mais j'aime aussi beaucoup l'autorité, je l'aime autant qu'un catholique le doit; et nous serions encore adversaires, si je n'appartenais aux idées que la force de ce temps-ci a résolu de supprimer absolument.

Le dissentiment entre nous, dissentiment irréiûédiable, j'en ai peur, ce n'est pas que vous aimiez la liberté et que je ne l'aime point, ni que j'aime l'autorité et que vous ne l'aimiez point : c'est que nous avons une conception différente de ces choses. A cause de cela, nous subirons les mômes terribles mécomptes. La liberté vous broiera les mains, comme l'autorité me l'a coupée. Et le pire, c'est qu'il faudra plus de temps que nous n'en avons,

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