PRIÈRE POUR LES MALADES DE LOURDES
Vous avez dit : <( Venez à moi, vous qui êtes accablés et je vous soulagerai. » Ils
sont venus, ils sont là ; tenez votre promesse, allégez-les !
Et puis songez que si nous essayons de scruter l'incompréhensible mystère de votre sang, nous pouvons presque oser vous rappeler, à Vous qui avez sauvé le monde, qu'à un certain moment, nous vous avons, nous aussi, sauvé !
Nous tâtonnons, éperdus, dans l'ombre, discernant à peine, dans de brèves lueurs, les insondables énigmes du sang ; nous voyons que l'homme vous a, dès sa naissance, gravement offensé dans l'Eden et que pour effacer cette offense, il a fallu qu'il en commît une plus grande encore; pour compenser le crime de la désobéissance, il a dû se faire déicide, ne point reculer devant un meurtre sans pareil, verser le sang de son Dieu, afin de permettre à celui-ci de le racheter.
Et ce sang que nous vous avons aidé à nous donner, pour le salut de notre âme, nous l'avons, nous les premiers, donné pour le salut de votre corps, car enfin les
Innocents ont été égorgés à votre place par Hérode !
Il y a eu substitution d'enfants ; tous les nouveau-nés de Bethléem ont payé pour le Nouveau-Né réfugié en Ég^^pte ; des milliers d'innocents, quatorze mille d'après le Canon de la messe des Abyssins et le Calendrier des Grecs, ont été sacrifiés pour un seul.
C'est une dette cela, une dette contractée par l'Enfant Jésus et que nous pouvons réclamer à THomme-Dieu, ici, où, plus que partout ailleurs, le sang déborde des lésions internes et des plaies ! — Mais peut-être siérait-il que ce fussent des enfants qui prient à la grotte, pour les malades, qui clament les invocations dans les piscines, qui se constituent les créanciers du sang, à Lourdes !
Et je rêve à ces processions désespérées où Dieu résiste et reste sourd, où l'assaut de nos suppliques échoue. Il faudrait lancer, comme à la tîn d'une bataille perdue, la vieille garde et notre vieille garde à
nous, elle serait composée de l'irrésistible phalange de prières des enfants !
En tous cas, mon Seigneur, à l'heure présente, où la messe est terminée, où ces malheureux qui ont fini leur action de grâces vont être reconduits à l'hôpital, souvenez-vous que lorsque des scélérats vous bafouaient sur la montée du Calvaire, un homme s'est trouvé qui eut pitié de vous, qui vous aida à porter votre Croix. Soyez à votre tour le Cyrénéen des Grabataires, aidez les excédés de la vie à porter la leur ! (Les Foules de Lourdes.)